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Shtisel : au Nom du Père

Je viens de terminer la seconde saison de SHTISEL qui est parue en français.

Shulem Shtilsel le père et son fils Akiva (Michael Aloni) sont toujours sur leur balcon du quartier haredi de Geula à Jérusalem et dans le huis clos de leur cuisine.

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le Rav Shulem, malgré toutes ses déclarations et tentatives, vit dans le souvenir de son épouse disparue qui lui apparaît à chaque moment important du film. Il perd sa mère, celle qui dans un hospice dans la série 1 disait à propos d’un western qu’elle découvrait à la télévision (les harédim ne regardent pas la TV) à une de ses compagnes : « Ils portent des grands chapeaux comme à Hébron… mais ils n’ont aucune morale ! ils se tirent dessus en permanence ! ».

Bref, exit la maman et l’épouse idéalisées, bienvenue la voisine. La séquence où Shulem fait des efforts pathétiques pour se marier avec l’inénarrable veuve d’un chadkhan (« marieur », le chidoukh est un mariage arrangé par un intermédiaire) qui a récupéré le carnet d’adresse du défunt pour marier le fils de Shulem… et qui, dés les fiançailles, veut immédiatement lui faire refaire la cuisine de son ex-épouse. Le sketch est désopilant.

Le rav Shulem, père omniprésent, « coriace » comme il se définit lui-même (épisode 12) vit sous l’emprise du souvenir de ces femmes et… manipule tout son entourage.

On lui doit des répliques cultes comme : « Ta mère aurait voulu que j’étudie plus… ou que je me douche plus souvent… mais elle ne l’a jamais demandé de changer ! tu m’entends bien ? JAMAIS. Ne te marie jamais avec une femme qyu te demande de changer ! ». Résultat le Rav Shulem vit dans une solitude pathétique.

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Mais ça tombe bien… son frère Noukhem vient de débarquer de Belgique avec sa fille Liby. Lui c’est le Louis de Funès haredi ! riche mais pingre, content de lui, cynique, grimaçant, vindicatif, LE manipulateur en chef… et fils préféré de sa mère Malka.

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Les Rav Shulem et Noukhem, le fils délaissé et frustré qui est resté en Israël à s’occuper de sa mère ; et le préféré dés le berceau qui est parti faire fortune en dispora, règlent leurs blessures d’enfance à longueur de série . Conflits non résolus, relations instables, frustration structurante, tout est décrit de manière chirurgicale et sans anesthésie. Jusqu’à l’élégie funèbre du kaddish sur la tombe de leur mère qui va régler une bonne fois pour toute leur compte à ce petit Belge arrogant ? Voire…

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Akiva, le fils de Shulem, toujours aussi paumé que dans la saison 1, vit avec son père pour seul horizon. Cœur à marier, rêveur et artiste. Rien n’a changé sauf qu’il traîne dans un café haredi ou ses copains jouent à un shoot them up en parlant yiddish : « Va-y tue-le! c’est un allemand ! ». La grande caractéristique d’Akiva est de vivre entre deux nuages, deux pères, il est le jouet des situations, il ne décide jamais. Le genre de gars qui débranche sont téléphone en cas de problème.

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On est devant l’écran à trépigner « mais décide idiot ! Va y, bouge !!! mais enfin ! ». Il est donc le jouet des deux frères manipulateurs qui règlent leurs comptes d’enfance à travers Akiva… et Liby bien sûr…

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Père tyrannique ou père absent. En toile de fond de ces deux petits dictateurs domestiques on retrouve l’héroïque Giti Weiss et son mari Lipa inconstant et inconsistant, qui fuit sa paternité, n’arrive pas à nommer son enfant. Il avait fui le monde haredi (on dit : « revenir à la question » en hébreu) pour fuir aux US dans la saison 1, puis il était revenu. Elle avait passé l’éponge et sauvé leur famille malgré la honte. Elle n’a jamais pardonné. Cet abandon a laissé des traces durables dont Giti et Lipa gèrent désormais les conséquences en saison 2 : l’adolescence difficile de leur fille Rukhami qui tombe amoureuse d’un jeune religieux pur et exalté. Hyper émouvants. C’est l’autre question de cette saison : Comment survivre à l’abandon ? Finalement l’exaltation religieuse n’est-elle pas le fruit des abandons paternels ? de l’absence de pères ? à méditer.

Rukhami répète une phrase très belle dans le dernier épisode : « Baroukh Ashem vebéezrat Ashem ».

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Le huis clos sur un petit balcon. Le combat pour être fidèle à la Halakha. La fin tragique de ceux que nous aimons quoi qu’il arrive. Le souvenir envahissant de ceux qui sont partis. Le conformisme et la frustration sociale. Les pères intrusifs ou absents. La famille dysfonctionnelle. Une série très psychologique donc.

Je ne regarde jamais la télé, et encore moins des séries, mais je ne me lasse pas, c’est plein d’humanité. Chaque fois que le sujet haredi est traité dans des films il l’est de manière laïque : un type tombe amoureux et il part, etc… là non, les personnages aiment la vie qu’ils mènent, ils sont des personnages ordinaires qui se coltinent des problèmes ordinaires. Le fait qu’ils vivent dans une société « autre » donne à leur problèmes familiaux une dimension ordinaire, tellement proche de la réalité.

Un monde très loin et en même temps très proche, pas caricaturé, émouvant. Regardez.

 

Les scénariste de Shtisel ont tous les deux des racines harédi. Yehonatan Indursky qui à écrit SHTISEL avec Ori Elon est né en 1984 à Jérusalem à Givat Shaul dans une famille Haredi. Il a étudié à la Yeshiva orthodoxe de Ponevezh à Bnei Brak puis à la Sam Spiegel Film and Television School de Jérusalem. L’automne dernier  ‘Shtisel’ a été acheté par la co-créatrice de ‘Friends’ Marta Kauffman.

Catégories :Art
  1. Michèle sarment
    18 septembre 2016 à 19:08

    On avait parlé de cette série quand vous êtes venu dans notre club à la synagogue de la Victoire.
    J’ai une question qui me pose pb
    Dans la saison 1 comment expliquez vous la rencontre de la femme que le jeune héros aime avec ses deux maris à TelAviv.
    Ma fille me dit que c’est un rêve
    Désolée, j’ai oublié les prénoms.
    A bientôt.

    J'aime

    • 18 septembre 2016 à 19:15

      Hélas je ne me souviens pas de cet épisode. Je vais regarder à nouveau. Didier

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