Cédrat mystique

Etrog

Le cédrat (étrog) « Péri Ets Adar », est le « fruit de l’arbre splendide » pour la Torah. Adar, la Splendeur.

La guémara Soucca (35a) qualifie l’étrog de « עץ שטעם עצו ופריו שוה », « un fruit dont le goût est semblable à celui de son arbre », un arbre magnifique. Celui qui le réchauffe dans sa main respire un parfum sacré et se dit sans savoir pourquoi : « c’est beau ». Par le cédrat la splendeur se fait émotion. Car l’odorat est le sens le plus sacré.

Notre perception des odeurs est liée à nos émotions. De tous nos sens, l’odorat est le plus viscéral, lié à notre respiration et aux couches les plus profondes de notre cerveau, touché par l’influx nerveux sans passer par la partie analytique du cortex.

Le bulbe olfactif actif à chaque respiration possède aussi un pouvoir de rémanence des odeurs, plus important que les autres sens. L’odeur est donc liée à la mémoire. L’odeur d’un plat de sa mère signifie l’amour. Il me suffit de sentir un cédrat pour penser à ma grand-mère qui m’en envoyait à chaque automne, de sentir les merrizane (aubergines farcies à la mie de pain et au brocciu mijotées longuement dans une sauce à la tomate au basilic) pour ressentir sa tendresse alors qu’elle se levait le matin pour les faire et que l’odeur me réveillait à la montagne en Corse du Sud.

C’est probablement ce que signifie la guemara quand Rabbi Abahou dit :

« le fruit qui réside [lit : Ha Dar] sur son arbre d’une année à l’autre, et c’est : le Etrog » (Souka 35a)

Le Rambam dans son introduction à la Michna explique que le que Rabbi Abahou a juste trouvé dans le verset un appui à une tradition étant déjà en vigueur, pour expliquer que bien que le fruit en question ne soit pas déterminé explicitement l’allusion suffit pour prouver que le fruit dont se servaient Josué, les prophètes, et tous les bné-Israël était le étrog ! Persistence de la mémoire olfactive la Torah de nos pères et de nos mères transmise comme un parfum spirituel depuis le Sinaï !

Le cédrat comme la cabane permettent de nous reconnecter avec cette expérience de liberté toute neuve que nos ancêtres ont du éprouver quand ils sont sortis d’Egypte.  Cette identification symbolique par le parfum est quasi magique.

L’arbre splendide est celui du Gan Eden. Celui qui respire l’odeur du cédrat a un avant gout du Olam Aba. L’Etrog fait signe dans le monde matériel du monde spirituel. Comme une mémoire de la création du monde qui advient dans l’être à chaque instant. En réalité la lumière de D-ieu la Or ein sof , sa Splendeur est toujours là mais nous ne voyons pas, L’Omniprésent s’est comme « contracté » dit la Cabbale pour que notre monde puisse exister (ce sont évidement des images!). Heureusement pour nous car cette Lumière crue, cette vérité insupportable, nous ferait désespérer de nous même. C’est ce que D. explique à Moïse par les 13 attribut divins alors qu’il voulait le voir… ce qui est impossible sans mourir. Les Noms, eux, sont de ce monde. Ils disent la splendeur de D.ieu en désignant le comportement requis de l’homme. Si le mot Emet (Vérité) n’était pas entouré de deux hessed (bonté) nous serions pulvérisés sur place. L’homéostasie de nos systèmes circulatoire (nerveux, endocrinien, lymphatique…) comme une sorte de Torah naturelle permet d’équilibrer à chaque instant notre température, la quantité d’eau dans notre sang, notre pression artérielle, nos battements de coeur, notre respiration… 5°C de plus ou de moins et un vin est imbuvable. Le coeur de l’amoureux bat à tout rompre mais cette situation n’est pas durable. Nul ne peut tenir un instant dans l’Autre monde trop extrême pour l’homme.

D-ieu se fait donc discret indicible, comme le parfum, le « souffle ténu d’un brise légère » pour Elie à l’Horeb, sa théophanie se montre en se voilant. Pourquoi ? D’abord parce que nous en sommes incapables et aussi pour que nous le cherchions, par amour behaava….

