Vayéchev : Joseph, l’homme aux songes

En son absence à Jérusalem, je compile ici des notes et derashot du Rav Haïm Harboun et développe avec des occurrences midrashiques, de Rachi et du Zohar. J’ajoute quelques remarques historiques.

Jacob demeura dans le pays des pérégrinations de son père, dans le pays de Canaan. Avec la sidra Vayéchev commence la geste de Joseph qui va nous emmener des terres de Canaan  en Egypte. Celle-ci ne cache rien de la bassesse humaine, on y trouve la délation, la jalousie, la volonté de meurtre, la violence collective contre un innocent, le mensonge et la tromperie envers ses propres parents, la fréquentation des prostituées, le désir d’adultère, la mise en esclavage … comme si la Torah nous prenait non pas dans nos rêves mais là où nous en sommes avec un sain réalisme sur notre humanité. Cette geste de Joseph est l’occasion de multiples enseignements.

Jacob/ Joseph : même combat

Voici l’histoire de la descendance de Jacob. Joseph, âgé de dix-sept ans, menait paître les brebis avec ses frères. Passant son enfance avec les fils de Bilha et ceux de Zilpa, épouses de son père, Joseph débitait sur leur compte des médisances à leur père. Or Israël préférait Joseph à ses autres enfants parce qu’il était le fils de sa vieillesse (Gn 37, 2-3)

Pour expliquer pourquoi la généalogie de Jacob succède immédiatement à celle d’Esaü (la Parasha de shabbat dernier), le Midrash dit :

D.ieu rassura le patriarche effrayé par toute cette liste des princes édomites s’étalant sur un chapitre entier (Gn 36) et lui promit qu’une seule étincelle à lui et une autre à son fils Joseph suffiront pour détruire toute cette grandeur illusoire. Comme il est écrit (Os I) : « La maison de Jacob sera un brin de chaume : ils le brûleront, ils le dévoreront, et rien ne survivra de la maison d’Esaü- L’Eternel l’a dit » (Midrash Tanhouma Bereshit Rabba)

Rachi commente cela en citant « Le midrash (Bereshith rabba 84, 6), [qui ] explique que la Tora a entendu lier l’histoire de Ya‘aqov à celle de Yossef, et ce pour diverses raisons :

  • En premier lieu, le seul but qu’avait Ya‘aqov, lorsqu’il a travaillé pour Lavan, était d’épouser Ra‘hel, [la mère de Yossef, la naissance de ses autres enfants ne constituant qu’une conséquence de cette intention première].
  • En deuxième lieu, Yossef avait les mêmes traits de visage que Ya‘aqov.
  • Enfin, tout ce qui est arrivé à Ya‘aqov est arrivé à Yossef : Le premier a été haï, le second aussi. Le frère du premier a voulu le tuer, les frères du second aussi.

Le nom de Jacob est intimement lié à celui de Joseph contrairement aux autres enfants. En effet la Torah précise : « Voici l’histoire de la descendance de Jacob : Joseph, âgé de dix-sept ans  ». On a le sentiment que toute l’histoire de Jacob se résume en Joseph. C’est donc, pour souligner le rôle particulier qui incombera à Joseph dans la mission patriarcale. Maassev, Avot Siman Levanim, les actes des pères sont des signes pour les fils, l’histoire se répète : Joseph continue d’accomplir l’histoire d’Israël dont le destin est de partir en Egypte.

Le Zohar commente : «  Qui apercevait l’image de Joseph disait que c’était là l’image de Jacob » (Zohar Vayéchev 5)

Et Rachi dit : Le fils de sa vieillesse (zeqounim), Il avait les mêmes traits de visage (ziv iqounin) que lui-même.

Le sort de Jacob se trouve dès le début associé à Joseph : Jacob a travaillé sept ans supplémentaires chez Laban pour avoir Rachel pour épouse qui lui donnera  le fils bien aimé qui l’attendait. L’un et l’autre furent voués à la haine des frères envieux qui les a obligés à s’expatrier. (Midrach Rabba )

La Tradition juive nous fournit ensuite à travers cette Sidra plusieurs sages avertissements en ce qui concerne notre comportement avec nos semblables.

