Procès d’Oskar Gröning : « le comptable d’Auschwitz » demande pardon. Un acte historique

UN ARTICLE DE MARIE-PIERRE SAMITIER A LIRE SUR LE PLUS DU NOUVEL OBS.
70  ans après la libération des camps de concentration et d’extermination, l’ancien chef de section SS Oskar Gröning est jugé en Allemagne. Agé de 93 ans, « le comptable d’Auschwitz » ademandé « pardon » aux victimes de l’Holocauste. Un acte rare qui marque l’histoire de l’Allemagne post-nazie, estime Marie-Pierre Samitier, auteur de « Bourreaux et survivants : faut-il tout pardonner ? »

Édité par Barbara Krief  Auteur parrainé par Hélène Decommer

Oskar Gröning jeune, pendant la Seconde Guerre mondiale.(Capture d'écran/BBC)
Oskar Gröning jeune, pendant la Seconde Guerre mondiale.(Capture d’écran/BBC)

L’événement marquera l’histoire de l’Allemagne post-nazie : l’ex-comptable d’Auschwitz Oskar Gröning a demandé pardon aux victimes le l’Holocauste le 21 avril à l’ouverture de son procès en Allemagne.

Le grand pardon
Les anciens nazis n’ont jamais demandé pardon jusque là, hormis de rares exceptions. J’en fais état dans mon livre paru ce mois-ci intitulé « Bourreaux et survivants : faut-il tout pardonner ? ». Le véritable pardon passe par la demande faite par le bourreau à la victime. Or pendant des décennies, il n’a jamais été question pour les Nazis d’exprimer la moindre repentance. Il en a été ainsi des plus hauts responsables de la machine SS tels les prisonniers de Spandau qui comptaient parmi eux Rudolf Hess. Aucun n’a voulu proférer le moindre regret quant aux actes commis pendant l’extermination programmée des Juifs lors de la IIème Guerre Mondiale.
L’événement a lieu dans le cadre d’un virage, certes tardif mais néanmoins bien réel, dans l’attitude des tribunaux allemands. Un revirement de jurisprudence a créé un précédent en 2011 avec le procès de Ivan Demjanjuk.

En effet, pendant des décennies, les magistrats outre-Rhin ont refusé de statuer sur le sort d’anciens nazis, par principe, sauf si leur responsabilité individuelle ou la complicité d’assassinat pouvait être prouvée par des documents ou des témoignages irréfutables. Je précise bien : lorsqu’il a été prouvé qu’ils ont bien contribué à l’assassinat et non qu’ils ont  » exécuté » les crimes hitlériens.
Ce principe, soutenu par la Cour fédérale de justice, a permis ainsi aux anciens nazis de vivre sans être inquiétés, les preuves et témoignages ayant été jugés trop légers ou imprécis.

Complice mais pas tueur
Demjanjuk, un apatride d’origine ukrainienne, a été condamné il y a quatre ans à cinq ans de prison pour complicité dans l’extermination de plus de 28 000 juifs sans preuve d’actes criminels, alléguant que sa qualité de gardien du camp de Sobibor était suffisante pour établir sa responsabilité. Le tribunal a conclu qu’il avait bien été gardien, et qu’il était donc complice des meurtres commis alors qu’il avait été présent dans le camp, bien qu’il n’y ait ni documents ni témoins.

C’était la première fois qu’un garde était alors condamné pour « crime de guerre sans pour autant pouvoir prouver qu’il a participé à une tuerie ». Cette condamnation a créé un précédent qui n’est pas soumis aux aléas du temps : les crimes contre l’humanité sont imprescriptibles. C’est là une dynamique tardive qui illustre une volonté des institutions allemandes désormais acquise d’agir malgré le temps écoulé.   ( >>> Suite de l’article sur le PLUS DU NOUVEL OBS)

Rambam sur Avot : « tout ce que vous faites, ne le faites que par amour »

Le traité Avot est le neuvième et avant-dernier traité de l’ordre de la Mishna Nezikin (les préjudices). Dans ces traités (baba kama, baba metsia, baba bathra, Sanhédrin…), le Talmud prend au sérieux l’éthique toraïque envers le prochain et précise donc les multiples situations de préjudice et de ‎dégâts qui peuvent lui être fait et la manière de les réparer. Ces sentences morales à la fin d’un code juridique scrupuleux visent dont à préciser l’état d’esprit que doivent avoir les dayan-juges au moment de juger. Car si l’éthique d’un  individu affecte son comportement et son entourage, celle du juge affecte toute la communauté de manière exemplaire. Il s’agit donc de chercher la hassidout c’est-à-dire l’intégrité morale dans la décision de justice comme chaque juif recherche cette hassidout dans sa propre vie personnelle et l’accomplissement désintéressé de la mitsvah par amour.

