Doña Gracia Mendez (Nassi) (1510-1568), « L’ange des marranes »

En ces temps de Pourim où nous célébrons la reine Esther il est impossible de ne pas évoquer la mémoire de Dona Gracia Nassi, la reine des marranes, secours de son peuple et combattante impitoyable de ses ennemis à qui plusieurs milliers de Marranos et d’autres juifs persécutés ne donnaient pas d’autre nom que « Notre Ange ».

Agnolo Bronzino, Beatriz de Luna avec son unique fille Reyna, 1530-1540

La splendide fleur de l’Exil d’Israël

Dona Gracia (Nassi) nait à Lisbonne en 1530 dans une famille de marranes espagnols aragonais, nobles qui ont fui l’Inquisition. Sa vie ne fut qu’un long voyage.

Mariée à Francisco Mendes Benveniste de la famille des Nassi (« prince » en hébreu) au Portugal et fondateur d’une entreprise commerciale importante celui-ci mourut en 1535. Il laisse sa femme veuve a vingt-cinq ans… Mais une menace de plus en plus mortelle la guette : L’Inquisition.

Fille de conversos, elle s’enfuit avec sa fille à Anvers en 1536 en y déplaçant son activité marchande et bancaire. Elle y développe un réseau d’évasion qui a aidé des centaines de compatriotes Crypto-Juifs. Mais son cousin Diego meut en 1542 et Gracia se retrouve à la tête d’une des plus grandes fortunes d’Europe. Elle puis fuit à Venise en 1544.

En 1540 L’Empereur Charles V tente de saisir sa fortune, le gagnant de vitesse elle fuit Anvers avec sa fille, sa sœur devenue veuve, et sa nièce… et se réfugie entre 1549 et 1553  à Ferrare où la tolérance duc Ercole d’Este lui permet de pratiquer le judaïsme. Néanmoins, elle est encore persécutée en Italie à cause de sa foi juive.

En 1553, Soliman le Magnifique l’accueille comme un chef d’Etat à Istanbul. Dans l’Empire Ottoman, Dona Béatrice revient au judaïsme et adopte le nom de Gracia Mendez. On la surnommait alors « le cœur de son peuple », ou plus simplement « la Dame ». Elle crée des réseaux d’évasion devient une femme politique de premier plan de l’empire ottoman, elle se consacre aux œuvres, construit des maisons de prières et d’enseignement, fonde des imprimeries et soutient l’édition et surtout soutient ses coreligionnaires nécessiteux.

Elle organise le blocus de la ville d’Ancône, placée sous l’autorité du pape. En 1555, le Pape Paul IV ordonne l’arrestation des Marranes fait condamner à mort les conversos revenus au judaïsme. Leurs biens sont confisqués, beaucoup sont mis en prison, torturés ; vingt-six meurent brûlés sur le bûcher. Gracia fait intervenir le consul turc qui demande au Pape de libérer les prisonniers et de les dédommager des biens confisqués. Le Pape refuse. Poussé par Gracia, le Sultan boycotte le port d’Ancône pendant une durée de huit mois.

En 1558, elle se fait accorder un bail à long terme sur la région de Tibériade par Soliman  afin d’y exfiltrer ses coreligionnaires chassés d’Espagne et du Portugal.  Son but était de faire Tibériade dans un nouveau centre majeur de juif d’agriculture (elle tente de développer l’élevage des vers à soie en terre sainte, importe des moutons et des arbres fruitiers !), de commerce et d’étude. Elle y reconstruit des villes de ses deniers. Durant sa vie elle a croisé els plus grands de son époque :  Rabbi Yossef Karo, David Reubeni, la famille Abrabanel, Moise Di Trani…

Elle meurt à Istanbul en 1569. Grand honneur à « L’ange des Marranes ». Souvenez vous de Gracia Nasi La Señora.

Le poète Samuel Usque [1] lui dédie son ouvrage La Consolation aux tribulations d’Israël, publiée à Ferrare en 1553.

«… Cette femme (Mendesia), qui a montré et montre encore un tel dévouement pour son peuple, ne représente-t-elle pas la miséricorde divine sous une forme humaine ? Comme Myriam elle n’a pas craint d’exposer sa vie pour sauver ses frères, comme Déborah elle déploie les plus remarquables qualités d’énergie et de prudence pour diriger son peuple, et, comme Esther elle se dévoue pour protéger les persécutés… »
«…  Au début de L’émigration, elle a inspiré courage et espoir, ô Israël, à tes fils nécessiteux,, qui n’osaient pas, avec leur ressources si restreintes, prendre le parti de s’enfuir pour échapper aux flammes des bûchers (de l’Inquisition). Elle a secouru généreusement les émigrés établis en Flandre et ailleurs… Elle ne refuse même pas son appui à ses ennemis. Avec une main pure et une volonté énergique, elle a délivré la plupart des Marranes de maux infinis, de la misère des pêchers, et les a conduits dans des contrées sûres en es replaçant sous la domination des lois de leurs anciens… »

Mahzor, rite pour les femmes rédigé en 1471 à Mantoue par Abraham ben Mordecai Farissol, MS 8255, Fol. 5v°. (1451-1525 ou 26) 
Abraham Farissol écrivain, chercheur et géographe juif né de parents italiens à Avignon en 1451 y vécut jusqu’en 1451, vécut à Mantoue, puis Ferrare à Partir de 1473.

[1] : Samuel Usque est né au Portugal, dans le milieu des marranes, victimes de la conversion forcée des juifs à l’extrême fin du XVe siècle. Il s’enfuit à Anvers, puis en Italie, avec le soutien de dona Gracia Nassi.

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