Journées littéraires de Saumur : philosophie et spiritualité avec Didier Long, Yvan Levaï, Malek Chebel, Robert Misrahi

J’ai participé ce dimanche à une fête formidable en Anjou, organisée par mes amis Patrice Monmousseau (PDG de Bouvet-Ladubay- vins pétillants de Loire!) , Jean-Yves Clément (accompagné de Myriam Illouz !!! ) et Jean-Maurice Bellaïche (Directeurs artistiques).

Il s’agit des Journées du Livre et du Vin de la ville de Saumur. Il y avait cette année une ambiance formidable et plein de public et d’auteurs trés intéressant.

DL-MPS

J’ai participé à un débat sur le thème : « Religion, spiritualité, philosophie, sources de plaisir » avec Robert Misrahi (philosophe eudémoniste), Malek Chebel (anthropologue des religions), Ivan Levaï et Didier Long (écrivain historien spécialisé dans le judéo-christianisme) animé par Anne-Cécile Juillet-Piton (Le Parisien/Aujourd’hui en France). Vous verrez le résumé trés drôle ici sur le  :  blog de Marie-Pierre Samitier 

Débat-Saumur

Ivan Levaî, Malek Chebel, Didier Long, Robert Misrahi

En 2005  j’avais reçu le Prix Esprit Bacchus de la Ville de Saumur des mains de Jean-Claude Brialy (photo) pour Défense à Dieu d’entrer (Denoël).

Prix de la ville de Saumur

Prix de la ville de Saumur 2005, Didier Long, Jean-Claude Brially

Didier Long au Printemps de entrepreneurs, MEDEF Lyon

Je suis intervenu à la 2ème édition du Printemps des entrepreneurs organisée par le Medef Rhin-Rhône à Lyon ce 9 avril 2013 qui a vu passer 2000 participants. Le sujet était « Les maîtres du temps ». J’ai donc parlé « en vrac » :  du temps de travail et de celui du repos, du shabbat, de l’acédie, de la manière dont le judéo-christianisme a structuré le temps en Occident, de la globalisation et de la révolution numérique engendrée par Internet.

Les participants étaient : Nathalie Decoster -sculpteur, Thibaut de Grandry– PDG de Descours et Cabaud, Christine Vernay – exploitante viticole du « Coteau de Vernon » et « Les Chaillées de l’Enfer », Ronan Lucas– navigateur arrivé second au Vendée-Globe 2012-2013 (entre autres).
 MEDEF LYON

DidierLongMedef

Pour voir la vidéo du débat aller :  ici :

Je parle à partir de 22′ 38 » et suivantes

« La Corse, Île des Justes ? » : France 5 relance le débat

« Les Corses dans leur ensemble ont considéré que c’était une partie d’eux-mêmes que l’on touchait …  c’est une tradition en Corse que l’on accueille les Juifs et ce qui s’est passé pendant la guerre, n’est que la conséquence d’une relation ancestrale ».  (Grand Rabbin Haïm Korsia – Korsica ?)

Bastia

Bastia de chez nous : à droite en bas il y a la rue du Castagno qui donne sur le vieux port et où se trouve l’unique synagogue de l’Ile.

 BeitMeir

En bas de la rue du Castgno (chataignier en corse) : La Beit Knesset beit Meir (synagogue de Rabbi Meir).
Rabbi Meir est un des docteurs de la Mishna (IIème siècle) est mort en Asie Mineure en demandant à ses disciples de l’enterrer sur la côte faisant face à celle de la Judée, « afin que la mer qui lave la terre de mes pères touche aussi mes os » (T.J. Kilayim 9, 4)

bracelet de maman

Heureux comme un Juif en Corse

Je pense que les corses devaient être assez liés aux juifs ou les croisaient en diaspora car ma mère porte ce bracelet juif tunisien que son père militaire colonial avait acheté à sa femme en 1938 en Tunisie à Gabbès (il est mort en 1943 en Afrique noire). Mon grand-père avait demandé à ma grand-mère de le donner à sa fille à naitre. Au milieu il y a le tétragramme, le Nom, en lettres cursives. Il a été réalisé par un bijoutier juif de Gabbès.

