Gmar hatima tova

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Rabbi Eliézer a dit :
Fais téchouva un jour avant ta mort. »
Ses élèves lui demandèrent :
« Un homme connaît-il le jour de sa mort ? ».
Rabbi Eliézer répondit :
« À plus forte raison, qu’il fasse téchouva aujourd’hui de peur qu’il mourra demain.
Ainsi, tous ses jours seront en téchouva. (TB Chabbat 153a)

La Guémara poursuit :

Parole de Rabbi Yo’hanan ben Zakaï :
« À quoi cela ressemble-t-il ?
À un roi qui convia ses serviteurs à un festin mais qui n’en a pas fixé l’heure. 

La vraie nature de la Techouva

Par le Rav Chlomo Haïm Hacohen Aviner – chelita – en 5757 (1997). 


1. La Techouva : a priori ou a posteriori ?

D’après nos Sages, la Techouva aurait été créée avant le monde, avant toute présence humaine. A première vue, puisqu’il n’est de faute sans présence humaine, la Techouva semblerait inutile.

Mais surtout, l’homme a été créé faillible, tel qu’il est susceptible de faire des erreurs et de fauter. “Il n’existe pas de juste sur terre qui fasse le bien sans jamais fauter”. La Thora ne cache pas qu’à plusieurs reprises, Moïse lui-même a commis des erreurs ; le peuple juif s’est rendu coupable d’une faute extrêmement grave avec le veau d’or. Aucun être n’est exempt d’erreurs, d’où la nécessité de la Techouva, sorte d’issue de secours. Selon un adage célèbre : “C’est la Loi qui créé la faute”, autrement dit, sans Loi, sans mitsvot, sans interdit, il n’y aurait pas de faute ! Grande habileté du fondateur de christianisme auteur de cette phrase. Mais le Mal est le Mal, ce n’est pas la Loi qui l’engendre. Le Mal est Mal dans son essence, que nous le comprenions ou non. Il est admis que le vol est de l’ordre du mal, il nous faut comprendre que profaner le Chabbat relève également du mal.

2. Le mérite du ‘Ba’al Techouva’

La Techouva, cet acte qui nous permet de nous décharger de tout ce Mal qui nous accable sans relâche permet une purification. Mais la Techouva est plus que cela.

Le terme de Techouva, intraduisible en français si ce n’est pas le terme de ‘Retour’, comporte un relent négatif. S’il s’agit d’un retour, c’est qu’on a fait fausse route et qu’il faut revenir sur soi, réparer ce qu’on a détérioré. Si on peut détériorer, on peut également réparer. C’est donc un processus a posteriori de l’âme. Des dégâts ayant été commis, il importe de restaurer la situation telle qu’elle était au départ. Certes, il aurait été préférable qu’il n’y ait pas d’erreur, de faute et que la Techouva ne soit pas nécessaire. C’est donc après coup que les dégâts ayant été commis, il faut s’efforcer de les réparer.

Nos Sages ont précisé que “là où se tiennent les Ba’alé Techouva, les Tsadikim guemourim ne sauraient se tenir”, conférant ainsi un avantage au Ba’al Techouva par rapport à celui qui est toujours demeuré dans la voie droite. Cette opinion est en fait l’objet d’une controverse dans le Talmud. Selon l’un des Sages, le Ba’al Techouva est effectivement supérieur au Tsadik gamour, au Juste parfait, alors que d’autres présentent une opinion contraire en affirmant que “toutes les promesses des prophètes ne concernent que le Ba’al Techouva ; quant à ce qui attend le Tsadik gamour, aucun œil ne l’a contemplé”, pas même l’œil prophétique qui perçoit le lointain de l’histoire mais est dépassé par la réalité du Tsadik gamour [Berakhot 34b]. Ce qui signifierait que le monde que les prophètes nous promettent et nous présentent, c’est un monde qui appartient aux Ba’alé Techouva et qui est construit par eux. Mais le monde des Juifs intègres est un autre monde.

Une controverse dans le Talmud, ne signifie pas que les propos soient divisés entre le vrai et le faux, entre lesquels il faudrait choisir. De toutes les controverses qui surgissent dans le Talmud, il est écrit : “celles-ci et celles-ci sont des paroles du Dieu vivant” [‘Erouvin 13b]. La réalité est complexe, elle présente différents aspects, différentes facettes, différentes lumières. Chaque opinion fait apparaître une facette de la réalité. Chacun perçoit une couleur, un aspect, et ce sont les propos de tous nos Sages ensemble qui constituent la vérité.