Joseph le préféré et le détesté

Or Israël préférait Joseph à ses autres enfants parce qu’il était le fils de sa vieillesse; et il lui avait fait une tunique à rayures. Ses frères, voyant que leur père l’aimait de préférence à eux tous, le prirent en haine et ne purent se résoudre à lui parler amicalement. Joseph, ayant eu un songe, le conta à ses frères et leur haine pour lui s’en accrut encore. (Gn 37, 3-5)

« Ecoutez donc ce songe que j’ai eu….. Les frères de Joseph le jalousèrent, mais son père  attendit l’événement. (Gn 37, 6-11)

« Voici l’homme au songe qui arrive. Venez, tuons le… puis nous dirons qu’une bête féroce l’a dévoré. Nous verrons alors que deviendront ses songes » (Gn 37, 15- 20 )

Marc Chagall, Joseph attaqué par ses frères, Haggerty Museum, 1957
Marc Chagall, Joseph attaqué par ses frères, Haggerty Museum, 1957

L’histoire de Joseph ne manque pas de nous montrer les fâcheux résultats de la partialité des parents qui font des distinctions entre leurs enfants. Au lieu de contribuer à l’union de leurs descendants, ils les séparent. Ils sèment la discorde entre les êtres les plus proches et contribuent à faire germer la haine.

Quoique les pères des tribus fassent montre de qualités remarquables, le sentiment de haine les aveugle et les empêche de contrôler leurs actes. Il a suffi d’une apparence mal interprétée pour faire naître dans leur cœur un désir fratricide : à tout prix se défaire de Joseph qui les priverait de l’héritage spirituel et matériel.

Joseph, sans malice ni ambition, ne se doute pas de la profonde animosité dont il fait l’objet et ne se méfie guère de son entourage. Avec candeur il fait part de ses rêves à ses frères, de ses visions et contribue ainsi inconsciemment à l’accroissement de la haine de ses frères. Il paie cher la préférence de son père à son égard, mais Dieu ne l’abandonnera pas dans sa misère, car dans son cœur il n’y avait ni vanité, ni orgueil.

La Sidra nous met en garde de pas tomber dans la jalousie, parce qu’elle entraîne inéluctablement la haine et la violence. Jacob aurait dû savoir que sa préférence pour Joseph provoquerait la jalousie de ses frères. Leur conduite par la suite nous renseigne sur les conséquences de la jalousie.

La Torah veut par ce verset nous montrer les fâcheux résultats de la partialité de parents qui font des distinctions entre leurs enfants. Au lieu de contribuer à l’union de leurs descendants, ils les séparent. Nos sages critiquent la partialité  de Jacob et disent que la tunique brodée, jalousée par les frères, a été la cause directe de notre asservissement en Egypte. Ils recommandent de ne jamais faire de distinction entre les enfants.

Mais comment comprendre que le patriarche Jacob, véritable prophète, lui qui donna naissance à tout le peuple d’Israël, puisse agir sans que la Providence ne soit le guide de tous ces événements ? Maïmonide  s’est penché sur cette question. Il explique :

« L’homme propose et Dieu dispose » car le résultat de la vente de Joseph fut tout autre que celle qu’attendaient ses frères, Maïmonide estime qu’en disant aux frères : « Le Seigneur m’a envoyé avant vous pour vous préparer une ressource dans le pays… » (Genèse XLV, 7 ) Joseph attribue à D. le résultat accidentel de l’acte émané du libre arbitre de ses frères. Il veut dire que ses frères avaient agi suivant leur entendement et l’intervention divine avait donné à leur acte une issue inattendue. Dans le verset suivant, Joseph semble cependant se reprendre en s’exclamant : « Non, ce n’est pas vous qui m’avez fait venir ici, c’est D. » et rectifie l’opinion qu’il venait  de formuler : Un résultat d’une si haute importance ne saurait être purement accidentel et c’est nécessairement D., lui-même qui a dirigé le libre arbitre des fils de Jacob, de manière à leur faire accomplir, à leur insu, un grand acte  qui était dans le plan de la divine providence » (Guide des Egarés, t. II,  chap. XLVIII )

