Pessah : Ce soir… sentez vous libre !

Seder de PessahC’est ce soir le seder de Pessah. En étudiant le nom des mets servis lors du Seder (« ordre » en hébreu = repas) la veille de Soukkot,  Gérard Haddad a montré dans son livre « Manger le livre » que les mots hébraïques ( retranscris au fond du plat du seder-photo) ont les mêmes homonymies que les invocations qu’ils « sous-entendent ». Par exemple le mot hébreu pour « fève » ressemble à celui pour « malédiction ». Avaler la fève revient à maudire ses ennemis. Il s’agit donc littéralement de « manger des mots » lors du seder de de la fête de Soukkot.

Ceci rejoint les lois qui séparent le lait de la viande…« Tu ne feras pas cuire le chevreau dans le lait de sa mère » dit le livre du Lévitique. Ces préceptes alimentaires sont avant tout un rappel de l’interdit fondamental de l’inceste. Cet interdit qui fonde toute culture.

Ce soir l’enfant demandera : Ma nishtana halaila hazeh mikol haleilot? « Pourquoi cette nuit est-elle différente de toutes les autres nuits ? ». Et son père lui racontera  la Haggadah de Pâques, la libération d’Egypte, un texte de bergers vieux de plusieurs millénaires et compilé au moment de la mishna vers 220.

Ainsi, lors de ce seder, alors que les pains azymes (sans levain) rappellent que les hébreux, dans un sursaut de liberté ont quitté l’Egypte sans avoir le temps de faire lever la pâte, il s’agit de « manger la parole » pour être libéré d’Egypte. De manger des azymes pendant une semaine pour s’en souvenir. La dimension symbolique de l’acte de manger, cet acte d’incorporation et l’écriture nous rappelle que pour le judaïsme toute table est un autel.

plat de seder

Un passage du Pirqé Avot (1er siècle) attribué à Siméon Bar Yochai (fin du premier siècle – début du second) dit :

« Lorsque trois hommes mangent ensemble à une même table et n’y disent pas de paroles de les Torah, c’est comme s’ils avaient mangé des aliments offerts en sacrifice à des idoles mortes », comme il est dit: « car leurs tables sont pleines de mets orduriers, sans place pour D.ieu » (Isaïe 28,8). Mais trois personnes qui mangent à la même table et y ont échangent des paroles de la Torah, c’est comme s’ils avaient mangé à la table du Lieu (Maqom) D.ieu le maître du monde). Comme il est dit: « Voici la table qui est devant Hachém » (Ezékiel 42,22). (Pirqé Avot III, 4)

Et un passage du talmud de Babylone rapporte en écho ce raisonnement :

« L’Ecriture laisse entendre que l’on peut conférer son repas un caractère de sainteté puisqu’il est écrit (Ez 41, 22) : « L’autel en bois avait trois coudées de haut et deux coudées de long. Il avait ses angles, sa longueur et ses parois en bois et l’homme me dit : ‘‘C’est la table devant l’Eternel’’». Le verset commence par détailler les dimensions de l’autel… et indique à la fin, qu’il s’agit d’une table ! Rabbi Yohannan et Rabbi Eleazar en tirent tous deux cette idée-force : Tant que le temple existait, l’autel procurait expiation à Israël, et maintenant que le sanctuaire est détruit, la table, enrichie de commentaires sur les textes sacrés, lui sert de substitut » (TB Berakhot 55 a)

Le Temple était le lieu sacrificiel de la rencontre, tous les sacrifices étaient des offrandes de nourriture en réalité (dans l’antiquité toute viande mangée est le fruit d’un sacrifice à un dieu dans un temple), on privait son désir du meilleur pour s’ouvrir à l’Eternel et guérir de son désir mauvais et égoïste (péché). Le temple détruit, les sacrifices arrêtés, la table du seder a pris cette place. Lire la suite de « Pessah : Ce soir… sentez vous libre ! »

SIDRA de VAYIKRA, « Il appela », 5 Nissan 5773

Torah

Un commentaire de la paracha du dernier Shabbat (à lire ici) par le Rav Haïm Harboun.