On trouve dans le commentaire des Pirké Avot par Maïmonide une analytique du désir spirituel et de sa pédagogie extrêmement fines. Le médecin des corps de Cordoue connaissait aussi parfaitement le fonctionnement des âmes. En ces jours où nous lisons les Pirké Avot, il vaut la peine de relire ces lignes d’une précision inégalée.

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Il m’a semblé bon de montrer l’ambiance dans laquelle vécut Maïmonide à Cordoue en Andalousie avant de commencer une vie d’errance et de misère qui le ramena au Maroc et en Egypte où il mourut. Photos d’Olivier Long.

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Quartier juif à Cordoue (© Olivier Long)

« Supposons qu’un jeune enfant soit confié à un éducateur pour qu’il lui enseigne la Torah. C’est là un grand bien pour lui du fait des perfections qu’il en tirera, mais sa jeunesse et son manque de discernement font qu’il ne saurait appréhender la valeur de ce bien, ni ce qu’il en tirera pour son perfectionnement. La nécessité conduit ainsi l’éducateur qui le gouverne à le pousser à étudier grâce à une chose désirable pour lui, en fonction de son âge. Il lui dit donc : Étudie et je te donnerai des noix et des figues, ou bien une sucrerie. L’enfant se met alors à étudier, et il fait des efforts, non pour l’étude elle-même, puisqu’il n’en sait pas la valeur, mais dans le but d’obtenir une friandise. Et la consommation de cette friandise est pour lui plus importante et elle représente un bien plus grand que l’étude, sans le moindre doute. Il pense donc que l’étude, ainsi que la peine et l’effort qu’elle coûte, sont le moyen d’atteindre le but qu’il désire, une noix ou une sucrerie. Puis, lorsqu’il grandit et que son entendement s’affermit, la chose à laquelle il accordait tant d’importance par le passé devient négligeable à ses yeux, et il valorise alors d’autres objets. On l’encourage donc à l’aide du nouvel objet devenu le plus important à ses yeux, et son enseignant lui dit donc : Étudie et je t’achèterai de belles chaussures ou un habit de telle forme. Cette fois encore, il ne fait pas d’effort pour l’étude elle-même, mais pour obtenir cet habit puisque celui-ci est plus important pour lui que l’étude et qu’il en est la fin. Lorsque son esprit devient plus parfait et que cette chose devient à son tour négligeable à ses yeux, on l’encourage par quelque chose de plus et on lui dit : Étudie cette section de la Torah ou ce chapitre, et l’on te donnera un ou deux dinars. Il étudie et fait effort pour recevoir lesdites pièces et celles-ci lui sont encore une fois plus précieuses que l’étude, puisque la promesse de ces pièces est pour lui la fin visée par l’étude. Puis, devenant plus mûr, cette chose-là aussi se fait négligeable à ses yeux et il en connaît le peu de valeur ; on l’encourage donc à l’aide d’une chose plus importante que celle-là et on lui dit : Etudie afin de devenir rav ou juge, pour que les gens te respectent, qu’ils se lèvent en ta présence, qu’ils accomplissent tes paroles et que ton nom se répande parmi les hommes pendant ta vie et après ta mort, à l’image d’un tel et d’un tel. Il étudie alors et fait des efforts pour atteindre un tel niveau, et la fin de son étude est que les hommes l’honorent, qu’ils l’élèvent et le louent.

