L’île des Justes

Lettres de l’exil Séfarad : Les pogroms de 1391 par Hasdaï Crecas

En Espagne les émeutes antijuives ont commencé en 1391 un siècle avant l’exil de 1492. Ces émeutes signèrent la fin du brillant judaïsme arabo-ibérique.

On parle beaucoup de Sefarad (l’Espagne) mais dehors du « RAMBAM » (Rabbi Moché Ben Maimon dit Maïmonide-12e siècle, Cordoue-Fès-le Caire) et du RAMBAN (Rabbi Moché Ben Nahman dit nahmanide, Gérone- Jérusalem ?) les penseurs séfarades sont des quasis inconnus pour la culture occidentale.

Gérone-Didier Long

Gérone – photo DL

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Ces auteurs sont les légataires directs des géonim babyloniens comme Rabbi Saadia ben Yosseph Gaon Soura (Egypte 9ème siècle, Babylonie 10ème siècle) dit Saadia Gaon qui assurèrent la survie du judaïsme rabbinique babylonien face à la conquête et l’assimilation arabo-musulmane et les maîtres du judaïsme arabo-andalou dont Maïmonide sera un des légataires incontesté.

Les plus importants penseurs, décisionnaires commentateurs de la Torah, poètes séfarades, étaient des rationalistes. Ils étaient tous de grands savants dans les sciences profanes de leur époque (médecine, astronomie…) en même temps que des philosophes de langue arabe puisant à travers les penseurs arables chez les grecs… Ils sont aujourd’hui de quasi inconnus. Ils considéraient le Talmud et le midrach comme la base de toute l’étude juive et, en dehors d’un Nahmanide, envisagent la kabbale comme une note en bas de page des tannaim, amoraim et autres guéonim…

Sage juif

Le simple fait que le considérable « Livre de la splendeur » (Zohar) de milliers de pages, puisse avoir été écrit en araméen en plein 13ème siècle par Moïse de Léon en araméen à la manière de de la guemara imitant des maîtres du premier siècle, ce dont sa propre femme n’ignorait pas le fait ! dit la familiarité avec le talmud et les midrachim et le puits de mémoire et de sagesse que ces gens étaient. Le retour opéra par un Rabbi Yehouda Levaï ben Betzalel dit le MAHARAL de Prague (17ème siècle) au midrach, alors que sa structure de pensée doit aussi à la kabbale sans qu’il le revendique ou en cite les écrits, en dit long sur la filiation avec la source arabo-andalouse et sur ce que le judaïsme moderne lui doit.

Juif Gérone

Le juif Salomon Vidal, Musée de Gérone, photo DL

Ces esprits sont donc d’une puissance inégalée et on ne trouve après eux qu’un Maharal de Prague qui admet sa filiation pour se hisser à leur hauteur. Au-delà des aléas de l’histoire et de notre long voyage en galout que l’Éternel semble bien avoir inscrit dans la structure même de l’être comme nous en a averti le Maharal (Guevourot AChem), nous devons absolument retourner à ces sources si nous voulons aujourd’hui juste comprendre les premiers mots de notre propre tradition juive.

Qui connait :

  • Rabbi Itsh’ak Elafassi surnommé le « RIF » au 11ème siècle,
  • Bah’ya ibn Pakouda dit Rabbenou Bahya (« notre maître Bahya ») au 11ème siècle, le chantre des « Devoirs du Cœur » (Hovot ha-lev) face à une génération engluée dans le matériel et la piété de routine et ce qu’il appelle « les devoirs à accomplir par les parties du corps » (Hovot ha-evarim)…,
  • Shmouel HaLevi ben Yosseph HaNaggid, grammairien, rabbin andalou et vizir et chef des armées d’un royaume d’Al Andalus qui mène la guerre et y écrit des poèmes magnifiques,
  • Plus connu ( ?) Yehoudda Halévy l’homme aux 800 poèmes au 11ème siècle le chantre de Sion et l’auteur du Kouzari,
  • Et bien sûr Benjamin de Tudèle, qui parcourut tout le monde juif de son temps au 12ème siècle et que notre maître le Rav Haïm Harboun a suivi d’un livre dans ses pérégrinations,
  • Ibn Tibon et sa famille aux 12ème et 13ème siècles rabbins provençaux traducteurs en hébreu d’ouvrages philosophiques gréco-arabes,
  • Rabbi Chelomo Ben Aderet dit « RACHBA » au XIVème siècle, Rabbénou Nissim, dit le « RAN » au 14ème siècle… ?
  • Qui connait le Or Hachem de Hasdaï Crescas ? un des plus puissants penseurs juifs de la fin du Moyen Âge, lié à la cour du roi d’Aragon et grand rabbin de la communauté de Saragosse au 14ème siècle ? Cet homme assistera aux grands massacres de juifs de 1391 et y perdra son propre fils à Barcelone. La reconquista s’est faire aux cris de « morts aux juifs ». Crescas écrit alors une lettre à la communauté des juifs d’Avignon pour raconter en détail ce qui s’était passé.

Les massacres contre les juifs de Séville le 4 juin 1391. Ils se sont propagés  dans la vallée du Guadalquivir : à Cordoue, Andújar, Montoro, Jaén, Úbeda, Baeza… et ensuite de la Meseta Sud : Villa-Real — aujourd’hui Ciudad Real —, Cuenca, Huete, Escalona, Madrid, Tolède (18 juin), et à d’autres zones castillanes : Logroño (12 août) et de la couronne d’Aragon : Valence (le 9 juillet), Orihuela, Xàtiva. Le massacres atteignent leur aproxysme à Barcelone, (5 août) puis continuent à Lérida (13 août). A Palma de Majorque le 2 août.

 

Nombre de réfugiés juifs fuient en Afrique du Nord après les massacres qui inaugurent le phénomène marrane.

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Hasdaï Crescas qui perd son fils le 09 juillet 1391 dans le pogrom de Valence écrit à la communauté juive d’Avignon :

« En ce jour amer de Roch ‘hodech Tamouz 5151 [été 1391], Dieu banda l`arc de l’ennemi contre la communauté de Séville où habitaient sept ou huit mille familles juives. Ils mirent le feu à ses portes et en assassinèrent un grand nombre ; cependant que la plupart étaient convertis au christianisme et que d`autres, en particulier des femmes et des enfants, étaient vendus comme esclaves aux arabes ; et les quartiers juifs devinrent déserts. Beaucoup périrent en martyre, beaucoup d’autres transgressèrent l`alliance sacrée. De Séville, l’incendie se propagea et anéantit tous les cèdres du Liban des communautés de Cordoue. Là aussi beaucoup abdiquèrent leur foi et la communauté fut anéantie.

Le 17 du mois de Tamouz fut un jour de douleur et de sanction, un jour plein de souffrances. La colère de Dieu s’enflamma contre la communauté de Tolède, source de la Torah et de la parole de Dieu. Cohanim et prophètes furent massacrés dans le temple de Dieu, les Rabbanim périrent publiquement en martyre, la noble descendance de Rabbi Acher ben Yih’iel [Roch], ainsi que leurs fils et leurs disciples. Là aussi beaucoup de ceux qui ne purent se défendre acceptèrent la conversion.

