Sur les toits de Bastia

A L’ATTENTION DES PARTICIPANTS DU GROUPE FACEBOOK MEMORIA EBRAICA DI A CORSICA

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Bastia il y a une semaine

A l’aube, quand le premier bateau rentre dans le port de Bastia derrière le clocher de Saint Jean il lance un coup de corne de brume qui réveille la ville.

Depuis mon enfance cette vue des toits de Bastia à partir du toit terrasse du tout petit  appartement de ma grand-mère en haut de la rue du Castagno me hante l’esprit. A gauche on voit le clocher de l’église Saint Jean et en bas la rue du Castagno, celle de la synagogue rabbi Méir, qui s’enfonce vers le vieux port et la mer.

Là-haut dans le grenier il y a une armée de clés accrochées au poutres du toit censées nous « protéger » m’avait  dit ma grand-mère enfant. Mais de quoi ? De quelles maisons ouvraient-elles les portes ? Cette femme, veuve trés jeune, très pieuse disait les prières pour chasser le mauvais œil, allumait une veilleuse dans de l’huile les jours de fête…. et nous envoyait un cédrat à Noël.

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J’ai passé 10 ans cloitré en silence dans une cellule de 10 mètres carré dans la forêt du Morvan. On a le temps de réfléchir. Cette vue des toits de Bastia revenait dans ma prière. L’appel des cloches qui rythmaient ma vie de moine se confondait parfois avec celles du clocher de Bastia. Comme un mystère que je n’arrivais pas à percer. Lire la suite de « Sur les toits de Bastia »

Chemins de l’exil séfarade en méditerranée aux XVIè et XVIIè siècles… et en Corse en particulier.

Le rôle central de Gênes dans l’exil des juifs d’Espagne a été minimisé. Les chemins de l’exil séfarade furent en grande partie ceux des marchands de la thalassocratie Ligure et de ses comptoirs. Cette réalité occultée permet de mieux comprendre l’histoire souterraine des juifs en Corse et l’apport de juifs à la naissance de la globalisation moderne. 

Alors que demain commence la cantilation des Selihot pour le monde séfarade, essayons de nous remémorer notre histoire. On trouvera une partie des informations données ici dans mon livre Des noces éternelles, un moine à la synagogue. De plus je vous invite à suivre le groupe Facebook  MEMORIA EBRAICA DI A CORSICA pour qui j’ai écrit cet article. La diffusion publique et gratuite de ce savoir me semble importante.

Les chemins de l’émigration juive séfarade et les destinations se superposent parfaitement avec les chemins commerciaux et bancaires génois en méditerranée aux cours du XVIè siècle (voir cartes), ce « siècle de Gênes » qui est aussi celui du premier exode de masse juif depuis la chute du Temple de Jérusalem en l’an 70.

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Route commerciales et comptoirs génois (cliquer pour agrandir)

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Ainsi Gênes qui règne sur la méditerranée en 1492 et durant tout le XVIè siècle devient la  premier Hub trafic à destination de ses comptoirs avant que Livourne ne prenne la relève au XVIIè siècle. Lire la suite de « Chemins de l’exil séfarade en méditerranée aux XVIè et XVIIè siècles… et en Corse en particulier. »

Hasan Corso était-il un marrane ?

En Corse tout le monde connait l’histoire d’Hasan Corso, né en 1518 en Corse. Enlevé, à l’âge de 5 ans, par des corsaires il est amené  à Istanbul où il reçoit une éducation musulmane parmi les janissaires.

Un corse janissaire à Istanbul et Alger

Hasan CorsoSa carrière militaire est fulgurante, et au bout d’une dizaine d’années seulement, il reçoit le titre d’Agha (général).

En 1549, il est nommé caïd d’Alger et khalifa (lieutenant, substitut) de Salah Raïs, beylerbey d’Alger.

A l’Époque des Beylerbeys (1518-1577) la population d’Alger d’environ 60 000 habitants est cosmopolite. Composée de 12 500 Baldis, des citadins d’origine ancienne, de  3 500 kabyles et 3 000 arabes ou bédouins nomades attirés par la ville, de Turcs d’origine ou par conversion à l’Islam de chrétiens. Elle compte aussi  5000 juifs[1] venus d’Espagne pour la plupart, méprisés, maintenus dans un état de pauvreté endémique par l’autorité musulmane, qui subissent humiliations, lynchages et pogroms.

20 000 personnes sont de « renégats », d’origine catholique ou d’ascendance juive ou maure, et de toutes les provinces du monde avec une majorité d’espagnols. De renégats, c’est à dire de pirates bien décidés à faire rendre gorge au monde chrétien et à l’Inquisition qui les a misérablement traités. Pour moitié ces pirates sont des levantins (turcs) et les autres des occidentaux dont la moitié (5 000) sont des corses. Il y a des esclaves. La langue officielle est le turc et dans la rue on parle l’arabe dialectal.

Alger est décrite dans « Topographie et histoire générale d’Alger » publié en 1612 comme une ville peuplée d’ « aventuriers qui vivent la vie qu’ils ont décidé de vivre ».

L’activité de ces pirates consiste à prendre en esclavage le plus de chrétiens possibles (vingt-cinq mille chrétiens prisonniers en 1580), pour en tirer rançon. Les archives de Gênes et des notaires portent traces de ce fructueux commerce.

L’histoire des pirates juifs est largement méconnue (voir ici). Elle a fait l’objet d’une exposition au Centre Edmond Fleg à Marseille sous l’autorité de Martine Yana sa directrice. (voir ici). Le premier pirate juif barbaresque fut Sinan Reis, commandant en second du célèbre amiral ottoman, Khayr ad-Din Barberousse. Appelé également « le grand juif » par les Espagnols, il était l’ennemi juré de Charles Quint. Parmi ses hauts faits : la défaite de l’Armada espagnole, en 1538, à la bataille de Préveza (Grèce) que certains historiens soutiennent comme la plus grande victoire navale de l’histoire turque.

En 1550, Hasan Corso commande l’armée qui doit attaquer le royaume de Tlemcen. C’est un échec. Il est victorieux à Touggourt et Ouargla et rapporte un riche butin. En juin 1556, il chasse les Espagnols d’Oran. C’est là qu’il apprend la mort de la peste du Belerbey Salah Haïs vieux compagnon des Barberousses au printemps 1556 Hassan Corso chef de janissaires prend le pouvoir de sa propre autorité. C’est compter sans la Sublime Porte, Constantinople s’en mêle et nomme Mohammed Kurdogli au même poste de belerbey. Hassan Corso le fait assassiner. Mais il est fait prisonnier et subit le supplice des crocs. Il y agonise pendant 3 jours, avant de mourir en août 1556.

Hasan Corso d’origine juive ?

Ce qu’on sait moins c’est que Hassan Corso est né Pietro Paolo Tavera est d’origine juive. En effet son nom TABERA, TAVERA est un nom juif d’Espagne et de Marranes. Il vient directement de la Torah et signifie « Brûlement » en hébreu :

« On nomma cet endroit Tabérah, parce que le feu de l’Éternel y avait sévi parmi eux. Taberah » (Nb 11, 3)

A Gênes, l’Ufficio, la Banque de Saint-Georges, qui avait acquis la Corse en 1483 était composé de juifs et de marranes influents. Leur projet était une colonisation de peuplement en même temsp qu’une exploitation de l’île pour le blé. Ils envoyaient des génois, des marranes et des juifs d’Espagne dans les citadelles comme comme Bonifacio, Calvi, Ajaccio, Porto-Vecchio, Sartène.

Le nom Tareva (comme celui du village homonyme) originaire d’Ajaccio provient probablement de là. J’en cherche la preuve formelle. Si quelqu’un a des idées ou des sources ?

Citadelle d'Ajaccio

Citadelle d’Ajaccio

Je suis frappé par le fait qu’Ajaccio est fondé par l’Ufficio en 1492 justement l’année de l’édit d’expulsion d’Espagne (promulgué en mars et qui expire au 31 juillet 1492) . Entre 1491 et 1492, une commission d’experts visite le site de la future Ajaccio. Elle est dirigée par le lieutenant du Delà des Monts et bientôt « Surintendant à la construction d’Ajaccio », Domenico de Negroni, assisté d’un architecte lombard, Cristofaro de Gandino. La première pierre est posée en avril 1492 sur un promontoire appelé Capo di Bolo à l’emplacement prévu pour une forteresse. Un château fort est alors bâti sur une presqu’île permettant une meilleure surveillance du golfe; il se transformera, au cours du XVIe siècle, en citadelle.

Acte de fondation de la ville: « Au nom du Seigneur, Amen. Que tous ceux auxquels parviendra le présent document sachent ce qui suit: Messire Cristoforo de Gandino, architecte, a été commis par le Magnifique Office de Saint-Georges pour la construction, édification et érection d’une forteresse ou château fort en la localité d’Ajaccio de l’isle de Corse ».

Ajaccio, port de transit de l’Espagne vers Naples ? A suivre….

Carte

[1] Roland Courtinat « La piraterie barbaresque en Méditerranée: XVI-XIXe siècle » pp. 24 et 25.

Un conte (vrai) de Tisha be Av : L’incroyable aventure des juifs de Ventimiglia la Nuova (Porto-Vecchio).

Des noces éternellesOn retrouvera l’aventure des marranes de Ventimiglia la Nuova et ses sources dans les archives secrètes de Gênes dans mon livre « Des noces éternelles, un moine à la synagogue »

Ventimiglia la Nuova

Par une requête du 14 novembre 1577 au bureau de la Corse de la Banque Saint Georges de Gênes (la banque publique), Pietro Massa, « arquebusier » en 1562 à Bonifacio pour le Sérénissime est devenu « barbier chirurgien » en 1570 … et à Giacobo Parmero proposaient d’emmener 167 familles originaires de la « riviera du ponant (de l’ouest) » à Porto-Vecchio pour y fonder une « colonie » génoise de cultivateurs et d’hommes d’armes. La raison invoquée de ce départ est la soi-disant préférence de ces chefs de famille pour un sort incertain plutôt que de vivre dans l’indigence en Ligurie.