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Maison et statue de Maïmonide à Cordoue (© Olivier Long)

Tout cela est évidemment répugnant, mais est rendu indispensable du fait de la pauvreté d’esprit de l’homme qui fait de la fin de l’étude de la sagesse autre chose que la sagesse elle-même. Et si on lui demandait la raison pour laquelle il étudie, il lui faudrait répondre que c’est la poursuite d’une illusion. Ce comportement, les sages l’ont défini en ces termes : « ne pas accomplir une chose pour elle-même », c’est-à-dire apprendre les commandements et les appliquer, étudier la Torah et faire effort, non pour la chose elle-même mais pour autre chose qu’elle. Et les sages nous ont mis en garde contre cette manière d’agir en disant : « Ne fais pas de la Torah une couronne pour t’ennoblir, ni une pioche pour creuser «  (Pírqé Avot, chap. 4, michna 5), ce qui fait allusion à ce que je t’ai expliqué, à savoir de ne pas assigner pour fin à l’étude de la sagesse le respect des hommes ni l’acquisition de richesses ; ne fais pas de la Torah de D.ieu un moyen de subsistance. Mais que la fin de l’étude ne soit pour toi que la seule Connaissance de Dieu, et de même que la fin de la vérité n’est que d’être connue comme vraie, puisque les commandements sont vrais, leur fin n’est que d’être accomplis. Et il est interdit à un homme probe de se dire : Si j’ai accompli ces bienfaits et si  me suis retenu de mal agir comme Dieu le commande quelle sera ma récompense ? Car c’est comme lorsqu’un enfant demande : Que me donneras-tu si j’étudie ? Et on lui répond qu’on lui donnera telle ou telle chose, car on sait que son manque de maturité l’empêche de considérer la valeur de la chose qu’il réalise et lui fait rechercher une fin à ce qui est déjà en soi une fin. On lui répond donc en fonction de l’étendue de sa stupidité, « réponds au sot selon sa sottise » (Prov. 26,  5). Et nos sages nous ont déjà avertis de ne pas poser comme fin et but de notre service et de notre accomplissement des commandements une autre chose qu’eux, quelle qu’elle soit, et c’est le sens du propos de cet homme parfaitement intègre, qui parvint au vrai,  Antigone de Sokho : « Ne soyez pas comme des serviteurs qui servent le maître à condition de recevoir une gratification, mais soyez comme des serviteurs qui servent le maître à condition de ne pas recevoir de gratification »  (Pirqé Avot, chap. 1, michna 3). Ce qui signifie qu’il faut croire en la vérité pour ce qu’elle a de vrai et c’est cela que l’on appelle “ servir par amour ”. Et les sages ont dit qu’il est écrit : « Heureux l’homme qui craint l’Éternel et qui désire ardemment ses commandements »  (Ps. 111, 1) -Rabbi Elazar dit : Ses commandements et non le salaire des commandements (A.Z. 19a). N’est-ce pas la meilleure et la plus claire des preuves de tout ce que nous avons avancé ?

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Synagogue de Maïmonide à Cordoue (© Olivier Long)

