Kedochim : « Ne suis pas le troupeau ! Aime ton prochain comme toi-même ! »

La derasha du rabbin Harboun à Chabbat et quelques recherches…

Qu’est-ce qu’un juif ? Quelqu’un qui ne suit pas le troupeau !

kadoshLa Paracha de Kédochim résume la vie juive. Sur 63 traités du Talmud 43 lui sont consacrées. Elle commence par la phrase fameuse : Veamarta Kedochim tiyou

« Parle à toute la communauté des enfants d’Israël et dis-leur: Soyez saints! Car je suis saint, moi l’Éternel. » (Lv 19, 2)

Et la Paracha continue Veitkadochetem viitem:

« Sanctifiez-vous et soyez saints, car je suis l’Éternel votre Dieu. » (Lv 20, 7)

Puis Ani Adonaï Mekadisherem :

« Observez mes lois et les exécutez: je suis l’Éternel qui vous sanctifie. » (Lv 20,8)

Et la Paracha se conclut ainsi Vieytem li kédochim :

« Soyez saints pour moi, car je suis saint, moi l’Éternel, et je vous ai séparés d’avec les peuples pour que vous soyez à moi. » (Lv 20, 26)

Les racines hébraïques sont composées de 3 lettres comme Kadosh : Kouf, Dalet, Shin… et le système verbal hébraïque comprend sept formes : Houfale, Hifile, Hitpaèle, Pouale, Pièle, Nifale, Paale, qui actualisent le verbe au passé, au présent au futur et à l’impératif.

Nous utilisons donc souvent ce mot Kadosh dans le Torah, la prière et les bénédictions:

  • Dans l’Exode (19, 6) l’Eternel dit: « Je vous tiendrai pour un royaume de prêtres, une nation sainte » [goy kadosh].
  • Dans le Shemoneh Esrei nous disons la parole d’Isaïe (6,3) parlant des anges devant le trône de l’Eternel dont les pieds sont un : « S’adressant l’un à l’autre, ils s’écriaient: « Saint, saint, saint (kadosh, kadosh, kadosh) est l’Eternel-Cebaot! Toute la terre est pleine de sa gloire! » »
  • Dans le kaddish commence en araméen « Itgadal veitkadash sheme Rabba… » (qu’il soit sanctifié le grand nom)
  • Le maqom de l’Eternel dans le beth hamikadash était le Kodesh akodashim le Saint des saints…
  • Dans le Kiddouch du vendredi soir et du shabbat nous nous séparons un peu du fruit de la vigne pour rapporter toute la vigne et donc la création travaillée par l’homme à l’Eternel. Nous sanctifions le temps en séparant le temps profane du sacré.

Sanctifier le temps

Si l’Eternel est le Saint c’est parce qu’il est l’Incomparable. Il ne fait pas nombre avec les plus belles choses de ce monde. Si Israël est Saint c’est parce qu’Israël ne fait pas parti du troupeau, Israël est mis à part des Nations pour être signifiant.

Fondamentalement la séparation, la sanctification est la sanctification du temps qui s’opère dans le Chabbat la plus haute des fêtes juives. Cette Paracha fait le lien entre la sanctification par les mitsvot éthiques et la sanctification du temps. Elle nous le rappelle deux fois : « Vous révèrerez votre mère et votre père et observez mes Shabbats, Je suis l’Eternel votre D-ieu » (Lv 19, 3) « Observez mes chabbats et révérez mon sanctuaire (oumiqdashi tiraou) : je suis l’Éternel. » (Lv 19, 30)

Israël a inventé un calendrier qui le sépare des nations.

La Haftarah de Kedochim confirme ce lien entre la sanctification du Nom, la particularisation signifiante d’Israël pour les Nations que l’Eternel choisit comme un symbole, et le Chabbat.