Lettre Massa et Parmero

Lettre de demande de Pietro Massa et Giacobo Parmero au Bureau de la Corse de la République de Gênes,
d’envoyer 150 familles reconstruire Portovecchio (14 Novembre  1577 )
( Archives Secrètes de Gênes,Corse, n.g. 7 ) .

On envoya donc 167 familles, 460 personnes des deux sexes- une véritable armada composée aussi de soldats !  pour fonder la Ventimiglia la Nuova, la Nouvelle Vintimile, Porto-Vecchio.

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Porto-Vecchio vue des marais du golfe

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Porto Vecchio vue de la montagne

Pourquoi de Vintimille ? parceque la Banque Saint Georges (l’Ufficio di san Giorgio) avait acquis Vintimille le 6 novembre 1513. Pietro Massa le fondateur de Porto-Vecchio était très certainement de la famille du jurisconsulte à Gênes Matteo Massa, qui fit partie de l’ambassade envoyée à Gênes lors de la prise de possession de la Banque sur Vintimille. Massa, un mot qui signifie aussi « fardeau »  ou une charge dont on est responsable dans la Bible hébraïque[1] ou massari (le chef d’une communauté juive en Italie à la Renaissance. A moins que l’homme porte comme la plupart des juifs de l’époque le nom de sa ville de résidence. Une charte des Archives secrètes de la sérénissime précise : « Domenico Cipollini, Consul de Nicora, demande et obtient de Gênes que les juifs de Massa et Carrare soient obligés de porter la rouelle quand ils vont à Nicora faire leur marché »

Le patronyme de Parmero est probablement celui d’un juif issu de la ville de Parme à une centaine de kilomètre au nord-est de Gênes. Ceux qui connaissent les manuscrits juifs se souviennent du fameux Psautier de Parme, un livre de Psaumes du XIIIè siècle avec un commentaire d’Abraham Ibn Ezra. Heureux l’homme…

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Psautiers (Théhilim) de Parme,  Ms. Parm. 1870 (Cod. De Rossi 510) ,  Bibliothèque Palatine de Parme.
Ce livre des Psaumes enluminé a été composé et décoré vers 1280, probablement à Emilia en Italie du Nord.  

Habillement, et forts de l’expérience de militaire en corse de Massa, les deux compères insistaient sur le fait que leur petit entreprise permettait d’installer une domination génoise entre Bonifacio et Solenzara avec pour effet de sécuriser la cote. Assez curieusement dans cette missive Giacomo s’appelait de son vrai nom « Giacobo ».

La requête de Massa au Bureau de la Corse de l’Ufficio stipulait en son point 22: Che loro Signorie Illustrissime concedino a essi habitatori, che possino dar nome a esso luogo di Portovecchio, di Vintimiglia la nova. « Que vos Seigneurs illustrissimes concèdent à ses habitants de pouvoir nommer ce lieu de Porto-Vecchio, Vintimille la Nouvelle. ».

Le Gouvernement de Gênes édictait le 9 juillet 1578 vingt-six Capitoli (chapitres)[2], adressés à « Pietro Mazza et Giacomo Parmero » qui fixaient les conditions financières et militaires de l’expédition. Massa reçut le commandement de l’expédition, avec le titre de podestat, ayant des droits de justice.

Le chapitre 3 : « Conditions détachées à ce territoire de peur de se quereller au sujet de ses frontières, et des terrains qui sont donnés gratuitement pour toujours » stipule :

« Nous donnons, et accordons librement auxdits Pietro, Giacomo, et leurs compagnons et à leurs héritiers et successeurs : tous les terrains qui existent sur le territoire de Porto-Vecchio, à savoir la vallée de Pruno et Muratello, et San-Martino avec leurs frontières respectives, au lieudit de Porto-Vecchio de cultiver, et semer, mais sans préjudice de tiers. »

Muratello est mon village.

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Les juifs à Gênes

Hors l’Ufficio qui avait financé Christophe Colomb se devait de caser les juifs. Composé de nombreuses familles juives (Ghisolfi, ) et bien sûr marranes il s’atlela à cette tâche discrètement, tout comme Dona Gracia Nassi de la banque Mendès exilée à Amsterdam, Venise, Ferrare… qui sauva des milliers de ses compatriotes.

La Corse en face de Gênes devint vite pour eux une destination crédible. Il y avait deux populations à Gênes, les riches qui pouvaient facilement partir vers la Hollande, la Turquie ou d’autres villes italiennes… et qui surtout était une manne pour la ville… au point qu’on créa les ghetto pour les garder contre les ordres du saint Siège qui demandait de les expulser des villes… et les pauvres qui erraient dans les villages misérablement. La Corse était à 250 km, une encablure… L’Ufficio, selon une politique agraire organisée, peuplait ces terres basses de l’île désertées par les populations autochtones à cause des incursions des corsaires turcs qui hibernaient en hiver dans le golf de Porto-Vecchio et de la malaria, Le « mauvais air » des marécages, mortel.

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Palazzo di San Giorgio sur le port de Gênes, siège de la banque (Office des compères de Saint Georges) qui administre la Corse et les comptoirs de Crimée, Gazaria (famille juive de Ghisolfi) à partir de 1453.

La Thalassocratie Ligure qui avait toujours assuré le commerce avec les ports de Provence et d’Espagne devint ainsi la première destination des marranes à partir de 1492 et avant la fondation de Livourne en port franc un siècle plus tard (les juifs sont seulement 130 à Livourne en 1600). Le premier navire de réfugiés en provenance d’Espagne était arrivé à Gênes en 1478, mais la plupart étaient arrivés après l’expulsion, en automne et en hiver de 1492-1493. Combien étaient-ils ? Des milliers si l’on en croit un prédicateur de l’époque dont la haine mortelle ajoute peut-être au nombre,.. Ces réfugiés étaient pour la plupart comme nous l’avons remarqué des marranos très pauvres venus d’Espagne et du Levant. Maltraités, dépouillés par les passeurs, ils avaient horriblement souffert en route : « beaucoup sont morts de famine, et d’abord les femmes qui allaitent et les enfants… ceux qui n’ont pas d’argent vendent leurs enfants » rapporte un chroniqueur de l’époque. On raconte un prédicateur se promenant dans le foule affamée et proposant aux mères une miche de pain contre le baptême de leurs enfants.

Seuls ceux possédant ces sauf conduits toujours temporaires qui peuplent les archives de la République avaient le droit de résider dans la ville en portant le badge jaune, les autres avaient le choix entre les galères ou se disperser dans les villages ligures. Rien d’étonnant à cela : toutes les villes d’Italie en ce milieu du XVIè siècle vivent au rythme d’un afflux massif de marranes en fuite. Dans un rapport rédigé en 1564 un serviteur zélé de l’Inquisition s’inquiète : « Il n’y a pas de ville en Italie où l’on ne trouve des marranes portugais qui ont fui l’Inquisition au Portugal. Ils s’enrichissent parce qu’ils commercent de toutes les manières tous les produits sans restriction, comme les chrétiens. Ensuite, ils déménagent en Turquie et informent le grand Turc de tout ce qui se fait ici. »[3]. Les quelques 167 chefs de familles qu’embarqua Massa étaient donc des marranes de la seconde ou troisième génération dispersés sur la côte Ligure dans des conditions misérables en attendant retour à meilleur fortune, alors que la peste frappe à nouveau Gênes en 1556 et la construction de son Ghetto sous l’impulsion du saint Siège en 1560.

Les années 1580 en Espagne, au Portugal et en Italie sont celles où les Etats catholiques comprennent qu’ils ont échoué à convertir les juifs, ils adoptent alors une autre stratégie qui vise à les chasser de la société chrétienne, avant de les enfermer dans des ghettos pour ne pas contaminer leurs ouailles. La pureté de la foi passait désormais par la pureté du sang.

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Le projet de Massa et Parmero était probablement d’établir une Nouvelle Vintimille, une Nouvelle Jérusalem, où le nom des marranes et de leurs enfants ne serait pas définitivement effacé par le Saint Office de l’Inquisition. L’immense détresse de marranes dans un miliou où on lit un peu trop la cabale s’est transformée en folie millénariste. Le messie doit venir et la Jérusalem céleste régner. Selon la prophétie, les habitants des iles se convertiront au D. unique.

Rien d’étrange à l’époque : Colomb qui quitte l’Espagne le 03 aout 1492 (le décret d’expulsion expire le 31 juillet !), découvrira une Nouvelle Espagne et un Nouveau monde selon un projet prophétique messianique et apocalyptique parfaitement documenté. Arrivant à l’embouchure de l’Orénoque Colomb croit avoir trouvé le fleuve du jardin d’Eden ! Sa circumnavigation (du moins le croit-il) prépare l’Apocalypse, la geoula,  une fin des temps dont il est rien moins que « le Prophète » ! Il signait Christo ferens, « Le porteur du Christ ».

Colomb amalgamait l’Espagne messianique avec la Cité de David dans une exégèse allégorique audacieuse… car le prophète Isaïe ne parle pas de l’Espagne… mais Colomb interpréta le fameux chapitre 60 d’Isaïe en traduisant « Les rois de Tarsis et des îles » par les rois d’Espagne. Une exégèse médiévale qui est en fait juive et qu’on retrouve chez Maïmonide… La Corse faisait donc un bon candidat comme île messianique pour les naufragés de Vintimille.

