De Marrakech.


Ce Chabbat on lit Bamidbar « Dans le desert », le début du livre des Nombres :
1L’Éternel parla en ces termes à Moïse, dans le désert de Sinaï, dans la tente d’assignation, lepremier jour du second mois de la deuxième année après leur sortie du pays d’Egypte: 2″Faites le relevé de toute la communauté des enfants d’Israël, selon leurs familles et leurs maisons paternelles, au moyen d’un recensement nominal de tous les mâles, comptés par tête.
Pourquoi les compte-t-il à sortie d’Égypte alors que seulement 20% du peuple est sorti fidèle à son destin juif tandis que les autres sont restés des esclaves hébétés par 200 ans d’esclavage dans la Patrie de l’idolâtrie ?
Rachi commente à propos de ce recensement ordonné au début du Livre de Bamidbar :
Pourquoi les compte-ils après le veau d’or, puis quand sa Shekina (Présence) vient demeurer (shakan) parmi eux ? Demande Rachi.
« Par amour, [D.] les compte à chaque moment, lorsqu’ils sont sortis d’Égypte [et] lorsqu’ils sont tombés lors du péché du Veau d’or, pour connaître le nombre des rescapés et lorsqu’Il voulut faire résider Sa chékhina parmi eux… »
Le Maharal commente de son côté :
« Ainsi le peuple juif en Egypte était comme un fœtus qui se développait dans le ventre de sa mère, suite à quoi il sortit lorsque son développement fut terminé. Ainsi les enfants d’Israël grandirent et se développèrent en Egypte jusqu’à atteindre leur perfection par le nombre de 600 000 personnes ; alors ils sortirent ». (Maharal de Prague, Guévourot Achem 3)
Israël est dans le ventre de sa mère en Egypte, un endroit où l’enfant est indifférence avec sa mère. Hors pour pouvoir sanctifier, particulariser, choisir, il faut sortir du ventre de sa mère grandir et être libre.
D.ieu parle au desert car Medaber (parler) et midbar ont la même racine. Le désert est donc le lieu où D. parle.
Pourquoi D. fait-il naître Israël au désert ? « parceque dans le désert rien n’appartient à personne » dit le Talmud.
Le désert, ce espace qui n’est pas une patrie où tout est nomade et sans lieu conduit à la terre promise.
Israël n’a pas de terre, pas de Patrie, cette terra patria, « terre des pères » antique. La terre est à Dieu. Sa terre ne peut donc être que promise. De la fidélité à la Torah dépend le don de la terre. Israël la d’ailleurs perdu pendant deux millénaires ! De l’an 70 à 1967.
Mais la terre est restée dans la prière » Toi qui fait revenie ta Chekhina (présence) à Sion ». Et nous parlons enfin l’hébreu sur notre terre. Un miracle que même Hertzel n’envisagent pas. « Nous laisserons chaque communauté parler sa langue, l’allemand continuera probablement a être la principale langue pour la plupart d’entre nous » écrit-il en 1896 dans Der Judenstaat.
Il faut comprendre que erets, la « terre » que D-ieu crée au commencement du monde dans le Sefer Berechit c’est la terre d’Israël. Elle est une fiancée qui est protégée par un contrat avec Dieu, une Ketouba. Une réalité particularisée, choisie pour symboliser et signifier l’alliance de D. avec toutes les Nations. Celui qui ne connait pas cette réalité d’amour ne peut pas comprendre le lien du peuple juif avec la terre d’Israël qui fait partie de son âme.
La terre d’Israël nest pas un simple lieu geographique ou historique, elle est liée à l’existence du peuple juif.
Le Rav Kook disait dans ses Orot :
La Terre d’Israël est une pièce essentielle reliée à la nation par un lien vital, attachée par des qualités intrinsèques à sa réalité. C’est pourquoi aucune forme rationnelle de la pensée humaine ne peut appréhender la nature secrète de la sainteté de la Terre d’Israël, ni traduire dans la réalité la profondeur de l’amour qu’on lui voue. Ce n’est possible que grâce à l’esprit divin qui repose sur la nation dans son ensemble, grâce au sceau divin naturellement gravé dans l’âme d’Israël.
La terre c’est l’âme du peuple juif. Le retour d’Israël sur sa terre millénaire peut être vu comme une techouva, un retour ontologique à qui nous sommes vraiment. Et collectivement on peut la voir comme un prémice de la Rédemption.
Ce retour est inéluctable. Il fait partie de l’ordre de la création.