Et ce sont les propos de tous nos Sages dans leur ensemble qui forment la réalité. Il est bien évident par ailleurs que chacun des Sages connaissait l’opinion de l’autre, d’autant qu’elles procèdent de la même argumentation. Elles se fondent d’ailleurs toutes deux sur le même verset.

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Commentaire Psychologique de la Torah

le-rabbin-aux-mille-viesAprès la vie du Rabbin Haïm Harboun à lire et à relire :

>>> PDF: Haim Harboun, le rabbin aux mille vies (extrait)

Achetez le livre en ligne >>> ici 

J’écris un long « Commentaire psychologique de la Torah » à partir de l’enseignement du Rav Haïm Harboun et du Talmud qui paraîtra en 2018.
Freud est une goutte d’eau par rapport à l’enseignement des Hakhamim sur l’âme humaine !

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Conférence du Rav Elie Lemmel hier soir à la syna : « Dépasser la culpabilité »
Trés psy et passionnant ! tout un programme en ce temps de Kippour… (Yamim Noraïm) !

Les cédrats de Souccot déjà en vente à Porto-Vecchio !

Dans une semaine la fête des Etroguim (Souccot) !  Déjà en vente à Porto-Vecchio au Spar, route de Bonifacio ! …. (photo de notre ami Philippe Gazaniol). Ils ont leur queue et ils sont de pied franc! donc ils sont cacher !

Le cédrat c’est le symbole du coeur, de celui qui étudie et pratique de bonnes actions, de l’universel.

Que tes filles et des tes fils soient inscrits dans le Livre de Vie ô mon île ! Baroukh Achem mimekomo !

Cédrats Corse

 

Pasquale Paoli et les juifs, un projet économique et spirituel à la naissance de la Nation Corse

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Il est bon de poursuivre notre réflexion sur les origines de la Nation Corse pour comprendre les liens entre les Juifs et la Corse. Tout le monde sait que Paoli s’est appuyé sur les échanges économiques de corail contre des armes avec les juifs de Livourne; mais ce qu’on sait moins c’est que c’est aussi une profonde réflexion religieuse et spirituelle qui a conduit Pasquale Paoli, U Babbu, le père de la Nation Corse, à identifier le destin du peuple Corse avec celui du peuple juif. Je m’appuie ici sur les travaux d’historiens connus, Francis Pomponi et Michel-Vergé Franceschi

On parle généralement de la facette économique (Paoli avait compris que sans indépendance économique l’île ne pourrait vivre comme Etat) mais c’est bien une réflexion religieuse comme le montre Francis Pomponi qui conduisit tout autant la vie de Paoli et de ses compagnons.

Paoli, homme des Lumières,  se confie en réalité comme il le dit lui-même en la « Providence », non pas celle des évangiles mais celle qui guide le peuple d’Israël son modèle. Il vit dans le monde des Prophètes du rouleau d’Esther et des Maccabées en révolte :

Il est impossible de en pas croire que Dieu interpose immédiatement sa puissance pour rendre la Corse libre […] Je n’ai jamais perdu courage parce que je me suis toujours confié dans la Providence.

Lire la suite de « Pasquale Paoli et les juifs, un projet économique et spirituel à la naissance de la Nation Corse »

Chana Tova 5778 !

Chana Tova

Un repas en forme de jeux de mots

Le soir pour le Seder (« ordre » : repas rituel) nous allons manger divers mets : dattes, haricots blancs, poireau, betterave, courge, pomme au miel…

Le Talmud, (Kreitot 6a), rapporte au nom de Abayé : « on consommera, le jour de Roch Hachana, Kra VéRoubia, Karti, Silka, Vétmaré ». De nombreuses traductions ont été données à ces différents aliments ; entre autres, respectivement : citrouille ou courge, haricots ou trèfles, poireau, betteraves ou épinards, et dattes.

Il s’agit comme dit le livre d’Ezéchiel  :

« Et il me dit:  »Fils de l’homme, mange ce que tu trouves là, mange ce rouleau et va parler à la maison d’Israël. » J’ouvris la bouche, et il me fit manger ce rouleau. Et il me dit:  »Fils de l’homme, tu nourriras ton ventre’ et rempliras tes entrailles de ce rouleau que je te donne » ; je le mangeai et il devint dans ma bouche aussi doux que du miel. »… Et l’esprit m’emporta et j’entendis derrière moi le bruit d’un grand tumulte:  »Bénie soit la gloire de l’éternel en son lieu! » » (Ez 3, 1-3)

Dans Manger le livre: Rites alimentaires et fonction paternelle, mon ami Gérard Haddad raconte ce que signifie cet étrange rite :