Fait étrange les « Giacomo » partis le 25 novembre 1578 d’Italie, se sont transformés dans une nouvelle liste en  « Giacobo » le 21 mai 1579, neuf mois plus tard à leur arrivée. la même signature que dans leur lettre de demande initiale. Pas moins de 18 Jacob dans la liste et un seul Giacomo, ce qui exclut la possibilité d’une erreur de copiste. Bien que l’orthographe ne soit pas fixée à l’époque comme aujourd’hui et qu’on portait aussi des prénoms de la Bible… il fait peu de doute que ces Giaccobo soient d’anciens juifs dont on a masqué l’identité au départ à Gênes.

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La « liste de Jacob » : Liste des chefs de famille qui se préparent à partir pour la Corse (19 à 24 Août 1578 ) .
( ASG , Corse, ng 7 ; cf. tableau 1 , première colonne ). Tous les Giacobo (Jacob) des courriers et de la liste après le désastre (Jacob ont été transformés en prénoms chrétiens Giacomo (Jean). Parmero est devenu Palmero.

Liste de Jacob 2 Lire la suite de « Un conte (vrai) de Tisha be Av : L’incroyable aventure des juifs de Ventimiglia la Nuova (Porto-Vecchio). »

Les juifs en Corse après 1915, l’Ile des justes

Où l’on apprend que le frère du grand père du Rav de Loubavitch serait mort à Bastia en 1942…

Rabbi Méir le maître du miracle

Le jour de la Hilloula de Rabbi Meir un SMS est arrivé :

« J’ai lu votre livre. Mon nom est Guy Sabbagh, né à Bastia en 1947, Je suis le fils de David Sabbagh ancien président de la communauté juive de Corse et le petit-fils du rabbin Méier Tolédano qui a été le guide spirituel de cette communauté pendant toute sa vie…, votre contact m’a été donné par Laurianne B. J’espère à très bientôt »

La synagogue en bas de chez moi rue du Castagno est dédiée au Rabbi Méir, son grand-père Méir avait conduit la communauté jusqu’en 1970, il était enterré au carré juif de Bastia.  C’était la Hilloula. Une telle avalanche de signes ne se refuse pas. Ce soir, ont débarqué dans mon bureau deux corses. Mais des corses juifs ! Guy et Benny Sabbagh. C’est une histoire extraordinaire que celle de la dernière immigration juive en Corse en 1915. Je vais tenter de vous la conter ici.

Tinghir

Imaginez un teinturier juif berbère de l’Altlas, à Tinghir au début du XXème siècle dans le sud Maroc. Il s’appelle Sabbagh (le teinturier en arabe). Cet homme, prévoyant, achète tout le stock de teintures de la région. Comme dans la Torah, arrivent 3 années de sécheresse. Tous les teinturiers musulmans de la région sont pris de cours. Notre brave juif prête sa teinture à ses frères musulmans contre reconnaissance de dette. Le temps passe. En 1910 il se présente devant ses débiteurs. Ceux-ci et réfléchissant se disent que si ce misérable juif mourait la terre serait débarrassée d’un mécréant et que finalement pour leurs dettes… Aprés réflexions Ils décident de s’allier et font tomber l’artisan dans un guet-apens.

Trois jours après celui-ci meurt. Son frère se présente aux créanciers avec les papiers de dette. Ils ne peuvent pas tuer aussi le frère… et il reste toute sa famille ! Alors ils réfléchissent. Cet homme a 5 enfants : Jacob, Yehouda, David, Léa, Rahma…  Ils enlèvent Yehouda et ils vont voir sa mère : « Si vous ne déchirez pas nos reconnaissances de dettes on le tue… réfléchissez ».

Cette femme, Bouda Pérès est juive. Elle a perdu son mari. Ses enfants c’est toute sa vie. Ses ancêtres ont fui l’Inquisition Espagnole au XVème siècle. Née à Tinghir en 1895, elle est une Pérés descendante du roi David. Le soir elle pend son linge à la corde, met la pâte du pain à reposer pour montrer aux voisins que la maison est occupé quand ils se réveillent le matin… et la nuit elle s’enfuit sans bruit avec ses enfants. Elle se rappelle la promesse de la Terre promise par Hashem à Israël. Direction Tibériade en Israël.  Adieu Tinghir. Le destin de millions de juifs depuis quatre millénaires.Les derniers juifs de Tinghir qui étaient présents au Maroc depuis 3000 ans ont quitté leur terre natale en quelques jours seulement en 1964.

Bouda Pérès est la grand-mère paternelle de Guy et Benny Sabbagh.

Tibériade

Du coté maternel, le grand père s’appelle Méir Tolédano, né en 1889 à Tibériade, là où est enterré le rabbi Méir, c’est un rabbin d’une lignée illustre venue de Meknès. Voici sa généalogie depuis la fuite d’Espagne en passant par Fez, Salonique, Fez, Meknès, Tibériade et Bastia :

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G. et B; Sabbagh

A Tibériade, il rencontre Zohra Sloush née en 1895 à Fès. Sa généalogie remonte à Rachi à Troyes en Champagne au XIème siècle. Ils s’aiment. Ils se marient.

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Source : G et B Sabbagh

Mais en 1913-1914, la Terre Promise est… sous domination ottomane. La guerre éclate. La Syrie et la Palestine, deviennent un enjeux entre puissances occidentales : Ottomans alliés aux Allemands contre Français, Anglais et leurs alliés arabes de l’autre. Il faut choisir entre être Turcs ou rester marocains alors sous protectorat français. A l’été 1915, 740 juifs marocains et Algériens (colonie française) sont évacués par les américains mandatés par des juifs sionistes et philanthropes américains. A nouveau la valise.

De Jaffa à Ajaccio en passant par la Crète

Ils laissent tout sur place et sont parqués par les Turcs dans les ports de Beyrouth et Jaffa pour être expulsés. Des bateaux américains les embarquent à Jaffa (-voir ci dessous)

Jaffa

On erre en Méditerranée à la recherche d’un lieu où débarquer. L’Egypte, Chypre, refusent ces loqueteux. La Canée en Crète les accepte, un immense camp de réfugiés pour 6 mois. Le papa de Guy et Benny Sabbagh à deux ans et demi. Leur grand-père Tolédano est scandalisé… les juifs en grand habit oriental jusqu’aux pieds se baissent devant tout le monde, embrassent les mains… un Tolédano, un prince de Meknès dont la famille est partie en 1870 de la ville la plus religieuse du Maroc ne se comporte pas ainsi !

Le délégué de l’Alliance venu de Salonique fustige leurs « accoutrements ». Il demande que tout le monde s’habille à l’occidentale avec costume et chapeau. Il donne même des primes aux tailleurs pour ce faire ! On se cotise et on achète du tissu et les tailleurs du camp découpent de beaux habits comme à Paris.

Mais en septembre 1915 les autorités grecques décident de supprimer l’autorisation de résidence des citoyens ou protégés français en Crète. Adieu la Crète !

Ajaccio

Heureusement D.ieu veille et l’Alliance israélite universelle le précède ! Où caser tous ces immigrés  « français »? Mais bien sûr ! Dans la Corse qui se dépeuple ! Direction Ajaccio. La marine française les débarque à Ajaccio. Il y a là aussi quelques serbes (photo)

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Des réfugiés ? Des pourchassés ? La solidarité Corse s’organise comme un seul homme. Les dames du monde ajaccien (photo ci dessous) autour de Mme Henry, l’épouse du préfet rivalisent pour aider ces miséreux. Un grand élan populaire vient au secours de ces 740 démunis, des « Syriens », qui ne parlent que l’arabe et l’hébreu. Elles se dévouent, cousent des habits pour eux (photo, remarquez l’habit oriental à gauche). Fait marquant : on peut lire sur les bulletin de paie des instituteurs que ceux-ci ont versé une partie de celle-ci pour payer le tissus qui permet de réaliser des habits européens pour les « syriens » !

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On les loge. On organise une école pour les 180 enfants.

Enfants réfugiés juifs à Ajaccio en 1916
Enfants réfugiés juifs à Ajaccio en 1916

Tout le monde éclate de rire quand on demande son nom à Sim’ha (la joie) quand elle annonce son nom à l’école. Alors l’institutrice l’appelle Allegra, Berakha (la bénédiction) devient Marcelle (Marcuccia en langue Corse), ça tombe bien c’est le nom de la meilleure amie de l’institutrice !

Un an plus tard le préfet de Corse M. Henry constate : « ils se sont mis au Corse alors qu’ils ne parlaient qu’arabe »… « La plupart s’habillent à l’occidental ». Surtout à peine un an après être arrivés tous ont trouvé ou créé un travail !  Et sans passer par Paul emploi (Alias Paul Giacobbi) !

Tout ne va pourtant pas pour le mieux !

Les « Syriens » comme on les appelle, sont 740 pour sept rabbins. Alors le rabbin Kiki (si, si, c’est son nom !) a une idée. Il se fait faire un papier à en-tête, qui, avec des accents napoléoniens annonce… « Rabbin Kiki, Grand Rabbin de Corse ». Les six autres rabbins écrivent immédiatement au préfet pour dénoncer l’imposture ! Le grand rabbin c’est eux !

Le responsable des bains publics d’Ajaccio se plaint de ces orientaux indisciplinés toujours en retard qui arrivent à 9h 30 au lieu de 9h 00 à l’ouverture des bains et il calcule ce que ça coûte : une demi-heure fois tant d’énergie pour chauffer l’eau, fois tant de jours par an… un gaspillage des deniers publics dont il averti les autorités ! Il est scandalisé par ces « syriens » qui crachent dans l’eau !

De plus des tensions se manifestent dans la petite communauté d’indisciplinés disputailleurs que rien ne réunit que l’exil ! Une bagarre finit par éclater entre algériens et marocains. Ces derniers n’ont pas le même statut de citoyens français que les marocains sous protectorat… ils en profitent pour exclure les marocains de leur organismes représentatifs auprès des autorités de l’Etat. Il est donc décidé que les marocains iront à Bastia. Exit les marocains.