 Magasin CohenMagasin Hassan

De multiples éléments de ce type montrent la mémoire juive marrane en corse : ainsi ma marraine corse originaire de toscane tout à fait « catholique » se nomme Venturi (Ben Turi en hébreu). Son père était tailleur parmi les tailleurs, vendeurs de chaussures,  juifs de la rue Napoléon : Cohen, Hassan, Polacci (polonais)…

 Voir l’émission ici en replay

Un article de Charles Monti dans CorseNetInfo

Peux-t-on dire que les Corses ont été des héros très discrets pendant la seconde guerre mondiale ? En 1941, Hitler et Pétain intensifient la politique anti-juive.  Comme toutes les préfectures, la Corse reçoit les ordres du Gouvernement de Vichy de rafler dans un premier temps les Juifs étrangers, en zone libre, puis en zone occupée. Mais alors pourquoi la Corse est-elle le seul département de France qui n’a arrêté  ni déporté de juifs, « sauf peut-être un, accidentellement », comme le dit l’avocat et historien, Serge Klarsfeld ? Le documentaire  » La Corse, Ile des Justes » d’André et Clémentine Campana qui sera diffusé le 14 Avril sur France 5 *** dans « La Case du siècle » apportera peut être un début de réponse Lire la suite de « « La Corse, Île des Justes ? » : France 5 relance le débat »

Témoins de l’Holocauste

Mémorial de la Shoah, jeudi soir dernier
Mémorial de la Shoah, jeudi soir dernier

De nombreux récits nous sont parvenus du coeur de l’Holocauste. Quelques uns m’ont particulièrement touché. L’un est un rouleau enterré au pied d’un crématoire par le  sonderkommando Zalman Gradowski; un autre celui d’un policier juif qui a amené sa femme et sa petite fille au train : Calel Perechodnik. Celui de Chil Rajman décrit Treblinka et la destruction de son peuple. Enfin le pojet Oneg Shabbos d’historiens du ghetto de Varsovie qui ont choisi de documenter leur vie avant d’enfermer ces archives dans des bidons à lait enterrés montre le travail patient et minutieux d’un groupe d’historiens soucieux de faire vivre un monde dont il savait qu’il était en train d’être englouti. 
Une volonté réunit des écrivains : l’écriture était pour ces gens qui savaient qu’ils allaient mourir la seule manière de survivre, de transmettre un monde bientôt disparu, celui du judaïsme ashkénaze de la mitteleuropa. 
Je me permet de les partager avec vous en ce jour de Yom haShoah. L’Holocauste reste un trou noir au fond de l’âme européenne. il faut lire ces lignes fivéreuses et hallucinées d’hommes qui les ont laissées pour qu’on ne les oublie pas.

Du point de vue historique il faut lire ou relire Raul Hilberg : La destruction des juifs d’Europe, Saul Friedlander : Les années de persécution / Les années d’extermination, Annette Wieviorka : Déportation et génocide et l’ère du témoin . Sans oublier le documentaire Shoah de Lanzmann.

Zalmen Gradowski
Le récit de Zalmen Gradowski, un Sonderkommando, a été déterré près du crématoire III de Birkenau, à l’intérieur d’une gourde allemande en aluminium fermée par un bouchon en métal, un carnet de 14,5 x 9,5. Publié sous le titre Au cœur de l’enfer c’est le plus poignant. Il commence ainsi :

« Cher lecteur…
Je dédie ces lignes à ton intention, que tu puisses apprendre au moins en partie comment et de quelle atroce manière ont été exterminés les enfants de notre peuple. Et que tu réclames vengeance pour eux, et pour nous, car qui sait si nous, qui avons dans nos mains les preuves factuelles de toutes ces atrocités nous pourrons survivre jusqu’à l’heure de la libération. C’est pourquoi je veux par mon écriture éveiller en toi un sentiment, semer une étincelle de vengeance, et qu’elle s’embrase, enflamme tous les cœurs, et que soient noyés dans des océans de sang ceux qui ont fait de mon peuple une mer de sang. »

Tout le texte, celui d’un prophète, montre cette volonté d’accumuler des preuves de la barbarie nazie qui se déchaîne, de résister à l’effacement de la mémoire, celle de ses proches qu’il cite avec leur date de mort et la volonté qu’on publie sa photo avec sa femme.

