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« L ’âme juive et Dieu », Aimé Pallière

Grâce au Rav Haim Harboun (qui a un don pour dénicher un bouquin inouï derrière un vieux carton !)  j’ai en ma possession un introuvable d’Aimé Pallière de 1936 qui m’a enchanté et dont voici quelques extraits.

L'âme juive et Dieu-PallièresUn mot aux athées et aux croyants

En dehors des problèmes politiques et sociaux qui, au grand détriment de leur tranquillité, sollicitent l’attention des hommes, il est peu de questions essentielles, vitales pour l’humanité et elles sont éternellement les mêmes; Celle qui doit former; le sujet de la présente étude est au centre de toutes les autres, mais on ne peut l’aborder avec un esprit frivole et la simple curiosité n’est point une préparation suffisante, il y faut un peu plus de sérieux. C’est pourquoi l’auteur, croit, devoir adresser un avertissement tout amical à ceux qui s’apprêtent à lire ces pages :  Si vous avez exclu Dieu de votre vie, si vous vous êtes établi délibérément dans un système de négation, dans un matérialisme à la fois pratique et philosophique, en prétendant résoudre tous les problèmes de l’existence humaine par la Science toute seule dans son état actuel et avec ses immenses possibilités futures – et je reconnais que c’est le cas, pour un grand nombre de nos contemporains et non des moins distingués intellectuellement alors je vous le déclare bien franchement, la présente étude n’est point pour vous et vous pourrez occuper avec plus de profit vos loisirs en les consacrant à quelque autre lecture qui s`accordera mieux avec votre état d’esprit, car je n’ai pas la moindre prétention d’ébranler par des arguments neufs et impressionnants le solide édifice de votre incrédulité.

je vous ferai simplement observer, avant de vous laisser partir, que le grand théoricien moderne de l’athéisme Le Dantec, après avoir reconnu qu’un athée logique doit repousser l’idée de justice, l’idée de mérite et de démérite, et même celle de responsabilité, comme autant de résidus héréditaires d’erreurs ancestrales, reconnaît aussi, avec une courageuse franchise, que sans ces idées, qui sont les principaux mobiles des actions humaines, l’homme ne peut pas vivre, ces erreurs fondamentales étant dans la nature de l’homme actuel aussi indispensables à sa vie que ses membres physiques. Je n’ai pas besoin de vous démontrer, vous le sentez parfaitement vous-même, que, par ce simple aveu, Le Dantec condamne et réfute lui-même son propre système d’athéisme.

Et maintenant vous pouvez aller. […]

L’idée de Dieu
On discutait un jour devant moi des sujets à traiter dans une série de causeries comprises sous le titre général: « les Dieux des Juifs » et quelqu’un vint à parler de l’idée de Dieu, par opposition aux faux dieux adorés et servis par tant de nos contemporains, A cela je répondis : S’il s’agit de parler de l’idée de Dieu, je m’en déclare incapable, car Dieu n’est pas une idée pour moi, mais la suprême Réalité, plus réelle que tous les phénomènes du monde des apparences, puisque les savants eux-mêmes nous disent: que les choses matérielles ne sont nullement ce qui paraît tomber sous nos sens. Dieu est peut-être une idée pour ces philosophes dont nous ne sommes ni vous, lecteurs, ni moi. De cette société de nobles esprits, je me sépare résolument, quant à moi, pour traiter la question qui nous occupe. Pour parler des rapports de l’âme juive avec son Dieu, je me range parmi les simples croyants qui ont maintenu tout le long des âges des relations étroites et confiantes avec l’auguste et ineffable Réalité. Essayons de définir la nature de cette foi dont nous avons à parler : Le théologien et mystique juif du moyen âge Béhaï, (voir aussi l’article ‘Bahya Ben Josep Ibn Pakuda, dit Behay’ dans la Jewish Encyclopedia) au premier chapitre de son Hobot Hallebabot «Devoirs des cœurs » dit qu’il y a pour la foi en Dieu quatre classes de croyants.

La première est composée de ceux pour qui le nom de Dieu est une façon de parler, il fait partie, comme d’autres mots, d`un langage conventionnel ; ainsi peuvent parler les enfants et les simples d’esprit sans jamais approfondir le sens des mots qu`ils emploient.

Dans la seconde catégorie se trouvent ceux pour qui la foi en Dieu fait partie de la tradition de leur milieu, de leur famille ; elle tient comme beaucoup d’autres choses à l’éducation particulière qu’iIs ont reçue. Comme ceux qui leur ont donné cette éducation l’avaient reçue eux-mêmes de la même façon de leurs propres éducateurs, ils ressemblent tous à des hommes qui se tiendraient debout en s’appuyant, chacun la main sur l’épaule de celui qui le précède, en sorte que cette chaîne de tradition manque complètement de solidité, puisque rien ne nous garantit que le premier de la chaîne: n’était point dans l’erreur.