Le 7 du mois de Av, Dieu éradiqua sans pitié la communauté de Valence en laquelle vivaient environ mille familles. Près de 250 personnes y périrent en martyre tandis que les survivants fuyaient vers les collines, mais peu en réchappèrent et la plupart furent convertis. La plaie se répandit ensuite aux communautés de Majorque dans les îles de la mer. Le jour de Roch ‘Odech Eloul, des intrus pénétrèrent dans le quartier juif et le violèrent et le mirent au pillage et l’abandonnèrent comme une coquille vide. 300 personnes y périrent en martyre tandis que 800 autres fuyaient dans la tour du roi et que le reste subissait la conversion. Le Chabbat suivant, la colère de Dieu se déversa comme le feu, profanant son temple et violentant la couronne de sa Torah – la communauté de Barcelone –  qui fut percée et ce jour et compta 250 morts. Tout le reste de la communauté trouva refuge dans la tour alors que les ennemis, mettaient à sac toutes les rues juives et incendiaient certaines d’entre elles. La main du Gouverneur n’eut pas l’avantage mais il s’efforça de les sauver de toute sa puissance ; il fit apporter aux juifs qui se trouvaient là du pain et de l’eau, et opéra une sortie pour capturer les brigands. Alors la masse des simples gens rugit et se dressa contre les gouverneurs, et ils combattirent les juifs réfugiés dans la tour, armés d’arcs et de catapultes. Ils les frappèrent et les battirent dans la tour. Beaucoup périrent en martyre, parmi eux mon fils unique, une brebis innocente. Je l’ai offert tel un holocauste, j’accepterai le verdict et me consolerai en sachant la bonté de son destin et la félicité de son sort. Beaucoup d’entre eux se suicidèrent, certains en se jetant du haut de la tour et ils étaient déjà déchiquetés avant même d’avoir parcouru la moitié de leur chute. Quelques-uns abandonnèrent la tour et périrent en martyre dans la rue. Tous les autres furent convertis au christianisme, hormis quelques-uns qui s’enfuirent vers les villes aux alentours, si peu nombreux qu’un enfant les compterait mais de grands hommes. A cause de nos fautes, il n’existe plus un seul être humain aujourd’hui à Barcelone qui puisse être qualifié de juif. De même, dans la ville de Lérida, beaucoup périrent, le reste fut converti, seuls quelques juifs s’échappèrent.

A Gérone, où l’érudition et l’humilité s’étaient jointes en un seul lieu, les Rabbanim périrent publiquement en martyre. Seuls quelques-uns acceptèrent la conversion, la plupart trouvèrent refuge dans les maisons des habitants de la ville. Ils sont enfermés aujourd’hui dans la forteresse.

En fin de compte, dans le royaume de Valence, il ne reste plus aucun juif hormis dans la ville de Murviedro (Sagonte).

Dans la province de Catalogne, il ne reste plus aucun juif, hormis le peu qui échappèrent au massacre dans les villes alentours et ailleurs. Quant à nous ici, dans les villes d`Aragon il ne s’est produit ni brèche ni violence. Par la bonté divine toutes nos communautés sont rescapées ; mais malgré tous nos efforts, après la dispersion de nos biens, il ne nous reste rien d’autre que nos corps. Nos cœurs sont pleins de frayeur et nos yeux sont levés vers le ciel afin qu’il soit miséricordieux, qu`il guérisse nos blessures et nous aide à ne pas défaillir. »

(Rav Hasdaï Crescas, extrait de sa Lettre à la communauté d ‘Avignon traduite par Eric Slimévitch dans Lumière de l’Éternel, Hermann 2010).

 

 

Massé Berechit / Massé Merkaba

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Abraham et les anges, participant au Maassé Merkaba selon le Midrach.

La mystique juive nous parle du Maassé Berechit- « l’oeuvre de création », qui est associée  au Maassé Merkaba-« l’oeuvre du char ». On retrouve cette association dans le El Adon (D-ieu de la Création) de la prière du matin : « Shevach notnim lo kol tzevah marom. Tiferet u’gedulah serafim ve’ofanim ve’chayot hakodesh. » Ces termes de la mystique biblique et talmudique primitive ne décrivent les cieux mais sont en fait une description de la profondeur de la psychologie humaine comme nous l’avons appris du Rav Harboun.

L’ange de la dispersion et le Maassé Merkaba

« L’Éternel-Dieu dit : « Voici l’homme devenu comme l’un de nous, en ce qu’il connait le bien et le mal. Et maintenant, il pourrait étendre sa main et cueillir aussi du fruit de l’arbre de vie; il en mangerait, et vivrait à jamais. » Et l’Éternel-Dieu le renvoya du jardin d’Éden, pour cultiver la terre d’où il avait été tiré. Ayant chassé l’homme, il posta (vayachéken) en avant du jardin d’Éden les chérubins, avec la lame de l’épée flamboyante, pour garder les abords de l’arbre de vie. » (Gn 3, 22-24)

Ce dernier acte après la chute est difficilement compréhensible :

  • Si le Maassé Beréchit (l’acte de création) décrit l’émergence de l’homme dans le gan eden (le jardin de son humanité !), pourquoi Adam devrait-il quitter ce jardin béni après sa désobéissance, Dieu ne serait-il pas assez grand pour qu’il fasse téchouva quelle que soit la faute du couple ?
  • Pourquoi Adam connaîtrait désormais le bien et le mal comme l’Eternel lui-même ?
  • Pourquoi l’« arbre de vie » lui est-il désormais interdit et l’entrée gardée par les keroubim (chérubins) ?
  • Que signifie cet arbre de « vie » ?
  • Pourquoi les kéroubim qui sont des lions ailés à tête d’homme, sorte d’anges qu’on trouvait en sculpture sur les temples en Babylonie et qu’on retrouve sur l’Arche d’alliance dans le Livre de l’Exode (Ex 25, 18-22) se retrouvent-ici ?
  • Pourquoi tiennent-ils une l’épée (laat) « flamboyante » ou plutôt « tournante » ?

Il faut probablement éclairer ce texte par un autre, son antithèse pour comprendre la clé de ce paradoxe. On ne peut en effet comprendre le massé beréchit qu’à la lumière de son opposé : le Maassé Merkaba – « l’œuvre du Char ». Le problème est que le texte qui éclaire la Genèse est encore plus mystérieux que celui de la Genèse.

Le prophète Ezéchiel commence son livre en nous rapportant qu’il se « trouvait avec les exilés près du fleuve de Kebar », en Babylonie donc à l’époque de l’exil suite au siège de Jérusalem et à la destruction du premier temple en l’an – 586, et il nous dit : « le ciel s’ouvrit et je vis des apparitions divines » (Ez 1, 1)

Suit une description assez étrange de sa vision :

« Or, je vis soudain un vent de tempête venant du Nord, un grand nuage et un feu tourbillonnant avec un rayonnement tout autour, et au centre, au centre du feu, quelque chose comme le hachmal. Et au milieu l’image de quatre Haïot (vivants); et voici leur aspect, elles avaient figure humaine. Chacune avait quatre visages et chacune quatre ailes. Leurs pieds étaient des pieds droits ; la plante de leurs pieds était comme celle d’un veau et ils étincelaient comme de l’airain poli. Et des mains d’hommes apparaissaient sous leurs ailes des quatre côtés ; et les quatre avaient leurs visages et leurs ailes. Quant à la forme de leurs visages, elles avaient toutes quatre une face d’homme et à droite une face de lion, toutes quatre une face de taureau à gauche et toutes quatre une face d’aigle. Et leurs faces et leurs ailes étaient déployées vers le haut ; elles en avaient deux jointes ensemble, et deux recouvraient leur corps. Chacune allait droit devant elle ; du côté où l’esprit dirigeait leur marche, elles allaient, sans se détourner dans leur vol. Quant à l’aspect des Haïot, elles apparaissaient comme des charbons en feu, incandescents, comme des flambeaux ; un feu circulait entre les Haïot, et ce feu avait un rayonnement et du feu sortaient des éclairs. Et les Haïot allaient et venaient, tel l’éclair.