Zalmen et Sonia-Sarah Gradowski
Zalmen et Sonia-Sarah Gradowski

Il faisait partie du Sonderkommando, ces « équipes spéciales » qui assuraient le fonctionnement des chambres à gaz et des crématoires d’Auschwitz-Birkenau, ces juifs chargés d’aider les SS à faire entrer leur propre peuple dans les locaux de déshabillage et de gazage.
Seule lune veille encore sur lui : « Que ton unique rayon, que ton cierge de deuil luise à jamais sur la tombe de mon peuple. Que ce soit la flamme du souvenir que toi seule peut allumer pour lui. ». Des pages magnifiques écrites comme une meguila d’Esther.

« Alors, je courais là-bas, vers ce rivage, vers ce coin où se tenaient avec une sainte piété quelques dizaines de juifs en prière, et là je puisais cette lumière, je captais cette étincelle avec laquelle je pouvais m’enfuir dans ma chambrée. Et à sa chaleur fondait le gel qui glaçait mon cœur… J’avais alors un joyeux shabbat. J’étais emporté sur les vagues de mes années disparues, et lorsque je revenais au rivage, à mon shabbat d’aujourd’hui, mon cœur fondait en larmes. J’étais comblé, j’avais un Shabbat de pleurs »

Trés religieux, Gradowski sera l’un des chefs de la résistance au sein du Sonderkommando, il a probablement été tué durant la révolte du Sonderkommando en octobre 1944 ou peu avant. Un crématoires est alors dynamités et une petite troupe de quelques centaines de révoltés, pauvrement armée, se bat contre des milliers de SS en armes et de chiens hurlant qui finissent par les massacrer. Les dernières lignes de Salman Gradowski datent du 6 septembre 1944.
Il ne sera édité en yiddish et en Israël qu’en 1977. Lire la suite de « Témoins de l’Holocauste »

La Sidra de TSAV, « prescris », 12 Nissan 5773

Torah

Un commentaire de la paracha du dernier Shabbat (à lire ici) par le Rav Haïm Harboun.

La Sidra de Tsav tombe cette année juste avant Pessah. Le chabbath qui précède la fête de Pessah est appelé Chabbath Hagadol, « le  Grand Chabbath » ; Pourquoi ?  Si c’était le chabbath lui-même qui est grand on aurait dû dire Chabbath Haguédola au féminin puisque le mot « chabbath » est du genre féminin. Mais en fait, Chabbath Hagadol est la contraction de « Chabbath Ness Hagadol », le « chabbath du grand miracle ». Ce qui est grand en vérité, c’est donc le miracle qui s’est produit le chabbath avant Pessah. Après plus d’un siècle d’esclavage en Egypte, dans un pays alors animiste où on adorait des animaux, les Hébreux ont eu le courage d’immoler dans chaque famille un agneau et de badigeonner les linteaux de leurs maisons avec son sang. Or l’agneau était un des dieux égyptiens. Cet acte était une véritable provocation, une révolte d’esclaves dont l’issue ne pouvait que se solder par un massacre exemplaire dans l’antiquité. Ceci prouve que l’esclavage, n’a pas modelé la mentalité des Hébreux, Ces derniers ont trouvé en eux le ressort pour réagir. Ils ont provoqué la fureur des Egyptiens… qui sont restés complètement passifs. Voilà le vrai « grand miracle ».

