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Sidra de Mikets, la quête du frère

La Paracha de ce shabbat par le Rav Haïm Harboun

Joseph explique ses rêves à Pharaon, Marc Chagall, 1931

Joseph explique ses rêves à Pharaon, Marc Chagall, 1931

La quête du frère

Toute cette Sidra est parcourue par une sorte de malaise.

On se rappelle que Joseph errant avait rencontré un homme en chemin qui l’avait questionné : « Que cherches-tu ? » et il avait répondu : « je cherche mes frères » (Gn 37, 16). Joseph ou la quête du frère, voilà la clé de ce récit.

Cette affirmation est bien sûr l’exact contrepoint de la réponse de Caïn à L’Eternel après le meurtre du doux Abel : « Où est ton frère Abel ? –Suis-je responsable de mon frère ? » (Gn 4, 9). La fraternité et la quête du frère, voilà une clé de ce récit.

Les frères de Joseph arrivent donc en Egypte et cet homme en quête de ses frères leur réserve un accueil qui n’a à première vue, rien de chaleureux : II leur dit: « Vous êtes des espions! C’est pour découvrir le côté faible du pays que vous êtes venus! ». Ils répondent : « Nous sommes douze frères, nés d’un même père, habitants du pays de Canaan; le plus jeune est auprès de notre père en ce moment et l’autre n’est plus.  … –Vous ne sortirez pas d’ici que votre plus jeune frère n’y soit venu. Dépêchez l’un de vous pour qu’il aille quérir votre frère et vous, restez prisonniers  »… Il les accuse d’être des espions, il les jettent en prison et renvoie dans leur pays d’origine. On fait plus fraternel !

Le sentiment général n’est pas bon et les frères en arrivent à la conclusion, qu’il n’y a plus d’espoir de trouver de la nourriture.  Ils rentrent alors en eux-mêmes et se disent l’un à l’autre : « En vérité nous sommes punis à cause de notre frère; nous avons vu son désespoir lorsqu’il nous criait de grâce et nous sommes demeurés sourds. Voilà pourquoi ce malheur nous est arrivé. ». Et Ruben, qui, lui a sauvé la vie de Joseph dit : « Est-ce que je ne vous disais pas alors: Ne vous rendez point coupables envers cet enfant! Et vous ne m’écoutâtes point. Eh bien! Voilà que son sang nous est redemandé » une allusion à peine voilée en écho de l’accusation de l’Eternel à Caïn après le meurtre fraternel originel : «Le cri du sang de ton frère s’élève, jusqu’à moi, de la terre».

Et ils disent à Joseph, qui lui, sait, qui ils sont : «Nous sommes tous fils d’un même père ». Rachi précise en citant le Midrash : « Ils ont, sous l’inspiration de l’esprit saint, compté Yossef parmi eux comme étant aussi le fils de leur père (Beréchith rabba 91, 6) ».

En réalité l’aveuglement des frères est une cécité du cœur : « Joseph reconnut bien ses frères, mais eux ne le reconnurent point. ».

Simon est jeté en prison, et faute de présence  de Benjamin en Egypte, celui-ci y moisira, sans le moindre espoir de libération. Pour les frères de Joseph les épreuves s’accumulent et l’horizon semble des plus sombre.

La pédagogie de Joseph

Mais cette dureté impitoyable de Joseph n’est que d’apparence. Car l’amour qu’éprouve Joseph pour ses frères ne fait aucun doute. Il s’est fait le frère de ses frères qui l’ont vendu comme esclave. Ceux-ci errent dans leurs raisonnements entre l’Egypte et Canaan mais lui continue à espérer leur fraternité malgré leurs fautes.

Pour preuve : il leur restitue leur argent, donne l’ordre que leurs sacs soient remplis pour affronter la famine et se préoccupe d’assurer tous leurs besoins. Se soucie d’eux et de leurs besoins matériels sans le leur montrer : il n’est aucunement obligé de leur restituer l’argent qu’ils ont payé pour les biens achetés en Egypte. S’il le fait c’est pour montrer qu’il n’est pas mû par un sentiment de vengeance.