Et je regardais les Haïot, et voici qu’il y avait une roue (ofan) à terre, près des Haïot, vers leurs quatre faces. L’aspect des roues (ofanim) et leur structure ressemblaient au Tarchich; toutes quatre avaient même forme; et pour leur aspect et leur structure, c’était comme si une des roues était encastrée dans l’autre. Elles allaient de leurs quatre côtés, quand elles se mouvaient, sans se retourner dans leur marche. Leurs jantes étaient d’une hauteur redoutable et toutes quatre avaient leurs jantes pleines d’yeux tout autour. Et quand les Haïot marchaient, les roues avançaient aussi avec elles, et quand les Haïot s’élevaient de terre, les roues s’élevaient aussi. Où l’esprit voulait aller, elles allaient, et les roues s’élevaient dans le même sens qu’elles, car l’esprit de la Haïa était dans les roues. […]

Puis, il y eut une voix au-dessus du firmament qui dominait leur tête: quand ils s’arrêtaient, leurs ailes pendaient immobiles. Et par-dessus le firmament qui dominait leur tête, il y avait comme une apparence de pierre de saphir, une forme de trône, et sur cette forme de trône une forme ayant apparence humaine par-dessus. Et je vis comme un hachmal, comme une sorte de feu entouré d’un réceptacle, depuis ce qui semblait ses reins jusqu’en haut; et depuis ce qui semblait ses reins jusqu’en bas, je vis comme un feu avec un rayonnement tout autour. » (Ez 1, 1-27)

Le chariot décrit ici, surmonté de quatre figures humaines ailées, et surtout vivantes – les haïot, des chérubins dorés – ces animaux (v7) à face d’homme du proche orient ancien, tournées vers les 4 horizons, c’est à dire toute la surface de la terre… avance venant du nord, porté par des roues elles-mêmes vivantes, qui font corps avec lui. Le hachmal (un mot qui signifie « énergie, puissance », « électricité » en hébreu moderne) est au milieu surmonté par une voix céleste.

Il est bien clair que la description qu’on trouve ici fait écho à l’arche d’alliance portée par les lévites au désert et aux chérubins d’or ailés qui la surplombent et entre lesquels se tient la Gloire de Dieu.

Tout le livre d’Ezechiel est structuré par la Gloire (kavod) en exil au fleuve Kebar, quand elle quitte le Temple (Ch 8 à 11) puis le réintègre (43, 1-12 ; 44, 2. 4). La vision répond à la question : comment être « vu par Dieu » au Temple lors des trois fêtes de pèlerinage annuel alors que désormais celui-ci n’existe plus ? Sa disparition signifie-t-elle la fin du Dieu d’Israël ?

Un autre texte du Premier livre des Chroniques confirme cette assimilation du chariot d’Ezéchiel à l’arche. Quand David décrit le plan du Temple futur, il décrit l’arche sous le nom de « char ». Un passage qui relie directement le Char à l’arche et aux chérubins.

« « Ecoutez-moi, mes frères, mon peuple! J’avais à cœur, moi, de bâtir une résidence stable pour l’arche d’alliance de l’Eternel et le marche-pied de notre Dieu, et j’avais fait des préparatifs pour cette construction ». Mais Dieu m’a dit: « Ce n’est pas toi qui bâtiras une maison en l’honneur de mon nom, car tu es un homme de guerre, et tu as répandu du sang! » […] [Il remit] aussi le plan du char, des chérubins d’or ayant les ailes étendues et recouvrant l’arche d’alliance du Seigneur » (1Ch 28, 2-3. 18)

Israël en exil privé de son Temple médite sur cette arche qui était dans le saint de saints de son Temple (1 Rois 8, 1–8) désormais détruit. Cette absence lui pose la question du lieu de la Chékhina (de chakan, « demeurer »), de la présence de Dieu qui résidait dans le Saint des Saints, le Lieu. Le mot chakan, un mot qu’on retrouve dans le texte racontant l’expulsion du jardin d’Eden : « il posta (vayachéken) en avant du jardin d’Éden les chérubins ». Et la conclusion des prophètes de l’exil est que la Shékina « git dans la poussière » et que l’arche accompagne Israël en Exil. C’est le symbolisme du chariot entouré de Kéroubim.

La visite de Dieu à Abraham (Gn 18) lui montrera, selon le Midrach (Beréchit Rabba 82, 6) qu’il fait partie du Maassé Merkaba. Dieu lui apparaitra en mérite de la pureté de ses actions généreuses. Sa tente deviendra la résidence de la Chékhina.

De quelle nature est la « gloire » qu’on trouve sur le chariot entre les chérubins et qui ressemble étrangement au glaive de feu tournoyant tenu par le chérubin à la porte du jardin d’Eden, « à l’orient » justement puisque c’est vers cette direction qu’ont été déportés les exilés par les Babyloniens… et que la Gloire reviendra dans le Temple (Ez 43, 4)

Le Yalkout Chimoni sur Ezéchiel explique ce qu’est un hachmal :

« Qu’est-ce qu’un ‘hachmal’ ? Rabbi Yéhouda décompose en ech et amar « puissance de feu qui parle ». Et dans la Michna on a enseigné : « parfois silencieux (‘hach) parfois parlant (mal). Quand la parole jaillit du Tout Puissant, elles (les puissances) se taisent; quand la parole ne jaillit pas du Tout Puissant, elles parlent. »

Le Chabbat a permis en Babylonie de construire un sanctuaire dans le temps qui permet de sortir des tâches de la semaines symbolisées par les taches servant à construire le tabernacle au désert. Ce saint des saints dans le temps permet grâce au septième jour de sanctifier les six autres jours profanes (massé berechit). De la même manière, le Massé Merkaba fonctionne comme l’arche du saint des saints accompagnant Israël au désert et étendant la Chékhina au monde entier. Le Talmud dit que le chabbat, qui permet de retrouver son âme, « sauve de l’exil » :

« Rav Naḥman Bar Yitz Yak a déclaré : Celui qui se régale (de chabbat) est sauvé de l’oppression de l’exil. Car il est écrit ici (à propos de Chabbat) : ‘‘Et je vous ferai monter sur les hauteurs (bamotei) du monde’’ (Is 58,14), et il est écrit: ‘‘Heureux es-tu Israël, qui te ressemble ? Une nation rachetée par Dieu, le bouclier qui vous aide et l’épée de votre triomphe. Vos ennemis tenteront de vous vaincre et vous piétinerez leurs hauts lieux (bamoteimo)’’(Dt 33, 29). Rav Yehuda a déclaré que Rav avait déclaré : Tous ceux qui aiment le Shabbat, Dieu leur accorde les désirs de leur coeur, comme il est dit : « Et vous vous régalerez de Dieu et Il vous accordera les désirs de votre coeur » (Ps 37, 4). Ce plaisir je ne sais pas ce que c’est. Quand il dit: ‘‘Et vous appellerez le Chabbat plaisir (oneg)’’, ce plaisir c’est le Shabbat.» (TB Chabbat 118b)

Le chabbat est l’héritage de Jacob est l’héritage de Jacob « au sujet duquel il est écrit, ‘‘et tu t’étendras à l’ouest, à l’est, au nord et au sud” (Gn 28, 14). Il n’y a pas de limites pour la portion de Jacob. » (TB Chabbat 118b).