« Je leur donnai aussi mes chabbats, qui devaient être un symbole entre moi et eux, pour qu’on sût que c’est moi, l’Eternel, qui les sanctifie. Mais la maison d’Israël s’est révoltée contre moi dans le désert; ils n’ont pas suivi mes lois, ils ont méprisé mes règlements, que l’homme doit accomplir pour vivre, ils ont profané à l’excès mes chabbats, et je songeai à épancher mon courroux sur eux dans le désert pour les anéantir. Mais j’agis en considération de mon nom, pour ne pas le profaner aux yeux des nations à la vue desquelles je les avais fait sortir.» (Ez 20, 12-14)

 

La sainteté et l’antisémitisme

Je ne sais pas si vous avez remarqué mais quand on met une nouvelle vache dans un troupeau toutes les autres lu donnent des coups de corne pour jusqu’à ce qu’elle sente l’odeur du troupeau. C’est ce qui explique l’antisémitisme. Israël ne fera jamais partie du troupeau… Quelle est donc cette particularité qui nous particularise ? La Torah. Relisons quelques-uns de ces mots prononcés il y a 3000 ans… quand l’homme en Europe courait encore nu dans la forêt avec une sagaie et se protégeait des bêtes sauvages en habitant des grottes… ce qui leur donne tout leur relief.

 

Torah vemitsvot

Déjà la fin de la Paracha précédente, A’harei mot, nous prévenait : « Soyez donc fidèles à mon observance, en ne suivant aucune de ces lois infâmes qu’on a suivies avant vous, et ne vous souillez point par leur pratique: je suis l’Éternel, votre Dieu! » (Lv 18,30)

La Paracha scande en leit motiv : « Observez mes décrets ! » (Lv 19, 19) ; « Observez donc toutes mes lois et tous mes statuts, et accomplissez-les: je suis l’Éternel. » (Lv 19, 37) ; « Observez donc toutes mes lois et tous mes statuts, et les exécutez, afin qu’il ne vous rejette point, ce pays où je vous mène pour vous y établir » (Lv 20, 22). C’est donc la Torah qui sépare Israël des Nations, qui fait qu’Israël ne doit pas suivre le troupeau bêlant qui va à ses idoles, couche avec la femme d’un autre, ou sa bru ou sa belle-fille, prostitue  sa fille, ne se  lève pas devant le vieillard, se moque du sourd ou pose un obstacle devant l’aveugle, moleste l’étranger qui vient habiter dans le pays sous prétexte qu’il est faible… « ces lois infâmes qu’on a suivies avant vous ». Ces comportements qui tuent l’homme. En quoi consiste le comportement du juif, cette loi insupportable à notre  idolâtrie ordinaire à laquelle essaie de nous arracher la Torah ?

Tu ne grappilleras point dans ta vigne, et tu ne recueilleras point les grains épars de ta vigne. Abandonne-les au pauvre et à l’étranger: je suis l’Éternel votre Dieu. (Lv 19, 10)

Rachi commente en disant que D-ieu combat au coté du pauvre.

Ne commets point d’extorsion sur ton prochain, point de rapine; que le salaire du journalier ne reste point par devers toi jusqu’au lendemain. N’insulte pas un sourd, et ne place pas d’obstacle sur le chemin d’un aveugle: redoute ton Dieu! Je suis l’Éternel. (Lv 19, 14)

Rachi commente : « Il n’est ici question que d’un sourd. D’où sait-on que l’interdiction comprend tous les hommes ? Des mots : « … et n’outrage pas un prince “dans ton peuple” » (Chemoth 22, 27). Dans ce cas, pourquoi est-il ici question d’un « sourd » ? Le sourd a ceci de spécifique qu’il est en vie [malgré son infirmité]. La règle concerne donc toute personne en vie, à l’exclusion d’un mort, lequel n’est plus en vie (Torath kohanim). À celui qui est « aveugle » dans un domaine quelconque, ne donne pas un conseil qui ne lui soit pas approprié. Ne lui dis pas : « Vends ton champ et achète-toi un âne ! », pour aller ensuite l’abuser et le lui prendre (Torath kohanim). »

Vous ne volerez pas, et vous ne nierez pas et vous ne mentirez pas, […] et vous ne jurerez pas par mon nom (Lv 19, 11)

Rachi commente : « Si tu voles, un jour viendra où tu nieras, un jour viendra où tu mentiras, un jour viendra où tu jureras mensongèrement. »

Ne prévariquez point dans l’exercice de la justice; ne montre ni ménagement au faible, ni faveur au puissant: juge ton semblable avec impartialité (Lv 19, 15)