Nous commençons le livre du Lévitique qui traite presque exclusivement de tout se qui se passe au Temple et particulièrement du Grand Prêtre. C’est pourquoi cette première Sidra, de manière métonymique, porte le nom de ce livre. C’est important car cette formulation insiste sur la première phrase de ce livre, formulée de manière très particulière « L’Éternel appela Moïse, et lui parla… » et au verset suivant « Parle aux enfants d’Israël et dis-leur… ». Pourquoi « Parler pour parler » et « parler pour dire » ? Il nous faudra bientôt résoudre cette question.
Je parlerai d’abord de l’écologie juive et de son respect des animaux puis du sens des sacrifices pour nous aujourd’hui.

De l’animal à l’homme
Le livre du Lévitique nous décrit avec grande précision les sacrifices, autrement dit la manière d’abattre une bête, de récupérer son sang, sa peau, de faire brûler sa graisse, etc… N’importe quel homme moderne, qui lit cela pour la  première fois, est bouche bée… Car une lecture superficielle nous laisse une impression d’une activité primitive, païenne et presque idolâtre d’une cruauté semblable à celle des corridas modernes. Comment donc, comprendre que la Torah qui a émis, les premiers principes, de respect des animaux il y a presque quatre mille ans,  puisse transformer le Temple en un véritable abattoir ?

Il serait bon de comprendre comment le Judaïsme considère  le respect à l’égard des animaux et par déduction, nous comprendrons alors que la vie d’un homme est sacrée. Lire la suite de « SIDRA de VAYIKRA, « Il appela », 5 Nissan 5773 »

SIDRA de VAYAKHEL-PEKOUDE, « Il rassembla » – « Les comptes », 27 Adar 5773

Torah

Un commentaire de la paracha du dernier Shabbat (à lire ici) par le Rav Haïm Harboun.

Ces deux péricopes qui terminent le Livre de l’Exode  constituent l’inventaire de tous les matériaux nécessaires pour la construction du Tabernacle, ce michkane, qui fut la demeure nomade de l’Eternel au désert. De cet inventaire nous pouvons tirer de nombreux enseignements.

« Je te donnerai un cœur sage et intelligent »
La Torah revient sans cesse sur la qualité indispensable des artisans hommes et femmes qui ont procédé à la construction du Tabernacle, une expression qui revient de nombreuses fois dans notre texte : « Que tous ceux qui ont la sagesse du cœur… Toutes les femmes dotées de la sagesse du cœur…Moïse convoque Betsalel et Oholiav ainsi que tous les hommes doués à qui L’Éternel avait accordé la sagesse du cœur ». Cette première qualité de Hokhmath lèv « la sagesse du cœur » parcours toute la Sidra. Pourquoi ? Parce que le cœur est le siège des émotions ; quant à la sagesse, elle relève de la tête, de l’intellect, de la raison. Alors pourquoi attribuer la sagesse au cœur ? La Torah a voulu nous  mettre en garde contre les excès de l’intelligence. Celle-ci peut se mettre au service du mal, de l’injustice, de la domination, etc. C’est pourquoi elle doit être tempérée par le cœur. Autrement dit, par les émotions. Que signifie cette « sagesse du cœur » ? Une prière de Moïse dans un psaume (Ps 90, 12) après avoir constaté la condition misérable de l’homme demande : « Apprends-nous donc à compter nos jours, pour que nous acquérions un cœur ouvert à la sagesse ». Celui qui a éprouvé la dureté de l’existence éprouve de la compassion pour ses semblables, il ne les juge pas uniquement avec son intelligence rationnelle, son cerveau gauche mais aussi avec son cœur, sa sensibilité. L’intelligence doit être ouverte à l’empathie, au partage, à la justice, au respect, à l’aménité. Un psaume chante cette union de la raison éclairée par le cœur : « L’amour et la vérité se donnent la main » (Ps 85, 11). Quel est le résultat de cette rencontre ? Le mariage de l’intelligence et du cœur aboutit à la volonté. L’intelligence seule peut être aboulique, elle peut disséquer sans fin toutes les possibilités sans jamais prendre parti. « Je te donnerai un cœur sage et intelligent[1] » dit l’Eternel au roi Salomon. C’est cette intelligence du cœur qui lui permet à son réveil de rendre un jugement juste entre les deux femmes qui se disputent un enfant. L’intelligence du cœur conduit à la volonté qui met en route l’action. La Sidra insiste sur ces « contributions volontaires »[2]. La Torah magnifie la volonté et précise que « rien ne résiste à la volonté » Lire la suite de « SIDRA de VAYAKHEL-PEKOUDE, « Il rassembla » – « Les comptes », 27 Adar 5773 »