Jacob, doué d’une inspiration authentique savait que Joseph, serait le guide sûr de sa maison. En l’envoyant à Dothane, il contribue inconsciemment à l’accomplissement du but prévu. Deux frères sur neuf, Ruben et Juda, possédaient en dehors des sentiments humains une faible lueur d’inspiration indirecte. Si le premier contribue à sauver Joseph de la mort le deuxième précipite sa descente en Egypte. Rude parabole, Joseph est vendu comme esclave par ses propres frères, un sort qui annonce l’esclavage d’Israël en Egypte.

Un homme le rencontra errant dans la campagne; cet homme lui demanda: « Que cherches-tu? » II répondit: « Ce sont mes frères que je cherche. (Gn 37, 15-16) Rachi commente « Un homme le trouva Il s’agit de l’ange Gavriel (Midrach tan‘houma Vayéchev 2), ainsi qu’il est écrit : « et “l’homme” Gavriel… » (Daniel 9, 21).

La beauté de Joseph et de Rachel

Or, Joseph était beau de taille et beau de visage. Il arriva, après ces faits, que la femme de son maître [Potiphar] jeta les yeux sur Joseph. Elle lui dit: « Viens reposer près de moi. » (Gn 39, 6-7)

Joseph ne ressemble pas seulement spirituellement à Jacob dont il continue l’œuvre. Il a aussi la beauté de sa mère Rachel que Jacob a tant attendue de Laban. Le Midrash se demande d’où vient cette beauté et observe que celle-ci lui vient de sa mère car une dizaine de chapitres avant la Torah avait précisé que : « Rachel était belle de visage et de belle apparence. » (Gn 29, 17).

Rabbi Yits’hak a dit, ‘Jetez un bâton dans la terre, et de lui en sortira un autre. Parce qu’il est dit « Et Rachel était belle de visage et de belle apparence », c’est pour cela (que l’on trouve écrit) « Joseph était (de belle prestance et beau à voir) ». (Bereshit Rabba 86, 6)

Un midrash résume lapidairement : « qu’une pomme ne tombe pas loin de l’arbre », la beauté de Joseph venait de celle de Rachel.

Le Midrash observe malicieusement :

Et Yossef était beau de taille Lorsqu’il s’est vu le maître, il s’est mis à manger, à boire et à se soigner les cheveux. Le Saint béni soit-Il a alors dit : « Ton père est en deuil, et toi tu te soignes les cheveux ! Je vais lancer un « ours » à tes trousses ! » (Midrach tan‘houma 8).

La beauté de Joseph réveille un désir brutal de la femme de Potiphar donc comparé à une bête sauvage par le Midrash…

Marc Chagall, La femme de Potiphar, Haggerty Museum, 1957
Marc Chagall, La femme de Potiphar, Haggerty Museum, 1957

Mais Joseph est protégé contre les passions extérieures et intérieures et en sort vainqueur.

«  La femme de Putiphar le tentait journellement. Elle se paraît pour lui de certaines toilettes le matin, d’autres le soir. Elle le menaçait  d’emprisonnement, de mutilations, d’aveuglement, elle essayait de le corrompre en lui offrant de fortes sommes d’argents : jamais il ne céda » (TB Yoma 35b)

Joseph est Beau de taille et de visage.

On s’étonne que la Torah loue la beauté physique alors que partout ailleurs elle n’est que mépris pour ce que les grecs considéraient comme une bénédiction, la beauté humaine étant un signe de la Beauté de leurs dieux . La fête de Hanouka dénonce l’influence philhellène sous Antiochus Epiphane en -175 et  l’opposition juive à  la construction d’un gymnase ou s’entraînaient des éphèbes et des athlètes nus à Jérusalem, selon une coutume païenne grecque répandu dans toutes les villes grecques de l’Empire. Cette éducation de la jeunesse faisant partie de l’emprise sur les esprits et les corps, une forme de soft power grec. Ceci souligne la distance que prend l’éthique juive avec la plastique, cette doxa grecque qui fait de l’esthétique une éthique. Célébrer la forme c’est penser D.ieu à l’image de l’homme et non l’inverse. Alors, de quelle beauté s’agit ?