Cependant l’émotion de la beauté olfactive, quand nous sentons une rose ou un cédrat par exemple nous revoit à la Beauté, une idée que nous ne pouvons qu’éprouver (personne n’a jamais vu la Beauté!). Nous vivons dans un monde fragmenté, multiple, voire de duplicité,  chez nous l’intention n’est jamais contemporaine de l’action comme dans le Yehi Or Vayehi Or…alors que D-ieu Lui, est UN. C’est donc l’homme qui est en D-ieu et non D-ieu dans l’homme, l’homme qui est dans l’âme et non l’âme dans l’homme comme sa plus haute partie.

Le parfum du cédrat comme celui d’une femme ou du sein d’une mère pour le bébé nous permet de comprendre la « beauté » sans fin, il nous informe du spirituel « visage contre visage » « panim al panim » avec ce monde. Sans l’humilité de Moïse, sa contraction diraient les quabbalistes, la Torah ne pourrait être dévoilée comme Lumière pour les hommes. Le tsadik cherche ce contact permanent avec l’Invisible, il est comme enamouré de la splendeur de D.ieu (vehaavta !). Celui accepte sa finitude, l’anaw, l’humble peut commencer à espérer cette splendeur perçue dans l’étude et la mitsva. Israël est Nér Mitzva, la flamme de la Mitsva comme dit le Maharal de Prague.

La tache du juif est juste de s’éveiller en allumant la lumière, de « pratiquer la Justice, aimer la miséricorde et marcher humblement avec son D-ieu » (Michée 6, 8)

Le Rabbi de Kotzk dit :  » Dans ce monde obscur D.ieu a laissé un petit coin de lumière ».

L’Etrog possède le gout, il est bon à manger et à une odeur, c’est à dire comme nous le dit la guémara, il symbolise celui qui étudie et en tire des massim tovim (actes de bonté), qui allie la raison et la sensibilité. Le cédrat représente le coeur.

Qui est comme Toi, ô Eternel, Toi qui recherche les humbles ?

 

Hag Souccot Sameah !!!

Dans la revue HAYOM (Suisse)

Dans la revue suisse HAYOM pg 26-27

https://www.gil.ch/wp-content/uploads/2018/09/Hayom69_Tout_web.pdf

Souccot arrive… la fête des etroguim

L’an prochain à… Bastia !

Hag Sameah !

Hayom sept

Hayom

Gmar ‘hatima tova

Kapparot – Kippour, Freud n’a rien inventé !

Freud n’a rien inventé !!!

kapparot

Le rituel des Kapparot vient de la racine hébraïque KPR qui a donné le verbe Lekapper qui signifie « remplacer » (tout comme Kippour) est un phénomène de transfertpsychanalytique.

Le rite des kapparot est un  rituel d’expiation, qui est apparu avec la disparition du rite du bouc émissaire de Yom Kippour. Le bouc émissaire était envoyé au désert chargé des fautes du peuple.

On agite un poulet au dessus de la tête d’une personne qui est ensuite abattu conformément aux règles halakhique (chohet). La valeur du poulet ou de la viande est alors donnée aux sans-abri ou aux pauvres comme un acte de charité – tsedaka.

On peut aussi remplacer ce rite par un don d’argent pour chaque personne de sa famille (Choul’han ‘Aroukh 605). Le coût symbolique de chaque Kappara est de 18€, la valeur numérique du mot « Vie », car une vie humaine ne peut pas être comptée car elle est un monde en soi et équivaut à toutes le vies.

Ce rite qui peut sembler à première vue d’un autre âge pratiqué la veille de Kippour, tout comme le « bouc émissaire », est en réalité d’une grande profondeur psychologique. Il s’agit d’un processus de transfert au sens psychanalytique du terme. Le transfert, moteur de la cure est un processus au cours duquel des sentiments ou des désirs inconscients envers les premiers objets investis dans l’histoire d’un sujet — le plus souvent les parents —, se trouvent reportés sur une autre personne. Là le transfert se fait sur l’animal.

En effet, chacun est invité à scruter son âme pendant les dix jours redoutables qui séparent Roch Achana et Kippour. Le but est que chacun aille demander pardon pour ses fautes de l’année à son prochain qu’il a offensé, ou blessé, ou lésé. Cette techouva, ce « retour » vise à réparer, pas les fautes envers D-ieu comme on le croit parfois mais envers le prochain. La culpabilité collective est ainsi liquidée par ces rites  qui sont des processus d’abréaction.