Dans la troisième classe nous rangerons ceux qui ne se contentent pas de recevoir passivement leurs croyances de la tradition ; ils suivent le conseil des sages; qui disaient : Sois assidu dans l’étude de la Loi, afin d’être. en état de répondre aux incrédules. Ainsi, comme ils ont appris à raisonner, ils sont capables de fournir des preuves philosophiques à l’appui de leurs croyances. Mais cependant, comme ils ne sont pas allés plus loin que le raisonnement, ils peuvent se perdre dans leur argumentation et ils arrivent à un point où, comme le voyageur parvenu à un croisement de routes, ils ne savent plus laquelle choisir pour atteindre leur but.

Enfin il existe une quatrième catégorie de croyants et ce sont ceux qui, ayant reçu pieusement leur foi de la tradition et l’ayant fortifiée par de consciencieuses études, en ont fait comme la vie même de leur âme. Ceux-là se sont entièrement conformés à la recommandation de la Torah : « Sache donc aujourd’hui et reconnais en ton cœur que le Seigneur est Dieu ». Behaï ne s’étend pas davantage sur la différence essentielle qui sépare les croyants de cette dernière catégorie de ceux qu’il range dans la troisième, mais nous n’avons pas de peine à reconnaître la distinction qui s’impose entre la foi que nous pouvons appeler intellectuelle, parce qu’elle prétend se fonder uniquement sur la raison, sur l’exercice de la seule intelligence, et celle qui, avec intelligence, pénètre le cœur et vivifie ainsi l’être spirituel tout entier. […]

Dépendance et fidélité

[…] il reste à préciser la nature des relations établies entre l’âme juive et le Dieu personnel qui s’est révélé à elle. Elles se présentent simultanément sous un double aspect : rapport de dépendance, Dieu est notre Maître, notre Roi, et nous sommes, et si nous ne le sommes pas véritablement, nous sommes appelés à devenir ses serviteurs, et rapport de filialité, Dieu est notre Père et nous sommes ses enfants, Avinou Malkheinou.

J’ai connu un excellent Juif libéral, d`ailleurs fort pieux, qui protestait contre ce nom : Notre Roi, appliqué à Dieu sous le prétexte singulier que nous sommes en république et que nous ne devons pas surcharger notre langage religieux de métaphores étrangères à notre vie. Mais en appelant Dieu son Roi l`âme juive n’use pas d’une simple métaphore pas plus qu’en le nommant son Père. Les deux noms traduisent exactement un double sentiment et expriment une double réalité.

Pour l’âme juive les deux notions, celle de royauté et celle de paternité, trouvent leur expression dans la Torah, dans l’idée de Loi. Voilà un mot qui rend un son dur et désagréable, presque antireligieux pour les oreilles non juives surtout chez ceux dont le commerce familier avec la Bible s’est exercé sous l’influence d`une autre inspiration religieuse. On est obligé de convenir que maints passages des Ecritures et de la littérature rabbinique postérieure sont de nature à donner cette impression de légalisme, d`autorité dépourvue de toute onction, cette idée d’un assujettissement privé de tout sentiment profond. Mais il serait tout aussi injuste de méconnaître que l’âme juive a transformé et spiritualisé le concept de Loi. Déjà dans les Psaumes où elle exprime le mieux ses rapports avec son Dieu et dont elle a fait comme un miroir fidèle de ses sentiments intimes, de sa piété journalière et de son enthousiasme au service du Seigneur, |’accent avec lequel elle parle de la Torah n’indique pas une tendance formaliste, mais bien plutôt ce courant de vie religieuse qui caractérise la religion des prophètes en réaction contre le formalisme dépourvu de vraie piété. Les rabbins à leur tour, entrant dans le même courant ont trouvé cette idée admirable de Torah lischmah, de la Loi pour elle-même, pour l’amour de la Loi et accompagnée de la joie du commandement, joie qui devient la récompense de son accomplissement. Faire du devoir religieux une source d’allégresse intérieure, parce que l’âme fidèle réalise sa propre liberté au moment même où elle se soumet volontairement au précepte, c`est là une des plus pures et des plus nobles conceptions qui se puissent imaginer, Une foi sans joie, a dit un croyant, c’est un autel sans parfum. La vraie foi est invincible espérance et la joie véritable est la fille légitime de l’espérance. Eh bien, l’âme juive a réalisé cette bénédiction de la joie dans une tranquille et harmonieuse soumission de toutes ses facultés à la volonté de son Maître. Et cela n’est possible que parce qu’elle a trouvé l`unique secret de la joie-Elle a cherché son Dieu non pas simplement dans la contemplation de la nature, dans les livres qui nous parlent de Lui et dans les rites religieux par lesquels s’exprime l’attitude du serviteur vis-à-vis de son Roi et de l’enfant à l’égard de son Père, elle L’a cherché en elle-même et elle l’y a trouvé, car nous ne trouvons jamais Dieu que dans le sanctuaire de notre cœur. Et quand nous le trouvons, quand après bien des hésitations, bien des erreurs, Sa face enfin nous apparaît, nous savons ce que c’est que d’avoir une vie entièrement renouvelée.