La sidra précédente, celle de Vayikra, traitait des sacrifices à l’attention des cohanim, par contre la Sidra de Tsav traite du même sujet mais à l’intention du peuple d’Israël. Tout ce qui traite des sacrifices, surtout dans notre civilisation actuelle, donne le sentiment qu’il s’agit d’une véritable boucherie. Quelle différence y a –t-il entre le temple et un abattoir ? En vérité, il y a une grande différence, car tout  dépend de l’intention de la personne qui offre le sacrifice et  du regard qu’on porte à une action. Tout dans ce bas monde est profane. Le judaïsme précise que le but du Juif est de faire passer le profane au stade du sacré. Ainsi, on peut manger comme un animal parce qu’on a faim. Mais pour le Judaïsme, manger est un acte sacré. La table sur laquelle on mange a la même fonction que l’autel sur lequel on procède aux sacrifices. La doctrine juive fait d’un repas un véritable acte spirituel. Par conséquent tout dépend de la finalité d’un acte. Celui-ci doit prendre une signification noble. C’est l’objet de la sidra de Tsav quand elle parle du grand prêtre, des habits des cohanim ou de l’Holocauste (‘Ola).

Le grand-prêtre, homme de parole et le « sacrifice des lèvres »
Un homme ayant des problèmes d’ordre psychologique peut mettre en danger, par son comportement, l’équilibre de la société. C’est pourquoi toute personne culpabilisée par une action fautive avait la possibilité de venir au Temple avec un sacrifice et faire état de tout ce qui est la cause de son désarroi. Le Cohen l’écoute attentivement, prend le sacrifice et apporte le calme et la sérénité à cet homme en état de mal être. Le temple, ou plus précisément son sanctuaire, était donc un lieu qui permettait à l’homme troublé de revenir directement à la spiritualité et au calme psychique. Comment cela se passait-il ?

La paracha de Tsav est la seconde partie de celle de Vayikra. Nous avions alors remarqué qu’il était étrange que « Celui que les cieux ne peuvent contenir » se tienne sur un petit michkane si restreint. Mais mieux encore nous avions remarqué que la voix de D., cette voix dont le psaume 29 que nous chantons après avoir proclamé et commenté la Torah, alors que nous rapportons le rouleau de la Loi dans l’arche, cette voix qui « retentit sur les eaux, le Dieu de gloire tonne »… qui « brise les cèdres, c’est l’Eternel qui met en pièces les cèdres du Liban », « qui  fait trembler le désert de Kadêch » et même « enfanter les biches »…, Et bien cette voix puissante que Moïse entendait n’était pas audible en dehors de la tente pour le peuple… Rachi s’en étonne : « Depuis la tente d’assignation, cela nous apprend que la voix s’arrêtait et qu’elle ne se manifestait pas hors de la tente. J’aurais pu penser qu’il en fût ainsi parce qu’elle était trop basse. Aussi est-il écrit : « “la” voix » (Nombres 7, 89). De quelle voix s’agit-il ? De celle dont il est question dans le livre des psaumes: « “La voix” de Hachem éclate dans la force, “la voix” de Hachem éclate avec majesté, “la voix” de Hachem brise les cèdres » (Tehilim 29, 4). Dans ce cas, pourquoi est-il précisé : « depuis la tente d’assignation ?»  Pour nous apprendre que la voix s’arrêtait. Il en est de même dans : « Et le bruit des ailes des chérubins s’entend jusqu’à la cour extérieure » (Ye‘hezqèl 10, 5). J’aurais pu penser qu’il en fût ainsi parce qu’elle était trop basse. Aussi est-il écrit : « Comme la voix de Qél Chaddaï quand Il parle » (ibid.). Dans ce cas, pourquoi est-il précisé : « jusqu’à la cour extérieure » ? Parce que, dès qu’elle y parvenait, elle s’arrêtait. »

Rachi : le Maître de Troyes qui voulait seulement établir le premier sens de l’Ecriture, après avoir, un jour entendu un père donner une mauvaise traduction à son fils, alors qu’il entrait dans la synagogue ; Rachi, toujours soucieux de précision n’en reste pas là et il commente :

« Il appela Mochè. La voix se propageait et atteignait ses oreilles, et nul en Israël ne l’entendait. ». Rachi en tire la conclusion  « J’aurais pu penser qu’il y eût eu un appel également pour signaler les interruptions dans le discours. Aussi est-il écrit : « lui parla », ce qui veut dire qu’il y a eu un « appel » lors de la prise de parole, et non pour les interruptions. Et à quoi les interruptions ont-elles servi ? À donner à Mochè le temps de réfléchir entre un paragraphe et le suivant et entre un sujet et l’autre. À plus forte raison un simple être humain en a-t-il besoin lorsqu’il étudie auprès d’un de ses semblables». Lire la suite de « La Sidra de TSAV, « prescris », 12 Nissan 5773 »

Pourquoi notre rapport au travail est-il marqué par la souffrance ?