En psychanalyse, on appelle abréaction  la réaction différée ou tardive, qui fait revivre l’événement traumatisant accompagné des affects pénibles avec lesquels il avait été vécu. Par exemple quand une personne revit un viol en le verbalisant et ainsi le neutralise en terme de culpabilité inconsciente. (Oui je sais c’est un juif qui a inventé la psychanalyse)

Il s’agit via la bête donc de REMPLACER (lekapper) la culpabilité pour éviter qu’elle ne soit refoulée dans l’inconscient et réapparaisse sous forme fantôme comme une addiction par exemple.

De même fonctionne le rite d’annulation des voeux avant Kippour (Kol Nidré), moment de grande émotion, est un rite de liquidation de la culpabilité collective :

Et il sera pardonné
à toute la communauté des enfants d’Israël
et à l’étranger qui séjourne parmi eux ;
car l’erreur a été commune à tout le peuple
.

NB : je dois un certain nombre de ces réflexions à Jacob Ouanounou ce chabbat.

Avinou Malkénou !

Dans l’atelier de Shelomo Selinger avant Kippour

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Ruthy, Shelomo, Didier

Une impression étrange m’a saisi en entrant dans l’atelier de Shelomo Selinger. Celle d’être en face d’une foule de gens avec qui je suis lié par une solidarité invisible, celle du Am Israël. A 13 ans et demi Shelomo a été retrouvé sur un tas de cadavres à Terezin par un officier soviétique juif qui l’a emmené à l’hôpital militaire. En sortant il a été amnésique pendant 7 ans. Il est sorti de l’amnésie par l’art en sculptant ces étranges visages comme quelqu’un qui tente de ressusciter ceux qui sont partis.

Shelomo m’a dit :

« Je ne crois pas en D-ieu mais c’est mon Kaddish, c’est étrange non ? un juif non religieux qui dit le Kaddish ».

J’ai failli lui dire que l’Eternel était au delà de tout mais je me suis repris. Il n’y a pas de réponse au camp. Gérard Haddad me l’a dit.

Ruthy porte en elle toute la noblesse des juifs russes, elle est une sorte de mystique hassid, elle a toujours ces yeux bleus qui brillent qui reviennent de très loin comme s’il avait plu sur son âme.

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Chacun de nous peut se dire : « C’est pour moi que le monde fut créé « , Chana Tova !

chana-tova

Du point de vue du judaïsme, chaque vie humaine a une valeur infinie :

« Adam a été créé unique, pour t’apprendre que tout celui qui détruit la vie d’une seule personne, l’Ecriture considère qu’il a anéanti un monde entier et tout celui qui rétablit la vie d’une seule personne, l’Ecriture considère qu’il rétablit un monde entier ;(…)

Et pour raconter la grandeur du Saint, béni soit-Il : car lorsqu’un homme frappe des pièces de monnaie avec un moule, c’est toujours la même pièce qui apparaît ; en revanche, lorsque le Saint, béni soit-Il, façonne les hommes avec le moule d’Adam, chaque créature est différente de l’autre.

C’est pour cela que chacun a le devoir de se dire  » C’est pour moi que le monde fut créé ». »

« La Michna cite une autre raison pour laquelle Adam le premier homme a été créé seul : à savoir l’importance de maintenir la paix entre les peuples, de sorte que personne ne dit à un autre: « Mon père est plus grand que ton père ».»

(Talmud de Babylone, traité Sanhédrin 37a)

Nous savons que la techouva a été créé avant l’homme pour que l’homme renaisse par la techouva :

« La Gemara raconte: Il y avait des voyous [ biryonei ] qui vivaient dans le quartier de Rabbi Zeira. Il les a rapprochés et les a traités avec amitié, afin de les amener à se repentir de leurs péchés, mais les autres Sages ont désapprouvé ses actions.

À la mort de Rabbi Zeira, ces voyous ont dit: « Jusqu’à présent, il y avait le petit homme avec une jambe brulée, à savoir Rabbi Zeira, qui priait pour nous avec compassion. Qui va prier avec compassion pour nous maintenant? »

Ils ont pensé à cela dans leurs cœurs et se sont repentis. En fin de compte, les actions de Rabbi Zeira ont été prouvées comme elles se sont repenties.»

(Talmud de Babylone, traité Sanhédrin 37a)

 

 

Comment se « repentir » ?

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Jérusalem, Kotel, femme qui prie, photo DL

Aucun homme n’a commis aucune faute constatent nos Sages… mais il y a plus grand que le juste parfait : celui qui fait techouva.

