Flavius Josèphe décrit la première Hannoucca en -164 vers l’an 80 à Rome

Flavius Josèphe, alias Josèphe Ben Mathatias ancien chef des insurgés juifs de Galilée en l’an 70 où il a mené la révolte contre Rome, dans  Les Antiquités juives, Livre XIII, chapitre 7, un livre écrit à Rome où il a pris de patronyme de ses protecteurs les Flaviens vers 80, décrit le combat de Judas Macchabée contre Apollonios, puis Séron; Lysias régent; la Victoire de Judas à Emmaüs, Lysias battu à Bethsoura; la Restauration du culte du Temple et l’Institution de la fête de Hanoucca en 162 avant notre ère.

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Le Kotel ce matin photo de Julien M.

 » [104] A ces nouvelles, Apollonios, gouverneur de Samarie[105], marcha contre Judas avec ses forces. Judas vint à sa rencontre, l’attaqua et tua un grand nombre d’ennemis, parmi lesquels le général Apollonios lui-même, auquel il enleva l’épée dont celui-ci se servait d’ordinaire[106] ; il en blessa un plus grand nombre et revint chargé d’un important butin provenant du pillage de leur camp. Séron, gouverneur de Cœlé-Syrie[107], ayant appris que nombre d’habitants s’étaient ralliés à Judas, et que celui-ci avait rassemblé des forces considérables pour livrer bataille et soutenir la guerre, résolut de faire une expédition contre lui ; car il convenait, pensait-il, d’essayer de châtier ceux qui transgressaient les ordres du roi. Il réunit donc toutes les troupes qu’il avait à sa disposition, et s’étant adjoint les Juifs fugitifs et renégats, marcha contre Judas ; il s’avança jusqu’à Baithora, bourg de Judée, où il campa[108]. Judas, qui s’était porté à sa rencontre dans l’intention d’en venir aux mains, vit ses soldats peu disposés au combat, à cause de leur petit nombre et de l’abstinence que venait de leur imposer un jeûne[109] ; il les encouragea en leur disant que la victoire et la supériorité sur l’ennemi ne dépendent pas du nombre, mais de la piété et de la confiance dans la divinité ; leurs pères en avaient donné la plus éclatante preuve, eux qui, combattant pour la justice et pour leurs lois et leurs enfants, avaient souvent vaincu des armées de plusieurs myriades d’hommes, car l’innocence est une grande force. Il parvint ainsi à persuader ses compagnons de mépriser le nombre de leurs adversaires et de marcher contre Séron ; il livra le combat, et mit en fuite les Syriens  leur général étant en effet tombé[110], ils se débandèrent, comme si leur salut avait résidé en lui seul. Judas les poursuivit jusqu’à la plaine, et en tua environ huit cents ; le reste se sauva du côté de la mer.

2[111]. A ces nouvelles le roi Antiochus, vivement irrité de ce qui s’était passé, réunit toutes les troupes de son royaume, leva de nombreux mercenaires dans les îles, et se prépara à envahir la Judée au commencement du printemps. Mais lorsque, après avoir payé la solde, il vit ses trésors vides et qu’il manquait d’argent (car tous les impôts n’avaient pas été payés à cause des soulèvements de certains peuples[112], et d’autre part les générosités et largesses du roi rendaient ses ressources insuffisantes), il résolut tout d’abord de marcher vers la Perse et de lever les impôts de ce pays. Il laissa à la tête des affaires un certain Lysias, qui avait beaucoup de crédit auprès de lui et [lui confia] le territoire s’étendant jusqu’aux frontières de l’Egypte et de l’Asie inférieure à partir de l’Euphrate, avec une partie des troupes et des éléphants ; il lui recommanda de veiller attentivement à l’éducation de son fils Antiochus jusqu’à son retour, et le chargea de dévaster la Judée, de réduire en esclavage les habitants, de raser Jérusalem et de faire disparaître la race juive. Ces instructions données à Lysias, le roi Antiochus partit pour la Perse, la cent quarante-septième année[113], traversa l’Euphrate, et marcha vers les satrapies du haut pays.