Les quatre vivants d’Ezéchiel sont tournés vers les quatre horizons et remplissent l’univers non seulement sur toute sa surface mais aussi de haut en bas. Bref, la Gloire de Dieu remplit tout l’espace, tout l’univers. Ce passage est explicité de manière allusive dans le traité Haguigua quand il parle du Maasé Merkaba et fait allusion à un Adam ‘cosmique’ qui remplit l’univers avant le péché.

L’Adam cosmique

« Rav Yehuda dit que Rav dit : Adam, le premier homme, s’étendait d’un bout du monde à l’autre, ainsi qu’il est écrit: ‘‘Depuis le jour où Dieu a créé l’homme sur la terre et d’un bout du ciel à l’autre’’ (Dt 4, 32 ), ce qui signifie que le jour où Adam a été créé, il couvrait d’un bout des cieux à l’autre. Une fois qu’Adam a péché, le Saint, béni soit-il, a posé sa main sur lui et l’a diminué, comme il est écrit : ‘‘Tu me devances et me poursuis tu m’enserres tu as posé ta main sur moi’’ (Ps 139, 5), Adam a d’abord parlé « derrière et avant », ce qui signifie partout, puis Dieu a posé sa main sur lui et l’a diminué. (TB Sanhédrin 38b)

Rabbi Elazar dit: ‘‘Adam, le premier homme, fut à la hauteur du sol jusqu’à son firmament, ainsi qu’il est énoncé:« Depuis le jour où Dieu a créé l’homme sur la terre, et d’un bout du ciel à l’autre.’’ Adam se leva. “Sur la terre” et s’est levé jusqu’au bout des cieux. Une fois qu’Adam a péché, le Saint, béni soit-il, pose sa main sur lui et le diminue, comme il est écrit: « Tu me devance et me poursuis tu m’enserres tu as posé ta main sur moi  » Ces versets se contredisent. La première interprétation est que sa taille allait d’un bout du monde à l’autre et la seconde interprétation est qu’il allait de la terre jusqu’au ciel. L’un et l’autre valent : d’un bout du monde à l’autre et de la terre jusqu’au ciel, sont une seule mesure, c’est-à-dire la même distance. » (TB Sanhédrin 38b)

La mystique juive s’emparera de ce thème dans le Chiour Koma (mesure du corps de Dieu), la partie des plus anthropomorphiques du Zohar au Moyen Age pour en exalter l’immensité extatique par des mesures incommensurables et des combinaisons littérales et numériques.

Mais cet Adam cosmique hypostasié dans la figure du Métatron, un ange suprême envoyé par Dieu pour guider Israël au désert (Ex 23, 20) sorte de démiurge est déjà présent chez le Midrach et le Talmud… (TB Sanhédrin 38b). Elicha Ben Abouya sombrera dans l’hérésie en contemplant le Métatron. Il finira par croire qu’il y a deux divinités dans le ciel (TB Haguiga 14a). On peut penser qu’il fleurtait avec les thèses des minim de la 19ème « bénédiction », des chrétiens ou des juifs hellénisés.

Le traité Haguiga poursuit sa description de l’Adam cosmique en disant que Dieu a montré à Adam chaque génération d’étudiants en Torah jusqu’à Rabbi Akiba…

« Reish Lakish dit: Quel est le sens de ce qui est écrit: « Ceci est le livre des générations d’Adam » ( Gn 5, 1 ) ? Ce verset enseigne que le Saint, béni soit-Il, a montré à Adam chaque génération et ses interprètes de la Torah, chaque génération et ses sages. » (TB Sanhédrin 38b)

Bref l’exil d’Adam du jardin d’Eden dont parle le Maassé Beréchit c’est l’humanité toute entière répandue sur toute la terre du début à la fin de l’histoire, Adam est l’archétype de l’humanité en route, une humanité que Dieu n’abandonne pas dans son exil comme le montre le Maassé Merkaba. Et l’arbre de vie dont il est ici question donne naissance aux hayot, à l’Humanité vivante d’une vie sans fin, traversant l’histoire du monde comme le peuple au désert, accompagnée par le Shékina « dans la poussière » transférée du saint des saints à toute la terre, c’est-à-dire à toute les Nations. C’est le paradoxe de l’Exil : sans l’Exil les Nations ne connaitraient pas l’Eternel. Et pourtant l’exil détruit Israël.

Massé Beréchit / Massé Merkaba, structuration du psychisme humain

Le judaïsme se méfie de la mystique quand elle prétend être un dépassement des mitsvot ou du Talmud et plus simplement quand elle s’affranchit de la raison. C’est le cas de l’œuvre du Char.

« On n’enseigne pas les lois des unions interdites devant trois étudiants, ni l’oeuvre du Commencement devant deux, ni l’oeuvre du Char, fût-ce à un étudiant, à moins qu’il soit sage et comprenne de lui-même. » (TB Haguiga 2a).

Mais on doit pousser plus loin cette analyse. Jusque dans ses conséquences psychiques les plus profondes. Le Maassé Beréchit, m’a dit le Rav Haïm Harboun :

« … représente la terre d’Israël, le Massé Merkaba c’est le juif en galout (dispersion, exil, diaspora).
En terre d’Israël le juif vit sous les ailes de la Providence, il est protégé, il est construit dans son identité, il est fortifié par la bénédiction. Mais quand le juif part en galout, il perd son identité, il est dispersé, fragmenté, il souffre.
Le mot Galout nous dit le Maharal est composée de la racine : guimel, lamed, hé, qui donne le verbe galé : « découvrir » (ani mégalé : « je découvre »).
Le juif en diaspora « découvre » son vrai caractère, il se connait. « La galout mange les juifs » dit le proverbe talmudique. En galout le juif voit su ses convictions sont solides. Dans l’exil le peuple juif perd son intériorité mais il connait « le bien et le mal » dont il ignorait tout jusque-là.
Celui qui n’est pas passé par la galout n’a jamais souffert il ne peut pas comprendre quelqu’un qui souffre. »

Nous sommes à la fois des psychismes en miettes, dispersés, incapables de recueil et d’accueil, physiquement en galout, en diaspora, dispersés dans le monde de la duplicité. Fracture mentale, fracture sociale, fracture spirituelle donc. Mais nous possédons en nous en même temps au plus profond de nous l’image de Dieu, un principe d’Unitude qui nous appelle à l’unité intérieure.

