Choftim, « La justice, la Justice tu chercheras »

Commentaire du Rabbin Haïm Harboun et DL.

Moisson copie

« Des juges et des policiers »

La Sidra de choftim porte bien son nom, puisqu’elle traite principalement des questions de droit.

Elle débute en prescrivant la nomination de juges dans toutes les villes et la manière dont ils devront s’acquitter de leur charge : Choftim véchoterim titen lekha « Des juges et des policiers tu institueras dans toutes les villes que l’Eternel, ton Dieu te donnera selon les tributs et ils jugeront le peuple avec un jugement juste (Michpat tsédeq) ». Un ordre qui sera repris dans les versets suivants : chaque tribu devant avoir son tribunal. (Cf Paracha Matot)

A partir du moment où on institue un pouvoir judiciaire et une police qui en dépend la Sidra nous suggère que le régime politique à mettre en place est laissé à l’appréciation du peuple qui peut choisir le régime qu’il veut.

Un roi… comme tous les autres peuples

Un passage de la Sidra a piqué la curiosité  de nombreux commentateurs.

«  Lorsque tu arriveras dans le pays que l’Eternel ton Dieu te donne et que tu en auras pris possession et y seras installé, si tu dis : ‘‘Je voudrais mettre un roi à ma tête à l’exemple de tous les peuples qui m’entourent’’ tu te donneras alors un roi, celui dont  l’Eternel  ton D. approuvera le choix,  tu n’auras pas le droit de te soumettre à un étranger qui ne serait pas ton frère. »

Comment est-ce possible que la Torah puisse permettre au peuple d’Israël d’être comme les autres peuples ? C’est pratiquement la négation de tout ce que la Torah ordonne de cette sainteté, de ce particularisme qui désigne Israël pari les Nations. Cette dernière aurait pu se contenter de dire simplement : « Lorsque vous serez arrivés dans votre pays, vous mettrez un roi à votre tête ? »

Ce même thème revient dans le Premier livre de Samuel (chap. 8)  Nous y voyons le peuple venir demander un roi en employant exactement le même argument. Les Hébreux disent à Samuel : «  Donne-nous un roi qui nous gouverne comme tous les autres peuples. ».

Cette requête ne trouve pas du tout grâce aux yeux de Samuel. La réaction de celui-ci est violente, et tout à fait incompréhensible. Pour Samuel, choisir  le régime de la royauté, c’est aliéner sa liberté, c’est transformer tout un peuple en serviteurs d’un seul homme qui ne manquera pas de se conduire avec despotisme et iniquité.

Cette attitude de Samuel est contredite par la Tradition orale qui affirme :

Rabbi Yéhouda déclare: « Trois devoirs (Mitsvoth) ont été expressément  prescrits à Israël, qu’il devra accomplir en arrivant dans le pays. Ce sont la nomination d’un roi (ainsi qu’il est écrit « Tu mettras un roi à ta tête », la construction du Temple et la destruction des descendants de Amalek » (Sanh.V, 4)

S’il en est ainsi, pourquoi le peuple a-t-il été puni pour avoir demandé un roi à l’époque de Samuel ? La Tradition orale répond : parce que la demande du peuple était prématurée.

Rabbi Néhouraï dit : «  A cause de la façon inconvenante dont ils formulèrent leur demande ». Rabbi Eliézer, fils de Yossé, dit : « Les Anciens avaient formulé leur demande conformément à la Loi en disant ‘‘ Donne-nous un roi qui soit notre juge’’ mais la populace détériora la situation en clamant : nous voulons être comme tous les autres peuples»

Le Grand commentateur Abravanel donne une solution qui paraît plus rationnelle. Il écrit :

« Les contemporains de Samuel ont été réprimandés à cause de la façon  inconvenante dont ils formulèrent leur demande »  Ce passage de la Torah doit donc être, selon moi, compris ainsi : Lorsque vous aurez occupé le pays, ce serait une ingratitude de votre part d’exiger un roi dont vous n’avez nul besoin, rien que pour suivre la coutume des nations environnantes. Pendant la conquête, un roi eut été utile et vous n’en avez pas demandé et maintenant, une fois le pays conquis et que vous vous y êtes installés en paix grâce à l’aide de D., vous éprouvez soudainement le besoin d’avoir au-dessus de vous un monarque pour la seule raison que les autres peuples en ont aussi ? C’est en prévision de ce  cas que la Torah nous dit : Si, installés dans le pays, vous succombez à la tentation d’avoir un roi comme en ont les autres peuples, que ce roi soit  celui dont l’Eternel votre D. approuvera le choix. La Torah n’exige pas que l’on nomme un roi, mais si vous tenez absolument à en avoir un comme tout le monde, il faut qu’il remplisse certaines conditions, il doit être agréé par D. et ne pas être étranger. Nous trouvons de nombreuses autres prescriptions de ce genre dans la Torah, ainsi celle-ci «  Quand tu iras en guerre contre tes ennemis et que tu feras des prisonniers ? Si tu remarques dans cette prise, une femme de belle figure, qu’elle te plaise et que tu la veuille prendre pour épouse, tu l’emmèneras dans ta maison et elle se rasera la tête… » (Deutéronome 21, 10). Il est évident que la Torah ne nous commande pas d’épouser les captives. Le  seul devoir qu’elle nous impose est, si nous succombons à la tentation, de traiter cette femme avec égards. De même dans notre cas. La nomination d’un roi est considérée comme une concession aux faiblesses de la nature humaine. La Mitsva ne réside pas l’institution d’une monarchie, mais dans les conditions à remplir par celui que le peuple voudrait avoir à sa table pour suivre l’exemple des autres peuples. »

Il ressort de tout cela  que la Torah ne s’adresse pas à des hommes parfaits, elle connaît parfaitement la nature humaine. Elle cherche seulement à endiguer nos insuffisances et nos faiblesses. Quant à la nature du régime politique, la Torah n’en impose pas ; Quel que soit ce régime il faut qu’il soit conforme aux règles imposées par la Torah.

