Rapprochements entre les traditions et coutumes ésotériques juive et corse, le « mauvais œil »

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Amulette Corse contre le mauvais oeil (les juifs tunisiens portent le même corail)

Je voudrais ici mettre en résonance deux conceptions ésotériques corse et juive séfarades, qui, pour apparaître au premier abord comme des « superstitions » pour l’universitaire post moderne assuré d’avoir dépassé tout cela dans un vision d’hélicoptère hors sol… sont en réalité des conceptions et des pratiques de psychologie clinique étonnement modernes. Je veux parler de l’Ocjhu et du hain hara, le « mauvais œil » d’abord; et de la conception de la mort dans le mazzérisme et la Cabbale ensuite.

Je suis évidemment « situé » (Corse du sud et Alta Rocca) et pas un « expert » de ces coutumes multiformes en Corse comme dans le monde juif, mais des expériences spirituelles récentes m’ont permis d’y voir plus clair.

Le mauvais œil, regard destructeur

Le phénomène corse de signadori, les femmes qui enlèvent l’ochjiu, et pratiquent le rite de l’huile : on verse des gouttes dans un récipient d’eau posé sur la tête de la personne ou sur un linge intime, pour que se forment des « yeux », ; on répète l’opération et les prières jusqu’à ce que les yeux – ceux des jaloux qui ont mal parlé, disparaissent, … est courant et répandu en Corse.

On retrouve ce rite dans le monde juif séfarade sous le forme de ain hara : on verse du plomb fondu dans une casserole d’eau déposée sur la tête du patient en disant : « Que par ce plomb soit ôté toutes sortes de mauvais œil qui a vu, qui a observé, qui a parlé sur Untel fils de Untel ». Le plomb se solidifie, au contact de l’eau, et forme des boules ou yeux. On répète l’opération (plomb, prière, observation du pomb dans l’eau) jusqu’à ce que le plomb ne se solidifie plus de cette façon en formant des boules ou « yeux ».

Un processus d’abréaction psychique

Ces rites n’ont rien de « primitif », bien au contraire, ce sont des processus psychiques d’abréaction de la violence du groupe ; Le ain hara est en fait une visualisation du « lachion hara », la mauvaise langue destructrice qui mé-dit, qui envie et détruit une personne psychiquement et le groupe par contamination. Bien plus dangereuse qu’une rafale de balles puisqu’elle tue à très grande distance et pourrit tout (assimilé à la lèpre par un jeu de mot par le Talmud et nos Hakhamim). La personne se percevant diminuée elle va rabaisser autrui ou médire pour retrouver son intégrité et se hauteur. Ce qui contamine la société de manière virale comme une lèpre.

Abréaction car le but de ce rite (comme les sacrifices du Temple à l’époque) est de provoquer un choc émotionnel pour que le patient se libère de la tension refoulée dans son inconscient sous forme de culpabilité d’obsessions résultant d’une contrariété qui le « mine » de l’intérieur et l’obsède sans raison précise.

Que signifie « Et ceci sera la loi du Métsorâ »? Ceci sera la loi de celui qui sort un nom mauvais (propos calomnieux). [Arakhin 15b]

Myriam et Aaron parlèrent de Moché, à propos de la femme kouchite qu’il avait prise,….et voici Myriam était atteinte de « Tsara’at » (lèpre). [Les Nombres, 12, 1,10]

Moché répondit et dit : ‘Mais ils ne me croiront pas et ils n’écouteront pas ma voix,…..Il mit sa main dans son sein, il la sortit et voici sa main était lépreuse (Métsora’at). [Exode, 4, 1,6]

L’origine juive

Juive ou Corse cette conception est d’abord méditerranéenne. Elle apparaît aussi dans le monde arabe.

Mais le lachon hara est spécifiquement biblique et le mauvais œil expliqué par le Talmud depuis le début de notre ère (compiléé au VIème siècle dans les académies de Babylonie) qui nous enseigne :

« האי מאן דעייל למתא ודחיל מעינא בישא לנקוט זקפא דידא דימיניה בידא דשמאליה וזקפא דידא דשמאליה בידא דימיניה ולימא הכי אנא פלוני בר פלוני מזרעא דיוסף קאתינא דלא שלטא ביה עינא בישא שנאמר (בראשית מט, ) כב בן פורת יוסף בן פורת עלי עין וגו’ אל תקרי עלי עין אלא עולי עין ר’ יוסי בר’ חנינא אמר מהכא (בראשית מח, ) טז וידגו לרוב בקרב הארץ מה דגים שבים מים מכסים עליהם ואין עין רעה שולטת בהם אף זרעו של יוסף אין עין רעה שולטת בהם ואי דחיל מעינא בישא דיליה ליחזי אטרפא דנחיריה דשמאליה (  » ברכות נה )ב,  »

Celui qui arrive dans une ville et qui a peur du ‘mauvais œil’, qu’il prenne son pouce droit dans la main gauche et son pouce gauche dans la main droite et dise ainsi : moi untel fils de untel suis de la descendance de Yossef sur lequel le ‘mauvais œil’ n’a pas d’emprise comme il est dit (Béréchit 49, 22) : ‘Yossef est un rameau de vigne chargé de feuilles ‘ (Traduction selon l’exégèse de Nah’manide. ‘Penché sur la source’ selon Rachi) que l’on peut lire aussi par analogie sémantique ‘au dessus de l’œil’. Rabbi Yossei au nom de Rabbi ‘Hanina apporte une autre preuve par le verset (Béréchit 48, 16) : ‘Et ils se multiplieront comme les poissons à l’infini, au milieu de la terre’ qui signifie que de la même façon que les poissons de la mer sont recouverts par l’eau et que le mauvais œil n’a pas d’emprise sur eux, le mauvais œil n’a pas d’emprise sur la descendance de Yossef. Et s’il a peur de son propre mauvais œil, qu’il regarde le côté de sa narine gauche » (Traité de Brakhot 55b)

Le mauvais œil est une pression sociale qui influence l’individu et agit sur la perception que cette personne a d’elle-même. Dans des sociétés de proximité comme la Corse des villages, ou le Mellah marocain, l’interaction entre cette pression sociale et l’inconscient individuel est forcément importante et le rite délivre la personne de son propre regard et de la perception de soi enfermée dans la perception d’autrui ou limage psychique qu’il ou elle s’en fait.

Il s’agit d’un changement de perspective et de regard sur soi en revenant à la réalité :

« Le mauvais œil n’a pas d’emprise sur la descendance de Yossef. Et s’il a peur de son propre mauvais œil, qu’il regarde le côté de sa narine gauche »

Yossef c’est bien sûr le marrane qui dans un environnement hostile : la haine de ses frères,  l’esclavage, l’Egypte,  la tentation de l’épouse de son maître qui médit de lui…. construit un personnage intérieur fort. Azak ou Baroukh !

Un commentaire sur « Rapprochements entre les traditions et coutumes ésotériques juive et corse, le « mauvais œil » »

  1. Vos articles me passionnent je suis bonifacienne par mon pere et cap corsine par ma mere J’aimerais lors d’u n de v V os passages en corse que vous veniez faire une conference chez moi Cordialement

    Envoyé de mon iPhone

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