Mais il en est une plus grande encore, ils ont dit dans le Sifrí (paracha Eqev, Deut. 11, 13) : « De peur que tu ne dises je vais étudier la Torah afin de devenir riche, ou afin d’être appelé Rabbi, ou afin de recevoir un salaire dans le monde à venir, l’Enseignement dit : Lorsque vous accepterez d’obéir au commandement que Je vous ordonne aujourd’hui, pour aimer l’Eternel votre Dieu (Deut. 11, 13) -tout ce que vous faites, ne le faites que par amour. ” Voilà la question expliquée et il est clair désormais qu’il s’agit là du but des commandements et du fondement de notre foi en les sages, et cela n’est masqué qu’aux sots et aux naïfs, que des hallucinations folles et de pauvres représentations imaginaires ont déjà ravagés. Telle était l’élévation d’Abraham notre père  qui servait Dieu par amour (cf. Sota 31a) et c’est à cette voie qu’il faut aspirer. Or les sages connaissaient l’extrême difficulté de la question et savaient que tout homme n’est pas capable de la comprendre, et que même celui qui la saisirait la trouverait étrange au premier abord et ne croirait pas tenir avec cette idée la manière de penser véritable, car le chemin de l’homme est de n’agir que pour obtenir par le truchement de son acte un bénéfice ou pour éloigner un préjudice, et sans ces motifs son acte serait vain. Dès lors, comment dire à l’homme de Torah : Fais tel acte, mais ne le fais pas par peur du châtiment de Dieu, ni par espoir d’une récompense ? Une telle chose est extrêmement difficile, car tous les hommes ne comprennent pas la vérité au point de devenir semblables à Abraham notre père. C’est pourquoi ils permirent au peuple de poursuivre dans leur voie, de faire le bien dans l’espoir d’une récompense et de s’éloigner du mal par crainte du châtiment. Ils l’ont donc stimulé dans cette voie et ont affermi son état d’esprit, de sorte que celui qui comprend parvienne à connaître la vérité et à savoir quel est le chemin parfait, comme nous avons l’habitude d’agir avec un enfant lorsqu’il étudie, selon l’exemple rapporté précédemment. Et les sages n’ont guère apprécié l’attitude d’Antigone de Sokho qui a répandu parmi le peuple ce genre de conception et ils ont dit à ce sujet : « Sages, prenez garde à vos paroles, de peur que vous n’encouriez la peine de l’exil et que vous ne soyez déportés vers un lieu aux eaux mauvaises, et que les disciples qui vous suivent n’en boivent et n’en meurent, et que le nom des cieux ne soit profané « comme l’explique le traité Avot (chap. 1, michna 11). D’ailleurs, les hommes ne perdent pas totalement à ce jeu, en accomplissant les commandements par crainte des châtiments ou par espoir d’une récompense, mais ils demeurent dans un état d’inachèvement. Il vaut cependant mieux pour eux que les choses se passent ainsi et qu’ils acquièrent une disposition et une préparation convenant à l’accomplissement de la Torah, afin qu’ils puissent s’éveiller à la vérité et finissent par servir par amour. Tel est le sens de leur propos (cf. Pes. 50b, Naz. 23b, Sota 22b, etc.) : « Que l’homme s’affaire toujours à la Torah, même si ce n’est pas pour elle-même, car à partir de ce qui n’est pas une étude de la sagesse pour elle-même, il en viendra à l’étudier pour elle-même »

(Michna im Perouch Harambam, éd. Kappah, Jérusalem, 1963, vol.  2, p. 134-136, traduction Eric Smilévitch).

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Casa de sefarad, Cordoba (© Olivier Long)

 

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Olivier et Didier - Long

Olivier et Didier Long

Tâche de bien comprendre cela… : Pirkei avot

Il faut absolument lire ce petit livre qui expose les commentaires des Pirkei Avot du Rambam, de Rachi, du Maharal de Prague, de Hayïm de Volozyne…

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Chemini : le monde repose sur la pure générosité

Voilà ce qu’a dit le Rav Harboun ce Shabbat. Si des erreurs se sont glissées ce sont seulement des trous dans ma mémoire. Le talmid « est une citerne bien cimentée qui ne perd pas une goutte. Etc… » 🙂 (Pirké avot 2, 11)

Sefer torah

Quand j’étais enfant au Mellah de Marrakech, arrivé à l’âge de 4 ans chaque famille choisissait pour son enfant un rabbin. Il y avait beaucoup de rabbins et chacun avait son petit heder (Heder ça veut dire chambre en hébreu). C’était la seule école. Il y avait donc une grande cérémonie à la synagogue et on remettait à l’enfant la planche, « La planche » louah (le bois) en hébreu comme en arabe. Le Rabbi nous remettait donc une petite planche de la grandeur d’un livre et le premier jour il collait sur sa surface une première feuille, comprenant les lettres manuscrites de l’alphabet hébraïque. On la répétait avec un autre enfant plus âgé, et, au fur et à mesure on apprenait par cœur non pas la Genèse ou l’Exode mais tout le livre du Lévitique. Pourquoi ? Parce que dans le Lévitique on a toutes les mitsvoth !

Nous voici donc dans la Lévitique avec la parasha de Chemini. Et la Paracha de Chemini se distingue de l’ensemble de ce livre car elle est moins halakhique, elle raconte une histoire pleine d’enseignements laquelle ?