Commentant le : « Rachel était belle de taille et belle de visage. » Rachi explique : De taille (torr) Ce sont les traits du visage, comme dans : « Il la dessine (yethaaréhou) à la craie… et la proportionne (yethaaréhou) au compas » (Is 44, 13). En français médiéval : « conpas ». De visage : c’est l’éclat du visage.

Rachi,  lui souligne la beauté intérieure qui rayonne de Joseph… mais toujours les pieds par terre souligne les rondeurs d’une Rachel dessinée au « compas » de D.. La beauté intérieure qui rayonne d’un éclat spirituel sur le visage de Rachel ressemble au visage de Moïse qui rayonnait en redescendant du Sinaï.

Or, lorsque Moïse redescendit du mont Sinaï, tenant en main les deux tables du Statut, il ne savait pas que la peau de son visage était devenue rayonnante lorsque Dieu lui avait parlé. (Ex 34, 29)

 Aaron et tous les enfants d’Israël regardèrent Moïse, et voyant rayonner la peau de son visage, ils n’osèrent l’approcher. (Ex 34, 30)

… et les Israélites remarquaient le visage de Moïse, dont la peau était rayonnante.(Ex 34, 35)

Dans une longue discussion sur la destruction du premier Temple et l’Exil qui s’ensuivit le midrach nous révèle ce qu’est la beauté et la grandeur de Rachel est d’avoir renoncé à son propre désir par amour de sa sœur, par pure générosité. Et c’est en cela que consiste la « beauté » :

À ce moment là, notre mère Rachel bondit devant le Saint Béni soit-Il, et dit : « Maître de l’Univers, il est dévoilé devant Toi, que Ton domestique Jacob m’a aimée d’un grand amour et a travaillé sept ans pour mon père afin de m’épouser. Quand ces sept années se sont achevées, et que le temps était venu pour que je l’épouse, mon père a conspiré pour me remplacer par ma sœur (le soir des noces). C’était très dur pour moi, car connaissant le complot, je l’ai révélé à mon mari, et lui ai donné un signe pour qu’il puisse me distinguer de ma sœur, pour que mon père ne puisse pas me remplacer par ma sœur. Après cela, je me suis ‘consolée’ et j’ai eu pitié de ma sœur afin qu’elle ne soit pas humiliée. Et le soir, ma sœur a pris ma place, et je lui ai donné tous les signes convenus avec mon mari pour qu’il pense qu’elle était Rachel. Plus que cela : je me suis mise sous le lit sur lequel il dormait avec ma sœur; et quand il lui parlait, elle restait silencieuse et je répondais à toutes les questions pour qu’il ne reconnaisse pas la voix de ma sœur. J’ai été bonne envers elle, je n’étais pas jalouse d’elle et ne l’ai pas humiliée. Et si moi, une créature de chair et de sang, de poussière et de cendres, je n’ai pas jalousé ma rivale et ne l’ai pas exposée à la honte et au mépris, Toi, Roi Eternel et Miséricordieux, pourquoi serais-Tu jaloux du culte idolâtre dans lequel il n’y a aucune réalité, et pourquoi (à cause de cela), as-Tu exilé mes enfants, qui ont été tués par l’épée, laissant à leurs ennemis faire d’eux ce qu’ils ont voulu?! » Immédiatement après, le Saint béni Soit-Il, eut pitié et répondit : « Pour toi Rachel, Je ramènerai Israël à leur place (sur sa Terre) ». [Eikha Rabba Intro. Seconde. 24].

Ainsi l’amour de Rachel et sa générosité qui rayonnent et que Joseph porte en lui semblent l’exact contrepoint de la haine gratuite sinat hinam, de ses frères.