Les deux mots galout (exil) et guéoula (rédemption) ne diffèrent que par une lettre nous dit le Maharal de Prague. Ils contiennent tous les deux les lettres guimel et lamed, mais galout contient la lettre hé. De valeur 4 comme les quatre dimensions de l’univers. Le mot guéoula contient les lettres guimel – aleph – lamed. La lettre aleph étant la première lettre, celle de l’intériorité, du retour à l’unité. Israël est l’aleph des nations qui va leur rendre leur intériorité, les relier.

Exil et Rédemption sont les deux faces d’une même réalité ontologique qui traverse l’âme humaine. Sans l’exil, Israël ne pourrait se répandre parmi les nations pour accomplir sa mission et en même temps cet exil exige sa techouva, son « retour » vers sa terre qui n’est rien d’autre que son gan eden.

L’Exil du gan Eden, l’exil d’Israël de sa terre lui fait « découvrir » son moi profond, l’expose à la violence, sa propre violence désormais froidement lisible, fratricide.

L’antisémitisme ou l’envers du désir d’exister

antisemitismL’antisémitisme a un peu plus de 3000 ans, c’est-à-dire l’âge du peuple juif, et il ne s’arrêtera pas. Pourquoi ? Parce que les antisémites de tous poils ne négocient pas avec Israël ou avec des juifs réels mais avec un juif imaginaire qui n’est que l’envers de la frustration de leur désir d’exister. L’antisémitisme est une histoire d’égo frustré, de conscience sociale ou religieuse humiliée.

Les antisémites de tous poils se contrefichent bien du sort des palestiniens, d’Israël ou des juifs du 93 sans le sou, de tous les juifs réels qui vivent des petites vies en essayant d’apporter leur pierre à l’édifice de la civilisation humaine par l’éducation de leurs enfants, l’étude et la prière puisqu’ils utilisent le juif imaginaire pour combler leur déficit à être.

La haine des juifs est la réponse à l’angoisse existentielle humaine. Elle a déjà une longue histoire. Lire la suite de « L’antisémitisme ou l’envers du désir d’exister »

« Le message de Jésus, Vérités et manipulations » dans Le Monde des Religion

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20181025_213744ICI UNE VERSION PLUS DÉTAILLÉE DE L’ARTICLE :

Quelle est votre méthode pour tenter de remonter au « Jésus historique » ? 

Ma méthode pour remonter, autant que possible ! au Jésus de l’histoire a été :

De relire les évangiles pour ce qu’ils ont été, c’est à dire des midrachim (de la racine darach , chercher) juifs dans le monde littéraire juif de leur époque. Ces midrachim cherchent à montrer en quoi l’Ecriture s’accomplit pour eux grâce à un maître particulier dont le nom Josué, Yoshoua signifie « le salut ». Lire la suite de « « Le message de Jésus, Vérités et manipulations » dans Le Monde des Religion »

D-ieu peut-il souffrir ?

La guémara du Traité Sanhédrin raconte une histoire étrange :

Rabbi Meir dit  le pasouq «car celui qui est pendu est une malédiction (kilelat) de Dieu» doit être comprise comme cela : Quand l’ homme souffre à la suite de son péché (suite à une pendaison), quelle expression la Présence Divine (Chekhina) utilise-t-elle? Ma tête est trop lourde [kallani] mon bras est trop lourd, ce qui signifie que moi aussi je souffre lorsque les méchants sont punis. Il en découle que si le Lieu (A Maqom-  D.ieu) souffre à cause du sang des méchants (quand il est versé et qu’ils méritent d’être punis), a fortiori le sang des justes. (TB Sanhédrin 46 a)

Cette guemara exprime à quel point il est douloureux pour D.ieu lorsque ses enfants souffrent, même s’ils méritent d’être punis pour leurs iniquités, comme un père déplorerait la douleur de son fils pécheur.

Kalonymus Shapiro

Elle m’a été suggéré par le rabbin Kalonymus Shapiro (1889–3 November 1943), Rabbin au Ghetto de Varsovie (dont il faut lire l’excellente biographie par Catherine Challier) a relu cette phrase en disant que non seulement l’Omniprésent se « contracte » pour que l’homme ne soit pas pulvérisé par sa présence et qu’il le cherche mais aussi qu’il y a en Dieu de l’empathie pour sa créature et qu’il se « contracte » face à l’injustice. Les mots utilisés : « tête lourde, bras lourds » sont bien sûr des allégories, le Lieu n’a ni tête ni bras ! 

Il ne s’agit pas d’une réflexion d’un intellectuel au chaud, mais celle d’un homme qui essaie de comprendre la souffrance injuste des innocents qui évidement n’a aucune réponse en ce monde. le rabbin Kalonymus Shapiro voit alors mourir autour de lui les enfants, les nazis procéder chaque jour à des exécutions sommaire et procéder à des sélections dans la nasse du Ghetto de Varsovie.

C’est la réflexion d’un homme qui se demande comment rester un juste et garder foi dans le D.ieu d’Israël quand seul reste l’argument de survie. Une foi qui restera forte et inébranlable chez lui et qui a continué à inspirer les autres jusqu’à la fin de sa vie. Il a vécu toutes les étapes du ghetto: sa fermeture à l’automne 1939, le typhus de l’hiver 1941, les déportations massives vers Treblinka de l’été 1942 et la révolte héroïque d’avril 1943. Il fut finalement déporté dans un camp de travail et fusillé en novembre 1943, probablement après une tentative de soulèvement.

Il nous reste de lui le Aish Kodesh (le feu sacré), un mince volume qui présente ses derachot lors de rassemblements clandestins de la Sé’oudah chlichit . (une conférence ici

« Mon fils que cherches-tu ? » « Tu as posé une question importante »

Blessing

Il n’y a pas de question idiote. Chacun de nous devrait vivre cet instant sur terre comme le dernier et la simple question d’autrui comme un miracle. Celui qui pose une question à un autre manifeste leur humanité commune. Est père celui qui est engendré par la question de son fils. Est maître celui qui est capable de s’enrichir de la question de n’importe quel passant.

« Ben Zoma disait : Qui est sage ? C’est celui qui apprend de chaque homme » nous dit le Pirké Avot (4,1)… est Sage (Hakham) et non pas le savant ou celui qui a la tête bien remplie comme on pourrait le croire et dispenserait généreusement son savoir… mais celui qui s’enrichit des questions des autres.

Une anecdote talmudique rapportée au traité Chabbat 30b-31a raconte cette patience paternelle du Sage Hillel ou premier siècle que le Pirqé Avot caractérise par une de ses citations : ‘‘Aime les créatures et amène-les à la Torah” (1,12) :

« On raconte que deux hommes avaient fait un pari. Ils dirent : « celui-qui réussira à mettre Hillel en colère aura gagné quatre cents zouz » (le salaire mensuel d’un ouvrier). Lire la suite de « « Mon fils que cherches-tu ? » « Tu as posé une question importante » »

Aux origines de la Cabbale

Arbre des séfirot

À l’intérieur du monde séfirotique, les attributs sont combinés suivant divers aspects. Leur lien est souvent représenté dans un schéma graphique, appelé symboliquement l’« arbre séfirotique » (ci-dessus)

La Cabbale avant le Zohar en Languedoc

La base de la Cabbale (de l’hébreu קבלה Qabbala « réception ») apparaît au sein du judaisme de Languedoc à Posquière-Vauvert (Gard) dans le dernier tiers du XIIème sicèle et la première moitié du XIIIème siècle. Les représentants en sont Acher Ben David et son neveu Isaac l’aveugle. Lire la suite de « Aux origines de la Cabbale »

Le Zohar par Charles Mopsik (zal)

 

Histoire des juifs de Sardaigne

 

Plage de Sardaigne, Souccot 2018

De l’Exil 

La « peine capitale » à Rome n’était pas la mort mais l’exil.

