Parasha VAYETSE : Ma’aseh avot siman levanim, « Les actes des pères sont un signe pour les enfants »

Mes souvenirs de la derasha du Rav Harboun hier :

Ma’aseh avot siman levanim

מַעֲשֵׂה אֲבוֹת סִימָן לַבָּנִים

Ma’aseh avot siman levanim, « Les actes des pères sont un signe pour les enfants ».

Ce expression rabbinique  à un premier sens, elle dit que ce que les ancêtres ont fait devrait être une exemple pour nous , leurs enfants. Abraham est généreux avec ses mystérieux invités, nous devons faire de même; Isaac fidèle à l’entreprise de son père au bénéfice de tous juifs et non-juifs, recreuse les puits de son père et boit  à la même source matérielle et spirituelle, nous devons faire de même, Isaac part en exil chez des païens (Laban) plutôt que de rester chez des pervers en Canaan, nous devons faire de même… etc… en bref , les ancêtres et leurs familles servent de modèles éthiques et moraux que nous devons imiter.

Un deuxième sens , plus profond , développé par Nahmanide  (Ramban sur Bereshit 12, 6) affirme que ce concept doit être compris de manière historique« Kol mah shé’ira laavot siman labanim  (Maassé avot siman lebanim) – « Tout ce qui est arrivé aux pères (les patriarches) est un signe pour les fils »: Ce qui est arrivé aux patriarches  nous arrive à nous ses enfants. Et Nahmanide citant le Bereshit Rabba commentant le descente d’Avraham et  Sarah à Egypte (Ramban / Bereshit Rabbah sur Genèse 12, 10-20) dit qu’il existe de nombreux parallèles entre leur aventure et l’exil des juifs en Egypte bien des siècles plus tard… . la famine qui entraîne Abraham et sa famille en Égypte et un événement semblable à celle qui entraîne Yaacov et sa famille là-bas. Avraham craint que les Egyptiens veulent le tuer et laisser Sarah vivante sera réalisé comme en échos dans l’histoire lorsque Pharaon décrète que les bébés de sexe masculin doivent être noyés dans le Nil et les filles autorisés à vivre…

Sens allégorique et réalisation historique du Ma’aseh avot siman levanim donc. Nous vivons collectivement ce que les patriarches ont vécu de manière individuelle. Et c’est ce dont je voudrais vous parler aujourd’hui : Jacob qui va bientôt devenir Israël, c’est nous, notre histoire, celle d’Israël. Et c’est pour cela que chaque fois que la Torah parle de Jacob elle parle de chacun de nous.

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Le songe de Jacob par Marc Chagall : le tableau, en forme de diptyque, présente deux scènes seulement reliées entre elles par l’arrondi de la colline où s’est endormi Jacob.  A gauche, dans une nuit au ton violet, il voit en songe des anges monter et descendre une échelle. Les anges semblent danser comme des acrobates autour de l’échelle, évoquant le cirque que Chagall aime tant et soulignant la profonde parenté de ses sujets profanes et de ses sujets sacrés. A droite, l’ange transparent souligné de blanc, couleur divine, porte un chandelier allumé qui éclaire la nuit bleue et rend manifeste l’éblouissement plein d’espoir du message divin.

 

Le songe de Jacob

Jacob sortit de Beer Shava et se dirigea vers Haran. Il arriva dans un endroit où il établit son gîte, parce que le soleil était couché. II prit une des pierres de l’endroit, en fit son chevet et passa la nuit dans ce lieu. Il eut un songe que voici: Une échelle était dressée sur la terre, son sommet atteignait le ciel et des messagers divins montaient et descendaient le long de cette échelle.  Puis, l’Éternel apparaissait au sommet et disait: « Je suis l’Éternel, le Dieu d’Abraham ton père et d’Isaac; cette terre sur laquelle tu reposes, je te la donne à toi et à ta postérité. Elle sera, ta postérité, comme la poussière de la terre; et tu déborderas au couchant et au levant, au nord et au midi; et toutes les familles de la terre seront heureuses par toi et par ta postérité.  Oui, je suis avec toi; je veillerai sur chacun de tes pas et je te ramènerai dans cette contrée, car je ne veux point t’abandonner avant d’avoir accompli ce que je t’ai promis. »
Jacob, s’étant réveillé, s’écria: « Assurément, l’Éternel est présent en ce lieu et moi je l’ignorais. »

Jacob est le prototype du juif en fuite et insécurisé comme nous l’avons été pendant des siècles, ce qui forme une partie de notre héritage psychique. Jacob c’est nous. Dans cette Paracha Jacob est en fuite car son frère Esaü veut le tuer. Au cours de son voyage vers Harran, à la frontière de la Syrie et de l’Irak, Jacob s’arrête et passe la nuit à Béthel (Jacob s’écrie בֵּית אֱלֹהִים, beit el– la maison de Dieu).  Pour cela il prend une pierre (eben) comme chevet, (n.b. toujours avec un vocabulaire de la maison, de la construction, des pierres…)[1]. Et Rachi commente à propos de ces pierres :Il « Les mit sous sa tête : Il en a formé comme une murette de l’apparence d’une gouttière autour de sa tête, car il avait peur des bêtes féroces. Les pierres ont commencé de se disputer, l’une exigeant : « C’est sur moi que ce juste posera sa tête ! », et l’autre protestant : « Non ! c’est sur moi qu’il la posera ! » (Beréchith raba 68, 11). Aussitôt, le Saint béni soit-Il les a fondues en une seule pierre (‘Houlin 91b), ainsi qu’il est écrit : « il prit “la pierre” [au singulier] qu’il avait mise sous sa tête » (verset 18). » Jacob c’est donc le type complètement insécurisé, déstabilisé, instable au sens propre. Esaü c’est le symbole du monde cruel et sans humanité des Nations. Et comme Jacob est angoissé déstabilisé, instable il se met à rêver. Nous rêvons la nuit quand nous sommes déstabilisés.

