La Paracha de Bo, l’horloge du temps

Voici le commentaire de la Sidra du Rav Haïm Harboun que j’ai développé.horloge

L’Éternel dit à Moïse: Bo al Paro– « Rends-toi chez Pharaon ! » (Ex 10, 1)

Le Lekh (« Va !») adressé par deux fois à Abraham, que D. adresse deux fois à Abraham, deux appels entre lesquels s’inscrivent ses actes de foi envers l’Eternel au début de sa vie nomade et au Mont Moryia est une manière de parler moins respectueuse que le Bo (« viens ») adressé à Moïse. Lekh ! c’est « File ! », Bo ! c’est « Viens ! ». Cette formulation montre le respect de l’Eternel pour Moïse et la grandeur qu’il accorde à cet anaw, cet humble, d’une racine qui veut dire « courbé » souligne Rachi. Découvrons cette paracha de Bo.

L’horloge et le commencement du temps

Tout d’abord, il est curieux de constater que le temps calendaire donné par D. tel qu’il est compté en Israël commence à la sortie d’Egypte ainsi que le raconte notre Sidra :

L’Éternel parla à Moïse et à Aaron, dans le pays d’Égypte, en ces termes: « Ce mois-ci est pour vous le commencement des mois; il sera pour vous le premier des mois de l’année. » » (Ex 12, 1-2)

C’est la première fois dans l’histoire que la notion du temps est mentionnée dans la Torah. Pourquoi ici et pas lors de la création du Monde ? Quand il commente le premier mot de la Torah, Bereshit, Rashi s’étonne :

« Au commencement Rabi Yits‘haq a enseigné : La Tora, [en tant qu’elle constitue essentiellement un code de lois], aurait dû commencer par : « Ce mois-ci est pour vous le commencement des mois » (Ex 12, 2), puisque c’est par ce verset qu’est édictée la première mitswa prescrite à Israël. Pourquoi débute-t-elle avec Beréchith (litt. « dans la tête », au commencement) ?

Et Rashi répond par le psaume :

« La puissance de Ses hauts faits, Il l’a révélée à Son peuple, en lui donnant l’héritage des nations » (Tehilim 111, 6). Ainsi, si les nations du monde viennent à dire à Israël : « Vous êtes des voleurs, vous avez conquis les terres des sept nations ! », on pourra leur répondre : « Toute la terre appartient au Saint béni soit-Il. C’est Lui qui l’a créée et Il l’a donnée à qui bon lui a semblé. (Cf. Yirmeya 27, 5). C’est par Sa volonté qu’Il les a données à ces peuples, et c’est par Sa volonté qu’Il les leur a reprises et qu’Il nous les a données ! » (Yalqout chim‘oni, Bo 187).

En clair, les nations ne peuvent comprendre que la notion d’espace. Une notion liée à celle du territoire de la puissance, de l’identité territoriale, de l’architecture de temples prestigieux… Hors Israël est fondé non pas par l’espace mais par le temps. Un temps qui commence non pas seulement avec la création du monde mais aussi avec la sortie d’Egypte ainsi que nous le célébrons à chaque Shabbat. Le juif est un shomer shabbat, un gardien du temps de la semaine et des lunaisons des mois ou néoménies (Roch Hodech). La sortie d’Egypte  est le temps fondateur du peuple juif. Le Midrach écrit :

«  Rabbi Yéhochoua ben Lévy dit : ‘‘Le départ d’Israël d’Egypte évoque la similitude avec un roi qui possédait une horloge qu’il consultait souvent pour connaître l’horaire.  Quand son fils devint majeur, il lui confia son horloge. Ainsi lui a dit le Saint, béni soit-Il : ‘Jusqu’à présent c’est de moi que relevait le compte des mois, à partir de maintenant je te confie cette charge’. Votre « oui » sera un oui votre « non » sera un  non. Mais quel que soit votre compte ce mois sera le premier des mois »  (Yalkouth Shim’oni parachat BO)

Nous connaissons déjà le nom de cette horloge. Elle s’appelle : «  la sanctification du mois » (Roch Hodèch), le premier jour du mois.