Dans l’antique univers mental gréco-romain on craignait pas dessus tout d’être séparé du culte des ancêtres divinisés. On offrait des libations aux esprits tutélaires du foyer ou lares qui vivaient sous terre. C’est ainsi que les premières maisons furent des tombeaux les premières cités des nécropoles.  Les dieux des foyers réunis devinrent les dieux d’une cité comme Athéna à Athènes et on leur rendit un culte civique. La guerre n’était pas seulement une confrontation violente des vivants mais une lutte des ancêtres divinisés de la Cité emmenés sous forme de statuettes, ou dieu lares, qui dans l’ombre se « battaient » contre les dieux des autres cités, comme Sparte. L’étranger à la Cité n’en possédait pas les dieux, il était un métèque ou un barbare sans droit de Cité. Seul les citoyens qui avaient les ancêtres de la cité étaient des hommes libres et non pas des esclaves.

La mort en mer comme l’exil effrayaient plus que tout l’homme antique. D’une terreur sacrée. Car on ne pouvait pas honorer la mémoire disparu et il devenait un danger, non pas en paix et en repos dans la félicité des Champs Elysées mais errant parmi les vivants pour régler ses comptes.

Les anciens hébreux furent très tôt et plus que les autres soumis à cet éloignement loin de leur terre comme une forme de malédiction qu’ils nommèrent Exil. Mais très tôt ils comprirent que le Dieu aimant d’Abraham Isaac et Jacob les accompagnaient où qu’ils soient. En Exil à Babylone au 7ème siècle avant notre ère, il inventèrent un culte pour lutter contre cet éloignement de leur terre et de leur temple, dissociant la terra-patria, la terre des pères et le culte du Dieu v-ivant. C’est ainsi que naquit le Chabbat véritable temple dans le temps temps, culte « abstrait » lié au temps et non plus à l’espace et aux idoles. 

Il fallait retourner trois fois l’an en pèlerinage à Jérusalem, non pas pour y honorer les « morts pour la patrie » mais la vie, la générosité des récoltes et l’engrangement à Souccot, y offrir les premiers nés du bétail à Pessah, le don de la Torah à Chavouot. Aucune fête ne célébrait plus une victoire ou la guerre, c’est à dire la violence et la mort dans leur apothéose, leur déification fascinante. Tout acte de purification rituel célébrait l’éloignement volontaire de chacun et de la communauté de la mort. C’est ainsi que les anciens hébreux séparèrent le culte du D-ieu vivant de celui des morts, tournant leur regard vers l’Invisible comme vers une boussole spirituelle qui les guidait.

Leur peuple était né non pas dans une terra patria d’hommes libres, mais d’esclaves dans un désert où, souligne le Talmud, « rien n’appartient à personne ». Et en plus ces apatrides célébraient à Pessah, fête de la sortie d’Egypte et à Souccot où ils habitaient des habitations non plus en dure mais fragiles et itinérantes. On imagine mal à quel point cette conception était un scandale pour l’italique antique. C’était toute l’humanité dans sa suffisance de propriétaire établi qui reviendrait un jour à la terre promise où coulait le lait et le miel. La terre, toute la terre était à D-ieu et l’homme n’était qu’un passant provisoire. Les Juifs passaient donc pour des fous.

Strabon juge qu' »il n’est pas aisé de trouver un endroit sur la terre qui n’ait reçu cette race »,  que le grand prêtre du temple d’Héliopolis ne Egypte, Manéthon, dénonce comme les descendants des Hyksos et appelle la foule à l’expulsion de cette «tribu de lépreux», sacrilèges et impies, que les Stoïciens accusent d’irréligion car ils refusent d’adorer les dieux, bref les juifs  » ennemis du genre humain » résistaient au « On » des dieux locaux. On les exilait donc et c’est ainsi qu’ils arrivèrent dans les îles de la méditerranée.

Et c’est ainsi que l’exil répandit le culte du Dieu unique aux quatre coins de l’Empire. 

La Corse et la Sardaigne vues depuis l'espace - Corsica and Sard

 La Sardaigne et la Corse étaient pour les romains une terre d’exil et une seule province. Des lieux dangereux, loin des cités et du culte civique. Lucius Annaeus Séneca dit Sénèque né à Cordoue vers l’an 4, fut ainsi exilé en Corse en 41 de notre ère. Il accuse les corses :

« Le sort m’a jeté dans un paix ou la demeure la plus spacieuse est une cabane »… « se venger est la première loi des corses, la seconde : vivre de rapines, la troisième : mentir, et la quatrième : nier les dieux… « 

Un reproche d’athéisme des dieux de la cité que Cicéron reprochera aux Sardes :

« des gens sans foi ni autorité » 

Les juifs, minorité qui ne se pliait pas au culte civique et aux lois de l’empire étaient  donc des ennemis de la Cité dont il niaient les dieux et donc du genre humain, une accusation qui fera florès. Les juifs subiront donc l’exil.

 

Catacombes juives et présence antique

Le  judaisme est présent en Sardaigne au moins depuis Tibère qui en l’an 19 de l’ère commune, envoie en Sardaigne plusieurs milliers de juifs de Rome aux mines de sel de Montalbo et Sos Enattos. Flavius Josepha (Ier siècle), Tacite (écrit en 114), Suétone (75-150 CE) et Cassius Dion (entre II et III siècle) font mention de ces juifs. Flavius Josèphe Tibère avait envoyé 4 000 Juifs dans l’insalubre Sardaigne où règnent la malaria et les bandits.

Il y avait un Juif qui avait fui son pays parce qu’il était accusé d’avoir transgressé certaines lois et craignait d’être châtié pour cette raison. Il était de tous points vicieux. Établi alors à Rome, il feignait d’expliquer la sagesse des lois de Moïse.  S’adjoignant trois individus absolument semblables à lui, il se mit à fréquenter Fulvia, une femme de la noblesse, qui s’était convertie aux lois du judaïsme, et ils lui persuadèrent d’envoyer au temple de Jérusalem de la pourpre et de l’or. Après les avoir reçus, ils les dépensèrent pour leurs besoins personnels, car c’était dans ce dessein qu’ils les avaient demandés dès le début.  Tibère, à qui les dénonça son ami Saturninus, mari de Fulvia, à l’instigation de sa femme, ordonna d’expulser de Rome toute la population juive. Les consuls, ayant prélevé là-dessus quatre mille hommes, les envoyèrent servir dans l’île de Sardaigne ; ils en livrèrent au supplice un plus grand nombre qui refusaient le service militaire par fidélité à la loi de leurs ancêtres. Et c’est ainsi qu’à cause de la perversité de quatre hommes les Juifs furent chassés de la ville. (Flavius Josèphe Antiquités Juives,  XVIII, 3)

On a trouvé récemment dans la campagne près d’Ardara une plaque en marbre, datée de la fin du premier siècle ou du début second, en l’honneur d’un défunt appelé Sedecam ou Sedecami, fils de Aaron. (Aronis).

