Nasso, guérir de ses blessures d’enfance

La deracha du Rav Harboun commentée avec des recherches dans Talmud Sota de DL.

« Tout le problème de l’homme est qu’il passe sa vie à réparer ses parents et son enfance. » (Rav Haïm Harboun)

enfant en colère

La Paracha de Nasso est la plus longue avec 176 versets. Alors les Hakhamim (les Sages d’Israël) se sont posé la question. Pourquoi 176 et pas 175 ou 177 ?

Et ils ont aussi remarqué que le plus long des Tehillim, le Psaume 119, possède lui aussi 176 versets. Vous pouvez compter, c’est un psaume alphabétique comportant les 22 lettres de l’alphabet hébraïque multipliées par 8 versets soit 176 versets. 8 représentant la finition parfaite (Exemples : la circoncision au 8ème jour, le symbole de l’ère messianique). Et ça tombe bien ce psaume est un psaume qui chante les louanges de la Torah en commençant par la lettre Aleph :

Ashrei témimei derekh aolékhim betorath adonaï
Heureux ceux dont la voie est intègre, qui suivent la Loi de l’Eternel!
Heureux ceux qui respectent ses statuts, le recherchent de tout leur cœur,
qui, se gardant bien de commettre aucune injustice, marchent dans ses voies (derekh)!
Tu as promulgué (tsiouta – mitsvah) tes ordonnances, pour qu’on les observe (lishmor) strictement.
Ah! puissent mes pas être fermes, pour que j’observe (lishmor) tes préceptes!
Alors, je ne serai point déçu, en portant mes regards sur tous tes commandements (mitsvoteikha).
Je te rendrai grâce en toute droiture de cœur, en m’instruisant des règles de ta justice.
Tes statuts, je les observerai (eshmor): ne m’abandonne en aucun temps.

Tout le monde a bien sûr entendu en arrière fond le début des Théhilim , le Psaume 1, qui est le joug de la Torah :

Ashrei haish. Asher lo halaKh. Ba’atzat reshaim ouvdérékh ‘hataïm lo amad ouvmochav létsim lo iashav
Heureux l’homme qui ne suit point les conseils des méchants, qui ne se tient pas dans la voie des pécheurs, et ne prend point place dans la société des railleurs,
Ki im betorah adonaï efétso ouvtorato yégé iomam valayla
mais qui trouve son plaisir dans la Loi de l’Eternel, et médite cette Loi jour et nuit!

8 fois 22 c’est donc un peu une plénitude  de louanges. Le bonheur promis consiste en une méditation de la Torah permanente qui devient un chemin de vie, un derekh (chemin) ou l’on marche (halakh)…  selon la Halakha justement. Il n’y a pas d’autre bonheur pour le juif que d’accomplir les mistsvoth, lishma (pour le Nom), sans aucun autre but que le service du Nom et cela suffit à celui qui le comprend. En cela réside la plénitude et la récompense, le plaisir (yégé) de toute une vie jour et nuit iomam valayla. Lishmor, « garder, observer » et « écouter » Lishmo-a c’est une seule et même chose. Celui qui fait comprend.

D’autre part, nos hakhamim ont remarqué que le traité le plus long du Talmud Baba Bathra (la « dernière porte »)[1], possédait lui aussi 176 dapim (pages).

Vous me direz : « Et maintenant… on est bien avancé ! ». Passons en revue quelques thèmes de notre Paracha. Je voudrais vous monter à quel point la Torah est avant tout un manuel de psychologie.

Le Nazir

L’Éternel parla ainsi à Moïse: « Parle aux enfants d’Israël et dis-leur: Si un homme ou une femme fait expressément vœu d’être abstème, voulant s’abstenir en l’honneur de l’Éternel, il s’abstiendra de vin et de boisson enivrante, ne boira ni vinaigre de vin, ni vinaigre de liqueur, ni une infusion quelconque de raisins, et ne mangera point de raisins frais ni secs. Tout le temps de son abstinence, il ne mangera d’aucun produit de la vigne, depuis les pépins jusqu’à l’enveloppe. Tout le temps stipulé pour son abstinence, le rasoir ne doit pas effleurer sa tête: jusqu’au terme des jours où il veut s’abstenir pour l’Éternel, il doit rester sain, laisser croître librement la chevelure de sa tête.