L’échelle où l’on monte et descend c’est la parabole de notre propre vie, de l’histoire du peuple d’Israël. Un jour en haut un jour en bas, un jour riche, un jour pauvre, un jour sur sa terre, un jour exilé…

Obadia Sforno (exégète et médecin du 15è – 16è siècle) interprète ce « montaient et descendaient »  en disant :

« Car en vérité, en fin de compte, les nations après avoir atteint des sommets, en descendront, et D.ieu Béni soit-Il qui existera toujours, n’abandonnera pas son peuple (le peuple juif) selon la parole du prophète Jérémie, (Jr 30, 11) en disant : « Dussé-je détruire de fond en comble tous les peuples parmi lesquels je t’aurai dispersé, que toi, je ne te détruirai pas ».

Jacob c’est tout Israël qui est dispersé exilé de sa terre, poursuivi sans cesse, insécurisé, comme Jacob qui fuit au bout de la Syrie, nous nos parents, nos descendants, de génération en génération. Les empires perses, babyloniens, assyriens, grec, romain… sont des illusions ils « montent et descendent », bâtis sur la puissance et la force ils s’épanouissent à leur apogée avant de s’écrouler.

Et à la fin du songe Jacob n’est plus cet instable dont les pensés montent et descendent dans le cil des idées. Il se réveille avec une seule pierre bien solide sous la tête sur un sol bien solide et une promesse de D.ieu. « Je suis l’Éternel, le D.ieu d’Abraham ton père et d’Isaac; cette terre sur laquelle tu reposes, je te la donne à toi et à ta postérité. Elle sera, ta postérité, comme la poussière de la terre; et tu déborderas au couchant et au levant, au nord et au midi » et cette promesse de bonheur à un homme hier insécurisé ne le concerne pas seulement lui mais elle vise selon un dessein mystérieux « toutes les familles de la terre seront heureuses par toi et par ta postérité. » Et selon une belle iamge psychologique, l’Éternel, « le D.ieu d’Abraham ton père et d’Isaac » ne se révèle pas comme un parent abandonneur  mais comme celui qui dit : « je ne veux point t’abandonner ». L’insécurisé, l’orphelin, la victime de sa fratrie comme le sera Joseph en Egypte est choisi pour écrire l’histoire et s’y engager non pas en rêve mais en réalité, Celui qui accompagne l’histoire et donne une terre bien concrète à Jacob et à sa postérité. L’Eternel se révèle comme celui qui donne un pôle magnétique au nomade déboussolé. « Oui, je suis avec toi; je veillerai sur chacun de tes pas et je te ramènerai dans cette contrée »… et une terre. Et Rachi, toujours dans le détail concret commente avec le talmud : « Sur laquelle tu es couché » Le Saint béni soit-Il a rassemblé sous lui le sol de tout Erets Israël, lui suggérant ainsi que ses enfants le conquerraient avec autant de facilité qu’une parcelle de quatre coudées, dimension qui représente la place occupée par un homme couché (‘Houlin 91b ). »

Ma’aseh avot siman levanim, « Les actes des pères sont un signe pour les enfants ». Et Jacob « saisi de crainte », ajoute : « Que ce lieu-maqom est redoutable! (a maqom azé- maqom comme pour le « Lieu »-maqom du Temple de Jérusalem « porte du Ciel » ou Baroukh atta adonaï miméqomo, béni soit D. dans son Lieu, c’est à dire « où qu’il se trouve ») ceci n’est autre que la maison du Seigneur et c’est ici la porte du ciel. » Bref Jacob passe de son angoisse naturelle face à la violence à la crainte de D.ieu qui n’est pas la peur mais une confiance spirituelle profonde contre qui les ennemis de Jacob-Israël ne peuvent absolument rien. 

Cette sécurité retrouvée de Jacob doit être la notre. Elle s’appuie non pas sur les vains espoirs de réussites en ce monde mais elle ancre la confiance dans  le Rocher d’Israël,vrai maître de nos histoires personnelles et collectives.

Toute la prière d’Israël des tehilim est cette invitation de passer de l’angoisse de vivre à la crainte de Dieu qui libère de l’angoisse, ne s’appuyant sur le D.ieu de Jacob. Le psaume 46 répète deux fois : יְהוָה צְבָאוֹת עִמָּנוּ;    מִשְׂגָּב-לָנוּ אֱלֹהֵי יַעֲקֹב , L’Eternel-Cebaot est avec nous, le Dieu de Jacob est une citadelle pour nous. Et les Prophètes nous exhortent de même :

Non, toi, tu n’as rien à craindre, mon serviteur Jacob, dit l’Eternel, car je serai avec toi. Dussé-je détruire de fond en comble tous les peuples, parmi lesquels je t’aurai relégué, que toi, je ne te détruirais pas. Je te frapperai avec mesure, mais n’aurai garde de consommer ta ruine . (Jr 46, 28)

eux qui ont vécu dans des siècles d’invasion de déportation et de grandes angoisses , alors qu’Israël était un  » vermisseau de Jacob, Faible reste d’Israël « (Is 41, 14) où du moins c’est ainsi qu’il se percevait dans son angoisse fondamentale.