SIDRA de KI-TISSA, « Lorsque tu prendras » – 20 Adar 5773

Torah

Un commentaire de la paracha du dernier Shabbat (à lire ici)
Des personnes et pas de numéros

La Sidra commence par des instructions concernant le dénombrement :

« L’Éternel parla à Moïse en ces termes :  » Quand tu feras le dénombrement général des enfants d’Israël, chacun d’eux paiera au Seigneur le rachat de sa personne « … Le riche ne donnera pas plus, le pauvre ne donnera pas moins que la moitié du sicle, pour acquitter l’impôt de l’Éternel, à l’effet de racheter vos personnes… le produit servira de recommandation aux enfants d’Israël devant le Seigneur, pour qu’il épargne vos personnes. » »

La torah répète trois fois ce mot nefesh, qui désigne l’âme et plus profondément, le souffle, la respiration, la personnalité profonde, spirituelle, le « moi vivant ».

Cette répétition nous apprend qu’il n’est pas permis de compter le nombre de personnes en leur attribuant un numéro. La Torah veut nous rappeler que l’homme a été créé à l’image de D. il ne peut être considéré comme un simple numéro. Nous ne sommes pas des fonctions anonymes ou des objets sans âme mais des personnes spirituelles. Autrement dit, la qualité des relations humaines à la base d’une société saine commence par le respect de l’autre, par des liens avec autrui considéré comme une fin et pas comme un moyen. Par ailleurs la Torah précise que pour le dénombrement, chaque personne doit donner un demi-sicle, qu’elle soit riche ou pauvre. Pourquoi donc un demi-sicle ? Parce qu’un juif doit toujours se considérer comme s’il n’était que la moitié de toute chose. Pour arriver à l’unité il lui faut la relation avec l’autre. Moi, personne spirituelle, nefesh « moi vivant » je ne trouve mon entière valeur que dans la relation à autrui.

Lire la suite de « SIDRA de KI-TISSA, « Lorsque tu prendras » – 20 Adar 5773 »

Noachisme : Le messianisme, « L’Eternité d’Israël » et les nations selon le Maharal de Prague

Haggadah de Venise-Prophète Elie-détail

Le prophète Elie annonce l’arrivée du Messie, Haggadah de Venise, 1609 (voir note [1])

Haggadah de Venise-Elie

Toute la page de la Haggadah (voir note [1])

Il faut absolument relire les écrits de Rabbi Yehuda ben Bezalel Liwa, « Notre enseignant, le Rav Loew », Morenou HaRav Loew, connu sous l’acrostiche de Maharal de Prague (1512-1609) et particulièrement Netsah Israël « L’Éternité d’Israël » publié en 1599. Erudit de l’ombre il demeure dans sa ville natale de Posen en Pologne jusqu’à quarante ans, il devient alors rabbin dévoué de la communauté de Nikolsbourg en Moravie pendant vingt ans. A l’âge de soixante ans il rejoint le vieux quartier juif de Prague et à partir des notes et réflexions d’une vie il écrit une oeuvre considérable… qui sera publiée seulement à l’âge de soixante-dix ans. Il meurt vingt sept ans plus tard à l’age de 97 ans laissant derrière lui une oeuvre considérable. Cette haute figure de la renaissance, contemporain des maîtres de Safed et d’Isaac Louria, au coeur d’une mutation importante de la morale et du messianisme juifs de son époque a déployé une puissante réflexion sur le messianisme juif et sur son lien avec le processus originaire de création. Son nom est associé à la légende du Golem, cette créature d’argile, fiction sur l’adam originel finalement assez proche des préoccupations théologiques du Maharal.