Bastia

Une cinquantaine de familles, 180 personnes, sont transférées à Bastia en février 1916.L’île est très pauvre mais la foule accueille de manière enthousiaste les « réfugiés syriens » ! Celui qui ne connait pas la générosité corse n’a jamais rencontré un homme !

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Ils sont 350 logés dans les docks du nouveau port et dans la citadelle qui est un quartier pauvre à l’époque. Ils sont accueillis par la suite comme des frères par les Simeoni (Oui la famille d’Edmond le père de Gilles le maire actuel de Bastia), les Zucharelli et le Giaccobi qui à chaque élection rappellent à Méïr Tolédano que la chose publique a besoin des voix juives et que eux-aussi ont des ancêtres juifs…

Parmi les réfugiés on trouve des Abbo, tout comme les marranes de Vintimillia la Nuova arrivés dans le sud au XVIème siècle dont je parle dans mon livre (La liste de Jacob) et dans ce post (voir ici)

Abbo

Elenco dei capifamiglia che si apprestano a partire per la Corsica (19-24 agosto 1578).
(A.S.G., Corsica, n.g. 7; cfr. Tabella 1, prima colonna).

Après la première guerre mondiale, la paix retrouvée, en 1920, une partie de la communauté repart en Eretz Israël. Mais là bas c’est la misère, certains reviennent en Corse.

Certains juifs de Bastia ou de la liste d’arrivée en Corse à Ajaccio, comme les corses de la diaspora, auront bientôt des noms réputés. Ainsi Moïse Jacob Toledano (44 ans, voir 5 ème ligne sur la liste ci-dessous) qui s’occupe des études juives à Ajaccio et qui vit en Corse jusqu’en 1920. Il deviendra Ministre des Affaires Religieuses dans le gouvernement Ben-Gourion de 1958 à sa mort en 1960, pars avoir été le rabbin en chef à Tanger en 1926 puis Dayan d’Alexandrie en Egypte, voyageant en Syrie et en Irak à la recherche d’anciens manuscrits. Léon Tolédano le frère du rabbin Tolédano, lui, deviendra milliardaire en dollars ! après avoir construit le quartier Toldéano à Bastia il va devenir milliardaire au Mexique et aux Etats-Unis… il construit la moitié de la Nouvelle Orléans… puis en Israël.

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la listes des 740 arrivés à Ajaccio

J’ai appris une information plus étonnant encore : Menharem Mendel Schneerson frère de Rabbi Rachab, le frère du grand père du Rav Mendel Schneerson – le Rabbi de Loubavitch, aurait vécu… à Bastia où il serait décédé en 1942 pendant la seconde guerre mondiale. Il tenait la scierie « Au bûcheron de Corse » à Bastia.

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L’ile des justes

Pendant la seconde guerre mondiale la Corse est le seul département français qui ne livrera pas un juif. (Voir ici). La population et le préfet vont protéger ces « touristes » ainsi qu’ils les déclarent à Vichy :

« Les Corses dans leur ensemble ont considéré que c’était une partie d’eux-mêmes que l’on touchait …  c’est une tradition en Corse que l’on accueille les Juifs et ce qui s’est passé pendant la guerre, n’est que la conséquence d’une relation ancestrale ».  (Grand Rabbin Haïm Korsia – Korsica ?)

Une BD, à lire absolument, vient de sortir sur l’île des justes :

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Le Vieux Port de Bastia

Le Rav Méir Tolédano (ZAL) va développer la petite communauté de Bastia. la synagogue lui est dédié :

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Rue du Castagno et synagogue Rabbi Méir, Photo Olivier Long

Il visitera les Mattéi qui lui offriront les meilleurs étrogim (cédrats) de leur plantations chaque automne pour chaque fête de Souccot :

Cédrat Mattei

En réalité l’histoire des étroguim de corse est une trés ancienne histoire juive ( voir ici). Depuis le XVIIème siècle au moins Gênes était la place de marché où toute l’Europe centrale juive de Prague en Tchéquie, Cracovie en Pologne (Prusse orientale à l’époque) ou de Lituanie venait se fournir pour ces fruits rituels. Gênes, depuis au moins le XVIIème siècle était la place de marché où les « allemands » (c’est-à-dire les ashkénazes d’Europe centrale) venaient se fournir en étrogim (cédrats). Les Archives de Gênes le raconte : en 1676, des marchands juifs de Prague, Cracovie et de Lituanie venus acquérir des érogim sont emprisonnés à San Remo faute de porter le « chapeau jaune »… En 1684 est fondée pour 20 ans une compagnie dont les rabbins contrôlent les bénéfices destinée à exporter des étroguim et des palmes de San Remo et Gênes vers Francfort. Le prix est fixé par le chef des communautés juives de Gênes pour ne pas vendre à un prix trop haut pour les pauvres… En 1699, à Testes, un notaire reçoit la plainte des juifs Isach Ghaertz et Moïse Incava contre  la Compagnie Thoma Vethen & Scaaf au sujet de 180 étrogim cueillis à Menton et introduits à Gênes via San Remo, car ceux-ci sont impropres à l’usage  pour Soukkot car ils sont tachés et sans queue…Au XXIème siècle Galetti rapporte dans son Histoire illustrée de la Corse, vers 1860, la venue d’un rabbin de Francfort débarqué pour vérifier si les arbres n’étaient pas greffés. (Jean-Ange GALETTI, Histoire illustrée de la Corse, Pillet, Paris, 1863). En 1875, de prestigieux rabbins de Lituanie, avec à leur tête les Rav Kovna et Yits’haq El’hanan Spector, ainsi que les Rav Israël Salanter et Chlomo Kluger, tous des maîtres reconnus et très respectés du judaïsme lituanien, interdirent l’utilisation des éthroguim de Corfou à Soukkot pour encourager ceux de Corse. Les familles juives auraient payé des fortunes pour posséder un cédrat casher, la Corse en produisit donc alors pour alimenter ce besoin de toute les communautés juives du monde ashkénaze à l’automne !

C’est ainsi que la production de cédrats (et de cédratine une liqueur à base de cédrat) se développa en Corse :

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Corses et juifs

Les juifs vont développer les commerces rue Napoléon (photos ci dessous). Le papa de ma marraine Anne-Marie Venturi (venus de Florence) avait là une boutique de Costumes.

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Marc Hassan est l’oncle de Benny et Guy Sabbagh :


Magasin Hassan

Magasin Cohen

Mimi et MPi

Marie-Pierre Samitier et Miryam Illouz rue Napoléon, Bastia aout 2012

En 1970 la presse décrit « L’intégration intelligente » des juifs en Corse. Bon, c’est vrai qu’on dirait un film avec Lino Ventura (encore un patronyme juif ! )

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Je me souviens

A Pessah 2014 le Rav Haïm Harboun est aller visiter la communauté avec un miniane :

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Le Rav Méir Tolédano (ZAL) est enterré à Bastia avec son épouse Zohra Sloush.

Il a été chohet (il n’y avait que des poules au menu!), moël et rabbin de la communauté pendant un demi siècle. Il nous reste sa meguila écrite en lettres minuscules surmontée de l’oiseau fétiche de la Corse, la colombe. Comme dit le proverbe corse :

À l’altru mondu, canta un culombu è mi lamentu è mi ramentu

Dans l’autre monde chante une colombe et je me lamente et je me souviens.

La meguila c’est bien sûr le rouleau des marranes qui vénéraient « Sainte Esther » la juive caché et persécutée. Esther l’ange gardien des marranes :

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On peut lire à droite en bas le nom de Méir, en haut la colombe (yona).
Voir ici la symbolique midrashique de la colombe.

Voilà ce que m’ont dit Benny et Guy Sabbagh nés à Bastia. De vrais juifs et de vrais Corses. Très émus en me racontant comment Bastia et la Corse avaient accueilli les juifs.

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Que D.ieu bénisse la Corse !

PS : à l’heure même ou je publie cet article, le rabbin Harboun et Madame Martine Yana du Centre Communautaire de Marseille me téléphonent pour me dire qu’ils organisent une expo sur cette histoire, ils ont les documents de l’Allliance, je ne leur en ai pas parlé… j’ai écrit cet article cette nuit! Rabbi Méir guide moi !

11 juillet : Voici les documents qu’elle m’ a envoyé via le Rabbin Harboun :

Telegramme 1

Télégramme 2

Dans mon livre « Des noces éternelles, un moine à la Synagogue », je raconte cette histoire des juifs de Corse.

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L’amulette contre le mauvais oeil le (‘ain’ hara) corse et juive.

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Une tradition corse et du Maroc, les clefs qui protègent du « mauvais oeil » (Ocjhu) -chez nous à Bastia

Les juifs en Corse après 1492

Contrairement à ce qu’on dit souvent les juifs qui ont quitté l’Espagne en 1492 ne se sont pas retrouvé à Livourne mais à Gênes. En effet Livourne n’est alors qu’un petit port de pécheurs et ne deviendra un port franc avec droit de commerce pour les étrangers qu’en 1587 (voir ici) sous l’impulsion du grand-duc Ferdinand Ier seulement un siècle plus tard donc. Une initiative qui explique son accroissement. Les juifs levantins et conversos et juifs d’Espagne ne s’installeront à Livourne -qui ne compte que 134 marchands juifs en 1601, qu’au XVIIè siècle (711 en 1622; 2500 environ en 1700, 5000 à la fin du XVIIIe siècle). Le Hub trafic de la méditerranée des années 1492- 1592 est donc Gênes en lien avec les ports d’Espagne, Narbonne, le Liban, la Syrie, l’Egypte… et surtout la Corse à quelques encablures seulement plus au sud.

Gênes, port de destination des juifs d’Espagne en 1492

Le premier bateau venu d’Espagne et rempli de juifs d’Espagne arrive à Gênes en 1478.