La responsabilité juive

Et la Paracha poursuit :

Jacob se remit en chemin et alla vers la terre des enfants de l’Orient. II vit un puits dans les champs et là, trois troupeaux de menu bétail étaient couchés à l’entour, car ce puits servait à abreuver les troupeaux. Or la pierre, sur la margelle du puits, était grosse. Quand tous les troupeaux y étaient réunis, on faisait glisser la pierre de dessus la margelle du puits et l’on abreuvait le bétail, puis on replaçait la pierre sur la margelle du puits. Jacob leur dit: « Mes frères, d’où êtes vous? » Ils répondirent: « Nous sommes de Haran. » II leur dit: « Connaissez-vous Laban, fils de Nahor? » Ils répondirent: « Nous le connaissons. »Il leur dit: « Est-il en paix? » Et ils répondirent: « En paix; et voici Rachel, sa fille, qui vient avec son troupeau. ». « Mais, » reprit-il, « le jour est encore long, il n’est pas l’heure de faire rentrer le bétail: abreuvez les brebis et les menez paître. »  Ils dirent: « Nous ne saurions, jusqu’à ce que tous les troupeaux soient rassemblés: on déplacera alors la pierre qui couvre l’orifice du puits et nous ferons boire les brebis. »  

Le juif c’est celui qui construit comme Jacob, des puits pour les autres, le juif c’est celui qui enlève la pierre alors que tout le monde dit « on attend », Et il répond : « mais il n’y a qu’à lever la pierre ». Le juif c’est le type ou la femme qui utilise son intelligence face à un problème. Et face de Laban  l’entourloupeur, le menteur qui contre sa propre parole remplace la nuit Rachel par Léa en prétextant ensuite une loi rétroactive contre ses engagements : « Ce n’est pas l’usage, dans notre pays, de marier la cadette avant l’aînée. ». Le juif c’est celui qui ne se tait pas : Velama rimitani ? Pourquoi m’as-tu trompé? »

Le juif c’est celui qui utilise son intelligence pour survivre et pour donner à boire à tout le monde,et  cela fait trois millénaires que nous l’utilisons ! Par son intelligence, Jacob va répondre à la situation chez Laban. Il réfléchi et trouve un stratagème. Il dit à Laban dont l’entourloupe est une seconde nature : « à partir de maintenant les moutons à taches et à rayures seront à moi et ceux sans taches à toi » l’autre lui répond : « D’accord » bien persuadé que Jacob n’aura pas une seul bête puisqu’il n’a jamais vu de sa vie une bête tachetée ou à rayures… Mais Jacob place au fond de l’abreuvoir des bandes et des points… et les agneaux et les brebis font des agneaux avec des points et des tâches…il vient d’inventer la génétique! Aujourd’hui les psychologues ont découvert qu’une mère qui mange certains aliments, qui vit dans une ambiance, la transmet à son enfant dés le ventre. C’est ce que fait Jacob. Le juif c’est celui qui n’accepte pas le robinet d’eau tiède de la médiocrité.

Le juif ce’st celui qui donne toute sa place à sa femme, ne pas prendre de décision sans l’avoir consulté comme Jacob consulte Léa et Rachel « Voilà ce que votre père m’a fait  qu’en pensez vous ?». Si nous ne magnifions pas nos femme que nous ne leur donnons pas toute leur place elles perdent 90% de leur énergie constructive, nous les stérilisons.

Elle dit alors: « Voici ma servante Bilha, approche toi d’elle; elle enfantera dans mes bras, et, par elle, moi aussi je serai mère. » Elle lui donna Bilha, son esclave, comme épouse et Jacob s’approcha d’elle. Bilha conçut et enfanta un fils à Jacob. Rachel dit alors: « Le Seigneur m’a jugée et il a écouté ma voix aussi en me donnant un fils.

Rachi souligne que le targoum traduit veibané gam-anori (« et j’enfanterai moi-aussi ») par : « Et je bâtirai moi aussi Pourquoi « aussi » (gam) ? Voici ce qu’elle lui a dit : « Ton grand-père Avraham a eu des enfants de Hagar, et il a ceint ses reins [c’est-à-dire a imploré Dieu] pour Sara ». Ya’aqov lui a répondu : « Ma grand-mère avait fait entrer sa rivale dans sa maison ! ». Elle lui a répliqué : « Si c’est là le seul obstacle, voici ma servante… “et je bâtirai moi « aussi » par elle”, Et je bâtirai moi aussi par elle « comme Sara » (Beréchith raba 71, 7). Le juif c’est celui qui aide sa femme à construire.

Parler à sa femme, à ses enfants, prendre du temps avec eux c’est cela les construire au lieu de toujours penser à soi. « Eduquer » à la même racine que « construire »en hébreu. Et ben (le fils ) et eben (la pierre) sont des homonymes.

Le juif ne se satisfait pas d’une situation, il dit « on peut changer cela par notre intelligence » ;  Jacob va voir Léa et Rachel, « on peut changer cette situation ». Il ne dit pas mektoub, c’est écrit. Le Pirkei Avot dit :

 Et les Tables de la Loi étaient l’ouvrage de D.ieu et l’écriture était l’écriture de D.ieu, gravée [‘harout] sur les Tables. Ne lis pas ‘harout [« gravé »], mais ‘hérout [« liberté »], car il n’est d’homme libre que celui qui se consacre à l’étude de la Torah. Et celui qui se consacre à l’étude de la Torah en acquiert une élévation, car il est dit : De Matanah [« la Torah donnée en cadeau »] à Na’haliel [« l’héritage de D.ieu »] et de Na’haliel à Bamot [« les sommets »]. »(Pirkei Avoth 6, 2)

Rien n’est écrit tout dépend de notre liberté. Si tu es malade, si tu es bête, si tu es mauvais ce n’est pas Dieu qui fait cela. C’est de ta responsabilité. Réfléchis, cultive toi, invente , étudie : « Tout est entre les mains de Dieu… sauf la crainte de Dieu » dit la Mishna Avot. (TB Berakhoth 33 b.).