Nadab et Abihou, un feu profane

Sur l’ordre de Moïse,  Aaron et ses enfants préparent « un veau et un agneau âgés d’un an, sans défaut », plus, « un taureau et un bélier pour rémunératoire, à sacrifier en présence de l’Éternel ». Ils les immolent pour le sacrifice… et « Un feu s’élança de devant le Seigneur, et consuma, sur l’autel, l’holocauste et les graisses. A cette vue, tout le peuple jeta des cris de joie, et ils tombèrent sur leurs faces. » (Lv 9, 24) … jusque-là tout va bien ! Imaginez, c’est le grand jour, un immense rassemblement de dizaine de milliers de personnes. Tout le monde porte attention à Aaron le grand-prêtre. Et voilà que ses deux fils, les malheureux Nadab et Abihou, pris d’une frénésie sacrée « prenant chacun leur encensoir, y mirent du feu, sur lequel ils jetèrent de l’encens, et apportèrent devant le Seigneur un feu profane sans qu’il le leur eût commandé. ». Bref, ils mettent le feu… « Et un feu s’élança de devant le Seigneur et les dévora, et ils moururent devant le Seigneur. » (Lv 10, 1-2). Les deux malheureux périssent dans l’incendie. « Moïse dit à Aaron: « C’est là ce qu’avait déclaré l’Éternel en disant: Je veux être sanctifié par ceux qui m’approchent et glorifié à la face de tout le peuple! » »

Et la Torah nous dit : « Et Aaron garda le silence. ». Ce silence d’Aaron a fait couler beaucoup de salive et d’encre !

Le midrash est plein de pitié pour ces deux jeune gens. Pourquoi ont-il amené des torches ? Et pourquoi sont-ils morts ? Qu’est-ce qui s’est passé ? Lire la suite de « Chemini : le monde repose sur la pure générosité »

Shabbat Shalom (du Yémen…)

Des chants de shabbat des descendants des juifs Mizrahi du Yémen, maintenant en Israël.

Les origines du judaïsme yéménite localisée dans le sud- ouest de la péninsule arabique (actuel Yemen) sont légendaires : les dix tribus perdues,  la reine de Saba ; la sortie d’Egypte, etc…

« Rabbi Akiba disait : Il existe aussi dix tribus perdues qui vivent encore de l’autre côté de la rivière Sambatyone. Ce fleuve charrie toute la semaine des pierres mais il se repose le jour du Shabbath. Aussi, nul ne peut le traverser. » (Midrash Rabbah sur Genèse 11, 5)

« Ils accourront de l’Egypte comme une nuée de passereaux, et de l’Assyrie comme des colombes (Osée 11, 11) : il s’agit des dix tribus perdues. » (Midrash Rabbah sur le Cantique des cantiques 4, 2)

… L’hypothèse la plus plausible est le commerce des épices et des parfums actif dans la région depuis le IIIe siècle avant notre ère. Cette communauté sur la route de la soie en lien avec l’Inde et l’Asie et sur la route de l’Egypte et du Maghreb est l’une des plus anciennes du monde.

En 380, Abîkarib As’ad souverain de l’Empire himyarite et ses corégents se convertissent au judaïsme. Dhu Nuwas qui régna de 518 à 525 sera le dernier souverain juif du royaume yéménite d’Himyar avant son islamisation.

De juin 1949 à septembre 1950, quelques semaines après la fin de la guerre et à l’issue de la création de l’Etat d’Israël, la quasi totalité de la communauté du Yémen, soit 49000 Juifs, arriva en Israël par un pont aérien  au départ d’Aden lors de l’opération Tapis volant (photo), 380 vols organisés secrètement. Ils n’avaient jamais vu un avion de leur vie. Ml’Eternel n’avait-il pas promis qu’Israël reviendrait à Sion sur les ailes de l’aigle ? L’Aigle a pris les formes d’un C-46 ou d’un DC-4 aux couleurs d’Alaska Airlines !

 » Vous, je vous ai portés sur l’aile des aigles, je vous ai rapprochés de moi. » (Ex 19, 4).
« Il le rencontre dans une région déserte, dans les solitudes (
tohou comme tohou vavoou en Gn 1, qui a donné « tohu bobhu ») aux hurlements sauvages; il le protège, il veille sur lui, le garde comme la prunelle de son œil. Ainsi l’aigle veille sur son nid, plane sur ses jeunes aiglons, déploie ses ailes pour les recueillir, les porte sur ses pennes robustes. » (Dt 32, 10-11).

D’autres vinrent en Israël au début des années 1990. A présent environ il ne reste que quelque centaines de Juifs vivent au Yémen, dans le nord du pays.