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Genova 1493

Dans un premier temps ceux-ci sont parqués sur les quais du port de Gênes. Combien sont-ils ? « plusieurs milliers » si l’on en croit un prédicateur de l’époque : Bernardino da feltre, antisémite virulent. « Venerunt in urbem nostram plures » commente le doge Matteo Senaréga. il arrivent faméliques : Multi fame absumti sunt et in primis lactantes et infantes… qui non habebant unde naulum solverent, filios vendebant «  des enfants au sein ! .IIs ont été rackettés par les passeurs marins génois au point que des chroniqueurs de l’époque s’émeuvent de leur sort. On les autorise à vendre ce qu’ils ont amené.Certains sont de haute classe sociale, d’autres sont autorisés à commercer ou exercer le métier de médecin en ville, mais d’autres encore sont pauvres et vont devoir vendre leurs enfants comme esclaves (« filios vendebant »); Beaucoup se convertissent par peur de mourir. Les descriptions de Matteo Senaréga rejoignent celles de Joseph Hacohen dans La vallée de larmes (‘Emeq ha-bakha):

En cours de route, cependant, les marins se sont dressés contre eux, les ont suspendus avec des cordes, ont violé leurs femmes sous leurs yeux sans que personne ne vînt à leur aide. Ensuite ils les ont débarqués en Afrique et se sont débarrassés d’eux sur une terre stérile et déserte qui semblait inhabitée. Leurs enfants ont demandé du pain, mais personne ne pouvait rien leur donner, et leurs mères ont levé les yeux vers le Ciel à ce moment fatidique.

Les nazis n’ont rien inventé, comme pendant la Shoa on sépara à l’époque les mères des enfants sans pitié, le marrane Samuel Usque raconte :

« Avant leur départ, les enfants furent baptisés d’autorité et en grande pompe […] plusieurs femmes se jetèrent aux pieds du Roi, demandant la permission d’accompagner leurs enfants mais cela n’éveilla pas la moindre étincelle de pitié chez lui. Une mère… prit son bébé dans ses bras et sans prêter attention à ses cris, se jeta du bateau dans la mer démontée et se noya, embrassant son fils unique »

L’arrivée de la peste en 1493 est imputée aux juifs et change le point de vue des génois jusque là très tolérants et imperméables aux recommandations venues des Etats pontificaux. La prédication du franciscain Bernardino da Feltre à Noël 1493 sur les châtiments réservés à ceux qui hébergent les « ennemis de Dieu dans la cité » et les juifs qui apportent la peste, illustrée par les représentations de l’époque (voir ici) prend soudain corps. Surtout Bernardino da Feltre développe le Mont de Piété à Gênes en 1489-90 pour combattre tous ces juifs qui exercent le métier de préteur. L’objectif est bien sûr de les assécher financièrement.

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Bernardino da Feltre à Gênes

A partir du 5 avril 1501 sous l’impulsion du gouverneur français de la cité Philippe de Clève (qui importe les coutumes françaises de ségrégation des juifs), les juifs doivent porter un badge en tissu jaune, de sinistre postérité, « au moins grand comme quatre doigts ». L’obligation est étendue aux médecins puis aux femmes. Suit en 1505 un édit d’expulsion qui chasse les juifs de la ville. Jusqu’au XVIIIème siècle les décrets oscillent entre les édits d’expulsion et les sauf conduits permettant aux juifs d’exercer les activités de banquier, médecin… dans la ville.

Le ghetto de Gênes est créé en 1660 et agrandi en 1674 (après celui de Venise, le premier d’Italie en 1516).

En réalité les milliers de juifs arrivés d’Espagne à Gênes sont soit partis vers la Turquie, soit ont été coincés dans les villages, soit erraient dans toute l’Italie au gré des édits d’expulsion et de la création de ghettos dans la seconde partie du XVIè siècle sous la menace pontificale : les bourgeois ne voulaient pas expulser les juifs  source de leurs profits, alors on les enfermait au lieu de les expulser comme le voulait l’Eglise.

Dans un rapport rédigé en 1564 un serviteur zélé de l’Inquisition s’inquiète :

« Il n’y a pas de ville en Italie où l’on ne trouve des marranes portugais qui ont fui l’Inquisition au Portugal. Ils s’enrichissent parce qu’ils commercent de toutes les manières tous les produits sans restriction, comme les chrétiens. Ensuite, ils déménagent en Turquie et informent le grand Turc de tout ce qui se fait ici. » (Dans : Cecil Roth, Dona Gracia Nasi, Liana Levi 2007, pg. 132, Roth cite, M. Stren, Urkundliche beiträge über die Stellung der Päpste zu den Juden, pp. 138-143)

Les juifs en Corse : de Gênes à Bastia

Combien de juifs arrivèrent en Corse et se fondirent dans la population? on ne le sait pas précisément. Pour la corse comme en Italie, les archives de Gênes et les documents notariés ne gardent que les traces des notables, médecins et marchands, les contrats de rachat d’esclaves enlevés par les barbaresques turcs vers Constantinople ou Alger. Bastia partageait ses origines génoise avec Ajaccio, fondée en 1492 par l’Office de Saint-Georges, qui installa au fond du golfe cent familles de la riviera génoise, dont probablement beaucoup de marranes.

Bastia ou Bastita, c’est-à-dire « retranchement », « bastide ». La Corse était le verrou géostratégique de protection de Gênes contre les Turcs. Trois siècles et demi durant, de 1453 à 1793, Bastia fut la capitale de la Corse, ou plutôt le siège des administrations génoise puis française, car les Corses, pendant les brefs moments de leur indépendance, préférèrent Corte. Par Bastia la Corse se rattachait au continent. La proximité de l’Italie ajouta une fonction commerciale aux fonctions militaire et politique de Bastia.

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Bastia : la rue du Castagno à droite où est la synagogue
dans une ancienne banque fortifiée génoise qui donne sur le port réinvestie vers 1915 par des juifs d’origine marocaine (rabbin Méir Tolédano) venus de Tibériade. Au loin l’ile d’Elbe.

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A la Renaissance, les banques juives comme la banque Mendés au Portugal, ou l’Ufficio di San Giorgio à Gênes utilisèrent leurs réseaux dans les principales villes d’Europe pour organiser la fuite des juifs d’Espagne et du Portugal.Gracia Nasi, dite Béatrice de Luna, épouse Mendès est la plus célèbre de ces passeurs de juifs de la renaissance. Les réseaux bancaires devinrent aussi des filières marranes, leurs agences servaient de relais aux juifs en fuite. Bien sûr ces banques ne ressemblaient pas à nos banques de dépôts modernes. Il banco à l’origine c’est « le banc » où l’on change les monnaies. La banque de l’époque est donc un réseau de familles dispersées dans les ports qui se faisaient confiance et grâce aux lettres de change évitaient à leurs clients de transporter de l’or sur des routes dangereuses, les banques juives avaient des agents commerciaux à Londres, Anvers, Amsterdam, Bordeaux, Venise, Ferrare, Gênes…. Les juifs étaient donc intimement liés à la prospérité des Cités-Etats italiennes dont ils assuraient le commerce de masse comme le monopole des épices ou du corail qui faisait et défaisait les fortunes des cités concurrentes. L’éclatement des juiveries de la péninsule ibérique en 1492 projeta tous ces petits préteurs et négociants, banchieri, dans tout le monde méditerrannéen en faisant un puissant levier de développement économique et commercial international et conduisant à moyen terme l’Espagne à la banqueroute. Le Mont-de-piété est institué en 1479 à Savone par le pape Sixte IV pour secourir : i poveri maltrattati dagli ebrei che con ingorda, avarizia lor succhiavano il sangue delle loro piccole sostanze,… « les pauvres abusés par des juifs qui, avec gourmandise et, cupidité sucent le sang de leurs petites substances ». Tout l’Esprit de l’Eglise de l’poque est résumé ici. Le Monte est institué à Rome en 1555 par le Pape pour contrer les préteurs à gage et revendeurs juifs en même temps qu’est créé le ghetto et que les préteurs marranes sont violemment persécutés à Ancone au cours d’autodafés.(voir ici un article sur les banquiers sépharades de la communauté de Rome à la Renaissance). Le prêt sur gage permettait de contourner la position traditionnelle de l’Eglise affirmée aux Conciles de Latran (1215),  Lyon (1274) et  Vienne (1312), interdisant le prêt à intérêt et menaçant d’excommunication et de privation de sépulture chrétienne toute personne qui le pratiquerait; réservant de facto cette activité aux seuls banquiers juifs.

Un certain nombre de familles génoises éminentes avaient participé à la création et à la gouvernance de la Banque des compères de Saint Georges, y compris les maisons de Grimaldi & Serra. La Banque, puissance mondiale, utilisait les services d’un certain nombre d’agents juifs, dont la famille Ghisolfi qui gérait les comptoirs de la Mer Noire. Un descendant de Simeone de Ghisolfi- le fondateur, Zacharias de Ghisolfi y sera prince à partir de 1480, il sera appelé même par le Tsar.

Les traces d’envois de  « notables » juifs en Corse apparaissent dans les archives de la République de Gênes.