L’homme possède l’entièreté de son libre arbitre, la liberté absolue de choisir un chemin ou un autre. Voilà l’enseignement de Jacob-Israël.

C’est donc bien le nom d’Israël qu’il faut lire chaque fois qu’on parle de Jacob. Le soir au cours d’hébreu le rabbin Harboun nous apprenant à compter et soulignant que aleph =1, beth =2, etc..  commenté ainsi une phrase de la Torah incompréhensible sans guematria

Loulé Ashem aya Lanou Yom arna israël qui se traduit  » S’il n’y avait pas le nom de D. ona aurait dit Israël.

… une phrase incompréhensible en traduction sans guematria.  Car :

Avraham compte 5 lettres, sa femme Sarah 3

Itsrak = 4 + Rebecca = 4

Iaakov = 4 + Lea = 3 + Rachel = 3

=> La somme des Patriarches et Matriarches = 26 = la somme de la valeur  des lettres du nom de D.ieu (26)

or quand on change Jacob (=5) en Israël (=6) la somme fait 27 

C’est pourquoi : S’il n’y avait pas le nom de Dieu on aurait dit « Israël »

Le psaume 147 associe ces deux noms disant : « Il a révélé ses paroles à Jacob, ses statuts et ses lois de justice à Israël. »

psaume147

NB : Dans la Haftarah (Osée 11, 7- 14n 10) on nous parle des deux Royaumes Ephraïm (pour ne pas dire Juda fils de Jacob) et Israël « attaché au Trés-Saint »car ils sont une allégorie de la lutte entre Jacob et Esaü. En effet, après la mort de Salomon, les tribus du Nord se rebellèrent sous le règne de son fils Roboam. Les deux royaumes du nord (Samarie) et du sud (Judée) se disputaient la légitimité filiale d’Israël, d’êtres les fils légitimes de Jacob. Les deux nations, Israël au nord et Juda au sud, ne furent plus jamais unies. Ephraïm est le deuxième fils de Joseph, placé avant l’aîné par Jacob (Gn 41, 52- 48, 17-20), ancêtre de la tribu d’Ephraïm. Après le schisme, Ephraïm a désigné  le royaume du nord (Es 7, 2; Os 4, 7; Za 9, 10).

[1] Au début du chapitre 4 du livre de Josué, Josué manda les douze hommes qu’il avait fait désigner parmi les enfants d’Israël, un homme par tribu, et il leur dit: « Passez devant l’arche de l’Eternel, votre Dieu, entrez dans le Jourdain, et ramassez-y chacun une pierre qu’il chargera sur son épaule, nombre égal à celui des tribus d’Israël, afin que ce soit un monument au milieu de vous; et lorsqu’un jour vos enfants demanderont: « Que signifient pour vous ces pierres? » on dira « siman levanim she-`avru avotam ba-yarden » : Ce sont des signes pour les enfants à qui ont a dit « entrez dans le Jourdain » ( Tosefta Sotah 8, 6, TB. Sotah 34 a). En écho à Ma’aseh avot siman levanim, « Les actes des pères sont un signe pour les enfants »

Quand et comment viendra le messie ? la porte du temps

Haggadah de Venise-Prophète Elie-détail

Le prophète Elie annonce (avec son shoffar) l’arrivée du Messie monté sur un âne, Haggadah de Venise, 1609

Une jolie interprétation d’un passage talmudique sur le traité Sanhédrin du Talmud (98 a). N’oublions pas qu’à l’époque (2 ème siècle) Rome est la puissance dominance et l’allégorie du mal et que les juifs étudiaient souvent la Torah cachés à l’abri des regard romains  :

Rabbi Yehoshoua ben Levi, se promenant, rencontra adossé à l’entrée d’une caverne, le prophète Élie, à l’endroit où était enterré Rabbi Shimon Bar Yochaï. Il lui demanda :

— Ai-je une part dans le monde à venir?
— Il (Élie) répondit : si le Maître le veut. […]Il lui demanda ensuite :

— Quand viendra le Messie?
— Il répondit
— Va et demande-lui.
— Où le trouverai-je?, s’enquit le Rabbi.
— A la porte de Rome
— Et comment je vais le reconnaître ?
— Il est assis avec les pauvres affectés de toutes sortes de maladies. Tous défont et refont leurs pansements en une seule fois, mais lui, il fait et refait ses pansements, les uns après les autres, en disant ceci:' »Lorsque je devrai amener la Délivrance, il ne faut pas que je sois retardé à refaire tous mes pansements! »‘
— Il (Rabbi Yehoshoua ben Levi) alla donc, et le salua : Paix sur toi, mon maître et professeur
— Paix sur toi, fils de Levi (Ben Levi)
— Quand viendras-tu, Maître?
— Aujourd’hui
— À son retour auprès d’Élie, Élie s’enquit :que t’a-t-il dit ?
— Paix sur toi, fils de Levi
— Par cela, il t’a assuré, ainsi qu’à ton père, une portion du monde à venir.
— Il ne m’a pas parlé vrai, il a dit qu’il viendrait aujourd’hui, mais il ne l’a pas fait!
Il (Élie) lui répondit :
— C’est ce qu’il t’a dit : « aujourd’hui, si vous entendez Sa voix » (Psaumes 95, 7)

La citation du psaume est la clée. Quand le Messie viendra-t-il? :  « Aujourd’hui si vous écoutez sa voix ! » (Ps 95, 7). Celui qui écoute l’humanité mendiante de son frère blessé a vu le messie. Pour Nahmanide (dans la dispute de Barcelon) les « pauvres », sont les exclus de la société, les laissés-pour-compte.