C’est à leurs ancêtres que Maîmonide écrivait son Épître au Yémen :

« Vous, nos frères bien aimés, écoutez son serment, n’éveillez pas l’amour avant qu’il le veuille. Le Créateur du monde par la vertu de sa miséricorde se souviendra de nous et de vous pour rassembler les exilés […] ; il nous fera sortir de la vallée des ténèbres où il nous a installés, il retirera l’obscurité de nos yeux et de nos cœurs, il accomplira de nos jours et de vos jours ce qui est consigné dans l’Ecriture :’ ‘Le peuple qui marchait dans l’obscurité voit une grande lueur; ceux qui habitaient une terre ténébreuse, la lumière rayonne sur eux’’ (Isaïe 9, 1). […]

Magic carpet operation

Secret Magic carpet operation

Juif Yéménite

juif yéménite, 1920

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Carte des communautés juives du Yémen

Le discours de Benjamin Brafman en ce jour de Yom Hashoah.

brafmanJe n’ai pas survécu – j’ai été assassiné à Auschwitz.

Mon nom est Yechiel Michoel Friedman. J’ai été « assassiné » à Auschwitz. Je ne suis pas mort à Auschwitz. J’ai été « assassiné » à Auschwitz.
Vous ne me connaissez pas. Aucune des personnes présentes dans cette salle ne m’a jamais rencontré ; pas même mon propre petit-fils, Ben Brafman, qui, lui non plus, ce n’est un secret pour personne, ne m’a pas connu. Je lui ai permis de parler pour moi ce soir, mais ce n’est pas son discours. C’est mon discours. Mon petit-fils parle pour moi, parce que, si j’ai été assassiné, je n’en ai pas pour autant été réduit au silence. Vous devez vous souvenir de ma vie et de mon assassinat – non pas de ma mort – mais de mon assassinat. L’assassinat de ma famille – de votre famille – de tant de familles …

Ceci est mon histoire, une histoire vraie, une histoire triste, une histoire horrible.

Mon histoire, comme tant d’autres, commence merveilleusement bien, se poursuit difficilement et se termine tragiquement mais sa fin n’en est pas vraiment une, Baroukh Hachem ; puisque, même si une grande partie de ma famille et moi-même avons été brutalisés et assassinés, une autre partie elle, a survécu par miracle. Du fait que certains ont survécu, mon petit-fils existe, il est là pour parler en mon nom, vous raconter l’histoire de son grand-père « mon » histoire, l’histoire de ma vie et l’histoire de ma mort. L’histoire de vies qui furent brutalement interrompues, la mienne, celle de Malka ma femme bien-aimée, celle de Sima ma fille si jolie, si gracieuse, celle de son mari Yaacov jeune et vigoureux et celle de leur bébé, ma petite-fille, ma « première » petite-fille, Chaya Sarah.

Ma petite Chaya Sarah, qui, à deux ans, fut arrachée des bras de sa mère, hurlant de terreur et jetée dans un four à Auschwitz comme un objet sans valeur, comme si elle n’était que quantité négligeable.
Alors aujourd’hui, je prends publiquement la parole pour vous dire que ma petite Chayala était loin d’être un objet sans valeur, elle avait de la valeur, nous en avions tous.

Chaya Sarah était la seule petite-fille que j’ai eue. Je l’aimais comme seul un grand-père peut aimer ses petits-enfants. Les tueurs nazis l’ont assassinée, et avec elle 1.500.000 autres enfants juifs. Ils nous ont pris notre nachat – notre vie, notre joie et notre espérance. Ils ont pris nos bébés et les ont transformés en cendres. >>> suite

70 ans après la Shoah… N’oublie pas !

Aujourd’hui c’est l’anniversaire de la libération il y a 70 ans du camps de Bergen-Belsen par l’armée britannique. En interrogeant les derniers témoins, Marie Pierre Samitier (mon épouse) dans : « Bourreaux et survivants, faut-il tout pardonner ? » a été à la rencontre des derniers témoins.