Les arabes ont un calendrier lunaire, une année qui compte 354 ou 355 jours. Les européens un calendrier solaire (le calendrier grégorien de 365 jours) qui oblige à intercaler des années bissextiles. Nous, nous avons inventé le seul calendrier qui tombe juste et qui est luni-solaire, c’est à dire composé d’années solaires, de mois lunaires, et de semaines de sept jours commençant le dimanche et se terminant à shabbat. C’est pour cette raison que le Deutéronome dit : « La Torah est votre sagesse  et votre intelligence ». En fait l’astronomie est la première science qu’ai cultivé le peuple d’Israël. En effet le calendrier hébraïque est fondé sur l’année lunaire et l’année solaire. Contrairement aux autres peuples.

Le temps de l’homme, porte de l’éternité

Comme dit un psaume que nous ne vivons seulement qu’un instant : À tes yeux, mille ans sont comme hier, c’est un jour qui s’en va, une heure dans la nuit. Malgré nos plus grands efforts, notre empreinte dans l’espace ou tout en moins ce que nous en percevons, est éphémère. Le psaume 90 résume ainsi ce destin de l’homme : Prière de Moïse, l’homme de Dieu. […] Seigneur, tu as été notre abri d’âge en âge! L’homme ! ses jours sont comme l’herbe ; comme la fleur des champs, il fleurit : dès que souffle le vent, il n’est plus, même la place où il était l’ignore…

Comme pour tous les vivants, le maintien et la poursuite de notre être dans l’existence nous conduisent à idolâtrer l’espace –que nous voyons : nos biens, nos possessions, notre lopin de terre, notre surface sociale, notre patrimoine de biens ou  intellectuel, l’étendue de notre savoir religieux…, et à oublier que c’est le temps –que nous ne voyons pas, qui conditionne notre existence et a prise sur elle.

Imaginez une personne qui tourne autour de vous en voiture et passe et repasse ainsi et devant vos yeux. Si vous accélérez la vitesse, elle disparaît, comme ces photos prises avec un temps de pause très long dans une gare où passent des gens. À la fin il ne reste sur le cliché que la gare sans la foule. Pourtant cette personne « existe » bien, cette foule est passé seulement une seconde devant l’objectif mais vous ne la voyez plus. Nous sommes donc prisonniers de notre perception limitée de l’espace.

L’idolâtre (d’eidolon « regarder ») c’est celui qui est prisonnier de ce qu’il voit. De cette réalité autour de lui qui le possède et l’asservit. L’idolâtre vit en Egypte devant ses idoles. Dans le doux bonheur de celui qui ne croit que ce qu’il voit et avance, halluciné, comme un zombie, sans conscience du temps qui passe et de sa responsabilité d’homme appelé à la liberté.

De plus, le temps est une perception relative. C’est l’affect que nous portons qui détermine notre perception du temps. Le temps des amoureux semble toujours trop court. Celui du prisonnier ou du malade recroquevillé sur sa couche enfermé dans son corps opaque toujours trop long. Il suffit parfois d’une parole pour que quelqu’un de fermé en lui-même revienne dans le temps des hommes. Le temps est donc la clé de tout. C’est le temps qui est la condition de l’espace humain et non l’inverse. De même toute réalité humaine se déroule sur fond d’Éternité.

L’Éternel est le maître du temps et de l’histoire. C’est ce que signifient les concepts juifs de création, révélation et rédemption. Don du monde, don de la Loi et fin des temps.

La conscience du temps

Toutefois, pourquoi la fixation du temps constitue-t-elle une Mitsva, avant même que le peuple ne quitte l’Egypte ? Pourquoi aussi cette précède-t-elle la fête de Péssah?  La réponse figure dans l’expression  Lakhèm (pour vous) « Ce mois-ci est pour vous le commencement des mois ». Ce mot implique que la fixation du calendrier est une affaire qui relève de la décision du peuple d’Israël lui-même par l’intermédiaire de ses Tribunaux. La gestion du temps relève de l’assentiment du peuple. Ce qui implique  le respect scrupuleux de ce temps. Mais dans quel but ? Par la gestion du temps, l’homme est le maître de son destin et non pas la nature qui n’a désormais plus de prise sur sa liberté. Celle-ci doit être au service de l’homme et non l’inverse. Les Lois de la nature ne doivent pas avoir sur l’homme la moindre domination. Le culte en vigueur en Egypte était fondé et soumis à la nature, c’est pourquoi les hébreux devaient obligatoirement quitter l’Egypte pour retrouver le sens de la liberté symbolisée par la prise de conscience du temps.