Il faut dans un premier temps évacuer  une idée fausse du messianisme. Celle qui le conçoit comme une projection du désir de l’homme de la Rédemption, envisagée comme une coïncidence avec l’origine, qui n’est au fond qu’une forme populaire d’idolâtrie (la présentation du christianisme comme un « messianisme réalisé » qui n’attendrait plus la Géoula en est une des multiples formes)? Cette réponse est au fond une mauvaise réponse à une bonne question, celle de l’absurde et du vide de l’histoire. Il nous faut évacuer cette conception naïve si nous voulons comprendre le Maharal. L’autre tentation tout aussi récurrente consiste en  la spéculation sur la date de venue du messie. Un exercice que déconseille le Talmud : « que se vide l’esprit de ceux qui calculent la fin des temps » (T.B. Sanhédrin 97, 2.); les spéculations messianiques… rendent fou! Ce n’est bien évidement pas dans ce contexte que se situe le Maharal de Prague, même si sa réflexion est sans doute une volonté de réponse rationnelle à l’apocalyptique délirante qui saisit certains de ses contemporains face à la souffrance bien réelle du peuple.

La pensée du Maharal naît comme toutes les réflexions messianique dans un contexte de catastrophes :  les expulsions des juifs d’Espagne en 1492 et la persécution qui s’ensuivit. C’est à cette époque que le grand Isaac Arbabanel (1437–1508), ministre des rois du Portugal et d’Aragon, avait rédigé la première somme juive sur le messianisme. Il espérait que le messie arriverait en 1503… il mourut en 1508 sans en avoir vu l’avènement… A la même époque l’agitation messianique produit des faux-messies activistes politiques comme David Reubeni (1490–1535/1541?) et Salomon Molko (1500-1532) en Italie de 1524 à 1532. En 1516 a été créé le ghetto de Venise, en 1553 le Talmud est brûlé à Rome. En 1563, en Russie, le tsar Ivan le Terrible fait noyer les juifs de Polotzk dans la Dvina. En 1590 les marranes espagnols et portugais fuient en Hollande (Spinoza). Dans ce contexte de souffrance du peuple, la force du Maharal est d’avoir poursuivi la réflexion messianique mais aussi d’en avoir refusé la tentation sous la forme d’une confusion de la Création et de D…. il a donc réfléchi sur le messianisme juif, que professe Maïmonide comme un article de foi tout en ne renonçant pas à l’histoire et au projet d’inscrire le destin d’Israël dans l’histoire de toutes l’humanité, celle des nations. Lire la suite de « Noachisme : Le messianisme, « L’Eternité d’Israël » et les nations selon le Maharal de Prague »

Onfray – Soler et les juifs : Finkielkraut se fâche

Certains voudraient faire passer Finkielkraut pour un vieux réac mais  il n’en est rien : le philosophe est toujours vert et prêt à guerroyer. Hier soir à Copernic, il a lancé une nouvelle mise en garde concernant l’antisémitisme à l’occasion d’une conférence-débat  sur les « Français et la mémoire de la Shoah »

Alain Finkielkraut, François Azouvi et Alexandre Adler

 « J’ai ici n’est-ce pas… d’ailleurs, sacrilège que d’avoir ce livre ici ce livre ! La violence monothéiste (éd de Fallois), qui a été célébré récemment par Michel Onfray dans Le Point. Jean Soler nous y explique que Hitler s’est directement inspiré du modèle biblique, que Mein Kampf reprend, d’une certaine manière, une idée du peuple élu et de l’extermination contenue dans la Bible. Donc, si vous voulez, non seulement les juifs sont les nazis d’aujourd’hui mais ils sont aux yeux de certains, les nazis originels ».

Lire la suite sur le blog de Marie-Pierre Samitier

Pour en savoir plus : mon article « Onfray Soler, dérapage en roue libre dans Le Point »

Tripalium, une approche structurale du travail, par Gérard Haddad

haddadDans son nouveau livre Tripalium, pourquoi le travail est devenu une souffrance notre ami psychanalyste et psychiatre Gérard Haddad [1] revient aux premiers pas de son existence professionnelle comme ingénieur agronome en Casamance. Après avoir analysé dans Tu sanctifieras le jour du repos la manière dont le Shabbat structurait le temps et l’espace tout en libérant l’homme de la tâche de la semaine , dans Tripalium il poursuit cette réflexion en nous proposant une réflexion sur les structures élémentaires du travail. Il nous en présente ici le contenu et la méthode.