La Paracha Nasso nous parle du nazir. Comme vous le savez la tradition juive est méfiante par rapport à ce genre de comportement religieux un peu excessif et a donc choisi de l’encadrer par des vœux temporaires. De quoi s’agit-il ?

Le nazir c’est ce type qui dit : « Moi je ne me coupe pas les cheveux ! ». Que fait-il ? Il veut se singulariser, qu’on le remarque ! C’est donc le Hippie qui se balade dans le camps et dont tout le monde a honte. Ce sont ces types tatoués de la tête aux pieds ou avec une crête de coq sur la tête. Qu’est-ce que ça signifie : « REGARDEZ MOI ! je vaux la peine » ; Le nazir veut être regardé repéré, distingué. Pourquoi ? Parce qu’en réalité il  a perdu toute confiance en lui-même, toute estime de son propre moi. C’ets le gosse à qui on a pas arrêté de dire : « Tais-toi », « Tu déranges ! « , « Laisse parler les adultes »… et qui n’a pas pu construire l’estime de lui-même. Il se méprise il pense qu’il ne vaut rien, qu’il est un « vaurien » alors il en rajoute.

Et la Torah lui dit : « Puisque tu veux apparaitre on va sacraliser ton comportement … maintenant ce que tu fais non seulement ça ne dérange personne mais c’est bien ! » Elle transforme sa motivation, son Yotser hara (« mauvais penchant ») en chose sacrée… et en le valorisant on le guérit. C’est pour cela que le nazirat n’est que temporaire.

Le Talmud Sota qui a tout compris ironise sur Samson qui avait un tel tempérament sexuel  qu’il lui fallait de nombreuses philistines !!! Bref son mauvais penchanti l’entraîne dans sa propre destruction.

Tout le temps de cette abstinence en l’honneur de l’Éternel, le nazir ne doit pas approcher d’un corps mort; « pour son père et sa mère, pour son frère et sa sœur, pour ceux-là même il ne se souillera point à leur mort, car l’auréole de son Dieu est sur sa tête. Tant qu’il portera cette auréole, il est consacré au Seigneur. Si quelqu’un vient à mourir près de lui inopinément, ce sera une souillure pour sa tête consacrée. »

Pourquoi ce type qui est un maniaco-dépressif qui sublime dans le religieux ses obsessions -et on en connait beaucoup de ces addicts du religieux qui jeunent à se tuer la santé ou prient comme si le sort de D. dépendait d’eux !  Pourquoi cet homme ou cette femme qui se considère comme un néant, doit –il éviter un mort ? Tout simplement parce que pour lui la mort n’est pas supportable. Elle le réduirait à néant. Pendant son nazirat cet homme est reconstruit, réparé. Il ne s’agit pas là de Toum’a (impureté) liée au cadavre mais de ne pas casser le processus de reconstruction de l’estime de soi de cet homme affronté à son yotser ‘hara.

Après un certain temps cette femme ou cet homme est guéri de son mal, il est revalorisé, on lui a donné une justification.

Comment éviter de lapider ses enfants…

On ne peut rien comprendre à la Torah sans la tradition orale. Le Talmud nous dit que les juifs n’ont jamais lapidé personne. Alors que signifie :

Si un homme a un fils indocile et rebelle, sourd à la voix de son père comme à celle de sa mère, et qui, malgré leurs corrections, persiste à leur désobéir, son père et sa mère se saisiront de lui, le traduiront devant les anciens de sa ville, au tribunal de sa localité, et ils diront aux anciens de la ville: « Notre fils que voici est indocile et rebelle, n’obéit pas à notre voix, s’adonne à la débauche et à l’ivrognerie. » Alors, tous les habitants de cette ville le feront mourir à coups de pierres, et tu extirperas ainsi le vice de chez toi (Dt 21, 18-21)