Les frères qui ne comprennent rien se demandent quel jeu Joseph est-il en train de jouer ?  Lui Joseph qui a tout perdu même sa langue maternelle, l’hébreu : « ils ne savaient pas que Joseph les comprenaient, car il s’était servi d’un interprète. » va les amener, par étapes sur le chemin de la repentance.

Ses frères ignorent que leur frère poursuit un but. Il veut que ses frères viennent à la repentance, fassent téchouva. Toute cette mise en scène n’a que ce but. Tout ce qu’il impose à ses frères constitue le processus qui conduit à la téchouva.

Joseph va jusqu’à se faire détester de ses frères : « Ce personnage, le maître du pays, nous a parlé durement » disent-ils à leur retour vers Jacob.

Le processus de la repentance (téchouva)

Toutefois, pour parvenir au stade de la téchouva il est indispensable d’abord qu’il y ait prise de conscience. Si Joseph avait pardonné comme cela à bon marché, rien n’aurait changé en eux.

Seules les épreuves et les souffrances conduisent à la prise de conscience. Ce sont les épreuves qui suscitent l’introspection. Joseph agit dans ce seul but.

Il accuse ses frères d’être des espions, les fait moisir trois jours dans un cachot, les oblige à retourner pour chercher Benjamin, leur plus jeune frère, fait incarcérer Siméon, met Benjamin, le fils chéris de Jacob en prison afin que toute la famille vienne en Egypte et qu’ils fassent téchouva  en sa présence. Cette téchouva nécessitait une période d’épreuves pénibles, de souffrances, de prises de conscience progressives et forcément douloureuses.

Toute cette grande mise en scène n’a qu’un but : faire réfléchir les frères afin qu’ils entament une réflexion sur leur passé. Joseph, retrouvant son frère Ruben au grand coeur, lui, est bouleversé : « Il s’éloigna d’eux et pleura; puis il revint à eux, leur parla et sépara d’eux Siméon, qu’il fit incarcérer en leur présence ». Dans une même phrase Joseph pleure… et fait incarcérer son frère !

Joseph pleure en solitaire, Maassé aboth simane lébanim

Joseph et ses frères, le destin du peuple juif

Les frères de Joseph représentent le peuple juif qui se retrouve dans la même situation que les frères de Joseph. Chaque juif traverse des souffrances des inquiétudes quant à l’avenir. Mais toutes ces angoisses sont perçues selon notre seul point de vue. L’Eternel agit dans ce monde à la manière d’une mise en scène, afin que nous puissions réfléchir et que nous prenions le bon chemin, pour arriver à Dieu. Cela se fait via des épreuves pénibles et des souffrances insupportables ; les fidèles tombent sept fois et se relèvent huit…

« Car le juste tombe sept fois, et se relève; mais les méchants sont culbutés par le malheur. » (Proverbes 24, 16)

« Il n’est pas d’homme juste sur terre qui fasse le bien sans jamais faillir. » (Qo 7, 20)…

… mais ces chutes sont salutaires pour avancer. Les épreuves que vit un homme mettent en route sa réflexion, son introspection. Tout ce qui nous arrive est une épreuve pour notre bien.

Si dès le départ, Joseph s’était présenté à ses frères et les avait comblés de tous les biens. Alors ces frères auraient le sentiment que leur conduite était très bonne et la fait que Joseph règne sur l’Egypte les auraient encore conforté dans ce sentiment, ils auraient été fiers de leur conduite.

Joseph voulaient que ses frères fassent téchouva, car leur conduite passée était blâmable.

Cette téchouva à l’origine de tout, dont le Talmud dit qu’elle a été créée avant le commencement du monde.

Sept choses ont été créées avant que le monde fût créé, à savoir : la Tora, la téchouva, le Jardin d’Eden, l’enfer, le Trône de la Majesté Divine, le Temple, et le nom du Messie.[1]

 

 Haïm Harboun

[1] Bereshit Rabba 1,4, T.B. Pessah’im 54a et T.B. Nédarim 39b

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