« A l’heure des bilans, mon enquête me conduit au plus près des victimes de l’Holocauste. Que pensent-ils exactement de leurs bourreaux et du passé ? »… « Quand on enquête sur les bourreaux on s’aperçoit avec vertige qu’ils continuent de penser qu’ils ont eu raison… »… « En réalité, en nous trompant sur le pardon, en le galvaudant, en utilisant cette notion à bon marché, n’avons-nous pas perdu le fil qui nous relie à la loi morale fondatrice de toute société humaine? »…

Un article dans le Huffington Post de Marie-Pierre Samitier

HISTOIRE- En apparence, tout va bien. Nos sociétés européennes s’apprêtent à commémorer une mémoire indispensable qui fait largement consensus et œuvre utile en ces périodes de populisme agité. La cérémonie en mémoire des enfants d’Izieu a eu lieu le 6 avril dernier, en présence du président de la République.D’autres commémorations se préparent, comme celle de la libération du camp de Bergen Belsen par les Britanniques, le 15 avril, puis celle de Dachau par l’armée américaine à la fin du mois. Tout va bien mais il reste l’inexplicable, c’est-à-dire ce qui échappe à la raison. Et une bien étrange situation: par quel cruel retournement l’Europe est-elle devenue tout à la fois un espace de commémoration du 70e anniversaire de la libération des camps de la mort et en même temps le théâtre d’une nouvelle judéophobie? suite sur le site du Huffington Post

Des témoignages bouleversants de survivants

Sarah Lichtsztejn-Montard
Sarah Montard raconte dans ce livre de comment après la rafle du Vel d’Hiv et l’excés de zèle d’un fonctionnaire de police français elle a été emprisonnée à Auschwitz puis été emmenée dans les marches de la mort de janvier 1945 où elle a retrouvé sa mère. Emprisonnée à Bergen Belsen elle y a rencontré Anne Frank et sa soeur Margot.

Anne et Margot Frank

Margot et Anne Frank

Régine Rénia Frydman

Régine Friedman, rescapée du Ghetto de Varsovie à l’âge de 7 ans et sa fille (photos MPS)

Régine était à 7 ans lorsqu’elle a été enfermée avec ses parents dans le Ghetto de Varsovie, rue Zajecza. Elle le quitte après l’insurrection du 19 avril 43 pour être déportée en train dans une ferme en Allemagne. Avec peu de vêtements et sans chaussures, la mère de Rénia avait confectionné des protections avec du papier journal et du carton pour entourer les pieds de la fillette et tenter de la préserver du gel de l’hiver 43-44.

Samuel Pintel

Samuel Pintel dans sa classe d’enfant à la Maison d’Izieu -Marie Pierre Samitier (photos MPS)

 « Je vous parlerai des autres enfants, ceux qui ont été déportés à Auschwitz. C’est pour eux que je témoigne.
– Oui, merci. Enfin… vous me parlerez aussi de vous, n’est-ce pas ? Ajouté-je, inquiète de tant d’effacement.
– Moi ? Cela a moins d’importance. C’est pour les autres qui ne sont pas revenus que je le ferai. »

Samuel Pintel est  l’un des rescapés de la rafle d’enfants organisée par la Gestapo à la colonie d’Izieu vers Auschwitz pour y être exterminés, le jeudi 6 avril 1944, premier jour des vacances de Pâques.

Elie Mizrahi

Elie Misrahi
Elie Mizsrahi – rescapé d’Auschwitz (et ma fille) (Photo MPS)

« Le pardon ? Pourquoi ? » . Elie Mizrahi, matricule A 15 790 d’Auschwitz a été Libéré le 29 avril 1945, à
17 heures du camps de Dachau par les forces américaines.

« On avait dit que ceux qui reviendraient d’Auschwitz seraient indestructibles. Hé bien voilà! Marie-Pierre, je suis indestructible, avec mon ami Simon Gutman ».

On retrouve dans le livres d’autres témoignages comme celui d’Henri Borlant, Renée Békier…

Une émission d’André Nahum sur Judaïque FM (22 minutes)

70 ans plus tard… pour que la 4ème génération n’oublie pas

On trouve une étrange histoire dans le talmud au traité Ta’anit (23a): Celle d’Honi le traceur de cercles (Honi HaMe’aguel)

Croisant un homme qui plantait ses caroubiers, Honi s’étonna de la futilité de sa tâche. Puisque, le caroubier mets 70 ans à pousser, le planteur n’en aurait jamais l’usufruit.

Alors qu’il arrivait près d’une grotte, Dieu fit tomber sur lui un sommeil de 70 ans.

A son réveil, Honi se trouva abandonné, personne ne voulant croire qu’il s’agissait de lui. Il plaignit son sort, pire encore que celui du planteur, car sa descendance évoquait son souvenir avec gratitude, alors que le propre petit-fils de Honi l’avait pris pour un mendiant et un affabulateur.