Il faut lire le Talmud qui commente ce passage. Si un homme a un fils indocile et rebelle on les appelle tous les deux et le père et le fils. Et si le fils dit « Quand je me lève le matin mon père est déjà parti et quand je me couche le soir il n’est toujours pas revenu »… ça veut dire que cet homme est en train de lapider son fils. Il ne lui parle pas, il n’est pas là alors le gosse n’a personne contre qui prendre appui pour se construire. Et quand on ne parle pas à un enfant celui-ci culpabilise et il a pitié de ses parents. Et cette culpabilité finit par le détruire. Ou alors il s’en va ! Tout le problème de l’homme est qu’il passe sa vie à réparer ses parents et son enfance. S’il s’est senti diminué, pas écouté, pendant l’enfance il va passer sa vie à paraître pour qu’on le voit, à se grandir parcequ’il pense que les autres le voient comme un rabougri. Combien il est difficile d’avoir ce regard juste sur soi-même qui permet de rentrer en contact avec les autres de manière pas trop tordue ! engendrant des quiproquo et des incompréhensions, des distorsions de relations humaines sans fin jusqu’à la mort de toute relation. Lapidées.

Quand on dit à un enfant « range tes cubes ! ». Il n’advient pas à sa propre personnalité, et plus tard, à l’adolescence il se révoltera. Si on lui dit « Veux-tu ranger tes cubes, s’il te plait ? » Il va le faire car on le considère lui, et il est heureux de vous prouver qu’il est digne de votre demande. Vous, vous ne vous êtes pas énervé (celui qui est en colère est en réalité faible) et lui… il est devenu lui-même, un être libre. Si vous l’écrasez… vous le lapidez jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un petit tas de pierres… Combien de parents n’utilisent-ils leurs enfants que pour être admirés et valorisés… et là c’est le cercle infernal.

Imaginez cet enfant qui a été détruit, à un moment il se dit : « ma vie a été vide, je ne vaux rien » et là il se suicide ou il devient un terroriste,  un assassin. Imaginez que son père a trois femmes et qu’il n’ait pas été éduqué. Il est où ce gosse ? Voilà comment une structure familiale et psycho-sociale peut fabriquer des terroristes !

Pas plus que le « œil pour œil dent pour dent » n’invite à créer deux aveugles mais exprime l’égalité dans la justice, la lapidation ou la mort physique dans la Torah est la conséquence d’une situation et non pas une peine capitale. Le raisonnement est le même pour le fameux épisode apparemment incompréhensible de Sota que nous lisons dans cette Paracha.

Sota

Si la femme de quelqu’un, déviant de ses devoirs, lui devient infidèle; si un homme a eu avec elle un commerce charnel à l’insu de son époux, et qu’elle ait été clandestinement déshonorée, nul cependant ne déposant contre elle, parce qu’elle n’a pas été surprise, mais qu’un esprit de jalousie se soit emparé de lui et qu’il soupçonne sa femme, effectivement déshonorée; ou qu’un esprit de jalousie se soit emparé de lui et qu’il soupçonne sa femme, bien qu’elle n’ait point subi le déshonneur, cet homme conduira sa femme devant le pontife, et présentera pour offrande, à cause d’elle.

Et le pontife la fera approcher, et il la placera en présence du Seigneur. 17 Le pontife puisera de l’eau sainte dans un vase d’argile, prendra de la poussière se trouvant sur le sol du tabernacle et la mettra dans cette eau. 18 Plaçant alors la femme en présence du Seigneur, le pontife lui découvrira la tête et lui posera sur les mains l’oblation de ressouvenir, qui est l’oblation de jalousie, tandis qu’il tiendra dans sa propre main les eaux amères de la malédiction. (Nb 5, 12-15. 16-18)

La relation de l’homme avec la femme, la sexualité, sont des lieux de grande culpabilité. Les hakamim ont donc pris cela très au sérieux. L’ordalie très étrange décrite dans cette péricope fait l’objet de tout un traité du Talmud, on y raconte que le prêtre écrit le nom de D.ieu sur un parchemin qu’il passe dans les eaux amères, que le mari doit d’abord avoir mis en garde sa femme, etc… le traité de Sota (la perverse), la femme que son mari soupçonne d’infidélité sur déposition de deux témoins ou… parcequ’ « il l’a entendu d’un vol oiseau qui vole » (TB Sota 6 31a) va au cœur du couple, transformant le grand-prêtre en conseiller conjugal… Sota ou comment revigorer un couple chancelant !