  • Ainsi le 24 mai 1515 Les prottettori di San Giorgio, c’est à dire les dirigeants de la banque publique de Gênes, l’Office Saint Georges, envoient une lettre à l’Office en Corse demandent « d’autoriser le médecin Jacob, fils de Aron, de vivre à Bastia et dans d’autres places pour y pratiquer sa profession ». (Source : Archives Secrètes de Gênes, Primi Cancellieri di S. Giorgio, busta 16, citée par Rossana Urbani e Guidi Nathan Zazzu, The jews in Genoa pg. 95)
  • Le 29 avril 1525 Pietri I dargo, un juif espagnol de Cadix témoigne au lbaptême à Bastia du fils d’un médecin juif. (Source : Archives Secrètes de Gênes, Notaio Antonio Pastorino, filza 45 , citée par Rossana Urbani e Guidi Nathan Zazzu, The jews in Genoa pg. 96)
  • Le Notaire chancelier Giacomo Imperiale de Terrile écrivait en février 1532 un document parlant de Benedetto de Murta, médecin à Bastia, « auparavant juif ». Les juifs qui n’avaient qu’un prénom (Benedetto est évidement Baruch, « le béni », comme le prénom de Spinoza) prenaient comme patronyme des noms de ville comme celle de Murta toute prés de Gênes. (Notaire-Chancelier Giacomo Imperiale de Terrile, liasse 44, 1532. Diversorum. Cité par Antoine-Marie Graziani, Vistighe Corse, guide des sources de l’histoire de la Corse dans les archives génoises, Epoque moderne 1483-1790, Tome 1, Volume 2, Editions Alain Piazzola, Archives départementales de la Corse du Sud, Ajaccio, 2004. Pg. 303.)
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Synagogue de Bastia – rue du Castagno

L’aventure de Ventimillia la Nuova

Il est probable que l’immigration de peuplement opérée par Gênes dans les grandes villes et sur les côtes envoya des milliers de juifs marranes conversos ou encore juifs dans l’île, les plus pauvres bien-sûr, ceux qui n’avaient pas les moyens de continuer la route. Ceux-ci traînaient dans une misérable pauvreté dans les villages d’Italie ne pouvant pas subsister comme les décrit la lettre qui prépare  l’aventure de Ventimiglia la Nuova, la Nouvelle Vintimile, Porto-Vecchio.

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Giurisdizione di Bonifacio e Portovecchio (da “Carte Nouvelle de l’Isle de Corse” di Robert de Vaugondy, 1756).

La « T. S. San Cipriano » sur la carte est la tour génoise de Saint Cyprien (photo ci-dessous). La côte était défendue par la place fore de Bonifacio et celle de Solenzara, la citadelle de Porto-Vecchio s’inscrivant entre les deux; Un réseau de tours génoises fortifiées et armées complétait le dispositif militaire.

Tour génoise de Saint Cyprien

Tour génoise de Saint Cyprien

Là encore l’Ufficio qui gérait la Corse servit de passeur. il faut bien comprendre que les bateaux qui véhiculaient les juifs appartenaient aux armateurs, majoritairement génois. G^nes servit donc de C’est ainsi qu’en 1569, la banque Saint Georges envoya 167 familles, 460 personnes des deux sexes- issus de villages de toute la côte Ligure  pour fonder Ventimiglia la Nuova, la Nouvelle Vintimile, Porto-Vecchio. Tous partirent sous la houlette de deux compères : Pietro Massa et Giacomo Palmero sous l’égide de la banque génoise. Pourquoi de Vintimille ? Car la Banque Saint Georges avait acquis Vintimille qui passa du pouvoir de Louis XII à l’Ufficio le 6 novembre 1513. Pietro Massa le fondateur de Porto-Vecchio était très certainement de la famille du jurisconsulte à Gênes Matteo Massa, qui fit partie de l’ambassade envoyée à Gênes lors de la prise de possession de la Banque sur Vintimille. Dans cette délégation qui se rendit à Gênes on trouvait aussi Pietro Sperone, chef d’ambassade qui deviendra par la suite Vicaire Général de l’ile de Corse. Massa, un mot qui signifie aussi « fardeau »  ou une charge dont on est responsable dans la Bible hébraïque. Les massari étaient les responsables des communautés juives d’Italie. (Voir Fausto Amalberti, Storia di Ventimiglia La Nuova, La ricostruzione di Portovecchio dell’anno 1578, Cumpagnia d’i Ventemigliusi, 1985. Cumpagnia d’i Ventemigliusi, 1985. Je m’appuie sur le travail de cet historien vintimillais pour les sources génoises non juives. On pourra aussi lire Antoine-Marie Gaziani, Naissance d’une cité, Porto-Vecchio, Editions Alain Piazzola, Ajaccio, 2014, qui le complète remarquablement.)

Le Gouvernement de Gênes édictait le 9 juillet 1578 vingt-six Capitoli (chapitres), adressés à « Pietro Mazza et Giacomo Parmero » qui fixaient les conditions financières et militaires de l’expédition. Massa reçut le commandement de l’expédition, avec le titre de podestat, ayant des droits de justice.

Le chapitre 3 : « Conditions détachées à ce territoire de peur de se quereller au sujet de ses frontières, et des terrains qui sont donnés gratuitement pour toujours » me sauta au visage. Il stipulait :

« Nous donnons, et accordons librement auxdits Pietro, Giacomo, et leurs compagnons et à leurs héritiers et successeurs : tous les terrains qui existent sur le territoire de Porto-Vecchio, à savoir la vallée de Pruno et Muratello, et San-Martino avec leurs frontières respectives, au lieudit de Porto-Vecchio de cultiver, et semer, mais sans préjudice de tiers. » ( A.S.G., Corsica, Decreti del Magistrato di Corsica, n.g. 1316)

L’Ufficio, selon une politique agraire organisée, peuplait ces terres basses de l’île désertées par les populations autochtones à cause des incursions des corsaires turcs qui hibernaient en hiver dans le golf de Porto-Vecchio et de la malaria, des terres comme celles d’Aléria « abandonnées aux infidèles » disait le rapport des commissaires Grimaldo de Bracelli et Troilo Negrone dépêchés dans l’île par la Banque pour analyser les implantations possibles. La dernière grave prédation de corsaire à Porto-Vecchio datait de 1561.

Bateaux de l'Ufficio

On longea les cotes Ligure puis Toscane jusqu’à Piombino où le bateau évita de justesse le naufrage. Puis après des réparations de fortune on quitta l’île d’Elbe vers Bastia pour descendre vers le sud de l’île avec femmes et enfants. L’eau avait pénétré dans le navire et Massa constataient dans un courrier que « tous les vivres embarqués ne valent plus rien ». Tommaso Carbone gouverneur génois de la Corse crie au miracle pour de si faibles pertes et rapporte de son côté « Dans un si long voyage, avec tant de gens, il avait seulement disparu un petit garçon ». (A.S.G., Corsica, Litterarum, n.g. 517, lettre du 15 décembre 1578.). Parti de Vintimille, passé le 31 octobre 1578 à Gênes le bateau arriva le 27 novembre 1578 à Porto Vecchio, le voyage avait duré un mois au lieu de quelques jours. Faute de permission d’appareiller le bateau affronta les tempêtes d’hiver de la Méditerranée.

Porto Vecchio

Golfe de santa Giulia, plage de Palumbagia et golfe de Portjhi Vecchiu; au pied de la montagne, la vallée de Muratellu

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Golf de Portjhi Vecchiu vu de la montagne

Je viens personnellement de Muratello depuis des générations.

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Muratello

Les souffrances des marranes ont engendré des délires fous. C’est l’époque des faux messies Salomon Molko et David Reubeni dans les villes d’Italie. Colomb part en cette années 1492 découvrir la nouvelle Espagne. Les marrnes guettent le signe de leur délivrance, Leur imagination transfigure leurs souffrances insupportables en Hevlé Mashiah, les douleurs d’enfantement du messie. On lit beaucoup les prophéties d’Isaïe qui annoncent la venue du Messie dans la Jérusalem (Is 60): « Qui sont ceux-ci, qui volent comme une nuée, comme des colombes vers leurs colombiers ? Ce sont les îles qui attendent mon signal, et d’abord les vaisseaux de Tarchich, pour ramener de loin tes fils! Ils ont avec eux leur argent et leur or, en l’honneur de l’Eternel, ton Dieu, et du Saint d’Israël qui te glorifie. Et les fils de l’étranger bâtiront tes murailles, et leurs rois te serviront; car si je t’ai frappé dans ma colère, dans ma bonté je prends pitié de toi…. Et ils viendront à toi, tête, basse, les fils de tes persécuteurs, et tous tes insulteurs se prosterneront jusqu’à la plante de tes pieds; ils t’appelleront Cité de l’Eternel, la Sion du Saint d’Israël… Ton soleil n’aura jamais de coucher, ta lune jamais d’éclipse; car l’Eternel sera pour toi une lumière inextinguible, et c’en sera fini de tes jours de deuil.Ton soleil n’aura jamais de coucher, ta lune jamais d’éclipse; car l’Eternel sera pour toi une lumière inextinguible, et c’en sera fini de tes jours de deuil. ». La Nouvelle Espagne, le Nouveau Monde de Colomb ou la Nouvelle Vintimille procèdent de ce réveil de la prophétie marrane. La Nouvelle Vintimille, une ruine à reconstruire sur une Ile au pied d’une montagne avait très probablement des accents de Nouvelle Jérusalem pour ces marranes, un rêve de rédemption venu des îles lointaines.  L’homme de la Renaissance, comme Colomb vit à la fois à l’heure de la Bible médiévale et de la boussole moderne.

Mais la surprise fut rude. Les nouveaux occupants de Porto-Vecchio trouvent une place forte ruinée et doivent tout reconstruire en vivant dans des abris de fortune. Les enfants meurent de faim. Le gouverneur de Bonifacio ne lève pas le petit doigt pour aider cette foule de miséreux. Après l’hiver arriva le paludisme venu des marais des baies et du golfe de Porto Vecchio qui décima les plus faibles.

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Les marais de Saint Cyprien et la montagne : l’uomu di cagna

La fondation qui n’était pas la première tentative de Gênes fut un fiasco et les marranes sans le sou, qui s’appelaient Giacomo au départ et Giacobo six mois plus tard se fondirent dans la population autochtone. Le 21 avril 1579 Giovanni Maruffo nouveau gouverneur de l’île interdit toute immigration à partir de la riviera italienne car la peste s’est déclarée en Lombardie et pouvait se répandre dans l’île.(A.S.G., Corsica, Litterarum, n.g. 518).