Le mot « aujourd’hui » signifie que le messie peut entrer par la porte de l’histoire à chaque instant et que l’homme doit donc guetter sa venue, comment ? En entrant dans le temps qu’il accepte par la Torah et les misvoth.

Emmanuel Lévinas (in Difficile liberté) commente ce midrash : « S’il y a du messianique, ce n’est pas en raison d’un événement miraculeux ou extérieur, c’est parce que nous devenons capables d’entendre. » A bon entendeur !

Le Psaume est le Ps 95, 7  : « Venez! nous voulons nous prosterner, nous incliner, ployer les genoux devant l’Eternel, notre créateur. Oui, il est notre Dieu, et nous sommes le peuple dont il est le pasteur, le troupeau que dirige sa main. Si seulement aujourd’hui encore vous écoutiez sa voix! ». Midrash Berechit Rabba sur Genèse (22, 34) dit : « Jamais une troupe d’anges ne répète son chant de louanges une deuxième fois. Car Dieu crée chaque jour une nouvelle troupe d’anges qui entonnent devant lui un chant nouveau puis disparaissent ». Commentaire de Gershom Scholem sur le midrash (dans son essai de 1964 sur Walter Benjamin) : « Ces anges toujours nouveaux sont à la fois ceux du jugement et de la destruction. Leur voix qui passe et s’enfuit annonce l’anticipation de l’apocalypse dans l’histoire ».

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Samuel oignant David (machiah signifie « l’oint », le gominé…) Synagogue de Doura Europos, Syrie, 3ème siècle

L’anecdote midrashique court-circuite le temps car pour le midrash le temps est toujours au présent. Celui qui étudie a les hakhamim derrière son épaule. L’oint (le machiah) renvoie donc aussi bien à l’onction des rois et des grand-prêtres il y a 3 millénaires qu’à la Rédemption.

Quand ? Le Talmud renvoie encore au présent, rien ne sert de spéculer sur ce que l’homme ne peut faire. L’homme peut hâter la fin pas ses bonnes actions mais certainement pas la provoquer, le commencement et l’ultime appartiennent à l’Eternel d’un point de vue juif.  S’y placer revient à de l’idolâtrie, c’est là la maladie mentale prévient le Talmud  :

« Que se vide l’esprit de ceux qui calculent la fin des temps » (T.B. Sanhédrin 97, 2)

Maïmonide toujours réaliste commente dans le Mishné Torah (Lois des rois) : « N’imagine pas que le Melekh HaMashia’h doit produire des miracles et des signes et produire de nouvelles choses dans le monde ou ressusciter les morts et ainsi de suite. Cela n’est pas ainsi : car Rabbi Akiva fut un grand savant au sein des sages de la Mishna, il fut l’assistant-guerrier du roi Bar-Kokhba, et clama qu’il était le Melekh HaMashia’h. Lui et tous les Sages de sa génération le créditèrent de l’être, jusqu’à ce qu’il fut tué par [ses] péchés; ce n’est qu’à sa mort qu’ils surent qu’il ne l’était pas. Les Sages ne lui avaient demandé ni miracle ni signe… ». Le Talmud en effet rapporte que Johanan ben Torta répondit aux rêveries de rabbi Akiba qui avait vu en Shimon Bar Kosiba le messie : « Akiba, l’herbe aura poussé de tes mâchoires avant que ne vienne le Messie. » Et il ajoute que « le temps suivra son cours » aux tempes messianiques, puis fait de l’attente du messie un point de la foi juive :

וכל מי שאינו מאמין בו, או מי שאינו מחכה לביאתו–לא בשאר נביאים בלבד הוא […] 
כופר, אלא בתורה ובמשה רבנו: שהרי תורה העידה עליו, שנאמר « ושב ה’ אלוהיך את
שבותך, וריחמך; ושב, וקיבצך מכל העמים . . . אם יהיה נידחך, בקצה השמיים–משם,
יקבצך ה’ אלוהיך, ומשם, ייקחך. והביאך ה’ אלוהיך . . . » (דברים ג,ל -ה). ואלו הדברים
המפורשים בתורה, הם כוללים כל הדברים שנאמרו על ידי כל הנביאים.

[…] Et quiconque ne croit pas au Messie ou qui n’attend pas sa venue, non seulement il nie le discours des autres prophètes, mais il nie la Torah et Moïse, notre maître. Car la Torah a témoigné sur lui (le Messie), comme il est dit : « Et l’Éternel, ton Dieu, rétablira ta situation; Il aura compassion de toi, Il te rassemblera encore d’entre tous les peuples où l’Éternel, ton Dieu, t’aura dispersé… Quand tu serais repoussé aux extrémités du ciel, l’Éternel, ton Dieu, te rassemblera de là… (Dt XXX, 3 à 5). Ces paroles exprimées dans la Torah, contiennent tout ce qui sera dit par tous les prophètes.

Mais le meilleur revient à Adin Even Steinsaltz, lui même Loubavitch, l’immense traducteur du Talmud répondait à un journaliste dans une interview récente :

— What do you think about the movement within Lubavitch where some people say the Rebbe is a semi-deity or is still alive?