Le texte biblique, là plus que partout ailleurs ne peut être compris sans la Torah orale. Qu’est-ce que c’est que cette histoire où on laisse à D.ieu instrumentalisé dans la magie le soin de décider du sort d’une femme soupçonnée d’adultère par son mari si elle doit mourir.

Au passage on peut  se douter que le Talmud nous parle de réalités plus profondes que le simple sens littéral puisque la femme « a commis l’adultère de manière secrète »… mais qu’il « y a deux témoins »… ce qui est en toute logique impossible, ils sont témoins de quoi ?

Des détails dans la Torah nous mettent en garde contre une lecture par trop littérale. Ainsi les cheveux de la femme sont dénoués par le grand-prêtre. Quel est l’autre personne dont les cheveux sont dénoués dans la Bible ? Le lépreux. Dans l’antiquité seule les prostituées avaient les cheveux dénoués ce qui était un signe d’offrande sexuelle. Et celle-ci n’assuraient pas que les besoins « physiologiques » des hommes. L’union sexuelle avec les prostituées sacrées dans les hauts lieux (des temples cananéens) était considérée comme une union sacrée des cieux et de la terre (c’est pour cela qu’elle se faisait en haut des collines). On appelle cela une hiérogamie. On comprend pourquoi Osée reproche à Israël de s’être prostitué avec des dieux étrangers et épouse une prostituée pour montrer ce scandale :

 « Plaidez contre votre mère, car elle n’est point ma femme, et je ne suis point son mari! Qu’elle ôte de sa face ses prostitutions, et de son sein ses adultères …C’est pourquoi voici, je veux l’attirer et la conduire au désert, et je parlerai à son cœur » (Os 2, 2.16).

Bref la femme aux cheveux dénoués affaire c’est moins une affaire de sexe que d’impureté, comme la lèpre qui comme on le sait n’est pas une maladie physique mais le lashion hara qui détruit la communauté, une trahison de l’Alliance et de la paix sociale.

Il y a donc un problème pour ce monsieur et pour sa femme. Et quand il y a un blocage, la Torah à l’époque du Temple dit : « va voir le grand-prêtre pour discuter ».

Le grand-prêtre à l’époque du Temple c’est le psychologue, le pédo-psychiatre, le guérisseur par la parole, notre époque n’a rien inventé.

Voilà donc un monsieur qui se dit « C’est sûr elle regarde d’autres hommes, peut-être qu’elle me trompe… oui c’est sûr, et puis il y a des témoins… etc… ». Alors il va voir le grand prêtre : « Ma femme me trompe, il faut vérifier ! » et le cohen lui dit : « Mais c’est toi qui regarde les femmes et qui accuse ta femme de faire de même avec les hommes ! C’est la projection de ton propre désir qui te rend jaloux  à en crever » ; Voilà ce que signifie la potion d’eau et de terre du sanctuaire qui fait crever le ventre de celle qui la boit te son amant à distance.

La conclusion de Sota exprime bien que c’est la jalousie de l’homme le problème et que la femme est accessoirement concernée en réalité : « si un homme, assailli d’un esprit de jalousie, avait soupçonné sa femme »… « Cet homme sera net de toute faute, et cette femme expiera la sienne. » (Nb 5, 30-31)… on apprend à la fin que la faute de l’homme est sont yotser hara, sa jalousie qui le domine.

Les cheveux dénoués du lépreux et de la sota

On parle beaucoup de cheveux dans cette paracha : le nazir est celui qui fait vœu de ne pas se les couper sauf au cas où il croise un mort, la sota doit dénouer les siens et bien sûr le lépreux est signalé à la vue de tous par le fait qu’il a les cheveux dénoués et la tête nue (Lv 13, 45), Rachi précise : «  Il laissera pousser ses cheveux en désordre » et crie : « Impur, impur ». On parle d’ailleurs de ce lépreux en début de la paracha avant de parler de la sota.