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On trouve en Sardaigne des tombes juives dans les catacombes de Sant’Antioco, sur la côte sud ouest, avec des inscriptions funéraires en hébreu et en latin et des ménorah. Ces deux catacombes juives trouvées à côté d’un système de catacombes chrétiennes, de découverte récente ne sont probablement pas les seules.

Dans la catacombe de Beronice (les Beronicenses sont un tribu juive révoltés venant de Béronice en Lybie romaine, l’actuelle Benghazi, déportée en Sardaigne suite à une révolte en cyrénaïque), une ménorah stylisée est complétée d’une inscription en rouge :

Beronice
in pace iuvenis moritur
in pace.

« Bérénice, mort dans la paix de la jeunesse [qu’il repose] en paix. »

et l’inscription :

שלום virus bonus in pace bonus שלום

Vir(i)us est probablement le défunt qualifié de bon et reposant en bonne paix.

catacombe 2

catacombe

On lit aussi :

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 » Paix sur Israël Amen. »

Voir ici le rapport archéologique

On a retrouvé des lampes à huile juives du septième siècle à Cagliari et avec eux, au cours des fouilles archéologiques dans l’église Saint – Augustin (Largo Carlo Felice)

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Lampes à huile avec Ménorah,
Musée national archéologique et ethnographique « G. A. Sanna » à Sassari.

On note ainsi une présence continue des juifs en Sardaigne -et non pas comme certains l’ont cru liée à la conquête catalano-aragonaise médiévale, marquée par de nombreux témoignages archéologiques (voir ici)

Le Haut Moyen Age

La présence des juifs à Cagliari est documentée à partir du VIème siècle. En 593 le pape Grégoire le Grand,  a ordonné Januarius, évêque de la ville, de protéger les esclaves juifs qui se sont réfugiés dans les églises.

En 599 le Pape a donné des instructions au même évêque pour que soient retirés de la synagogue des objets qu’un certain Pierre, un Juif baptisé, avait mis là exprès de priver les Juifs de leur oratoire. Le premier privilège accordé aux Juifs nous est parvenu en 1335, année où le roi Alphonse IV a étendu les privilèges dont jouissaient les Juifs de Barcelone à la communauté de Cagliari.

Au Haut Moyen Age les juifs arrivent en Sardaigne des Baléares, du midi, de Ligurie, de Toscane, de Sicile et d’Italie.

Selon Eliézer Ben David, d’autres juifs sont arrivés lorsque les Arabes ont envahi l’Afrique du Nord. Mais nous ne trouvons pas de trace écrite de cette supposition.

Le Moyen Age

Les pisans s’installent en Sardaigne comme le phisicus (médecin) Guglielmo di Giovanni Labruti du Castello de Cagliari, qui meurt en 1312.

« A la fin de l’année 1317, on sait que trois nouveaux médecins pisans arrivent à Cagliari : Grazia Orlandi (qui deviendra aussi Capitaine du peuple), Bernardino de Oliveto et Vanni de Enrico de Peccioli. Avec eux un apothicaire, Simon Manca » [1]

Après la conquête catalano-aragonaise du Royaume de Sardaigne qui a commencé en 1323 avec Alphonse d’Aragon, certains juifs catalans, aragonais, et majorquin de Valence se sont installés en Sardaigne.

La politique d’Alphonse III qui favorise le peuplement à partir de 1323 en promettant aux juifs  un statut spécifique (en particulier des exemptions d’impôts); et, d’autre part, l’expulsion des Juifs de Provence et du Languedoc en 1306 et 1322, vont pousser des juifs catalans et provençaux à arriver  en Sardaigne.

Les juifs de Cagliari

Une petite communauté de Juifs pisans était présente dans le château au 13ème siècle. Avec la conquête aragonaise en 1324 et l’expulsion des Pisans (1323-
1331), une communauté juive d’origine ibérique s’est établie dans le quartier du Castello entre la Via Santa Croce et la Via Stretta.

En 1341 on trouve déjà une synagogue, un cimetière et un quartier mentionné comme judaria.

Juderia de Cagliari

Capture

Santacroceca8

Il vivaient au pied de la tour dite « de l’éléphant »

Cagliari_Tour de l'éléphant

Le marchand Bellhomm qui habite le château de Cagliari, le rabbin marseillais Bonjuha Bondavin alias Yehouda Ben David, la famille Astruc… résident à Cagliari au cours de la seconde moitié du 14ème siècle. [2]

Cagliari est sous domination catalane à partir de 1326. Juifs et chrétiens vont y vivre sans ségrégation (un quartier juif juharia, mais pas de ghetto) et en bonnes relations malgré la réglementation officielle.

Les Juifs de Cagliari étaient parmi les riches insulaires auxquels la Couronne devait également verser au Trésor des contributions personnelles sous forme de prêts et d’impôts, ce qui correspondait souvent à l’octroi de privilèges personnels. Certains de ces Israélites occupaient alors de hautes fonctions à la cour, en tant que conseillers et trésoriers, et il y avait des médecins juifs favorisés par le souverain comme le chirurgien Salamone Avenroques, Iuceff Fadalen et Iuceff Fedalo.

Un certain  maître Simeon (phisicus), personnalité originale, dont on sait qu’il organise sa synagogue personnelle à domicile en 1341 (… in suo proprio hospicio cum rotulis, lampadibus et aliis omnibus nectariis …), à l’encontre de toutes les dispositions locales qui interdisent l’ouverture de plus d’une synagogue dans un même quartier (… et non sit licitum juri esista a jure prohibitum diversas sinagogas in uno loco…) Source: Cécilia Tasca [1]

 » Quelques années plus tard, on trouve à Cagliari Simone de Fadaloro, phisicus et maître Juceff de Fadalen, médecins siciliens appelés en 1359 au chevet de l’évêque Sulcis Raimondo. Reconnaissant pour les soins dispensés sollicite et diligenter, l’évêque laissera cinq lires à chacun dans son testament  » (Source: Cécilia Tasca [1])

Outre ces médecins nombreux qui ont l’appui et la reconnaissance des autorités, la population juive de Sardaigne, y compris celle de Cagliari, était principalement composée de marchands et d’artisans. Parmi ces derniers, on trouve des cordonniers, tanneurs, forgerons, menuisiers, des tailleurs, tandis que chez les marchands, il y avait des prêteurs et des changeurs d’argent, petits et grands marchands, des commerçants internationaux.

Les archives des coutumes de Cagliari attestent de l’intensité de cette activité et de la variété des marchandises échangées, y compris les produits de première nécessité, en particulier la nourriture, le vin, la laine, les tissus, le cuir et le fer. ), corail (comme en Corse), bijoux, épices, sel et autres produits et surtout d’une intégration sans heurt à la population locale.