La gestion du temps, la mitsva qui le fixe, permet la conscience. Le judaïsme permet une conscience en état de veille en permanence. Une vie pleinement vécue à chaque instant, vivante, et non pas une vie subie, qui tue le temps en le perdant.

Cette prise de conscience du temps individuel était gérée aussi de manière sociale et collective. Le tribunal suprême fixait le Roch-Hodèch en s’appuyant sur les déclarations de témoins. La fixation du temps a été consignée dans la halakha. Ce qui revient à dire que ce sont les hommes qui fixent le nombre de jours dans le mois. Ce paradigme de fixation du temps s’est prolongé durant tout le temps où Israël avait son Temple jusqu’en l’an 70 de notre ère.

L’heure de la délivrance de la dispersion

La délivrance d’Egypte relevait de la volonté du peuple hébreu qui décide de sortir. La volonté divine ne fait que confirmer ce désir. Une fois que la volonté du peuple hébreu de quitter l’Egypte est manifestement exprimée, l’Eternel leur dit : Au dixième jour de ce mois, que chacun se procure un agneau pour sa famille paternelle, un agneau par maison. ….Vous le tiendrai en réserve jusqu’au quatorzième jour de ce mois ; alors toute la communauté d’Israël l’immolera… on prendra de son sang et on en teindra les deux poteaux et le linteau des maisons dans lesquelles on le mangera  (Ex. 12, 1- 7)

Bizarre, bizarre ! Pourquoi immoler un agneau avant de partir ?  Parce que celui-ci était un objet d’adoration de la part des Egyptiens. Les Hébreux ont été esclaves pendant deux siècles environ. Cette condition d’esclavage  a façonné en eux une personnalité d’esclave. Il ne suffit pas de quitter l’Egypte pour se débarrasser d’une structure mentale d’esclave. En demandant aux hébreux de sacrifier le dieu égyptien, l’Eternel leur propose d’extirper l’esclavage du fond d’eux-mêmes. En effet on peut quitter l’Egypte  et rester avec une mentalité d’esclave, d’homme dispersé qui court après une tache puis une autre que lui donne son maître sans jamais accéder à sa liberté ni à son unité intérieure d’homme libre. Son temps n’est plus morcelé.

La diaspora, la dispersion est ce morcellement du temps, du peuple. C’est pour cela qu’Israël est appelé à la teshouva au retour vers son unité sur sa terre.

La condition d’esclave et l’homme morcelé

Les psychologues modernes ont découvert que l’enfant aux premiers mois de son existence  ne vivait pas son corps comme une totalité unifiée. Il voit son image dans un miroir et ne se reconnait pas. Il voit tomber un objet et il pleure comme si c’était lui. Pourquoi ? Parce que l’enfant n’arrive pas à distinguer son corps (ou plutôt l’image de son corps)  de ce qui lui est extérieur. Il fusionne avec le corps de sa mère où il est resté neuf mois et donc aves les objets de ce monde qui l’entoure. Il fait un avec eux.

Seul le langage et la nomination vont lui permettre de s’identifier dans le réel. La nomination, prononcée par le père, dont le nom est inscrit dans l’imaginaire de la mère comme son la fonction paternelle qui « interdit » l’inceste, fait fonction de Loi. Cette Loi dont témoigne le langage distingue l’enfant de sa mère et des objets qui l’entoure. Cette séparation entre l’objet,  et le nom qui le représente est fondamentale et originaire. « Je est un autre » disait Arthur Rimbaud. Cette séparation entre le nom, à-être, et le moi, qui est, est vitale pour que l’enfant entre dans une histoire, un à-être, pour les autres. Un entre-nous qui fonde toute société humaine. Sans cette symbolique l’enfant vit dans l’instantanéité et non dans une histoire, il est un objet, un simple fait et non le sujet libre de son existence. L’enfant est dans la confusion avec le monde qui l’entoure et ne peut exister comme individu libre.

La nomination permet l’entrée dans le cycle des générations qui me précèdent, me nomme avant même que je sache parler et qui me suivront. C’est pour cela qu’on appelle à la Torah par « x… Fils de… ». C’est une manière de dire « maintenant tu es libre… »… libre de prononcer cette Loi qui fonde notre existence de peuple libre.