Rachi commente : « Tu n’élèveras pas la face de l’indigent Ne te dis pas : « Celui-ci est pauvre, et le riche est tenu de le nourrir ! Je vais donc lui donner raison, de sorte qu’il sera nourri dans la dignité » (Torath kohanim). Et tu ne favoriseras pas la face du grand Ne te dis pas : « Celui-ci est riche ! » ou bien : « Ses parents sont des nobles ! Comment pourrais-je lui infliger une honte et assister à son humiliation ? Cela risque de me causer du tort. » Voilà pourquoi il est écrit : « Et tu ne porteras pas faveur au grand. » Tu jugeras ton semblable avec justesse À prendre au sens littéral. Autre explication : Juge ton semblable en lui accordant un préjugé indulgent (Sanhèdrin 32a). »

Ne va point colportant le mal parmi les tiens, ne sois pas indifférent au danger de ton prochain: je suis l’Éternel. (Lv 19, 16)

Rachi commente : « Tu n’iras pas colportant. À mon avis, c’est parce que ceux qui sèment la discorde et qui profèrent des paroles de médisance se rendent tous dans les maisons des autres pour épier ce qu’ils y voient ou ce qu’ils entendent de mauvais pour aller ensuite le raconter dans la rue, que l’on dit d’eux qu’ils « vont colportant » ou qu’ils « vont espionnant » – en français médiéval : « espiement ». … Car les colporteurs ont tous l’habitude de cligner des yeux et de ne suggérer leurs calomnies que sous forme d’allusions afin que les tierces personnes qui écoutent ne comprennent pas. »

Rachi commente : « Tu ne te tiendras pas sur le sang de ton prochain En le regardant mourir, alors que tu peux le sauver, comme dans le cas d’un homme sur le point de se noyer dans une rivière ou qui est attaqué par des brigands. »

Ne hais point ton frère en ton cœur: reprends ton prochain, et tu n’assumeras pas de péché à cause de lui.  Ne te venge ni ne garde rancune aux enfants de ton peuple, mais aime ton prochain comme toi-même: je suis l’Éternel. (Lv 19, 17-18)

Rachi commente joliment : «Et tu ne porteras pas de péché sur lui Tu ne le feras pas pâlir de honte en public (‘Arkhin 16b). Tu ne te vengeras pas On lui demande de lui prêter sa faucille, et il refuse. Le lendemain, l’auteur du refus lui demande de lui prêter sa hache. « Je ne te la prêterai pas, répond-il, tout comme toi-même m’as refusé un prêt ! » C’est là de la vengeance. Et qu’est-ce que la rancune ? On lui demande de lui prêter sa hache, et il refuse. Le lendemain, l’auteur du refus lui demande de lui prêter sa faucille. « La voici, répond-il. Je ne suis pas comme toi qui ne m’as pas prêté ! » C’est là de la rancune : on conserve de la haine dans son cœur nonobstant l’absence de vengeance (Yoma 23a). »

Lève-toi à l’aspect d’une tête blanche, et honore la personne du vieillard: crains ton Dieu! Je suis l’Éternel.  Si un étranger vient séjourner avec toi, dans votre pays, ne le molestez point.  Il sera pour vous comme un de vos compatriotes, l’étranger qui séjourne avec vous, et tu l’aimeras comme toi-même, car vous avez été étrangers dans le pays d’Egypte je suis l’Éternel votre Dieu. (Lv 19, 32-35)

Rachi commente : «Vous ne le léserez pas Il s’agit de l’offense par des paroles. Ne lui dis pas : « Toi qui étais hier un païen, tu viens aujourd’hui apprendre la Tora qui a été donnée par la bouche du Tout-Puissant ! »

Aime ton prochain comme toi-même

La Paracha Kedochim rapporte « aime ton prochain comme toi-même. » (Lv 19, 18)

C’est le principe fondamental que Rabbi Akiva qualifiait de cardinal « Tu aimeras ton prochain comme toi-même : voilà le grand principe de la Torah toute entière. »

Hillel disait avant lui  disait que c’était là toute la Torah et que le reste n’en était qu’une note en bas de page :

Une autre fois, un païen se présenta devant Shammaï et lui dit: « Je suis prêt à me convertir au judaïsme, à condition que tu m’enseignes toute la Torah pendant que je me tiens sur un seul pied. » Shammaï le renvoya en le frappant à l’aide d’une règle d’arpenteur qu’il tenait dans ses mains.