« Au cours de ce repas, on consomme symboliquement une série de mets. C’est le déchiffrage de ce « repas totémique » qui va me mettre en présence d’un phénomène inattendu : à savoir qu’il y a une opération psychique, à peu près jamais vue, à savoir que l’homme mange de l’écriture. Tous ces fragments d’épinards, d’ail, de datte, etc., n’ont pour rôle que d’apporter les phonèmes de leur nom. »

Nous allons donc manger des mets et des mots :

Les « dattes », (תמרים), liées au mot תם : « terminer » on dit donc la malédiction : qu’il y ait une fin à nos ennemis, ceux qui nous haïssent et tous ceux qui nous veulent du mal. (dans la pensée juive les « ennemis » sont autant les malfaisants qui nous guettent que nos mauvaises pulsions)

Les petits haricots blancs (רוביאלוביא), liés aux mots רב : « nombreux » et לב : «cœur»… pour que nos mérites se multiplient et que Tu nous prennes à cœur.

Le « poireau » (כרתי), lié au mot כרת : « couper », « abattre (un arbre) »… pour que soient abattus nos ennemis.

Le mot « Betteraves »(סלקא) est lié au mot סלק  qui signifie « partir », « disparaître » … pour que disparaissent nos ennemis.

La « courge » (קרא) liée au mot קרע : « déchirer » et aussi קרא : « annoncer », « énoncer »… pour que le mal de notre verdict soit déchiré, et que nos mérites soient énoncés devant Toi..

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La « grenade » aux supposés 613 grains (autant que de préceptes-misvoth de la Torah)… pour que nous soyons remplis de mitsvot comme la grenade [est remplie de grains].

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La « pomme et le miel » (תפוח בדבש) …pour  une année bonne et douce comme le miel. 

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Et enfin l’étonnante tête de poisson ou de bélier… un jeu de mot à elle toute seule en cette tête (rosh) de l’année (ha Shana) alors qu’on dit : « Puisse être Ta volonté, Éternel notre D.ieu et D.ieu de nos pères, que nous soyons à la tête et non à la queue. » … cf. les premiers seront les derniers etc…

Étrange midrash alimentaire, étrange rite paternel du judaïsme qui nous renvoie à la voix originaire.

‘Lorsque les Israélites se saisissent de leur chofar, le Saint béni soit-Il, change de trône: il quitte celui du jugement pour occuper celui de la miséricorde’

La Mitsva est d’écouter le Chofar à a synagogue le jour de Roch Achana. Le chofar est cette corne de berger (corne de bélier) qui permet, comme en Corse, d’appeler le troupeau pour le rassembler. Il s’agit de retourner (techouva) vers D-ieu au sens physique et spirituel.

Yom Terua’h (le jour de la sonnerie) ainsi que l’appelle le Torah, Roch Achana, marque le premier des 10 jours redoutables entre Roch Achana et Kippour, le 1er des 10 jours de repentance. Le Chofar appelle à la repentance, la techouva.

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« Bienheureux le peuple qui connaît le Son du Chofar ! Ils marchent, ô Éternel, à la Lumière de Ta face ! » (Psaume 89, 16)

Le livre des Nombre 10, 9 dit que D-ieu se souvenait de son peuple Israël engagé dans le combat lorsqu’il percevait le son du chofar… Et le midrach (Lévitique rabba 29, Genèse rabba 56 et Rosh Achana 16a) commente:

“Juda bar Nahmani a commenté en ces termes, au nom de Resh Laqish:  Elohim monte en fanfare (teru’a), YHWH au son du cor (shofar) (Ps 47, 6). Lorsque le Saint béni soit-il monte pour prendre place sur le trône du jugement c’est pour rendre un verdict, ainsi qu’il est dit: Dieu monte en fanfare… Mais lorsque les Israélites se saisissent de leur chofar, le Saint béni soit-Il, change de trône: il quitte celui du jugement pour occuper celui de la miséricorde, ainsi qu’il est dit: D-ieu (monte) au son du cor. Son cœur est empli de miséricorde et il leur pardonne. Quand cela a-t-il lieu? Le premier jour du 7ème mois.”

Le soir de Roch Achana nous faisons Tachlikh : nous jetons un caillou dans un cours d’eau. Ce sont nos péchés.

“Elohim monte en fanfare (teru’a) Achem au son du cor (chofar)” (Ps 47, 6)

 

Pray for Florida !

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D’où viennent les Selihot ? Un manuscrit de Selihot du 9ème siècle dans la « bibiothèque murée » de Dunhuang en Chine

Le plus ancien manuscrit babylonien de Selihot
9ème siècle, grotte de Mogao, Chine.