— It’s like the stories people tell about Elvis Presley. Maybe they play cards together. If they are alive, they are alive in the same realm, I am afraid.

 

Sidra de Toledot : Les juifs dans l’histoire

Le commentaire de la sidra du dernier shabbat par le Rav Harboun (notes et souvenirs)

Cette Sidra de Toledot raconte la particularité du juif (Jacob) et son antagonisme avec les nations et aussi avec son propre frère jumeau, Esaü, son double, dont Jacob reçoit le droit d’ainesse par une subterfuge de sa mère qui lui faire porter les vêtements d’Esaü et une peau de chevreau sur les mains pour usurper l’identité d’Esaü.

Jacob et Esaü

Isaac bénit Jacob – Govert Flinck, 1638, Rijksmuseum, Amsterdam, 2013, photo MPS.

Cette Sidra est d’une richesse exceptionnelle, nous retiendrons seulement 4 points : je vais tout d’abord parler de la mission d’Israël, ensuite du rôle des juifs dans l’histoire,  puis de l’exil et de notre rapport aux nations, enfin de l’antisémitisme et de la haine des juifs.

La mission d’Israël

Tous les puits qu’avaient creusés les serviteurs de son père, du temps de son père Abraham, les Philistins les comblèrent en les remplissant de terre… Isaac se remit à creuser les puits qu’on avait creusés du temps d’Abraham son père et que les Philistins avaient comblés après la mort d’Abraham. II leur imposa les mêmes noms que leur avait imposés son père. Les serviteurs d’Isaac, en creusant dans la vallée, y découvrirent une source d’eau vive. (Béréchit 26, 15-19)

Dans ce récit Isaac veut reprendre le flambeau du monothéisme de son père Abraham. Sa fidélité à la mémoire de son père  est rappelée presque dans  chaque verset. Et pour cela, et le symbole est d’une force incroyable, il recreuse les puits de son père. Il veut suivre ses pas, refaire le même itinéraire, boire  à la même source. Mais il ne se contente pas de creuser les mêmes puits : il leur donne le même nom. Il veut montrer aux Philistins qu’Abraham, en fait, est encore bien vivant à travers lui. On se demande alors ce que c’est que ce puits ? une source d’eau ? Lire la suite de « Sidra de Toledot : Les juifs dans l’histoire »

Lekha dodi – לכה דודי « Viens, mon bien-aimé, au-devant de la fiancée »

Nous sortons d’un chabbat Hattan magnifique. On a chanté, on a dansé, on a mangé, on a prié tous ensemble sans se quitter  : la sanctification du temps… « Il est bon il est doux pour des frères de vivre ensemble et d’être Un » dit le psaume, et ce chant tel que nous le chantons dans la tradition sépharade ne me quitte plus malgré la Havdala. Il a été écrit par Chlomo Halévi Alkabets à Safed au 16 ème siècle, sur une mélodie arabo-andalouse. (interprété par Alain Chekroun et Kamel Labbaci).

Parfois il y a dans la vie de ces instants magiques ou chaque mot existe en vérité et prend tout son sens. Lire la suite de « Lekha dodi – לכה דודי « Viens, mon bien-aimé, au-devant de la fiancée » »

Judéophobie… comment la France revient tranquillement au Moyen Age

Il est très intéressant de parfois regarder les vieux grimoires médiévaux car ils nous en disent long sur la mémoire malade de l’Europe. L’histoire est souvent maîtresse d’enseignements et il est bon de la regarder en face pour qu’elle ne bégaie pas.

Folies médiévales

Voici une image extraite d’un manuel de didactique médiévale. Cette représentation de l’Enfer est composée de scénettes. Des diablotins brûlent des couples adultèrins, l’un d’eux coule de l’or dans la bouche d’un usurier en bas, des chevaliers mijotent dans une marmite, des sorcières brûlent…

Jardin des délices

Le but était d’apprendre au lecteur à mémoriser par l’image et par étapes des contenus de méditation. C’est à cette époque que se fixe la ponctuation, le punctum, le point qui permet de scinder le sens d’un texte. Ce manuel s’adressait à des gens cloîtrés mais aussi à des clercs en vue de composer des sermons. 

Cette technique vient de la rhétorique romaine et des « lieux de discours » (in Rhétorique à Herrenius), que le Moyen-Age a actualisé par la pratique monastique des livres copiés et enluminés : l’image scinde le texte et constitue des étapes pour la médiation,  une machina memorialis, dans ce cas un dispositif (au sens que Foucault donne à ce mot, un ensemble de pratiques hétérogènes) de montage (les émotions se succèdent avec un découpage strict) qui « laboure les âmes » (au sens qu’Eisenstein donne au montage). Dante utilisera le même procédé mnémotechnique de scénettes dans sa Divine comédie  quatre siècles plus tard. Avec les conséquences que l’on sait : la comédie s’est transformée en cauchemar.

(voir ici un très bon article sur cette pratique de la mémoire médiévale)

Et une scène étrange apparait au détour de la page :Jardin des délices détail

Qui sont ces types en chapeaux pointus ? … mais oui, mais oui ! vous les avez reconnus ! ce sont des juifs. En effet,La pileus cornutus (calotte à cornes en latin), était un chapeau pointu en forme de cône, blanc ou jaune, on l’avait infligé aux juifs dans l’Europe médiévale pour les reconnaître et en Italie à partir du XIIe siècle. Et pour celui qui ne comprend pas c’est marqué « Judes ». Des juifs, ces gens dont 22% des proches du front national d’aujourd’hui n’aimeraient pas être les voisins ». (C’est ici dans ce rapport)

Lire la suite de « Judéophobie… comment la France revient tranquillement au Moyen Age »

Prière

Aujourd’hui comme on est triste après ce qui est arrivé ce matin à la synagogue de Har Nof,
on chante le psaume 121 (ici chanté par Alain Chekroun) et on réalise un acte de  bonté  :

א  שִׁיר לַמַּעֲלוֹת:

אֶשָּׂא עֵינַי אֶל הֶהָרִים מֵאַיִן יָבֹא עֶזְרִי.