L’Éternel parla à Moïse en ces termes: « Ordonne aux enfants d’Israël de renvoyer du camp tout individu lépreux, ou atteint de flux, ou souillé par un cadavre.  Renvoyez-les, hommes ou femmes, reléguez-les hors du camp, afin qu’ils ne souillent point ces enceintes au milieu desquelles je réside. »  Ainsi firent les enfants d’Israël: ils les renvoyèrent hors du camp. Comme l’Éternel avait parlé à Moïse, ainsi agirent les enfants d’Israël. (Nb 5, 1,4)

Nos sages ont assimilé la lèpre non pas à la maladie physique mais au lashon ‘hara. En effet, le mot Metsorah (« lèpreux ») vient du verbe Yatso « sortir » et Ra’ (mauvais). Lorsque Myriam fait du lashon hara, de la « mauvaise langue » au sujet de Moïse, sa main se couvre de lèpre et elle ne doit sa guérison qu’à ce pauvre Moïse. Cette lèpre qui sort donc de l’homme et affecte toutes ses surfaces sociales : sa peau, ses habits,  les murs de sa maison n’a pas d’origine bactérienne comme la maladie de Hansen … elle est due au Lashon ‘Hara– la « mauvaise langue », la médisance. Dans ce cas, le lépreux doit être placé « hors du camp » nous ordonne la Torah. Pourquoi ? Parce que la médisance détruit toute relation sociale. Nos sages disent : ‘‘la langue peut tuer de loin alors qu’une arme ne peut tuer que de près’’. C’est pourquoi la Torah précise que le lépreux est exclus du cercle social jusqu’à sa guérison qui sera constatée par le grand prêtre.

Je voudrais vous signaler au passage que la cérémonie qui consiste à ne pas couper les cheveux d’un enfant avant l’âge de trois ans dans le judaïsme, puis de lui couper les cheveux est  éminemment bonne psychologiquement. Elle est un signe de respect pour l’enfant. Couper les cheveux est en réalité une vraie agression pour un enfant. Le risque est une perte de l’estime de soi. Et un enfant qui grandit avec une perte de l’estime delui-même risque de se sentir dévalorisé,  démolli. Alors la tradition assume la première (rishona) coupe de cheveux (tisporéte ha séârotes, ou guézizate ha séarotes) d’un garçon quand il atteint ses trois ans (bén shaloch shanim). Les psychologues ont remarqué qu’à l’âge de 3 ans l’enfant passait un cap, de deux à trois ans c’est la période du « non », l’enfant s’oppose aux autres pour s’affirmer. Pendant cette « petite adolescence », il met à l’épreuve les règles et les limites que posent ses parents et teste leurs réactions et le suivi de la loi. Casser ce non de manière brutale détruirait la personnalité de l’enfant on attend donc que sa personnalité passe ce cap pour lui couper les cheveux. L’enfant ayant intégré la règle et la loi.  La coupe n’est  plus pour lui une « castration » destructrice de sa personnalité. Il peut commencer à apprendre et ira bientôt au Heder.

Il se joue donc plein de choses avec les cheveux…

C’est donc bien là encore le yotser hara qui est le grand fléau qu’il faut conjurer et extirper.

La bénédiction des Cohanim

Très curieusement aprés avoir parlé de toutes ces maladies liées à des dérèglemenst de la personne et de son estime de soi, à la jalousie par laquelle le yotser hara (le « mauvais penchant ») domine l’homme de son emprise, du Nazir qui veut sortir de l’ordinaire parcequ’il se méprise la Torah nous parle de la bénédiction des Cohanim que nous faisons à chaque shabbat.

Dans notre paracha Nasso comme dans la traité Sota on parle de bénédiction des cohanim, il est écrit : « כה תברכו את בני ישראל » « Voici comment vous bénirez les enfants d’Israël » (Nb  6, 2) C’est la bénédiction de cohanim.

« Parle ainsi à Aaron et à ses fils: Voici comment vous bénirez les enfants d’Israël; vous leur direz:  « Que l’Éternel te bénisse et te protège!  Que l’Éternel fasse rayonner sa face sur toi et te soit bienveillant!  Que l’Éternel dirige son regard vers toi et t’accorde la paix! »  Ils imposeront ainsi mon nom sur les enfants d’Israël, et moi je les bénirai. » (Nb 6, 23-27)

Que vient faire là cette bénédiction dans cette suite de problèmes internes à l’homme ? Tout simplement parce que QUAND IL Y A UN PROBLEME EN MOI, JE N’AI PAS LA BENEDICTION.

