
Au coeur de notre cerveau
La mémoire olfactive est la plus profonde; notre cerveau a la capacité d’associer des odeurs à des expériences passées. Contrairement à d’autres sens, l’odorat est directement relié aux zones du cerveau responsables des émotions et de la mémoire, comme l’amygdale et l’hippocampe.
Aussi l’odorat est le sens le plus spirituel dans le judaïsme car c’est celui qui fait partie de la mémoire la plus profonde. D’où la cuisine de votre maman !
Cédrat : Corsica, a terra Prumessa
Au 19ème siècle se procurer un cédrat pour Souccot en Lituanie ou en Roumanie supposait que celui-ci arrive à point et casher. Aussi les cédrats valaient une fortune et accomplir cette mitsva était un prodige chaque année incertain.
Les cédrats de Corfou ayant été déclarés non casher car greffés sur une autre espèce (La halakha appelle kilayim un mélange interdit entre deux espèces), le monde ashkénaze a dû se tourner vers des cédratiers casher.
En 1875 des maîtres reconnus et très respectés du judaïsme de Lituanie, avec à leur tête Rav Kovna, Rav Yits’haq El’hanan Spector, ainsi que le Rav Israël Salanter et Rav Chlomo Kluger, ont interdit l’utilisation des éthroguim (cédrats) de Corfoue pour encourager ceux de Corse qui étaient cashers.
Dans son Histoire illustrée de la Corse, en 1863, l’abbé Jean-Ange Galetti rapporte :
« … des Génois ont éveillé dans l’esprit des Israélites des scrupules religieux, en leur faisant croire que nos vîmes (du latin vimen, “branche flexible”) étaient produites par des plants greffés, et qu’ainsi elles ne répondaient pas aux exigences du rite hébraïque. … Un rabbin de Francfort s’est rendu en Corse, où il a pu par lui-même s’assurer que, dans une pensée de lucre, on avait induit ses coreligionnaires en erreur. »
En fournissant tout le monde ashkénaze, au XIXᵉ siècle, la Corse produisait près de 95 % de la production mondiale de cédrats, selon les estimations agricoles et commerciales de l’époque (sources : Galetti, Société d’agriculture de Bastia, rapports préfectoraux 1840–1880).
Je suis sorti de mon amnésie et suis redevenu juif en sentant la fragrance du cédrat dans la synagogue du rabbin Harboun à Vaucresson il y a 15 ans. Ce cédrat que ma grand mère de Bastia m’envoyait à chaque automne (au monastère!).
Un proverbe corse dit : « Ùn ti scurda di a filetta » – n’oublie pas la fougère ! qui signifie « n’oublie pas d’où tu viens ».
Mémoire des otages du 07 octobre et Izkor : « Souviens-toi »
Et puisqu’on parle de Yizkor (souviens-toi) la prière de ceux qui sont partis, qu’on dit à Kippour, je me permets de vous joindre le texte ce cette prière édité par le Rav Asher Marciano. Il évoque les noms des otages retenus dans le tunnels du Hamas depuis deux ans.
J’y ai écrit un petit texte page : « Antisionisme et éternité d’Israël ».
Israël est éternel, sa mémoire ne disparaitra pas car la promesse de Dieu n’est pas une parole humaine, elle est sans repentance nous ont dit nos sages.
Zatsal : זכר צדיק לברכה « Que la mémoire du Juste soit une bénédiction ».
Qu’on me permette d’évoquer ici la mémoire de Ruthy Selinger (zatsal) qui était une artiste de la mémoire. Avec son mari Shelomo ils ont joué un rôle important pour moi alors que je retrouvais ma mémoire juive. Je pense souvent à elle.

Alzheimer
Enfin si vous ne vous souvenez pas de l’odeur de la cuisine de votre maman, je vous joins une petite photo que j’ai fait dans un Ephad, où le rabbin Habbad est venu sonner le Shofar à Roch Achana pour une personne de ma famille. Ce texte m’a touché.
Souvenez nous dans vos prières de tous ces vivants qui sont notre mémoire.
Moi je ne t’oublierai pas !
Enfin dernier souvenir.
Depuis le monastère une phrase d’Isaïe ne m’a jamais abandonné.
Je l’ai reçue de Riton (Henri Gesmier) un prêtre ouvrier qui nous visitait et faisait l’accueil incognito à Fleury Merogis comme travailleur social . Il était petit avec une tête ronde et des cheveux longs. Quand les gars arrivaient en incarcération ils s’émerveillaient « Mais tout le foyer (de la Dass) est là ! ». Souvenir, souvenir.
Riton était orphelin et il répétait cette phrase d’Isaïe :
« Sion disait: L’Eternel m’a abandonné, Le Seigneur m’a oublié – Une femme oublie-t-elle l’enfant qu’elle allaite? N’a-t-elle pas pitié du fruit de ses entrailles? Quand elle l’oublierait, Moi je ne t’oublierai point. Voici, je t’ai gravée sur mes mains ! «
(Isaïe 49, 15-16)
J’ai pas oublié.