3[114]. Lysias choisit Ptolémée, fils de Doryménès, Nicanor et Gorgias, personnages puissants parmi les amis du roi, leur donna quarante mille hommes d’infanterie, sept mille de cavalerie, et les envoya contre la Judée. Arrivés à la ville d’Emmaüs[115], ils établirent leur camp dans la plaine. Il leur arriva encore des renforts de Syrie et de la contrée environnante, beaucoup de Juifs transfuges, et de plus des marchands qui venaient pour acheter les futurs prisonniers, apportant des entraves pour lier les captifs, de l’or et de l’argent pour       en payer le prix. Judas, quand il eut reconnu le camp et le nombre de ses adversaires[116], exhorta ses soldats au courage, leur dit de mettre en Dieu l’espoir de la victoire, et de le prier, suivant les usages de leurs pères, recouverts de cilices, en sorte que cette supplication démonstrative, dans le costume usité pour les cas de grands dangers, le persuadât de leur donner la force contre leurs ennemis. Puis, suivant la vieille coutume nationale, il les rangea sous les ordres des chiliarques et des taxiarques, et renvoya ceux qui étaient mariés depuis peu, qui avaient fait récemment fortune, dans la crainte que, trop attachés à la vie par le désir de ces jouissances, ils ne combattissent trop mollement ; il exhorta alors ses soldats en ces termes : « Jamais meilleure occasion, camarades, ne se présentera de montrer votre grandeur d’âme et votre mépris du danger aujourd’hui, en effet, si vous combattez avec ardeur, vous pouvez conquérir cette liberté, qui est précieuse à tous pour elle-même, et que nous rend encore plus désirable, à nous, le droit qu’elle nous donnera d’adorer Dieu. Les circonstances sont telles que vous pouvez ou la recouvrer et reconquérir la vie honorée et heureuse, c’est-à-dire conforme aux lois et coutumes nationales, ou, tout au contraire, si vous vous montrez lâches dans le combat, subir les pires malheurs et voir disparaître notre nation jusqu’à la racine.   Courez à l’ennemi dans ces dispositions, et sachant que, même si vous ne combattez pas, vous êtes voués à la mort, soyez persuadés que la mort pour de pareils objets, – la liberté, la patrie, les lois, la religion, – vous procurera une gloire éternelle. Préparez donc vos âmes à vous jeter sur l’ennemi demain, au point du jour. »

4[117]. Tel fut le discours de Judas pour exhorter sou armée. Les ennemis envoyèrent Gorgias avec cinq mille hommes d’infanterie et mille cavaliers pour tomber de nuit sur Judas, et Gorgias prit pour guides quelques-uns des Juifs transfuges ; le fils de Mattathias, comprenant leur plan, résolut d’attaquer lui-    même les ennemis restés dans le camp au moment où leurs forces seraient divisées. Ayant donc soupé en temps opportun, il partit laissant de nombreux feux allumés dans son camp, et marcha toute la nuit vers ceux des ennemis qui étaient campés à Emmaüs. Gorgias, ne trouvant pas les Juifs dans leur camp et supposant qu’ils s’étaient retirés dans les montagnes pour s’y cacher, résolut de partir à leur découverte. Au point du jour cependant Judas arriva en présence des ennemis restés à Emmaüs ; il n’avait que trois mille hommes mal armés, à cause de la pénurie où ils se trouvaient. Lorsqu’il vit les ennemis bien fortifiés dans un camp savamment tracé, il exhorta les siens, leur disant qu’il fallait combattre, fût-ce sans armes ; que Dieu en pareil cas avait déjà souvent donné à des vaillants, par admiration pour leur courage, la victoire sur des ennemis plus nombreux et bien armés ; puis il ordonna aux trompettes de donner le signal. Tombant alors à l’improviste sur les ennemis, il les frappa de terreur, jeta le trouble parmi eux, en tua un grand nombre qui essayaient de résister, et poursuivit le reste jusqu’à Gazara et aux plaines d’Idumée[118], à Azotos et à Iamnée ; il y eut environ trois mille morts. Judas défendit à ses soldats de chercher à faire du butin, car ils avaient encore à combattre Gorgias et ses troupes : quand ils auraient aussi triomphé de cette armée, ils pourraient alors, dit-il, piller à leur aise, puisqu’ils n’auraient plus rien à faire, ni aucun péril nouveau à redouter. Tandis qu’il haranguait ainsi ses soldats, les troupes de Gorgias virent des hauteurs la déroute des forces qu’elles avaient laissées dans le camp et l’incendie du camp lui-même, car la fumée leur apporta à distance la nouvelle des événements. Quand ils reconnurent la situation et virent les compagnons de Judas prêts à livrer bataille, les soldats de Gorgias prirent peur à leur tour et s’enfuirent. Judas, ayant ainsi vaincu sans combat les forces de Gorgias, revint s’emparer du butin, et rentra chez lui chargé d’or, d’argent, d’étoffes de pourpre ou d’hyacinthe, plein de joie et remerciant Dieu de son succès; car cette victoire ne contribua pas peu à leur rendre la liberté.

5[119]. Lysias, confondu de la défaite des troupes qu’il avait envoyées, réunit l’année suivante[120]soixante mille hommes d’élite et cinq mille cavaliers avec lesquels il envahit la Judée ; il remonta vers la montagne et campa à Bethsoura, bourg de Judée[121]. Judas avec dix mille hommes se porta à sa rencontre, et, à la vue de la multitude des ennemis, pria Dieu de combattre avec lui ; puis il attaqua l’avant-garde des ennemis, la vainquit, tua environ cinq mille hommes et jeta la terreur parmi les autres, Lysias comprit aussitôt la résolution des Juifs, prêts à mourir s’ils ne pouvaient vivre libres ; il eut peur de leur désespoir, et, sans insister, avec ce qui restait de son armée, il revint à Antioche, où il s’occupa à recruter des mercenaires et se prépara à envahir la Judée avec des forces supérieures.