Quand le sinologue Paul Pelliot arriva aux grottes de Mogao en Chine le 25 février 1908, un coin désertique en bordure du désert du Gobi, il était loin d’imaginer qu’il découvrirait dans ce monastère tibétain sur la route de la soie dans la vallée aux mille bouddhas et aux 492 temples bouddhistes un véritable trésor de manuscrits écrits en chinois écrits du IVe au XIVe siècle , en tibétain, en ouïghour, en sogdien, en sanscrit et en hébreu.

Vallée de Mogao

En février-mars 1908, Pelliot achète pour 500 tael (100 euros) à un moine taoïste, une partie des manuscrits de Dunhuang. Celui-ci les avait découverts dans la grotte murée n° 17 des grottes « des mille bouddhas » de Mogao.

Parmi eux on trouve ce manuscrit des Selihot du 9ème siècle. Sans être allé là bas je connais un peu le bouddhisme tibétain pour avoir échangé pendant huit ans avec des moines de  l’école Karma Kagyu et rencontré le Dalaï Lama à Toulouse en 1994 ( une photo que j’ai faite à l’époque)

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DL Moine

Une photo de moi à l’époque

Tandis que la tradition des piyyoutim se développe autour des académies de Galilée le rituel des Selihot (supplications) apparaît dans le Seder  (« Ordre », Rituel ) du Gaon Amram ben Sheshna,  (mort en 875) chef de l’académie  de Soura à la fin du 9e siècle. Cet ouvrage est une responsa aux académies d’Espagne sera la base des sidourim de Maïmonide et de Saadia Gaon et des sidourim  séfarades et ashkénazes.

S’appuyant sur l’autorité de son prédécesseur Cohen Tzedek ben Abimaï, Amram prescrivit au départ de réciter les seli’hot au petit matin des dix jours redoutables (entre Roch Achana et Kippour), une tradition qui s’est étendue au mois d’Elloul dans le monde séfarade.

 

 

« Si la relation sexuelle n’est pas accomplie avec beaucoup de désir, d’amour et de liberté, la Chekhina (présence divine) n’y est pas présente » (Cabbale, 13ème siècle)

Kosher Sex

Quel est le « secret » de la relation conjugale ou plutôt de l’union sexuelle des conjoints ? C’est le sujet de l’ Iggeret ha-Qodech, la Lettre sur la sainteté, écrite non pas par Nahmanide comme on le dit parfois, mais plus probablement par Rabbi Joseph ben Abraham Gikatila (1248-1325), un éminent cabaliste disciple d’Abraham Abulafia, en Castille vers la fin du 13eme siècle. Nous avons déjà parlé de Joseph Gikatila  à propos du mariage juif.

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Rembrandt, la fiancée juive, Photo Meïr Long, Rijksmuseum, Amsterdam

Connue sous d’autres titres, notamment « Les Relations de l’homme avec sa femme » ou encore « Le Dais nuptial », cet opuscule qu’il était de coutume d’offrir aux nouveaux mariés est l’un des plus beaux textes de la Tradition juive sur le couple. Un des plus mystiques aussi.

L’ Iggeret ha-Qodech expose en six chapitres le « secret » (sod en hébreu) de la relation conjugale ou plutôt de l’union sexuelle des conjoints. Lire la suite de « « Si la relation sexuelle n’est pas accomplie avec beaucoup de désir, d’amour et de liberté, la Chekhina (présence divine) n’y est pas présente » (Cabbale, 13ème siècle) »

« Quand il voit que le monde est si coupable et qu’il mérite la destruction, l’Eternel se déplace Lui-même du trône de la Justice à celui de la Miséricorde » (Talmud)

Nous sommes entrés ce mardi soir dans le mois d’Elloul qui nous conduit à Roch Achana et aux 10 jours redoutables. C’est la période des Selihot (de sliha’, « pardon »), dites avant l’aube.

Au cœur de nos ténèbres

Un jour j’ai vu mon maître pleurer et ne pas arriver à finir de prononcer ces mots un jour de Kippour, les mots d’une prière qu’on appelle le Vidouy qui consiste à énumérer ses fautes. Il les disait pour nous tous en cet instant.

L’ambiance de ce moment où nous étions solidaires et anéantis autour de ce vieil homme est resté à jamais gravé dans mon esprit. Massé Avot… siman levanim.

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Une autre fois j’ai vu une femme russe se faufiler comme une ombre et prier contre le kotel, dans le fouilles (Photo DL).  Il y avait chez elle une intensité extrême. Elle faisait littéralement « exister D ». Personne ne sait prier et c’est toujours « la  première fois ». Lire la suite de « « Quand il voit que le monde est si coupable et qu’il mérite la destruction, l’Eternel se déplace Lui-même du trône de la Justice à celui de la Miséricorde » (Talmud) »