Certains noms de famille de la liste des descendants de l’expédition figurent dans les annuaires de l’île : Abbo, Bono, Crespi, Guglielmi, Lamberti, Lorenzi, Orengo, Sasso… L’histoire des juifs de corse est une (longue) histoire.Celle des Giacobbi (Jacob), Zucharelli (Zacharie), Simeoni (Siméon)… dont les noms peuplent la mémoire.

Liste de Jacob

La « Liste de Jacob » (voir mon dernier livre)
Elenco dei capifamiglia che si apprestano a partire per la Corsica (19-24 agosto 1578). (A.S.G., Corsica, n.g. 7; cfr. Tabella 1, prima colonna).

A Amsterdam, à Venise, les marranes ces foules de baptisés juifs qui en quelques générations ne savaient plus rien du judaïsme furent ramenés sous les ailes de la Shekhina par des rabbins comme Mennassé Ben Israël. Isaac Cardoso, l’ami de Lope de Vega, juif en secret qui fuit la cour d’Espagne pour s’installer dans le Ghetto de Venise où il redevient juif du jour au lendemain décrit leur détresse dans un traité moral vénitien de 1560 :

« Chacun interroge son voisin, chacune interroge sa voisine, mais ces préceptes sont enseignés par des hommes et de femmes qui n’en savent pas beaucoup plus qu’eux. […] Il faudrait qu’ils pressent de questions chaque savant de cette ville, car tel est le devoir de tout Juif. Quiconque peut enseigner, encourager, et ne le fait pas, quiconque voit, entend et reste chez lui, mérite le plus sévère des châtiments » (Yosef Haïm Yerushalmi, De la Cour d’Espagne au ghetto italien- Issac Cardoso et le marranisme au XVIIè siècle, Fayard, 1987, pg. 184).

Les marranes famélique convertis à Gênes à l’arrivée du bateau contre un tranche de pain pour leur enfant et repartis vers la Ccorse n’eurent pas la chance d’y trouver des rabbins. Ils se fondirent dans la population de l’Ile. Pour nous juifs, ces conversions ne valent rien. Un juif reste juif pour l’éternité. Et D-ieu,Lui, n’oublie pas. Que D.ieu bénisse mon île.

NB : Dans mon livre Des Noces éternelles, un moine à la synagogue, je raconte l’histoire des juifs de Corse.

Des Juifs palestiniens et marocains en Corse (1915-1920)

C’est une histoire émouvante que celle des réfugiés juifs Palestiniens et Marocain en Corse au début du siècle dernier. Une amie à Jérusalem, Myriam, qu’elle en soit remerciée, m’a signalé cet article de Florence Berceot « Une escale dans la tempête. Des Juifs palestiniens en Corse (1915-1920) ».

 

A chia a pane e vinu, po invita su vicinu,  
« Celui qui a du pain et du vin peut inviter son voisin. »
(proverbe corse)

Enfants réfugiés juifs à Ajaccio en 1916
Enfants réfugiés juifs à Ajaccio en 1916 (Collection Alliance israélite universelle. Paris)

 

Le 14 décembre 1915, 744 réfugiés « israélites » débarquent d’un bateau de transport militaire français dans le port d’Ajaccio au sud-ouest de la Corse. Ils arrivent de Syrie et de Palestine, provinces de l’Empire ottoman, naguère puissant, désormais à l’agonie.

À l’été 1915, c’est le tour de quelque 700 Juifs originaires d’Algérie et du Maroc qui ont choisi l’exode plutôt que de céder à l’ultimatum des autorités turques de renoncer à leur nationalité et à leur statut de protégé français ou anglais. Après une escale en Crète, les Juifs français ou protégés par la France sont envoyés en Corse. Ils vont y résider pendant cinq ans.

Lire l’article

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La rue du Castagno vue de chez nous qui descend vers la mer
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Rue du Castagno
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Bet Méïr
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La synagogue Bet Meir
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Le Rav Harboun à la Beth Méïr, rue du Castagno (Pessah 2014)
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La rue Napoléon des commerces juifs: tailleurs, chaussures…
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Une tradition corse et du maroc, els clefs qui protègent du « mauvais oeil » (Ocjhu)

Le shofar à l’heure du retour (teshouva)

Le shofar  sonné par le rabbin Harboun ce matin pour Hoshana Rabba (film de Gaston Madar)

La première fois que j’ai entendu la sonnerie (teru’a) du Shofar au soir de Kippour j’ai eu l’impression les yeux fermés de me retrouver sur les hauts plateaux de l’Alta Rocca dans mon pays : la Corse.

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Alta Rocca vue au dessus de chez nous, au loin la mer et la cote est de la Corse (golfe de Propriano)

En effet, le soir alors que le soleil se couche, le berger crie en écho vers la vallée ou sonne de la corne, alors les bêtes qui connaissent sa voix et vivent en stabulation libre dans la forêt et le maquis pendant la journée reviennent vers l’eau et le fourrage du berger.

C’est une ambiance très spéciale un moment très impressionnant, cette « heure bleue » entre le jour et la nuit au lever du soleil et à son coucher, le ciel se remplit d’un bleu pâle plus foncé que celui du ciel le jour. Les scientifiques parlent d’effet de diffusion Raylight et le langage populaire parle de « l’heure bleue » ou « entre chien et loup ». Un grand silence dans la nature et que les oiseaux se taisent, les fleurs et la nature exhalent alors tous leurs parfums. Et la corne ou la voix du berger appellent au retour.

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Cet imaginaire agraire et pastoral remplit les psaumes. Combien de fois dans la prière des psaumes D. est-il invoqué comme le Berger d’Israël… « Berger d’Israël, écoute ! toi qui mènes Joseph comme un troupeau! Révèle-toi dans ta splendeur, toi qui trônes sur les Chérubins! » (Ps 80, 1). Le psalmiste s’écrit dans le psaume 23 : « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien, sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer, il me conduit au bord d’eaux paisibles ». D. est le « Shomer Israël », son gardien qui guide les pèlerins en route vers Jérusalem « au départ et au retour, pour l’éternité » dans les psaumes des montées » (Ps 121, 8) (Shir hamahalot), donc au moment des grandes fêtes de pèlerinage (Pessah, Shavouot, Soukoth).

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Alta Rocca au dessus de chez nous, au loin  le village de Lévie, devant des immortelles.

C’est justement au coucher du soleil à Kippour et que le même shoffar a sonné ce matin à l’aube pour Hoshana Rabba, septième jour de soukoth, celui où notre destin est définitivement scellé, le « petit Kipppour ». Le shofar signe l’heure de la teshouva du retour, il remplit tout l’être et convoque le jugement des actions en ce monde.Il sonne à Rosh Hashana puis à Kippour, à Hoshana Rabba enfin scellant le livre.

“Juda bar Nahmani a commencé en ces termes, au nom de Resh Laqish: Psaume 47;6 dit: Elohim monte en fanfare (teru’a), YHWH au son du cor (shofar). Lorsque le Saint béni soit-il monte pour prendre place sur le trône du jugement c’est pour rendre un verdict, ainsi qu’il est dit: Dieu monte en fanfare…Mais lorsque les Israélites se saisissent de leur shofar le Saint béni soit-il change de trône: il quitte celui du jugement pour occuper celui de la miséricorde, ainsi qu’il est dit: Dieu (monte) au son du cor. Son cœur est empli de miséricorde et il leur pardonne. Quand cela a-t-il lieu? Le premier jour du 7ème mois.” (Midrash : Lévitique rabba § 29, Genèse rabba § 56 et Rosh ha-Shana 16a)

“Bien que la sonnerie du shofar soit un précepte biblique concernant le nouvel an et le jour des propitiations on y trouve aussi l’allusion suivante: O vous qui dormez, sortez enfin de votre léthargie et vous qui somnolez émergez donc de votre torpeur. Examinez votre conduite et faites amende honorable. Que chacun rejette ses mauvaises pensées et ses actions iniques.” (Mishné Tora, Maïmonide (1138-1204)

Le son du shoffar est celui du retour, de la teshouva, de la repentance l’appel du Berger d’Israël. Heureux ceux qui l’entendent !

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Derrière moi le village  de Lévie

 

 

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un kern (muccio en langue corse)en alta Rocca  , on posait autrefois une pierre pour se souvenir d’un défunt mort de mort violente.

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Pierres sur les tombes dans la plaine (herbage d’hiver des populations de la montagne)
en réponse à un commentaire du post.

 

Les antisémites de l’été

Ces quelques lignes me sont parvenues de Jérusalem :

« Mon cher Didier,

Tu connais mieux que moi l’histoire juive, ça avance !  Les temps messianiques finiront par poindre un jour. Entre temps nous les petits fidèles parmi les petits nous croyons qu’une Providence dirige l’histoire et notre croyance nous oblige à être optimistes. Je te salue, je suis écrasé par la chaleur il fait 39 dans la journée mais ceci aussi fait partie des épreuves que nous subissons dans ce bas monde ! 

Haïm le Mellahite »

On me permettra donc ce billet à la frontière de la théologie et  de la  science-fiction historique en ce 31 juillet 2014.

 

Juillet-août, les esprits s’échauffent….

Nous sommes donc le 31 juillet. Et alors me direz-vous ? Alors ? Mais voyons, alors ? Alors c’est le 31 juillet 1492 « c’est l’or Monsignor », comme dit de Funès dans l’inoxydable Folie des grandeurs. C’est le 31 juillet 1492 que les juifs ont été chassés d’Espagne engendrant le monde séfarade (sefardim, « ceux d’Espagne »). C’est aussi, tout le monde (beaucoup plus) appris à l’école, à cette époque que Christophe Colomb quitta l’Espagne quelques jours plus tard, le 03 août 1492… pour découvrir le Nouveau Monde et en ramener l’or et les épices. Et probablement aussi une bonne insolation (il se croyait à la fin de sa vie le Prophète des temps nouveaux dont la circumnavigation allait déclencher l’Apocalypse).