Il retourna à la grotte, s’endormit et mourut.

Il faut trois générations pour oublier un homme, 70 ans. Mais nous pouvons nous souvenir et faire mémoire.

Soixante-dix ans c’est la durée de la vie d’un homme :

« Mille ans à Tes yeux sont comme la journée d’hier quand elle est passée, comme une veille dans la nuit. » « Le nombre de nos années ? soixante-dix, quatre-vingts pour les plus vigoureux ! et tout leur éclat n’est que peine et misère. Car bien vite le fil en est coupé, et nous nous envolons… Apprends-nous donc à compter nos jours, pour que nous acquérions un cœur ouvert à la sagesse.»…  nous rappelle le Psaume 90.

Voilà 70 ans que les alliés ont ouvert la porte des camps nazis. Peu à peu les derniers survivants qui racontaient l’horreur s’en vont. Demain c’est Yom HaShoah, Yom ha-zikaron, la journée du souvenir.

« Bourreaux et survivants, faut-il tout pardonner ? » a été écrit pour la 4ème génération et pour que vous n’oubliiez pas.

Le messianisme de Moïse Maïmonide au Maharal de Prague

Ce Shabbat de Hol Ha Moed et dernier jour de Pessah avant la mimouna nous avons lu la Haftarah en hébreu (Emmanuel) et avec le Targoum en araméen (Jacob) et la traduction en français (Serge) qui en interprète chaque verset. L’après-midi du dernier jour de Pessa’h, il est de coutume de prendre un troisième repas appelé Séoudat Machia’h : le « Repas du Machia’h ». On attend en ce dernier jour de Pessah que le messie se révèle au monde, un messie créé avant le monde lui-même pendant le massé berechit. « L’esprit de D.ieu planait, » c’est l’esprit de Machia’h –  commente le Midrash Rabba.

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Haggadah – Les rabbins au Pardès 

La Haftara de ce shabbat nous entraîne à une réflexion sur ce thème du Machia’h. Le prophète  Isaïe décrit l’ère messianique. Lisons le : Lire la suite de « Le messianisme de Moïse Maïmonide au Maharal de Prague »

Mimouna : la chance soit avec toi !

Il est de tradition juive marocaine, depuis trois siècles, de préparer à la sortie de Pessah la mufleta – une fine crêpe faite d’eau, de la farine et de l’huile consommée chaude, tartinée de beurre, de miel, de sirop ou de  confiture... Au même moment dans certaines villes du royaume des familles musulmanes préparaient le nécessaire pour les crêpes, galettes, petit pain …qu’ils emmenaient ce samedi soir chez leurs voisins ou amis juifs. On met sur la table de la farine dans laquelle on a planté sept gousses de fèves, du beurre, du lait, du levain, des confitures, une assiette avec des pièces anciennes, des épis de blé. Le mot « Mimouna » viendrait d’Emouna, la foi en hébreu, la croyance en la venue du Messie. La Mimouna vient aussi de « Mimoun », la chance en arabe.

On mange aussi du couscous sucré. Merci à Patricia et Philippe !

L’explication de Rav Harboun sur l’oeuf dans la farine :

« Le dernier jour de Pessah s’appelle en araméen « Yoma dimchi’ha » en Hébreu « yom hamachiah » nous lisons le chapitre 11 du livre d’Isaïe qui traite du Messie.  Mais le problème est que le jour du Messie est précédé par  » Hévlé Machiah » qui signifie les souffrances à la suite de la venue du Messie. Pour échapper à ces souffrances les Juifs du Maroc ont institué la  » Mimouna »  mot arabe qui signifie la chance, au Maroc les juifs étaient particulièrement superstitieux et la peur de la souffrance les pétrifiaient. On a donc réservé le dernier jour de Pessah pour se persuader qu’on a de la chance et qu’on échappera à la souffrance du Machia’h. Pour donner corps à cette croyance il fallait la matérialiser par des symbole. L’oeuf symbolyse une vie en puissance. Chaque oeuf peut devenir un poussin. La farine symbolise la vie :  un oeuf dans la farine cela veut dire que la chance ne reste pas en puissance mais qu’elle se manifeste dans la vie l’oeuf = vie en puissance  la farine= vie manifeste. » RH

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L’ombre d’un doute FR3 :  » les derniers jours de Jésus »