1 Cantique des degrés. Je lève les yeux vers les montagnes, pour voir d’où me viendra le secours.

ב  עֶזְרִי מֵעִם יְהוָה עֹשֵׂה שָׁמַיִם וָאָרֶץ.

2 Mon secours vient de l’Eternel, qui a fait le ciel et la terre.

ג  אַל יִתֵּן לַמּוֹט רַגְלֶךָ אַל-יָנוּם שֹׁמְרֶךָ.

3 Il ne permettra pas que ton pied chancelle, celui qui te garde ne s’endormira pas.

ד  הִנֵּה לֹא יָנוּם וְלֹא יִישָׁן שׁוֹמֵר יִשְׂרָאֵל.

4 Non certes, il ne s’endort ni ne sommeille, celui qui est le gardien d’Israël.

ה  יְהוָה שֹׁמְרֶךָ יְהוָה צִלְּךָ עַל יַד יְמִינֶךָ.

5 C’est l’Eternel qui te garde, l’Eternel qui est à ta droite comme ton ombre tutélaire.

ו  יוֹמָם הַשֶּׁמֶשׁ לֹא יַכֶּכָּה וְיָרֵחַ בַּלָּיְלָה.

6 De jour le soleil ne t’atteindra pas, ni la lune pendant la nuit.

ז  יְהוָה יִשְׁמָרְךָ מִכָּל רָע יִשְׁמֹר אֶת-נַפְשֶׁךָ.

7 Que l’Eternel te préserve de tout mal, qu’il protège ta vie!

ח  יְהוָה יִשְׁמָר צֵאתְךָ וּבוֹאֶךָ מֵעַתָּה וְעַד עוֹלָם

8 Que le Seigneur protège tes allées et venues, désormais et durant l’éternité!
Essa einai el heharim, meayin yavo ezri – ezri me’im Adonai oseh shamayim va’aretz.
Al yiten lamot raglecha, al yanum shomrecha
Hineh lo yanum v’lo yishan shomer yisrael.
Adonai shomrecha, Adonai tzilecha, al yad yeminecha.
Yomam hashemesh lo yakeka, vayareich baleilah
Adonai yishmarcha mikol ra, yishmor et nafshecha.
Adonai yishmor tzietcha uvoecha meiata vead olam.

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‘Hayé Sarah, le mariage juif

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Mariage de David et Gaëlle ce dimanche à la synagogue des Tournelles 

GN 24 10 Le serviteur [d’Abraham] prit dix chameaux parmi les chameaux de son maître et partit ; avec en sa main tous les biens de son maître ; il se leva et rendit à Aram Naaraïm, à la ville de Na’hor. 11 Il fit s’agenouiller les chameaux hors de la ville, devant un puits d’eau, vers le soir, au moment de la sortie de celles qui vont puiser. 12 Il dit : « Éternel Dieu de mon maître Abraham, sois-moi propice aujourd’hui et agis favorablement envers mon maître Abraham. 13 Voici que je me tiens à côté de la source d’eau et que les filles des gens de la ville sortent puiser de l’eau. 14 Puisse la jeune fille à qui je dirai : “Penche, je t’en prie ta cruche que je puisse boire” et qui me dira : “Bois et j’abreuverai aussi tes chameaux” être celle que Tu auras désignée à Ton serviteur, à Isaac ; et puissé-je savoir par elle que Tu as agi avec bonté envers mon maître. »

15 Il arriva, avant qu’il eût fini de parler, que soudain Rébecca sortît — celle qui était née à Bethouel, fils de Milcah, épouse de Na’hor, frère d’Abraham — avec sa cruche sur son épaule. 16 Et la jeune fille était extrêmement belle à voir — c’était une vierge qu’aucun homme n’avait connue. Elle descendit à la source, remplit sa cruche et remonta. 17 Le serviteur courut à sa rencontre et lui dit : « Laisse-moi boire, je te prie, un peu d’eau de ta cruche. » 18 elle dit : « Bois mon seigneur » et elle s’empressa de baisser sa cruche jusqu’à sa main et lui donna à boire. Lire la suite de « ‘Hayé Sarah, le mariage juif »

‘Hayé Sarah : « la vie de Sarah »

Le commentaire de la Paracha de ce jour par le Rav Harboun, de mémoire,  j’ai gardé les commentaires de l’assemblée.

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Rembrandt, La fiancée juive (probablement Rebecca et Eliézer),
Amsterdam, Rijksmuseum, photo Didier Long

 » Notre Paracha est titrée ‘Hayé Sarah, « la vie de Sarah » ou plutôt « les vies » car en hébreu la vie est toujours au pluriel, une plénitude de vie. Et très curieusement ce que nous raconte cette péricope, ce n’est pas la vie de Sarah mais sa mort et pas seulement la sienne mais aussi à la fin de la paracha on apprend la mort d’Abraham.

Qu’est-ce qu’une vie réussie ?

Ce que nous enseigne d’abord la Torah ici c’est le rapport intime qui est noué entre la mort et la vie dans le judaïsme. Le judaïsme est art de vivre dans le temps, d’accepter le temps.