 

Joseph l’homme aux songes

« Voici venir l’homme aux songes.  Or çà, venez, tuons le, jetons le dans quelque citerne, puis nous dirons qu’une bête féroce l’a dévoré. Nous verrons alors ce qui adviendra de ses rêves! » (Gn 37, 19-20)

II demanda aux officiers de Pharaon, qui étaient avec lui en prison chez son maître: « Pourquoi votre visage est-il sombre aujourd’hui? » Ils lui répondirent: « Nous avons fait un songe et il n’y a personne pour l’interpréter. » Joseph leur dit: « L’interprétation n’est-elle pas à Dieu? Dites les moi, je vous prie. » (Gn 40, 7-8)

Rabbi Hiya et Rabbi Yossi se trouvaient devant Rabbi Simon, Rabbi Hiya dit : Une tradition enseigne : Un rêve qui n’  a pas été interprété est comme une lettre qui n’a pas été lue… (Zohar citant  TB Berakhot 55 a)

Tourmenté et angoissé par la violence jalouse de son frère, déporté en esclavage en Egypte, en prison, Joseph ne cesse de rêver. Il fuit la réalité trop brutale

Le Midrash précise : « Il n’est pas possible, en effet, que les frères de Yossef aient dit : ‘‘et nous verrons ce que seront ses rêves’’ : car une fois qu’ils l’auraient tué, il ne serait rien resté de ces rêves » (Midrash tan‘houma 13).

Cette citerne était vide et sans eau. La tradition glose à plaisir sur cette citerne. Pourquoi dit « vide » puis « sans eau » en pléonasme ? « Il n’y avait pas d’eau » ? Il n’y avait certes pas d’eau, mais il y avait des serpents et des scorpions (TB Shabbat 22a).

Les pleurs de Jacob

II la reconnut et s’écria: « La tunique de mon fils! Une bête féroce l’a dévoré! Joseph, Joseph a été mis en pièces! »  Et Jacob déchira ses vêtements et il mit un cilice sur ses reins et il porta longtemps le deuil de son fils.  Tous ses fils et toutes ses filles se mirent en devoir de le consoler; mais il refusa toute consolation et dit: « Non! Je rejoindrai, en pleurant, mon fils dans la tombe! » Et son père continua de le pleurer. (Gn 37, 33-35)

Marc Chagall, Les pleurs de Jacob, Haggerty Museum, 1957
Marc Chagall, Les pleurs de Jacob, Haggerty Museum, 1957

Parmi les nombreuses leçons que nous dons fournit cette Sidra on relève l’intensité du deuil quand il est provoqué par une mort non naturelle. En effet, le texte dit : « que Jacob porta longtemps le deuil de son fils. » Ce deuil est plus douloureux et plus long que celui qui suit un décès naturel. ( Comme le deuil d’Abraham après la mort de Sarah ou  celui de Jacob après la mort de Rachel.)

Rachi précise : « Son père le pleura Il s’agit de Yits‘haq, qui pleurait à cause de la souffrance de Ya‘aqov, mais sans porter le deuil de Yossef, puisqu’il le savait vivant » (Bereshit rabba 84, 21).

La Tradition cherche à comprendre pourquoi Jacob vit cette souffrance apparemment  inutile :

Et pourquoi le Saint béni soit-Il ne lui a-t-Il pas divulgué [que Yossef était toujours en vie] ? Parce que ses frères avaient maudit et voué à l’anathème quiconque le révélerait, et ils y avaient associé le Saint béni soit-Il. Yits‘haq savait cependant qu’il était en vie, mais il se disait : « Comment le révélerai-je à Ya‘aqov, si le Saint béni soit-Il ne veut pas le faire Lui-même ? » (Beréchith raba 84, 21) cité par Rachi en 37, 33

« Les frères de Yossef ont associé D. dans le serment d’excommunication qu’ils ont prêté contre celui qui révélerait à Ya’akov l’affaire de la vente, et D. a consenti» ( Tan’houma Vayéchev 2)