GerardHaddadL’interview de Gérard Haddad par Philippe Vallet sur France Info

Pourquoi notre rapport au travail est-il marqué par la souffrance, comme en témoigne l’étymologie du mot « tripalium », terme latin désignant un instrument de torture ? Et pourquoi certains peuples refusent-ils le progrès technique, s’enfermant dans le sous-développement ? Telles sont les questions que se pose Gérard Haddad, agronome en Casamance, au Sénégal, dans les années 1960.
Il a alors l’intuition de subdiviser les opérations de travail agricole en unités minimales. Apparaissent ainsi trois, et seulement trois, structures élémentaires du travail. Puis il découvre que ces trois structures ressemblent étrangement à celles définies par Freud dans le travail du rêve. Ce qui établit un pont entre activités corporelles et activités psychiques.
Le problème s’éclaire d’une lumière nouvelle : en rejetant le progrès, les Africains casamançais refusaient d’abandonner leur mode de travail, sacré à leurs yeux, car il les liait à la terre de leurs aïeux. À la fois structurelle et psychanalytique, cette analyse nous livre une clé majeure, inexplorée, pour comprendre la souffrance que l’homme moderne ressent devant les tâches toujours plus technicisées qui sont les siennes…

Ecoutez son interview par Philippe Vallet sur France Info :
http://www.franceinfo.fr/livre/le-livre-du-jour/le-livre-du-jour-haddad-938935-2013-04-03

Le premier Chapitre de Tripalium  à lire ici :
  Tripalium-Chapitre1

Tripalium. Pourquoi le travail est devenu une souffrance, de Gérard Haddad est publié aux éditions François Bourin (116 p., 15€)

Qaddish pour Denise Epstein

Denise Epstein et DL
Denise Epstein et DL (photo MPS)

Denise Epstein est décédée ce lundi premier avril à Toulouse.

Il se trouve que je l’avais connue par un hasard de circonstances car Olivier Rubinstein, chez Denoël, avait publié le livre de sa mère Irène Nemirovsky, « Suite Française », qui avait reçu le premier prix Renaudot à l’automne 2004. Dans une surprise totale : c’était le premier prix littéraire à titre posthume ! Je publiais « Défense à Dieu d’entrer » chez Denoël en janvier 2005. On avait donc ‘fait’ les salons ensemble (photo ici au Salon du Livre de Paris en 2005). Denise était une femme drôle, émouvante et directe. Ce jour-là elle je me rappelle, elle m’avait dit : « Didier, votre nez, vous devriez vérifier…  –Ah bon …  🙂

Je me permets de vous livrer un mail d’elle de la fin du mois d’aout dernier :

Cher Didier,

Inutile de vous dire combien j’ai été touchée par votre bel article sur le « Vin de solitude », mon livre préféré et celui de ma mère aussi ! C’est celui où elle a mis le plus d’éléments biographiques et plus j’ai avancé dans mes recherches sur cette part de sa vie dont elle ne parlait guère je m’aperçois à quel point tout était vrai! J’avais lu votre livre « Défense à Dieu d’entrer ». Pour moi je suis toujours en état de colère, de doute et penser à toutes ces victimes innocentes me rend encore plus intransigeante sur la tolérance notamment. Je pense toujours à ma mère, à mon père et à tous les autres, ils m’ont accompagnée tout au long de ma vie et maintenant que le cancer me rend vulnérable j’aimerais croire que je les retrouverai… mais il y a longtemps que j’ai perdu la foi!

Merci encore,

Très cordialement,

Denise Epstein

L’histoire du manuscrit de « Suite française » est maintenant bien connue.