TripaliumLe grand mystère, disait Lacan, n’est pas l’apparition de l’homo sapiens, c’est celle de l’homo faber, le premier primate qui s’est mis à travailler. S’il y a une essence de l’homme, ne faut-il pas la chercher de ce côté-là, dans son rapport au travail ? Or l’homme d’aujourd’hui a mal à ce travail, mal dont la gravité mine les fondations de nos sociétés. Un mal à deux visages. Celui du chômeur emporté par une marée noire montante quand une énorme centrifugeuse, à la vitesse croissante, l’éjecte du processus productif. Mais aussi mal de l’homme au travail, éprouvant dans sa tâche une souffrance parfois si extrême qu’elle lui rend l’existence insupportable.

Les psychanalystes tentent de comprendre la douleur humaine dans l’espoir de l’apaiser. Longtemps ils ont vu dans les avatars de la sexualité, dans ses échecs, la racine principale de cette douleur. Freud avait bien pressenti l’existence d’une autre cause au mal de vivre dans le rapport du sujet à son labeur. Il s’intéressa ainsi aux travaux de Hans Sperber, qui dans son essai De l’influence des facteurs sexuels sur l’origine du langage, tenta, non sans maladresse, de trouver non seulement une origine sexuelle au langage mais aussi un lien entre sexualité et travail. De son labeur  l’homme tire les moyens de sa subsistance, mais aussi une satisfaction, une sublimation utile de ses pulsions sexuelles et agressives. C’est cette satisfaction que beaucoup de nos contemporains ont perdue. L’intuition de Sperber est restée dans les limbes de la doctrine freudienne.

Pourtant, Sociologues et psychologues ne cessent d’interroger ce mal en se fondant sur l’analyse concrète de situations actuelles. Je propose, en complément de  cette méthode phénoménologique, une approche « structurale ». Elle consiste, à la manière des chimistes, à saisir le travail humain au niveau « moléculaire » en essayant de définir ses structures élémentaires, constituées d’un sujet, de son outil et de l’objet qu’il traite. Ces structures sont au nombre de trois. Lire la suite de « Tripalium, une approche structurale du travail, par Gérard Haddad »

Servir l’Etat français sous l’occupation nazie

Un article de Marie-Pierre Samitier sur son blog

Faire des choix ? Les fonctionnaires dans l’Europe des dictatures 1933-1948.

Aryanisation économique et spoliation en IsèreLe colloque organisé par le Conseil d’Etat et l’EHESS les 21, 22 et 23 février explorait l’action de l’appareil d’Etat au temps de l’Occupation. Utilisant le droit et s’appuyant ainsi sur une légitimité formelle, les fonctionnaires devaient servir l’Etat et obéir aux ordres reçus… obéir jusqu’où ? Quand le droit ne protège plus l’individu et qu’il attente à la dignité humaine, les fonctionnaires les plus zélés n’ont-ils pas un devoir de désobéissance au nom de la loi morale ?

Ce colloque, inauguré par le Président de la République François Hollande,  a ceci de remarquable qu’il exprime la lecture qu’ont les représentants de nos institutions et les intellectuels  de l’histoire de Vichy et de la mémoire de la Shoah. Comment notre vieille démocratie a-t-elle cautionné par le droit et avec les agents de l’Etat l’extermination d’un peuple, et pourquoi cela a-t-il été possible ? C’est ainsi que le droit français, dans l’esprit des doctrines nazies, a mis en oeuvre les mécanismes d’exclusion des juifs, avec la mise en application des textes par les fonctionnaires, serviteurs de l’Etat. Plusieurs lois en 1941 (2 juin, 22 juillet) vont ainsi  » interdire aux juifs d’exercer une profession libérale, une profession commerciale … être titulaire d’une charge d’officier public ou ministériel ou être investi de fonctions dévolues à des auxiliaires de justice dans les limites et conditions fixées par décret en Conseil d’Etat ».