Yaacov fou de douleur désire la mort. Et quand il retrouvera Joseph il dira : « Cette fois je peux mourir puisque j’ai vu ta face, puisque tu es toujours vivant » (Gn 46,30), Rachi explique au nom du Midrach (Tan’houma Vayigach 9) :

« Je pensais que j’allais mourir deux fois, une fois en ce monde et une fois en l’autre, parce que la Présence Divine m’avait quitté, et je pensais que D. me demanderait compte de ta mort, mais maintenant que tu es toujours vivant, je ne mourrai qu’une seule fois »

et Bereshit Rabba 84,1 nous éclaire:« Ya’akov désirait vivre une vie tranquille mais le malheur de Yossef le saisit… la plénitude réservée aux hommes vertueux dans le monde à venir ne leur suffit-elle pas pour qu’ils désirent aussi vivre une vie tranquille en ce monde? »

En fait la mort n’a pas de prise sur la vie de Jacob comme nous le verrons bientôt car« les Justes sont considérés comme vivants même après leur mort » (Avoth De Rabbi Nathan 34, 10)

Joseph la figure du juste persécuté

Maassé avot siman levanim. Joseph est juste comme Jacob est juste. Ainsi que le précise le Zohar :

« C’est après que Joseph s’unit à Jacob que sa race commença à porter des fruits ; le soleil était uni à la lune. C’est pourquoi la Torah dit : « Voici l’histoire de la descendance de Jacob : Joseph, etc. » Parce que tous les fruits qu’avait  porté cet arbre étaient dus à l’union de Jacob avec Joseph. Le fleuve céleste dont les eaux ne tarissent jamais, charrie les âmes, en ce bas monde. Mais le soleil seul ne suffit pas pour faire porter des fruits à la terre ; Il faut encore l’intervention du degré appelé le « juste. » Le soleil, même approché de la lune, ne saurait porter des fruits. Aussi fallait-il que Joseph, qui est du degré appelé « Juste » s’unit à Jacob pour que sa race porta des fruits » (Zohar Vayéchèv)

Le qualificatif de « Juste » porté par Joseph a été mérité à la suite de sa résistance à la tentation, au prix de sa liberté. Par cet acte de haute portée, il contribua au maintien de l’héritage patriarcal et au salut du monde.

«  Ceux qui ne conservent pas dans toute sa pureté le signe sacré de l’Alliance font en quelque sorte une séparation entre Israël et Hachem … Quiconque souille le signe sacré de l’Alliance est aussi coupable que s’il adorait les dieux étrangers Rabbi Siméon dit : «  Joseph était appelé « Juste » avant la tentation ; il n’a mérité ce nom qu’après avoir résisté à la tentation… C’est pour cette raison que Joseph est appelé «  source d’eau vivante » (Zohar Vayéchèv)

Juda : Le trompeur trompé

Juda dit à ses frères: « Quel avantage, si nous tuons notre frère et si nous scellons sa mort?  Venez, vendons le aux Ismaélites et que notre main ne soit pas sur lui, car il est notre frère, notre chair! » Et ses frères consentirent. (Gn 26, 27)

Que vient faire dans ce récit l’histoire de Juda et Tamar ?

Juda c’est le meneur, celui qui décide ses frères à vendre Joseph comme esclave. Puis qui les aide à tromper leur vieux père Jacob. Mais le trompeur va être à son tour trompé !

Car quand Juda apprend que sa belle-fille Tamar s’est prostituée et est enceinte il délibère de la faire brûler vive. « Emmenez la et qu’elle soit brûlée! »; Hors cette prostituée n’est autre que celle avec qui Juda a couché à un carrefour sans la reconnaître et à qui il a gagé : « Ton sceau et ton cordon et la canne que tu as à la main » pour la payer de ses services sexuels avec un agneau. Non seulement Juda ne récupère pas son gage mais il découvre qu’il a couché avec sa belle fille !

A la ruse de Juda le rusé qui menait ses frères répond la ruse de Tamar. Juda se prend les. pieds dans ses propres pièges.