Qu’est-ce qu’une vie (haïm) juive ? Dès le début la Torah nous dit Vayéiou ‘Hayé Sarah : « Et les jours de Sarah furent » puis « cent ans, vingt ans et sept ans (127 ans), Shanei ‘Hayé Sarah : « c’était les années de la vie Sarah ». Les jours de la vie de Sarah sont des années et non l’inverse (le mot shana est répété quatre fois parce qu’en vieillissant on peut devenir dur d’oreille !). Pourquoi ? Parceque chacun de ces jours est une plénitude de vie. Et la Torah dit de la même manière plus loin à propos d’Abraham qui arrive à la fin de sa vie: veélé iomeï sheneï haïé avraham asher ‘hai, « Et ceux-ci sont les jours des années de la vie d’Abraham ». Lire la suite de « ‘Hayé Sarah : « la vie de Sarah » »

Des Juifs palestiniens et marocains en Corse (1915-1920)

C’est une histoire émouvante que celle des réfugiés juifs Palestiniens et Marocain en Corse au début du siècle dernier. Une amie à Jérusalem, Myriam, qu’elle en soit remerciée, m’a signalé cet article de Florence Berceot « Une escale dans la tempête. Des Juifs palestiniens en Corse (1915-1920) ».

 

A chia a pane e vinu, po invita su vicinu,  
« Celui qui a du pain et du vin peut inviter son voisin. »
(proverbe corse)

Enfants réfugiés juifs à Ajaccio en 1916
Enfants réfugiés juifs à Ajaccio en 1916 (Collection Alliance israélite universelle. Paris)

 

Le 14 décembre 1915, 744 réfugiés « israélites » débarquent d’un bateau de transport militaire français dans le port d’Ajaccio au sud-ouest de la Corse. Ils arrivent de Syrie et de Palestine, provinces de l’Empire ottoman, naguère puissant, désormais à l’agonie.

À l’été 1915, c’est le tour de quelque 700 Juifs originaires d’Algérie et du Maroc qui ont choisi l’exode plutôt que de céder à l’ultimatum des autorités turques de renoncer à leur nationalité et à leur statut de protégé français ou anglais. Après une escale en Crète, les Juifs français ou protégés par la France sont envoyés en Corse. Ils vont y résider pendant cinq ans.

Lire l’article

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La rue du Castagno vue de chez nous qui descend vers la mer
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Rue du Castagno
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Bet Méïr
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La synagogue Bet Meir
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Le Rav Harboun à la Beth Méïr, rue du Castagno (Pessah 2014)
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La rue Napoléon des commerces juifs: tailleurs, chaussures…
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Une tradition corse et du maroc, els clefs qui protègent du « mauvais oeil » (Ocjhu)

Paracha Vayéra : « Maintenant je sais que tu crains Dieu ! »

Le commentaire de la Parasha de Vayera (« et il vit ») par le rav Haïm Harboun

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Rembrandt, Le sacrifice d’Isaac

On se rappelle l’épisode. Abraham a une vision lors d’un songe nocturne; D.ieu l’appelle et lui commande : « Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac ; Pars (lekh lekha) vers le pays de Moriah, et là offre-le en holocauste sur l’une des montagnes que je t’indiquerai ». Isaac est le fils unique d’Abraham qui l’a eu dans sa vieillesse. C’est donc une pure folie. Mais, homme de foi, sur la simple injonction Lekh lekha : « Pars ! » Abraham a déjà quitté sans sourciller son pays, la maison de son père… sur ordre de Dieu. C’est l’homme de la foi parfaite, ce type est une mitsvah à lui tout seul ! Abraham, ce n’est pas n’importe qui c’est le premier homme dont les écritures disent sobrement : « il crut en Dieu »[1]. La Torah commente « Il eut foi en l’Éternel et Il le lui tint pour justice ». Quand on aime on ne compte pas, un peu moins, ou tout c’est à dire égorger son fils, son unique descendant dans sa vieillesse, sans espoir, pour être parfaitement fidèle à Dieu, Abraham fait ce qu’on lui dit…le personnage est cohérent et sans faille dans son obéissance il n’hésite pas un instant. Le profil même du religieux extrémiste.

Ni une ni deux, sans faiblir Abraham se lève de bon matin, selle son âne, appelle deux serviteurs prends du bois et accompagné de son fils Isaac part pour le lieu que Dieu lui indiquera. « Le troisième jour, Abraham, levant les yeux (einaiv va-IaR), aperçut l’endroit dans le lointain.». Abandonnant l’âne et les deux serviteurs à leur triste sort Abraham charge son fils du bois et prend son couteau pour le sacrifier. On connait la suite : au moment d’abattre sa main pour immoler son fil , un ange appelle Abraham du haut du ciel et comme celui-ci est un peu sourd ou parce que le ciel est un peu loin de la terre l’ange est obligé de l’appeler deux fois : « Abraham! . Abraham! ». Rachi toujours magnifique commente : « C’est une expression d’affection puisqu’il l’appelle deux fois par son nom ». Abraham répond : « Me voici. » Et l’ange lui enjoint : « Ne porte pas la main sur ce jeune homme, ne lui fais aucun mal ! car, désormais, j’ai constaté que tu honores Dieu, toi qui ne m’as pas refusé ton fils, ton fils unique ! ». Et Abraham offre un bélier en remplacement de son fils puis nomme ce lieu : Adonaï-Yiré (Dieu voit) ; et la Torah ajoute : « C’est pour cela que l’on dit aujourd’hui : Sur le mont d’Adônaï-Yéraé. ». Lire la suite de « Paracha Vayéra : « Maintenant je sais que tu crains Dieu ! » »