Juillet 1942.  Irène Nemirosvsky est raflée pour Auschwitz. Elle y meurt du typhus le 17 août 1942. Le 09 octobre 1942 Michel Epstein, son mari la suit  le 06 novembre par le convoi n° 42 de Drancy pour Auschwitz, gazé à l’arrivée.  Juste avant de partir, le père de Denise lui dit de ne jamais se séparer de la valise qui contient « le cahier de maman ». Ce qu’elle fait, vivant cachée avec sa sœur jusqu’à la libération. Les années passent. Denise ne  rouvre le manuscrit inachevé qu’en 1975. Elle le publiera en… 2004, soixante-deux ans plus tard. Elle avait sauvé la mémoire de sa mère.
manuscrit
Cette sauvegarde de la mémoire, de ceux que nous chérissons, est le plus haut devoir.
Pour nous, ceux que nous aimons ne meurent pas. Ils vivent dans notre mémoire. Nous les maintenons vivants dans la mémoire, la téfilah et le izkor. Que Denise retrouve tous ceux qu’elle aimait. Nous la gardons vivante dans notre mémoire et notre cœur.

PS : L’article que j’avais écrit sur le « Vin de solitude ». Une de ces coïncidences par lesquelles D. « passe dans nos vie incognito » : http://didierlong.com/2012/08/19/irene-nemirovsky-le-vin-de-solitude-roman/

Pessah : Le miracle chez Maïmonide et le Maharal de Prague

Une série de conférences  très intéressantes de mon ami Hervé Elie Bokobza sur Youtube :

Voir sa chaîne Youtube :
http://www.youtube.com/user/rvelie1?feature=watch

Nurith Aviv, la rescapée d’entre les mots

Nurith

Photo  © Nurith Aviv

« La mère de ma mère est née à Prague. Sa mère également. Elle parlait allemand comme bien des juifs de Prague. Ma grand-mère a quitté Theresienstadt dans un train à destination de Riga. Le lieu de sa mort est inconnu. Ma mère est morte en Israël. Son dernier mot elle l’a prononcé en allemand. Elle a dit : ‘‘ Aussteigen’’, ‘‘terminus, je veux descendre’’. »

« Du sable on pensait que naîtrait un homme nouveau, qui parle, pense, et ne rêve qu’en hébreu. »

« Je rêve en quatre langues ce qui produit des jeux de mots extraordinaires…  Je rêve aussi en allemand et je ne veux pas mettre de côté cette langue, qu’on parlait à la maison qui est une langue dans laquelle des Juifs de ma famille ont parlé depuis des générations. »

Comment mieux résumer son parcours et sa recherche qu’avec ses mots ? Ce sont ceux de Nurith Aviv qui a fait l’image d’une centaine de films de fiction et documentaires avec entre autres Agnès Varda, Amos Gitai, Renée Allio, Jacques Doillon…

Nurith Aviv parle du passage de la langue d’origine maternelle à la langue de l’élection. D’une langue à l’autre. C’est le sujet de sa vie.

J’avais vu le film de Nurith Aviv « Traduire » dans une projection il y a longtemps. Sans que je sache pourquoi il m’avait beaucoup touché malgré son côté austère, frontal, comme un constat… Lorsque je me suis assis à côté d’une dame lors d’un seder de Soukkot chez mon ami Gérard Haddad qui avait justement écrit « Manger le livre » dont nous avons déjà parlé ici, sur la puissance des mots du seder de Soukkot … je ne savais pas que c’était elle. Je veux dire la dame du film. 

Quelques jours plus tard Nurith m’a demandé de vérifier une traduction en anglais pour quelques passages de son prochain film « L’annonce ». J’étais touché qu’elle me demande cela car j’ai toujours eu du mal avec l’anglais que je pratique mais si mal. Le Globish est pratique, technique, fonctionnel mais  on nne rève pas en Globish… Par contre, à cause de la bible et de la prière, je peux entendre au fond de moi les mots halom « le rêve », navi  « le prophète», laïla « la nuit, « Tohu « le néant», ou Tehom « l’abîme » il y a un côté rude, rugueux qui vient de la gorge, raclé, brutal. Lire la suite de « Nurith Aviv, la rescapée d’entre les mots »

Pessah : Ce soir… sentez vous libre !