Lesquelles ?

« La justice, la Justice (tsédaqa, tsédaqa) tu poursuivras »

« Tu institueras des juges et des magistrats dans toutes les villes que l’Eternel ton D. te donnera, dans chacune de tes tribus ; et ils devront juger le peuple selon un jugement juste. (Michpat tsédeq) »

Déjà dans la sidra précédente  la mitsva de la tsédaqa était mentionnée. En effet nous avons appris qu’il fallait « se réjouir avec le guer, l’orphelin et la veuve. »

Chaque fois que la Torah évoque le problème de la tsédaqa elle lui associe le terme « michpath » – la justice. C’est ainsi qu’à propos d’Abraham Dieu dit « Si je l’ai distingué, c’est pour qu’il prescrive à ses fils et à sa maison après lui d’observer la voie de l’Eternel, en pratiquant la tsédaqa et la justice. (Gen. 18,19) on peut lire dans les psaumes «  la justice et la tsédaqa tu as institué dans Jacob » (Ps. 99,4)

Pourquoi donc notre Sidra insiste-t-elle sur ce michpath tsédéq ?

Si la justice est toujours mentionnée à côté de la tsédaqa c’est parce que là où ne règne pas la justice de justice s’insinue la présomption que la richesse n’a pas été acquise honnêtement. La pauvreté signifie parfois l’absence de justice. Il est donc indispensable que dans la société juive la justice et la tsédaqa soient pratiquées de concert. « Faire la tsédaqa » c’est en fait, rétablir la justice, rendre à la société son équilibre troublé par l’injustice. Il suffit de regarder la disparité entre les très riches et les très pauvres dans les sociétés occidentales pour le comprendre. Il suffit de regarder l’accaparement aujourd’hui de la richesse en Israël par quelques familles pour s’en apercevoir. Un psaume dit que « le hessed (l’amour) et la vérité (emet) se rencontrent, la tesaqa et le shalom s’embrassent. Une société injuste ne peut être une société de shalom.

Nos Maîtres dans le Midrach à propos du verset : Je te fiancerai à moi pour l’éternité ; tu seras ma fiancée par le tsédèq et la justice. (Osée, 2,21) précisent que l’Eternel accorde sa bonté et bienveillance en contrepartie nous devons exercer la justice et la tsédaqa. C’est le fondement du contrat passé entre l’Eternel et Israël. Chaque fois qu’Israël n’applique pas la justice-tsédaqa il transgresse le pacte qui le lie à L’Eternel. C’est pourquoi notre Sidra nous prescrit d’instituer des juges et des magistrats dans toutes nos villes qui devront « juger le peuple selon la justice », « ne pas fléchir le droit », « ne pas faire acception de personnes (favoritisme) » et ne pas « accepter de présent corrupteur » « car la corruption aveugle les yeux des sages et fausse la parole des justes (divreï tsadiqim).

« Tu institueras des juges… dans toutes tes portes »

La réalité sociale dont nous venons de parler est directement liée à la réalité psychique de l’homme.

Nos Sages disent que la structure du psychisme humain comporte sept portes : deux oreilles, deux yeux, deux trous de nez, et une bouche. C’est par ces portes que passent nos perceptions vers l’intérieur de nous-mêmes, nos sens : l’ouïe, la vue, l’odorat, le goût. C’est ainsi disent nos Sages, qu’il faut lire, le premier verset de cette Sidra Choftim véchoterim titen lékha « Tu institueras des juges… dans toutes tes portes »  autrement dit, nous devons faire attention que les sept portes dont nous disposons ne servent pas d’ouverture à l’injustice, l’iniquité, et l’abomination. Les oreilles doivent s’abstenir d’écouter de la médisance et des paroles vaines, les yeux ne pas fixer le mal, et la bouche se garder de proférer des menaces des insultes  et des mots grossiers.

Dans ce premier verset de la sidra nos Sages ont relevé le mot Lékha – à toi. Ce mot constitue une redondance inutile. Que fait-il là ? Nos sages ont dit que lorsqu’il s’agit de tsédaqa et de justice le premier pas à faire est de d’abord se donner à soi-même des juges et des magistrats. Autrement dit, chacun doit développer la maîtrise de soi et s’imposer une discipline  dans le but de pratiquer la justice et la tsédaqa. La considération des autres, le respect d’autrui, apprendre à donner et à aider le faible, imposent à chaque être d’instituer des juges et des magistrats sur lui-même.

En ce mois d’Eloul et de retour sur soi où nous reconnaissons notre Yotser Hara’, notre injustice, le mal que nous avons fait, personnellement ces paroles sont salutaires.

Quels juges et magistrats t’es-tu donnés à toi-même en cette année ?

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