Sans cette identification primaire l’enfant, non nommé, se perçoit comme un corps morcelé : une main, un bras, une jambe… et non pas une unité. C’est ce qui se passe quand nous ne voyons d’une femme qu’un buste ou des yeux ou des fesses. Nous ne considérons plus la personne comme une unité, une personne libre, mais comme un objet, un simple moyen de notre désir. C’est cela l’esclavage. C’est ce qui se passe quand nous ne voyons plus les gens pour eux même mais pour les fonctions qu’ils remplissent pour nous au travail ou dans notre famille. Autrui n’est plus alors une fin mais un moyen. C’est cela l’esclavage, l’idolatrie.

Nous sommes alors comme l’enfant pas encore nommé, sujet du réel qui nous entoure et se joue de nous. Esclaves en Egypte.

La dispersion, l’éparpillement n’est pas qu’une réalité géographique. Le Maharal de Prague a montré que c’était une réalité ontologique et ajouterions nous psychologique, une fracture qui traverse tout homme et dont le juif a une vive conscience.

La reconstitution de l’unité psychique et spirituelle et la sortie de l’esclavage

Comment sait-on qu’une personne s’est débarrassée de son esclavage intérieur (qui peut demeurer bien des générations) ? La réponse se trouve dans le sacrifice pascal symbole de l’unité spirituelle recouvrée. Une unité qui traverse toute la Paracha de Bo.

D’abord comme nous l’avons déjà remarqué, tout se passe le  mois UN, lehadeshei (לְחָדְשֵׁי הַשָּׁנָה.) de l’année : « Ce mois-ci est pour vous le commencement des mois; il sera pour vous le premier des mois de l’année. » (Ex 12, 2)

Ensuite il y a un seul korban Pessah. Car, pour le sacrifice pascal, les os de l’agneau ne devaient pas être brisés, cassés en deux, ils devaient être UN. Lors de la grillade, la bête devait rester entière ; ne pas être découpée auparavant en morceaux. L’agneau devait être : ben chana, (fils de l’année, il a un an), tamim, entier, sans défaut. UN.

Pas de demi-mesure, de court bouillon, de mi-cuit ou de viande à la coupe : « N’en mangez rien qui soit à demi cuit, ni bouilli dans l’eau mais seulement rôti au feu, la tête avec les jarrets et les entrailles ». (Ex 12, 9)

Enfin, Unité de temps ! tout doit se dérouler en un jour,  on ne doit pas consommer le korban Pessah le lendemain, Il était proscrit d’en laisser jusqu’au matin. « Et l’on en mangera la chair cette même nuit …Vous n’en laisserez rien pour le matin; ce qui en serait resté jusqu’au matin, consumez-le par le feu. » (Ex 12, 8. 10)

Une unité qui ne concerne pas que les personnes mais aussi la société en commençant par la famille : « On se procure UN agneau par maison » (Ex 12, 3). « Celui dont le ménage sera trop peu nombreux pour manger un agneau, s’associera avec son voisin, le plus proche de sa maison, selon le nombre des personnes; chacun, selon sa consommation, réglera la répartition de l’agneau. » (Ex 12, 4). Les familles doivent se réunir et être UNE. La famille doit rester unie dans sa maison : « Que pas un d’entre vous ne franchisse alors le seuil de sa demeure, jusqu’au matin. » (Ex 12, 22)

Un unité qui concerne le peuple : tous sont invités à la fête, le Lévie (qui ne possède pas d’argent durant Pessah’ car ils ne possédaient aucun terrain en Erets Israël), l’étranger, le serviteur, la servante, l’orphelin, la veuve… tous sont UN : « Durant six jours tu consommeras des Matsot et le septième jour sera un événement pour Hachem ton D… Tu ne feras aucun travail…Tu te réjouiras devant Hachem ton D., toi, ton fils, ta fille, ton serviteur, ta servante, ainsi que le Levi qui habite parmi toi, et l’étranger ainsi que l’orphelin et la veuve qui sont au milieu de toi, à l’endroit qu’Hachem ton D. choisira pour y faire résider son Nom. » (Ex. 16)

L’esclavage entraîne la dislocation de l’individu. Par la sanctification du temps l’homme retrouve son unité. L’Unité individuelle et collective est la preuve que l’on a recouvré la liberté.

Un juif c’est seulement un homme qui sanctifie le temps.