6[122]. Après avoir vaincu si souvent les généraux du roi Antiochus, Judas réunit une assemblée et déclara que, à la suite de toutes les victoires que Dieu leur avait accordées, il fallait monter à Jérusalem, purifier le Temple et offrir les sacrifices ordonnés par la loi. Il se rendit donc à Jérusalem avec tout le peuple ; il trouva le Temple vide, les portes brûlées, le sanctuaire envahi par les plantes qui, par suite de l’abandon, y avaient poussé spontanément ; et couvert de confusion à la vue du Temple, il se mit à gémir avec les siens. Il choisit alors quelques-uns de ses soldats, et les chargea d’attaquer la garnison de la citadelle[123] pendant que lui-même purifierait le Temple. Il l’appropria soigneusement, y plaça de nouveaux objets sacrés, chandelier, table, autel, tout en or, suspendit de nouveau des voiles aux portes, et remit en place les portes elles-mêmes ; renversant l’autel aux sacrifices, il en construisit un nouveau, en pierres assemblées sans aucun lien de fer entre elles. Et le vingt-cinquième jour du mois de Chasleu, que les Macédoniens nomment Apellaios, le chandelier fut allumé, l’encens brûlé sur l’autel, les pains placés sur la table, un holocauste offert sur le nouvel autel aux sacrifices. Il se trouva que ces cérémonies eurent lieu le jour anniversaire de celui où les Juifs avaient changé leur culte saint pour un culte impur et adopté les mœurs des autres peuples, trois ans auparavant ; le Temple, dévasté par Antiochus, était en effet resté trois ans[124] dans cet abandon : car ces événements s’étaient passés la cent quarante-cinquième année, le vingt-cinquième jour du mois Apellaios, en la cent cinquante-troisième olympiade, et le Temple fut remis en état le même vingt-cinquième jour du mois Apellaios, la cent quarante-huitième année, en la cent cinquante-quatrième olympiade[125]. Le Temple avait été dévasté suivant la prophétie faite par Daniel quatre cent huit ans auparavant : il avait, en effet, prédit que les Macédoniens le détruiraient[126].

Les fêtes célébrées par Judas et ses concitoyens, en l’honneur du rétablissement des sacrifices dans le Temple, durèrent huit jours ; il n’omit aucune sorte de réjouissance ; il traita ses compatriotes avec de riches et magnifiques sacrifices, fit chanter des hymnes et des psaumes destinés à la fois à exalter la gloire de Dieu et à réjouir le peuple. Ils furent si heureux de pouvoir reprendre leur coutumes, et de recouvrer après un aussi long temps et d’une manière aussi inespérée la liberté de leur culte, qu’ils firent une loi pour que leurs descendants célébrassent chaque année pendant huit jours la restauration du Temple. Et depuis ce temps jusqu’aujourd’hui, nous célébrons cette fête, que nous appelons fête des Lumières, d’un nom qui lui fut, je pense, donné parce que cette liberté avait lui pour nous d’une manière inespérée[127]. Judas entoura la ville[128] d’une enceinte de murailles, construisit des tours élevées pour surveiller les incursions de l’ennemi, et y plaça des gardiens ; puis il fortifia la ville de Bethsoura, pour servir de boulevard contre les agressions de l’ennemi. »

[104] I Maccabées, 3, 10-26.

[105] Probablement le même que le μυσάρχης (μεριδάρχης ?) Apollonios de II Maccabées, 5, 24, que nous avons déjà rencontré plus haut.

[106] Josèphe a mal compris le texte de Maccabées, 3, 12 : καὶ ἦν πολεμῶν ἐν πάσας τὰς ἡμέρας  : c’est Judas qui désormais se sert constamment de l’épée d’Apollonios.

[107] Dans Maccabées, § 13, il est appelé ὁ ἄρχων τῆς δυνάμεως Συρίας.

[108] A 18 kilomètres au N.-O. de Jérusalem.

[109] Maccabées, § 17, dit simplement qu’ils étaient à jeun.

[110] Le texte de Maccabées (§ 23) ne dit pas que Séron ait péri.

[111] I Maccabées, 3, 29-37.

[112] Josèphe généralise ce qui dans Maccabées § 29 ne parait s’appliquer qu’au soulèvement de la Judée.

[113] 166-5 av. J.-C.

[114] I Maccabées, 3, 38.59. Josèphe a abrégé les scènes de deuil et amplifié les discours de Judas.

[115] Emmaüs-Nicopolis, à 3 milles à l’ouest de Jérusalem.

[116] Dans Maccabées toute la scène suivante se passe à Mispah.

[117] I Maccabées 4, 1-25.

[118] Ἰδουμαίας est la leçon de la plupart des mss. de Josèphe et de I Maccabées 4, 15 ; d’autres ont Ἰουδαίας. Gazara (Gadara des mss.) est l’ancienne Gezer (auj. Tell Djezer), à 4 milles au N. O. d’Emmaüs.

[119] I Maccabées, 4, 26-35.

[120] 165-4 av. J.-C.

[121] A 20 milles au S. de Jérusalem, sur la route d’Hébron.

[122] I Maccabées, 4, 36-54.

[123] D’après Guerre, § 39, il commença par la chasser de la ville haute (colline de l’O.) pour la refouler dans la ville basse (colline de l’E. dont faisait partie l’Acra).

 

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