« Le message de Jésus, Vérités et manipulations » dans Le Monde des Religion

20181025_213559

20181025_213744ICI UNE VERSION PLUS DÉTAILLÉE DE L’ARTICLE :

Quelle est votre méthode pour tenter de remonter au « Jésus historique » ? 

Ma méthode pour remonter, autant que possible ! au Jésus de l’histoire a été :

De relire les évangiles pour ce qu’ils ont été, c’est à dire des midrachim (de la racine darach , chercher) juifs dans le monde littéraire juif de leur époque. Ces midrachim cherchent à montrer en quoi l’Ecriture s’accomplit pour eux grâce à un maître particulier dont le nom Josué, Yoshoua signifie « le salut ».

Ensuite j’ai essayé de comprendre les évangiles à l’intérieur de la tradition juive rabbinique telle qu’on peut la reconstituer avant la destruction du Temple. On comprend assez vite par exemple que les Rameaux sont la fête de Souccot et que cette manifestation a posé un problème politique à ces animaux politiques qu’étaient les romains face à une bande d’illuminé venue du Gelil ha-goyim, ce « cercle des nations » qui a produit tous les révoltés chefs de guerre (Machiah). Sans la tradition juive vivante on ne comprend pas un juif qui la vivait.

Enfin, j’ai essayé de lire les évangiles non pas en grec mais avec l’arrière fond araméen et hébreu qui est leur univers mental… par exemple, le : « tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon église (kaal) » est un jeu de mot rabbinique sur le mot even (pierre) qui comporte les mots av (le père) et ben, le fils. Il signifie la transmission orale familiale et non la construction de basiliques en marbre…

D’après vos recherches sur Jésus, quel étaient son message et ses intentions réelles ?

Jésus est au croisement des traditions juives pharisienne – « Il leur expliqua par la loi les prophètes et les psaumes » de Lc 24, c’est à dire le TaNakh, acrostiche de Torah, Neviim, Ketouvim, le canon pharisien ; et sur l’autre versant de la tradition mystique apocalyptique via le Baptiste et les prophètes de la vallée du Jourdain. Jésus pensait comme eux que la Géoula (Rédemption) était imminente. La souffrance d’Israël sous le joug romain correspondait aux Hevlé Machiah, les « douleurs de l’enfantement » du messie. Un rôle qu’il a refusé même si ses disciples comme ceux de Rabbi Aqiba en 115-135 ont vu en lui un très bon candidat ! Il était convaincu de son rôle de rassembler Israël pour la Géoula. Plein de gens ont cru cela au cours de l’histoire juive à chaque époque de souffrance extrême. C’est un processus de « survie » banal.

Comment comprendre les paroles de Jésus lorsqu’il dit : « Ne croyez pas que je suis venu pour abolir la Loi ou les Prophètes ; je ne suis pas venu abolir, mais accomplir » (Mt 5 : 17) ?

Rabbi Akiba utilise les mêmes mots alors qu’on lui passe les peignes de fer, vers 132, un autre assassinat de real politik romaine :

« ‘Tous les jours de ma vie j’ai été préoccupé par ce verset : ‘de toute mon âme’ qui signifie ‘même s’il te prend ton âme’. Je me disais : quand parviendrai-je à l’accomplir (’aqayyemenou) ? Et maintenant que cela m’est donné, je ne l’accomplirais pas !’ Il prolongea le mot ‘Un’ jusqu’à ce qu’il rendit l’âme. » (TB. Berakhot 61b ).

Sans entrer dans le détail de ce mot technique de l’exégèse rabbinique, on « accomplit » l’Ecriture par le midrach, la recherche, et en l’intégrant à son comportement personnel pour devenir une Torah vivante. Fut-ce jusqu’au Kiddouch Hachem « la sanctification du Nom ». Comment comprendre autrement le « Tout est accompli » ?

Est-ce que pour vous le Jésus « philosophe » est une invention postérieure ? Ou y a-t-il un Jésus authentique qui dépasse la tradition juive ?

Le « Jésus philosophe » est une tentative de récupération du Jésus juif dans l’univers mental gréco-romain qu’il ignorait et qu’il a combattu jusqu’à sa mort. Le message de Jésus visait exclusivement à rassembler Israël sur la terre où il a vécu. Un Saül, « pharisien fil de pharisien » venu de Tarse la plus grade académie stoïcienne d’Asie Mineur, avec la même conviction de l’imminence de la guéoula (20 ans plus tard mais à l’approche de la révolte de 65 qui amplifie l’urgence messianique), juif hellénisé lui, écumera les synagogues de la diaspora gréco-romaine comme Chaliah des goïm, l' »apôtre des païens ». Rien de cela chez Jésus qui dit à ses disciples en les envoyant : « N’entrez pas dans les villes des païens » c’est-à-dire les villes grecques de culture gréco-romaine, comme Sépphoris près de Nazareth, jamais citée dans les évangiles.

Les apôtres ont-ils trahi le message de Jésus ?

Les disciples de ce rabbi original, c’est-à-dire ses étudiants, devenus ses envoyés (Chaliah), comme ceux de Rabbi Akiba, ont cru de bonne foi que leur maître était le messie. Rien de bien grave il y a pleins de messies, c’est à dire des chefs de guerre à l’époque ! Ce mot n’a pas le sens d’apothéose romaine que lui a donnée le christianisme.
De là à penser que ces juifs estimaient que Dieu « marchait parmi eux »… comment imaginer que des hommes qui disaient le Chema deux fois par jour avec leur maître, proclamant l’Unicité du D.ieu UN… puissent croire cela ? Ce theos immanent, est probablement une invention gréco-romaine postérieure, une idolâtrie pour un juif religieux.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s