Ces problèmes diminuent l’homme de l’intérieur. Alors on appelle la bééndiction sur le malade, cacun de nous pour notre part : « Que l’Éternel te bénisse et te protège!  Que l’Éternel fasse rayonner sa face sur toi et te soit bienveillant!  Que l’Éternel dirige son regard vers toi et t’accorde la paix! ».

Quand quelque chose me tracasse, ou absorbe mon énergie psychique en tache de fond au point qu’un enfant n’arrive pas à se concentrer en classe parce qu’il pense à ses parents qui se disputent et qu’il s’en sent coupable, lui qui n’y est pour rien ! La bénédiction signifie le RENFORCEMENT de la personnalité de l’individu, une valorisation de son nom.  (Cf Gn 12, 2 : «  Je ferai de toi une grande nation, et je te bénirai; je rendrai ton nom grand, et tu seras une source de bénédiction (Berakah) ».)

Les rituels prononcés par le cohen à la femme soupçonnée d’adultère  peuvent être dits dans une langue compréhensible qui est celle du pays nous dit le Talmud (TB Sota 32 a), tout comme, précise le Talmud, la confession récitée la troisième et la sixième année du cycle shabbatique, les trois paragraphes du Shema du matin et du soir, la amida et les bénédictions après le repas, les serments ou les dépots.  Car la personne doit comprendre ce qui est dit.

Par contre la birkat cohanim doit être dite en hébreu, la langue sacrée, et de même les bénédictions prononcées au Temple par le Grand prêtre, etc… (TB Sota 32 a) Pourquoi ? parcequ’elle ne s’adresse qu’aux juifs.

Pourquoi les cohanim répètent-t-ils la bénédiction de l’officiant comme en écho dans la synagogue et se tournent vers l’assemblée ?

Le Talmud Sota justifie cela en disant qu’après avoir traversé le Jourdain à l’époque de Josué , à Sichem près du chêne de Moré « Six tribus sont montées au sommet du mont Guérizim, et six sur celui du mont ‘Eval Les Cohanim, les Léviim et l’arche sainte se trouvaient en bas, au milieu… Les lévites se tournèrent vers le mont Garizim et commencèrent par réciter cette bénédiction ‘‘ Béni soit l’homme qui ne fabrique pas de statues ni d’idoles de métal’’ (Déduit de Dt 27, 15)»et la colline en écho répondit « amen ».  Puis ils firent de de même en se tournant en direction du mont Eyval.  A quoi la répondit en écho : « Amen ». « Puis ils apportèrent des pierres, bâtirent l’autel, l’enduisirent de chaux et y gravèrent toutes les paroles de la Tora en soixante-dix langues » (celles qui représentent toutes les nations de la terre, soit de manières symbolique 70 nations).(TB Sota Mishna 32 a et b).

La guémara (33 a) commente que les anges du service parlent en araméen, tout comme l’ange Gabriel et que la bat qol « l’écho de la voix » parle en 70 langues. (TB 33 a).  La nature répond ainsi aux cohanim qui lancent leur bénédiction vers Israël rassemblé sur les collines, comme si elle leur venait en aide.

Et le Talmud reprend alors l’épisode d’entrée dans le pays, pour rappeler que les habitants du pays qui semblaient des géants (aux explorateurs qui se considéraient comme des sauterelles) et que les explorateurs  conclurent : « c’est un pays qui dévore ses habitants ». Puis le Talmud cite la torah : « jusqu’à ce que passe ce peuple que tu as acquis » (Ex 15, 16) le chant du triomphe sur Pharaon et ses armées à la sortie de la mer, une phrase qui fait allusion à l’entrée triomphante (on fait mieux !) de Josué en Terre Promise en la rapprochant du retour timide après soixante-dix années d’Exil en Babylonie sous la conduite d’Ezra (TB Sota 36a).

On est bien dans un récit ou des gens se sentent minables, des sauterelles face à des géants, dévalorisés, sans aucune sécurité intérieure. Et la bénédiction les reconstruit, les fortifie.