Seder de PessahC’est ce soir le seder de Pessah. En étudiant le nom des mets servis lors du Seder (« ordre » en hébreu = repas) la veille de Soukkot,  Gérard Haddad a montré dans son livre « Manger le livre » que les mots hébraïques ( retranscris au fond du plat du seder-photo) ont les mêmes homonymies que les invocations qu’ils « sous-entendent ». Par exemple le mot hébreu pour « fève » ressemble à celui pour « malédiction ». Avaler la fève revient à maudire ses ennemis. Il s’agit donc littéralement de « manger des mots » lors du seder de de la fête de Soukkot.

Ceci rejoint les lois qui séparent le lait de la viande…« Tu ne feras pas cuire le chevreau dans le lait de sa mère » dit le livre du Lévitique. Ces préceptes alimentaires sont avant tout un rappel de l’interdit fondamental de l’inceste. Cet interdit qui fonde toute culture.

Ce soir l’enfant demandera : Ma nishtana halaila hazeh mikol haleilot? « Pourquoi cette nuit est-elle différente de toutes les autres nuits ? ». Et son père lui racontera  la Haggadah de Pâques, la libération d’Egypte, un texte de bergers vieux de plusieurs millénaires et compilé au moment de la mishna vers 220.

Ainsi, lors de ce seder, alors que les pains azymes (sans levain) rappellent que les hébreux, dans un sursaut de liberté ont quitté l’Egypte sans avoir le temps de faire lever la pâte, il s’agit de « manger la parole » pour être libéré d’Egypte. De manger des azymes pendant une semaine pour s’en souvenir. La dimension symbolique de l’acte de manger, cet acte d’incorporation et l’écriture nous rappelle que pour le judaïsme toute table est un autel.

plat de seder

Un passage du Pirqé Avot (1er siècle) attribué à Siméon Bar Yochai (fin du premier siècle – début du second) dit :

« Lorsque trois hommes mangent ensemble à une même table et n’y disent pas de paroles de les Torah, c’est comme s’ils avaient mangé des aliments offerts en sacrifice à des idoles mortes », comme il est dit: « car leurs tables sont pleines de mets orduriers, sans place pour D.ieu » (Isaïe 28,8). Mais trois personnes qui mangent à la même table et y ont échangent des paroles de la Torah, c’est comme s’ils avaient mangé à la table du Lieu (Maqom) D.ieu le maître du monde). Comme il est dit: « Voici la table qui est devant Hachém » (Ezékiel 42,22). (Pirqé Avot III, 4)

Et un passage du talmud de Babylone rapporte en écho ce raisonnement :

« L’Ecriture laisse entendre que l’on peut conférer son repas un caractère de sainteté puisqu’il est écrit (Ez 41, 22) : « L’autel en bois avait trois coudées de haut et deux coudées de long. Il avait ses angles, sa longueur et ses parois en bois et l’homme me dit : ‘‘C’est la table devant l’Eternel’’». Le verset commence par détailler les dimensions de l’autel… et indique à la fin, qu’il s’agit d’une table ! Rabbi Yohannan et Rabbi Eleazar en tirent tous deux cette idée-force : Tant que le temple existait, l’autel procurait expiation à Israël, et maintenant que le sanctuaire est détruit, la table, enrichie de commentaires sur les textes sacrés, lui sert de substitut » (TB Berakhot 55 a)

Le Temple était le lieu sacrificiel de la rencontre, tous les sacrifices étaient des offrandes de nourriture en réalité (dans l’antiquité toute viande mangée est le fruit d’un sacrifice à un dieu dans un temple), on privait son désir du meilleur pour s’ouvrir à l’Eternel et guérir de son désir mauvais et égoïste (péché). Le temple détruit, les sacrifices arrêtés, la table du seder a pris cette place. Lire la suite de « Pessah : Ce soir… sentez vous libre ! »