La promesse de l’Eternel, D. dans l’histoire

La Haftarah nous raconte avec des mots choisis très précisément la promesse de l’Eternel dans le temps de l’histoire face à la dispersion :

Ne crains donc rien, ô toi, mon serviteur Jacob, dit l’Eternel, ne sois point alarmé, ô Israël! car mon secours te fera sortir des régions lointaines et tes descendants de leur pays d’exil. Jacob reviendra et il jouira d’une paix et d’une sécurité que personne ne troublera. Oui, je serai avec toi, dit l’Eternel, pour te prêter assistance. Dussé-je détruire de fond en comble tous les peuples parmi lesquels je t’aurai dispersé, que toi, je ne te détruirai pas; je te frapperai avec mesure, mais n’aurai garde de consommer ta ruine. (Jr 30, 10-11)

Une promesse de rassemblement et d’Unité mais aussi de présence de D. dans l’histoire que Yimayahou répète mot pour mot 16 chapitres plus loin comme si nous étions incapables de la comprendre :

Pour toi, ô mon serviteur Jacob, ne crains rien; ne sois point alarmé, ô Israël! car mon secours te fera sortir des régions lointaines et tes descendants de leur pays d’exil. Jacob reviendra, et il jouira d’une paix et d’une sécurité que personne ne troublera. Non, toi, tu n’as rien à craindre, mon serviteur Jacob, dit l’Eternel, car je serai avec toi. Dussé-je détruire de fond en comble tous les peuples, parmi lesquels je t’aurai relégué, que toi, je ne te détruirais pas. Je te frapperai avec mesure, mais n’aurai garde de consommer ta ruine . (Jr 46 27-28)

Lors du récit de la mort de Jacob figure de tout juif, (Gn 49, 33 – 50, 1-3) , Rashi remarque un fait étrange : on parle d’embaumement et de deuil, mais rien n’indique explicitement que Jacob est mort. Rashi rapporte alors un enseignement de nos sages issu du traité Taanit : יעקב אבינו לא מת, « Jacob notre père n’est pas mort ». La guemara commente du Talmud de Babylone  précise :

Rav Na’hman et Rabbi Itzhak étaient attablés. Rav Na’hman demande à Rabbi Itzhak : « que Monsieur dise un mot [un Dvar Thora] ». Celui-ci répond fort à propos que l’on ne parle pas en mangeant, de peur d’avaler de travers (littéralement : d’intervertir la trachée et l’œsophage).
Après le repas, Rabbi Itzhak accepte de prendre la parole, et prononce le fameux enseignement : « Jacob notre père n’est pas mort ».
Surprise de Rav Na’hman qui demande : « est-ce pour rien qu’on lui a fait des oraisons funèbres, qu’on l’a embaumé et qu’on l’a enterré ? »
Rabbi Itzhak répond : מקרא אני דורש, « Je commente un verset ». Il se base en fait sur un verset de Jérémie (Jr 30, 10) : « Et toi, n’aie pas peur mon serviteur Jacob, témoignage de l’Eternel, ne crains rien Israël car Me voici qui te sauve de loin, et ta descendance de la terre de leur captivité. » (TB Taanit 5b)

La Guemara (TB Berakhot 18 a) enseigne ailleurs que צדיקים במיתתן נקראו חיים : « les justes après leur mort sont appelés vivants ». Le temps n’a pas de prise sur celui qui le prends au sérieux comme un don de l’Eternel. C’est D. et non la mort que nous voyons et qui obsède le désir humain comme sa perte, qui a le dernier mot. Celui qui comprend cela commence à vivre avec d’autres repères, d’une vie enfin vivante.

A travers les souffrance de l’histoire et du temps  l’Éternel accompagne Israël chacun de nous vers son unité. Ceux qui sont conscients de leur judaisme et ceux qui ne le sont pas car selon le principe talmudique   : אף על פי שחטא ישראל הוא, « bien qu’il ait fauté, il reste Israël » (TB,  Sanhédrin 44 a), un juif reste juif quoi qu’il arrive.

Notre liturgie se termine ainsi : Adonaï ehad ushemo ehad. L’Eternel est UN et son nom sera UN. Nous N’AVONS PAS LE DROIT de désespérer.

2 commentaires sur « La Paracha de Bo, l’horloge du temps »

  1. Edifiant votre enseignement sur la parasha de BO, merci. Mais pourquoi remplacez-vous l’ELOHIM d’Israel par le Dieu des nations; HASHEM ADONAÏ [YHWH] par l’Eternel?

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