Tamar est déclarée plus juste que Juda par lui même, vayomer tsadika mimeni : « Elle est plus juste que moi, car il est vrai que je ne l’ai point donnée à Chéla mon fils. » (Gn 38, 26) car les lois du lévirat n’ont pas encore été proclamées; et le midrash va broder sur sa vertu comme il a brodé sur l’esprit de sainteté de Rahab une autre prostituée (qui partage avec Tamar la prostitution, l’esprit de sainteté, la prêtrise et le fil rouge)  :

(Juda) demanda : Quel gage te donnerai-je ? et elle répondit : Ton sceau et ton cordon et la canne que tu as à la main (38,18). R. Hunia a dit : L’Esprit saint l’illumina. Ton sceau fait référence à la royauté, selon le verset : même si Konias, fils de Joiaqim, roi de Juda, était un sceau à ma main droite, je t’arracherais de là ! (Jr 22,24) ; ton cordon (petilekha) fait référence au Sanhédrin, selon le verset : et de mettre un fil de pourpre violette à la frange (Nb 15, 38) la canne (maté) fait référence au roi messie, selon le verset : Ton sceptre (maté) de puissance, l’Eternel l’étendra depuis Sion (Ps 110,2). (Gn Rabba 85, 9)

Tamar va accoucher de jumeaux, Zérah et Péreç, dont sera issue la lignée de David.

Joseph en Egypte

Dans son commentaire sur la Torah, Na’hmanide (Ramban) pose cette question :

Pourquoi durant tout ce temps passé en Egypte, Joseph n’a-t-il pas essayé d’entrer en contact avec son père? Après tout, la Terre d’Israël n’est qu’à « six jours » de voyage de l’Egypte, selon les calculs de Nahmanide.

Pourquoi, quand il est devenu le chef intendant de la maison de Potiphar, Joseph n’a-t-il pas envoyé de lettre à son père (et il pouvait facilement faire une telle chose), l’informant qu’il était vivant et qu’il se portait bien?

De plus, il est évident qu’une fois devenu vice-roi – le deuxième homme le plus puissant d’Egypte – il pouvait faire tout ce qu’il voulait.

Toutes ces nombreuses années où Jacob se languissait et portait le deuil de son fils préféré, auraient pu être évitées. Joseph, lui, ne se languissait-il pas de son père? Comment pouvait-il rester loin de son père durant toutes ces années?

Selon Ramban, Joseph ne pouvait pas contacter Jacob tant que les rêves qu’il avait faits quand il était jeune ne s’étaient pas réalisés. Joseph avait rêvé que ses frères se prosterneraient un jour devant lui. D’ailleurs, la révélation de ce rêve avait engendré la jalousie de ses frères, et avait conduit à sa vente et à son asservissement. Le texte montre que Joseph ne s’est révélé qu’après la réalisation de ce rêve.

 

La nuit comme le jour est lumière

La prison dans laquelle Joseph est enfermée est Beth haSohar ». C’est la première occurrence de cette expression dans le récit biblique. Nahmanide se penche donc sur ce mystère. Selon lui, le mot Sohar est à rapprocher de l’araméen Sihara, « lune » (qui éclaire la nuit) ou encore de l’hébreu Tsohar, « fenêtre », voire même de Zohar, « clarté ».

La prison dont il s’agit, en plus d’être un lieu de captivité n’est pas un puits noir sans fond. Une lumière y brille quelle qu’en soit l’ombre. Un juif n’a pas le droit de désespérer. La liberté n’est jamais loin.

Si je dis: « Que du moins les ténèbres m’enveloppent, que la lumière du jour se change en nuit pour moi! ». 

La ténèbre n’est point ténèbre devant toi et la nuit comme le jour est lumière » (Ps 139, 11-12)

וָאֹמַר אַךְ-חֹשֶׁךְ יְשׁוּפֵנִי  וְלַיְלָה, אוֹר בַּעֲדֵנִי

גַּם-חֹשֶׁךְ לֹא-יַחְשִׁיךְ מִמֶּךָּ
וְלַיְלָה כַּיּוֹם יָאִיר  כַּחֲשֵׁיכָה, כָּאוֹרָה

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