Curieux glissement qui associe l’ordalie de Sota  avec la bénédiction des cohanim. Mais il s’agit en réalité d’une même réalité psychologique. Le risque pour Israël est de se percevoir trop petit ou trop faible par rapport aux Nations par un simple raisonnement humain. Hors la puissance d’Israël (rappelons que les juifs représentent 0, 2% de la population mondiale c’est à dire presque rien, un « petit reste » comme dit Isaïe) est celle de d’Hashem. Et le risque pour Israël comme pour ces hommes qui ont vécu dans l’insécurité du désert ou de l’exil est de se rabaisser en permanence et d’avoir un regard faussé, tout comme l’époux jaloux ne voit plus les actes de sa femme mais sa propre jalousie et rien d’autre. Tout comme le Nazir qui se croit invisible et insignifiant veut dire à tout le monde qu’il existe. « Si un homme, assailli d’un esprit de jalousie, avait soupçonné sa femme: il la placera en présence du Seigneur, et le pontife lui appliquera cette règle en tout point. »(Nb 5, 30). Il s’agit de replacer toute réalité devant la justice de D. ieu et non pas devant la balance faussée des hommes.  Il est plus facile qu’on le croit de se haïr !

Les cohanim par leur bénédiction viennent rappeler à Israël que toute bénédiction vient des Cieux et non pas de la terre. Et cette bénédiction se transmet par ce petit reste faible aux Nations.

la fin du Traité Sota du Talmud témoigne d’une terreur qui voit s’effondrer un monde : le meurtre est pratiqué sans discontinuer, l’adultère aussi et des faux rabbins guident le peuple vers le ravin de l’histoire et le temple va être détruit. Voilà se résultat d’un monde sans bénédiction.

Quand les hédonistes se multiplient, la justice est pervertie, la conduite se détériore et il n’y a pas de satisfaction [pour Dieu] dans le monde. […] Lorsque l’arrogant se multiplie, les filles d’Israël ont commencé à épouser des hommes arrogants, parce que notre génération regarde seulement l’apparence extérieure. Mais il n’en est pas ainsi, et un maître a déclaré: Une personne arrogante n’est pas acceptable, même pour les membres de sa maison, comme il est dit: Un homme orgueilleux ne demeure pas à la maison (Hab 2, 5), c’est  à – dire, même dans sa propre maison! – Au début, ils dansent autour de lui, mais à la fin il leur répugne. (TB Sota 47,b)

De la même manière vous avez remarqué qu’on répète à chaque fois toute la phrase pour l’offrande de chacune des douze tribus:

Celui qui présenta le premier jour son offrande, fut Nahchôn, fils d’Amminadab, de la tribu de Juda. 13 Son offrande était: […]

Le second jour, l’offrant fut Nethanel, fils de Çouar, phylarque d’Issachar,  lequel présenta pour offrande : […]

Le troisième jour, ce fut le phylarque des enfants de Zabulon, Elïab, fils de Hêlôn. 25 Son offrande: etc…

(Nb 7, 12.18)

Pourquoi cette répétition ?

Parce que tous sont égaux. Si un homme ne se sent pas l’égal d’autrui, il se sent méprisé, diminué. Alors il se déconsidère et met en route toute une mécanique mentale qui va le faire se surestimer tout en dévalorisant les autres. Il établit en réalité un rapport faussé avec lui-même et son image et ce rapport va fausser son rapport avec les autres et toute la réalité. Porter sur ce monde un regard juste, devenir un juste, est l’œuvre d’une vie.

Je vais vous dire quelque chose qui va vous surprendre, le yotser ‘hara est aussi important pour l’homme que le yotser hatov (le « bon penchant ») pourquoi ? Parce que c’est ce qui donne du gout à la vie et fait de cette lutte une vie humaine, sensible.

Même collé à la poussière D.ieu est encore avec nous. Nous sommes vivants.

Mon âme est collée à la poussière, conserve-moi en vie, suivant ta parole. (Psaume 119, 23.25)

[1] Baba Batra s’intéresse aux questions liées à la responsabilité individuelle et aux droits des détenteurs de propriétés. Avec Bava Kamma (la « Première Porte ») et Bava Metzia (la « Porte du milieu »), il appartient à l’Ordre Nezikin. « Ordre des dommages » qui gère les préjudices.

4 commentaires sur « Nasso, guérir de ses blessures d’enfance »

  1. Didier , je viens de finir la lecture de ton commentaire sur La Dracha de Nasso
    Édifiant… On apprend tellement de choses et j’ai adoré l’angle avec lequel tu as choisi de la commenter…
    Vraiment bravo!!!

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