Mais pendant la seconde moitié du XIVe siècle, le souverain impose à la communauté locale des taxes ensuite augmentées, à verser annuellement aux religieuses du couvent de Santa Chiara di Stampace. Peu de temps avant l’expulsion des Juifs de Sardaigne le roi Ferdinand d’Aragon a doublé la redevance communautaire annuelle la portant à 100 livres.

Le vice-roi, dans un décret publié en 1488, interdit à la population juive de vivre dans le voisinage des chrétiens sous peine de confiscation de biens; interdit d’acheter des produits de boucherie auprès de commerçants chrétiens et au marché, les juifs devaient avoir un comptoir de viande différent et surtout porter une marque de reconnaissance jaune (une badge sur les robes, un ruban sur la casquette) et des chaussures, des sacs et des casquettes noirs. Il était également interdit de se rendre au travail les jours de fête, de porter des robes luxueuses, de l’or, des bijoux , d’effectuer des travaux bruyants et d’accomplir tout travail sans permis du rabbin, notifié à l’archevêque ou au vice-roi lui-même. (Pillai 2008, p. 109; Tasca 1996, p. 20.

La communauté de Cagliari a été la plus importante communauté juive de l’île jusqu’à l’édit d’expulsion de 1492. Les juifs y représentaient alors 9% de la population, 350 personnes sur 4000. On les rassembla sur le port avec tous les Juifs de l’île. Beaucoup périrent en mer. Certains choisirent la conversion mais comme en Provence il ne semble pas y avoir eu de marranisme sarde.

La population juive de Cagliari a été évaluée entre 1 000 à 1 200 âmes au moment de son expansion maximale au XVe siècle : elle était la plus importante en Sardaigne.

Les juifs d’Alghero et des villages

Les juifs étaient aussi à Alghero au nord-ouest de la Sardaigne passé sous pavillon Catalan en 1354, un centre plus importante économiquement que Cagliari. Des juifs y arrivent en provenance de Barcelone, Cervera, Gérone et de Sicile à partir de 1328 puis en 1370 en provenance de Provence.

Alghero prospère sur le commerce du corail, comme en Corse. Le marchand Salamo Bonfatti de Marseille est là dés 1410. La communauté juive y jouira d’une grande liberté grâce et vers 1460 quand arrivent la puissante famille de Carcassona (venus de la ville de Carcassonne dans le midi), les Bellcayres (de Beaucaire), les Santa Pau, les Lunell (de Lunell), Marna, de Montelles … les Natan, les Soffer (scribes)… qui vont contribuer à la croissance de la ville.

Il en reste la « tour des juifs » :

Alghero torre di ebrei

En octobre 2013, le maire d’Alghero, a signé un document historique d’excuses aux Juifs expulsés de l’île et la ville a inauguré une place principale appelée  » La place des Juifs», située là où se dressait autrefois la synagogue, invitant les juifs à revenir en Sardaigne, lançant :

« Bienvenue à la maison »

 

Les juifs étaient aussi à Sassari et Oritsano où se trouve un quartier juif  et dans d’autres centres de moindre importance comme Arborea, Bosa, Borutta, Macomer et Iglesias.

Sardinia

L’expulsion de 1492

Le décret de l’Alhambra va sonner le glas de cette communauté et de son élite prospère qui voyage pour affaire ou pour études entre la péninsule ibérique juive, l’Italie, la Provence et  la Sardaigne intégrée dans un monde méditerranéen d’échanges.

Après la mort du roi René le Comté de Provence est rattaché au Royaume de France. La juiverie d’Arles est pillée en 1484,  entre 1486-87 les juifs d’Aix, Arles, Salon et Tarascon subissent des violences. Ils quittent Avignon. Le vent a tourné pour les juifs. Les pogrom de 1391 qui vont gagner toute l’Espagne et la Catalogne sont le prélude à l’édit d’expulsion de 1492. En 1401, en Catalogne, les juifs de Gérone sont invités à assister aux sermons enflammés de Vincent Férrier, enfermés dans une cage en bois. Le port de Marseille voit passer un flux continu d’exilés vers la Sardaigne (mais aussi la Sicile aragonaise, les Balkans ou le Maghreb) à partir de 1486 et jusqu’en 1491.

Le décret, proclamé le 31 mars 1492 et valable dans tous les états soumis à la couronne espagnole, prévoyait l’expulsion immédiate du royaume pour tous les juifs qui ne se sont pas convertis au catholicisme de le 31 Juillet de la même année.

60 feux, 350 personnes vont quitter la ville de Cagliari sur une population de 4000 personnes. 9% des habitants de Cagliari. Beaucoup périront en mer.

A Cagliari on trouve la cathédrale Santa Croce qui est… l’ancienne synagogue médiévale.

Les sardes, un peuple sémite ?

On trouve ensuite par la suite parmi les patronymes dans l’île des Sollam, Bonfill, Comprat, Ballcayre, Caracassone à Alghero. Des Nathan devenus Naitanan des Menharem devenus Manahem ou Manai, des Farcis devenus Farsi, des Astruc, bref chaque sarde a au moins une goutte de sang juif… Des noms comme Cara, Monne, Serusi, Usai … même un surnom typique d’Orune comme Zizi sont d’origine juive.

Des patronymes comme BARRANCA devenu BRANCA patronyme que Pittau présent en espagne (Madrid, etc.), qui veut aussi dire « un ravin » en espagnol est probablement dérivé de barraca (berakha) : la bénédiction en hébreu.

L’origine hébraique de noms de mois comme septembre (capudanni) la tête de l’année Rosh haChana en septembre comme en hébreu, ou de jours de la semaine, comme le vendredi (cenabara) qui signifie « Coena Pura = Cena Pura » « Dîner pur » en latin qui était le dîner (seder) de la veille du sabbat par les juifs romains et Sardes. Ce substrat juif reste à ce jour inexpliqué.

Pour certains le peuple sarde a un caractère sémitique et juif, comme le soutient déjà en 1937, Eliezer ben David, dit Guido Bendarida, dans un essai fondamental très documenté et aussi certains sardes aujourd’hui (voir ici) qui revendiquent cette origine hébraïque. Le Punique à la base de la langue sarde (Carthage) avant la conquête romaine et encore au moins jusqu’au IIe siècle était une langue sémitique qui s’est ensuite latinisée.

NB: Article parlant de a prise de conscience des origines juives en Sardaigne dans les années 30 : LA_SARDEGNA_E_LA_RISCOPERTA_DELLE_ORIGIN

 

[1] CECILIA TASCA – MARIANGELA RAPETTI, Les médecins juifs dans la Sardaigne médiévale.SEFER YUḤASIN REVIEW FOR THE HISTORY OF THE JEWS IN SOUTH ITALY RIVISTA PER LA STORIA DEGLI EBREI NELL’ITALIA MERIDIONALE NUOVA SERIE 3 (2015)

[2] Mauro Perani, université de Bologne, « Juifs provençaux en Sardaigne. Les réfugiés de 1486 », in Danièle Iancu-Agou, (éd.), L’expulsion des Juifs de Provence et de l’Europe méditerranéenne (xve-xvie siècles). Exils et conversions. Paris-Louvain, Peeters, coll. « Revue des Études juives – Nouvelle Gallia Judaica »Peeters, 2005.