Ce 31 juillet 1492 était un jour de Tisha be Av’, un jour très particulier pour le peuple juif, une Solennité, le neuvième jour du mois de av’ 5252 selon le calendrier hébraïque. Ce mémorial est un jour de pleurs et de jeune en souvenir de la destruction du Temple de Jérusalem en l’an 70 de notre ère. Mais aussi, disent les Sages d’Israël, de commémoration de la destruction du premier Temple en -586 avant l’Exil à Babylone, de la destruction de la forteresse de Bétar lors de la seconde guerre judéo-romaine en 135, et de l’arasement de Jérusalem transformée en Aelia Capitolina avec interdiction pour les juifs d’y entrer l’année suivante. Bref, ce jour (qui tombera le 05 aout cette année) est celui des tuiles.

 

L’expulsion du 31 juillet 1492

L’expulsion d’Espagne par les rois catholiques via le décret de l’Alhambra se fit sur le conseil de l’Inquisition de l’église espagnole. En effet, le riant cardinal Torquemada, Grand Inquisiteur de 1483 à sa mort en 1498, magnifiquement croqué par Dostoïevski dans Les frères Karamazov (voir ici) confesse, c’est-à-dire conseille !  Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon.

Torquemada

La date retenue est donc prise en conscience. Comme si les multiples poussées de fièvre antisémite avaient besoin d’anniversaires pour se rassurer sur leur légitimité.

L’édit d’expulsion de l’Alhambra publié le 31 mars 1492 expire pour le 31 juillet 1492, pour Tisha beAv. Il précise : «… Nous avons décidé d’ordonner à tous les juifs, hommes et femmes, de quitter nos royaumes et de ne jamais y retourner… à la date du 31 juillet 1492 et ne plus rentrer sous peine de mort et de confiscation de leurs biens… »

édit

Jusqu’au dernier moment Abravanel tentera de convaincre les souverains de leur erreur théologique… et économique. Si Isabelle et Ferdinand chassent les juifs c’est pour effacer leurs créances et  surtout fédérer une identité espagnole catholique, pour toujours. Le plan grandiose se déroula comme sur des roulettes. La grande Espagne enfin catholique, suite à cette purification ethnique,  débarrassée de ses minorités : juifs et musulmans (en janvier les « infidèles » perdent Grenade et quittent la péninsule ibérique)  commencera une irrésistible ascension. Colomb leur apporta la Nouvelle Espagne, l’Amérique,  sur un plateau d’argent. En 1520, Charles Quint à vingt ans se retrouva maître de la plus grande partie de l’Europe et de vastes domaines en Amérique et en Afrique.  Jusqu’à ce que, comme par un de ces pieds de nez dont l’histoire a le secret,  l’affaire tourna court…

 

Caramba, encore raté !

Car à sa mort en 1558, Charles Quint a échoué dans son grand programme : réprimer la Réforme, vaincre les Barbaresques, entamer le royaume de France… il  laisse l’Espagne en ruine pour toujours qui disparait de la scène de l’histoire. Les juifs, eux, ont quitté l’Europe, ils sont partis vers des terres meilleures comme la Turquie où « le Grand Turc » comme on dit dans les livres d’Inquisition les accueille à bras ouvert, vers l’Afrique du Nord, la Hollande ou Huguenot se plait comme poisson dans l’eau…

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Le 22 novembre 2012, le ministre de la Justice espagnol a présenté un statut particulier et un nouveau processus, supervisé par la Fédération espagnole des communautés juives, qui permettra aux candidats désirant être naturalisés de postuler plus facilement.

Il suffira de prouver les origines ibères : nom,  langue,  document généalogique, ou… liens avec la culture espagnole. 3,5 millions de descendants seraient concernés.

Une première liste de 5200 noms a été publiée : voir ici

L’Espagne tente aujourd’hui de faire revenir les juifs et de redonner la nationalité espagnole aux marranes par décret du gouvernement espagnol… il n’est pas sûr que cela suffise à la faire revenir sur le devant de la scène de l’histoire.

 

Ladareddu, le bouc émissaire du 31 juillet… en Corse

Cette longue histoire de la souffrance juive ne donne aucun blanc-sein à la politique israélienne qui , sans être Neitourei Karta, n’a rien de « messianique »… en ce 31 juillet…pas plus qu’en 70;  mais, après tout, posez-vous la question,  pourquoi les juifs n’auraient-ils pas, comme tous les autres peuples, droit à leur sécurité ?

En réalité la souffrance juive s’accumule dans la mémoire de l’Europe moderne : Inquisition, Holocauste… mais par un curieux effet de l’esprit, l’être humain a une redoutable capacité à oublier les souffrances juives. J’en ai fait l’expérience très personnelle.

Le nom de ma mère est Valli et je viens de la région de Porto-Vecchio (Portivecchju) en Corse du sud. Le savez-vous ?  dans la nuit du 31 juillet au 1er aout à Porto-Vecchio, chez moi, on assiste à un rite curieux, ça s’appelle en langue Corse Ladareddu (« petit juillet ») : on prend un pantin de paille et d’écorce de chêne liège, on le juge sommairement, après on le promène dans les rues de la ville en le couvrant de sarcasmes. Puis on le brûle sur un bucher, sur la place de l’église en chantant : «  O Luddareddu chi ti ni vai ! « petit juillet, hélas ! tu t’en vas ! » Comme en une étrange nostalgie.

 

On brûle donc le bouc émissaire, l’abominable « homme des lièges » qui représente le mois de juillet. Un bouc émissaire, des jugements sommaires et peu informés, l’abjection publique… ça ne vous rappelle rien ?  Plus personne en Corse  ne sait pourquoi on fait cela et les corses seraient les premiers étonnés de savoir que cette coutume remonte à l’Inquisition et qu’ils cicatrisent ainsi leur sort de juifs marranes. (Note : voir ici ) Tout le monde a oublié. Et j’ai même décidé de me rappeler ce qui est arrivé… c’est comme cela que je suis redevenu juif. Les gens oublient vite… Pas D.ieu. Car L’Eternel se souvient de nous (Psaume 115, 12)

 Voir ici la vidéo

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Les juifs à la mer, et ensuite les morisques… comme en 1492 ?

Cinq siècles après 1492, la haine et la détestation d’Israël et des Juifs  sont revenues dans les rues d’Europe, elles atteignent  même des niveaux jamais vus depuis l’Holocauste. L’ami américain, le seul ami de l’Etat hébreu est dirigé par une équipe qui ne semble rien comprendre aux problèmes des orientaux. Les attaques de synagogues, de commerce et de personnes, pour la seule raison qu’ils soient juifs, les « mort aux juifs » aujourd’hui en France, en Allemagne… en disent long de l’état de la démocratie en Europe. C’est seulement un fait, l’Europe des banlieues de la République se réveille antisémite. Les juifs–même si il faut bien reconnaître une remarquable réaction de l’Etat Français, qui fuient vers Israël où ils peuvent enfin porter leur kippa dans la rue vont-ils quitter l’Europe ?

Les juifs sont le canari de la mine. Quand ils disparaissent c’est que le coup de grisou est proche. Et il est probable qu’une fois l’Europe débarrassé de ses juifs, les arabes prendront les bateaux suivants comme en Espagne en 1492.  Ils devraient y réfléchir. Avant que ça pète ?

Est-ce ce que les européens et les français veulent cela ?

On peut aussi avoir une lecture plus théologique de ces poussées de fièvre antisémites estivales en période de jeûne (Ramadan, Tisha beAv).

 

Les douleurs d’enfantement du messie ou le délire des hommes ?

Car aujourd’hui comme il y a cinq siècles, les antisémites (on dit aujourd’hui « antisioniste ») de juillet devraient, avoir quelques raisons de craindre pour l’avenir.

Car paradoxalement, et comme le montre sa source biblique dans le Livre de Zacharie le 9 av est un jour qui annonce la joie : « le jeûne du quatrième mois, le jeûne du cinquième, le jeûne du septième et le jeûne du dixième se changeront pour la maison de Juda en jours d’allégresse et de joie. » (Livre de Zacharie 8, 19). Et le Talmud ajoute : « Qui pleure la destruction de Jérusalem mérite de se réjouir de sa reconstruction  » (T.B. Taanit 30b). La tradition juive raconte que Le Messie doit naître un 9 av.

 

Le prophète Elie annonce l’arrivée du Messie, Haggadah de Venise, 1609
Le prophète Elie annonce l’arrivée du Messie, Haggadah de Venise, 1609

 

Comme si la destruction du temple et la haine pour Israël annonçaient sa reconstruction prochaine et la souffrance du peuple les douleurs d’enfantement du messie, le shalom messianique.

L’antisémitisme ne disparaîtra donc jamais, il est une affection pathologique très profonde du narcissisme blessé (voir ici) dont ne sortira probablement jamais l’humanité jusqu’à  sa fin, il est consubstantiel à l’humanité.

Donc, que se rassurent les antisémites et antisionistes de tout poil : Israël ne mourra pas, sa civilisation a résisté aux Perses, aux Babyloniens, aux Grecs, à Rome, à la nouvelle Rome chrétienne, à l’Empire austro-hongrois transformé en IIIème Reich… Aujourd’hui le califat des banlieues de la globalisation ? … Mais elles sont où toutes ces  tous ces chères Civilisations disparues qui devaient dominer l’humanité après avoir rayé Israël de la carte ? … des langues mortes. Le peuple d’Israël résistera donc à ce nouvel antisémitisme aujourd’hui rouge et brun mêlé,… peut-être pas la République ni sa place.

Et finalement on peut sans doute, comme mon rabbin, qui écoute la radio juive mais aussi arabe à Jérusalem en ce 31 juillet, sourire de toute cette folie. J’avoue que moi, je n’ai pas ce recul… que ne suis-je né comme lui un jour de Tisha beAv dans un Mellah nord-africain ?