C’est un bouleversement de tout l’être. Et c’est ce que veulent dire nos prophètes quand ils parlent du cœur nouveau, de l’esprit nouveau.

Le Dieu universel
Et nous savons aussi que notre Dieu n’est point localisé, qu`ll est partout présent. Il n’est pas plus dans l`espace qu’Il n’est dans la matière. Certes, nos pères ont cru pendant de longs siècles que leur Dieu habitait le territoire de la Judée et plus spécialement Jérusalem et son Temple. C’était là un des masques dont l`ignorance couvrait le visage du Seigneur. La captivité de Babylone à ce point de vue-là a été libératrice. Dans l’âme d’Ézéchiel la vérité enfin s’est fait jour. Le char céleste, la Mercaba dans la célèbre vision du début de sa prophétie, se meut dans les quatre directions. Il était impossible d’exprimer d’une manière plus imagée et plus exacte à la fois l’omniprésence du Dieu unique et véritable. Le Seigneur n’a aucune distance à parcourir pour répondre à l’appel du cœur de l’homme :

קָרוֹב יְהוָה לְכָל  קֹרְאָיו  לְכֹל אֲשֶׁר יִקְרָאֻהוּ בֶאֱמֶת

« Il est proche de tous ceux qui l’invoquent, de tous ceux qui l’invoquent en vérité (émet). » (Psaume 145, 18)

S`il est permis d’employer en un tel sujet une comparaison matérielle, je vous dirais : Voyez les merveilles de la T.S.F. une parole unique est prononcée, et voici que des millions et des millions d’auditeurs l’entendent au même instant. Chacun la perçoit et la reçoit tout entière comme si elle était dite pour lui seul, dans son adorable plénitude et Il est prêt à répondre à l’appel de chaque âme comme si seule elle existait pour Lui; l`Éternel, le Parfait, I`lmmuable s`adapte merveilleusement aux besoins de chacun de nous. Il se fait tout à tous sans qu’aucun changement jamais ne survienne dans son Etre adorable.

Et parce que le Seigneur est partout en n’étant localise nulle part, il s`ensuit qu’ll est le Dieu unique et que tous les peuples, toutes les races, toutes les confessions ne servent et n’adorent que Lui seul sous la multiplicité des formules et des rites. C`est là l`autre aspect de notre monothéisme auquel on n`accorde pas toujours une suffisante attention. On oppose souvent au polythéisme la foi au Dieu Un, au Dieu unique, et l`on a raison, mais à la condition de ne point faire du Dieu Un une nouvelle idole locale, raciale, nationale. Le Seigneur se nomme dans nos Ecritures le « Dieu jaloux », ce qui veut dire qu’ll n’admet aucun partage qu’Il réclame pour lui seul le culte de cette fraction d’humanité qu’ll s’est choisie pour dépositaire et messagère, Israël.

Mais si vous entendez par là qu’ll se dresse, farouche, contre les adorateurs d`images, contre les sectateurs des cultes innombrables qui, tout le long des siècles, se sont efforcés d`étreindre la vérité divine, de trouver I’Etre ineffable à travers la multiplicité des représentations, des symboles, des fictions poétiques, comme vous vous trompez ! Comme vous êtes loin du véritable esprit d’Israël ! Comme vous comprenez mal son pur monothéisme, « non, non, s`écrie en s’adressant à Dieu le poète synagogal lbn Gabirol dans son magnifique poème La couronne royale, non, Ta gloire n`est en rien diminuée par ceux qui, en Te cherchant, se trompent d’objet, car leur intention à tous est d’aller à Toi ! » Et quand il parle ainsi, il reprend la pensée exprimée par le dernier des prophètes qui fait dire au Seigneur: «  De l’Orient à l’Occident mon nom est grand parmi les nations. En tout lieu l`encens brûle en l’honneur de mon nom et de pures offrandes me sont présentées »[1]

Mon Dieu, le vrai Dieu, continue l’âme juive, n’est que patience, indulgence, bonté, miséricordieuse attente du progrès toujours si lent et si difficile chez les pauvres créatures humaines. Aucun culte n’est vide de Lui ; toute forme religieuse unit à Lui dès lors qu`elle est sincère. Si vous cherchez sa toute-puissance dans les profondeurs sidérales ou même dans la nature terrestre, votre cœur pas plus que votre raison ne pourra l’y trouver; cherchez-la dans le domaine religieux et moral, vous êtes sûrs de l`y découvrir, sûrs que cette toute-puissance-là s’exerce partout et toujours pour répondre à chaque adorateur selon la mesure de sa foi. Tel est l`universalisme, dit I’âme juive.

[1] Malachie 1,2, Vè siècle avant l’ère chrétienne.

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  1. Grard Haddad
    29 décembre 2013 à 22:06

    Moi qui croyais avoir tout lu de Palliere ! Cette dition ULI ou Union Librale Israelite est celle de la synagogue de la rue Copernic. On oublie ce que le judasme liberal a apport au judasme franais. Outre Palliere, il y eut le merveilleux Edmond Fleg

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