Ce païen s’en vint adresser la même demande à Hillel, qui lui répondit : « Ce qui est détestable à tes yeux, ne le fais pas à autrui. C’est là toute la Torah, le reste n’est que commentaire. Maintenant, va et étudie. »

Talmud de Babylone, Shabbat 31a

 

La mitsva est sans pourquoi

Pourquoi ne pas faire du profiter de vulnérabilité d’autrui ? médire ? juger avec impartialité ? Ne pas se venger ? sanctifier le shabbat ? respecter ses parents ?… La Torah ne nous donne qu’une réponse sans raison : « Je suis L’Eternel votre D-ieu »:

« Révérez, chacun, votre mère et votre père, et observez mes sabbats: Je suis l’Éternel votre Dieu. (Lv 19, 3) ; « Ne vous adressez point aux idoles, et ne vous fabriquez point des dieux de métal: Je suis l’Éternel votre Dieu. » (Lv 19, 4) « Tu ne grappilleras point dans ta vigne, et tu ne recueilleras point les grains épars de ta vigne. Abandonne-les au pauvre et à l’étranger: je suis l’Éternel votre Dieu. » (Lv 19, 10) ; « Vous ne jurerez point par mon nom à l’appui du mensonge, ce serait profaner le nom de ton Dieu: je suis l’Éternel. » (Lv 19, 12) ; « N’insulte pas un sourd, et ne place pas d’obstacle sur le chemin d’un aveugle: redoute ton Dieu!… Je suis l’Éternel. » (Lv 19, 14) « Ne va point colportant le mal parmi les tiens, ne sois pas indifférent au danger de ton prochain… je suis l’Éternel » (Lv 19, 16). « Ne te venge ni ne garde rancune aux enfants de ton peuple, mais aime ton prochain comme toi-même: Je suis l’Éternel » (Lv 19, 18).… On a envie de dire : « Oui mais encore ? Alors ? »

Rachi commente : Je suis Hachem, votre Éloqim « Le juge qui punira et qui ne réclamera de vous rien moins que vos âmes, comme il est écrit : « Ne dépouille pas le pauvre […] car Hachem combattra leur combat » (Michlei 22, 22 et 23). »

Le « Je suis L’Eternel votre D-ieu » semble suffire et clore la conversation. L’amour de l’Eternel pour chacune de ses créatures est sans pourquoi, comme un secret de D. Il réclame seulement l’obéissance à la Loi d’amour qui n’est rien sans la prise de conscience de la finitude de l’homme, du fait qu’il est une créature et pas le dieu qu’il croit être. La mitsva est sans pourquoi.

Le Je suis Hachem signifie aussi que nous ne sommes pas seuls. Nul n’est une île. Le Chapitre II du Pirké Avot que nous lisons aujourd’hui dit « sache ce qu’il y a au-dessus de toi, un œil voit et une oreille entend, et toutes tes actions sont inscrites dans un livre ». Nous ne pouvons pas comme les gens des nations nous absoudre. Tout ce que nous faisons a une conséquence… c’est le sens du crâne qui flotte raconté par le même Pirké Avot :

Hillel aussi, voyant un jour un crâne flotter sur l’eau, s’adressa à lui : « Parce que tu as noyé, tu as été noyé ; et qui t’a noyé sera noyé à son tour. »

A la sagesse grecque qui croyait au destin, le Pirké Avot répond… Non tu es responsable de ta vie, et tu auras en ce monde et dans  l’autre la juste rétribution de tes actes, ton fils sera ce que tu en feras, ton monde ce que ta conduite en fait, tu n’es pas prisonnier du mektoub (« c’est écrit » en arabe), tu peux changer ta vie.

Aimer de toute son âme et avec ses deux coeurs

Mais comment aimer puisque  par définition nous ne sommes pas « saints ». On pourrait se dire. « Mais je ne suis pas digne d’aimer D. ». Nos sages ont commenté le : Vehahavta et adonaï bekol levavekha : « Tu aimeras le Seigneur ton D. de tout ton cœur, de tout ton âme, de toute ta force » du Chema, en remarquant que le mot levavéra comportait deux fois la lettre bet, ce qui n’est pas normal grammaticalement,  le mot de cœur (lev) comporte un seul bet-vêt.

Ils en ont tiré la conclusion que nous devions aimer avec nos deux cœurs… le bon et le mauvais.

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