Abahou, enseigne : « Là où se tiennent les repentis (baal techouva)  les justes parfaits ne peuvent se tenir » (Talmud de Babylone, Bérechit Rabba, 34b)

La techouva en hébreu ne signifie pas la « repentance » mais le « retour » ou la « réponse » (La « repentance » se dit en hébreu ‘haratah et non techouvah). La repentance est de l’ordre de la culpabilité, d’un processus passif qui accumule une énergie négative qui resurgira sans crier gare en addiction par exemple. La techouva, elle est active. Car dans la « techouva », du verbe chouv, « revenir » il y à l’idée de retour c’est dire de chemin : vers soi-même pour se retrouver, vers ceux qu’on a blessés, vers la communauté, vers la Torah, vers D-ieu,  vers la terre où l’exil prendra fin.

Maimonide commente :

« Que le repenti ne pense pas qu’il est loin du niveau atteint par le juste, du fait des fautes et des transgressions qu’il a commises. Il n’en est pas ainsi ; [en fait], il est aimé et chéri du Créateur comme s’il n’avait jamais fauté. Plus encore, grande est sa récompense, car ayant goûté à la faute, il y a renoncé, et a refréné son penchant. (7,2)

Aurions-nous transgressé toute la Torah et toute morale, D.ieu n’oublie pas sa création, Il reste toujours son image gravée en nous. Il reste toujours en nous une étincelle qui va permettre de rallumer la lumière. Mais pour cela il faut un peu d’amour. Maimonide nous dit :

« Quel est cet amour convenable ? Il s’agit d’aimer D.ieu d’un amour immense et ardent, au point que son âme soit unie avec l’amour de D.ieu, et soit continuellement ravie par celui-ci, comme un homme qui se languit d’amour [pour une femme], et n’a pas l’esprit tranquille du fait de cet amour pour cette femme, et y pense continuellement, à se lever, à son coucher, en mangeant et en buvant. »

A Kippour nous revêtons des vêtements tout blancs et notre talith de mariage tout blanc, comme un habit de lumière : « L’homme juste ou l’homme repenti quitte son vêtement terrestre (matière) pour se revêtir de son vêtement céleste (lumière) et il est accompagné par les anges jusqu’à sa demeure au Gan E’den » nous dit la Kabbale.

Voici quelques citations des « lois du repentir (Techouva) » de Moïse Maïmonide dans le Michné Torah qui sont parmi les les plus humaines et les plus belles écrites par un Sage. Lire la suite de « Comment se « repentir » ? »

D-ieu : 25 000 ans de patience !

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Le pardon de D-ieu à Jérusalem, Marc Chagall

Le temps c’est de l’amour

On nous dit que l’Eternel est « lent à la colère » (Erekh Apayim) et qu’il « conserve sa bienveillance (‘hessed) jusqu’à la millième génération » noster ‘hessed laalafim (Ex 34, 7).

Dieu serait donc patient sur 25 000 ans (1000 générations)… imaginez… un péché commis au paléolithique supérieur en pleine période glaciaire, à l’âge des hommes des cavernes… et là D-ieu se rappelle de votre ancêtre hibernatus !

Mais aussitôt après la Torah nous dit que D-ieu : « pardonnant l’iniquité, le péché délibéré et l’erreur, et Qui nettoie mais ne nettoie pas complètement. Punissant (PoQeD) la faute des pères sur les enfants, sur les petits-enfants, à la troisième et à la quatrième génération. »… un décompte comme une douche froide sur la première affirmation.

Quoi qu’il en soit, d’ici là, comme disait Benjamin Franklin en 1789 : « En ce monde rien n’est certain, à part la mort et les impôts. »

Depuis le paléolithique (25 000 ans) ou depuis votre grand-mère (75 ans) ? … la Torah semble assez contradictoire.

« Punir », une erreur de traduction

L’Éternel pardonne donc, ou plutôt « nettoie » 3 types de fautes :

  • L’iniquité (aon) : la faute volontaire et préméditée que D-ieu pardonne si le pécheur se repent
  • Le péché délibéré (fécha) : une transgression qui vise à irriter D-ieu lui-même… et que Dieu pardonne aussi
  • L’erreur (khataa) : une faute commise dans le plus grande négligence et l’indifférence la plus totale. Ce genre d’acte dont on se dit « bah on verra bien »

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