Tal Bruttmann
Tal Bruttmann

Auteur d’un livre sur la question ( ‘Aryanisation économique et spoliations en Isère’), Tal Bruttmann que j’ai rencontré à l’occasion de l’exposition sur la spoliation des biens juifs au Mémorial de la Shoah a détaillé les agissements à la préfecture de l’Isère pendant les années de l’Occupation, expliquant par exemple comment une administration peut refuser un avancement à une fonctionnaire auquel elle a droit. Bruttmann a raconté dans un livre ( ‘La logique des bourreaux’ ), comment l’arrivée des Allemands à Grenoble a transformé la ville en enfer. Grenoble et sa région où de nombreux juifs s’étaient réfugiés à partir de 1939. Plus de 700 personnes y ont été arrêtés et envoyées dans les camps de la mort. (suite sur la blog de Marie-Pierre Samitier)

 

A lire : Tal Bruttmann, Aryanisation économique et spoliations en Isère, 1940-1944,  PUG, 2010.
L’un des volets de la politique antisémite mise en oeuvre par l’Etat français entre 1940 et 1944 contre les Juifs de France fut l’organisation de leur dépossession. Dans le cadre de la politique d' »aryanisation » économique, les entreprises, commerces biens immobiliers furent systématiquement spoliés par l’action des administrations françaises sur l’ensemble du territoire. Cet ouvrage, qui conclut les travaux de la Commission d’enquête mise en place par la ville de Grenoble sur la spoliation des Juifs sous Vichy, s’attache à mettre en lumière ce processus tel qu’il s’est déroulé dans le département de l’Isère et répondre à un certain nombre de questions: quelle fut l’ampleur des biens touchés? Quelles furent les conséquences de cette politique d’exclusion pour les victimes, alors que parallèlement se mettait en place la « solution finale »? Comment, enfin, s’effectuèrent, après la libération, les restitutions ordonnées par la République?

SIDRA de TETSAVE « Tu ordonneras » – 13 Adar 5773

Torah

Un commentaire de la paracha du dernier Shabbat (à lire ici) par le Rav Haïm Harboun.

La Sidra est consacrée  presque entièrement aux vêtements des Cohanim à l’exception des deux premiers versets : «  Et, toi tu ordonneras aux fils d’Israël qu’ils prennent pour toi une huile pure d’olive concassée pour le luminaire. » Que viennent  nous enseigner ces deux versets qui semblent en dehors du sujet général ?  Avant d’évoquer les luminaires, il eut été logique que la Torah  traite en premier de la construction du Candélabre et de lui assigner une place.

Pour comprendre cette absence de logique il est nécessaire de déchiffrer la signification du verset suivant : « dans la tente d’assignation en dehors du voile qui est sur le témoignage » : le voile, est ce qui sépare le Saint des Saints du sanctuaire (Kodech) où se trouvait justement la Menorah, mais aussi la Table des pains et l’autel des encens. Le Kodech Hakadochim étant au sommet en terme de sainteté. Une fois par an, à Kippour, le Grand Prêtre pénétrait dans le Saint des Saints où se trouvait l’arche qui contenait les tables de la loi, pour prier pour le pardon des péchés du peuple. Ces deux versets qui traient des luminaires ouvrent la péricope pour nous apprendre que D. n’a pas besoin de la lumière du Candélabre situé en dehors du Saint des Saints. Autrement dit, il n’est pas possible d’attribuer à l’Eternel une fonction qui pourrait l’assimiler à un être humain. On ne peut pas « remonter à D. » à partir du créé. L’Eternel est hétérogène à sa création et au temps des hommes. C’est aussi en ce sens qu’il faut comprendre les expressions « Qu’ils prennent pour toi » et «  fais approcher vers toi »…  L’Eternel est l’Absolu de tout et ne peut être assimilé à rien.

J’aborderai trois sujets qui parcourent cette paracha : l’huile, le vêtement, l’attention à la parole.

L’huile : quand le particularisme devient lumière pour les nations

Il est question dans la Sidra « d’une huile pure d’olive concassée » L’huile occupe une place importante dans la Torah comme chez tous les peuples méditerranéens. Israël a été souvent comparé à de l’huile d’olive pure. En fait Israël est comparé à l’huile parce que ce liquide se distingue par son incapacité à se mélanger à d’autres liquides, il finit toujours par flotter à la surface. Il en de même pour le peuple juif, comme l’huile, est hétérogène avec les nations. On a beau vouloir l’assimiler il finit toujours par retrouver sa spécificité, son particularisme. Lire la suite de « SIDRA de TETSAVE « Tu ordonneras » – 13 Adar 5773″

Hag Pourim Sameah !

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Aujourd’hui, 14 Adar, c’est Pourim. Hier soir on a lu  la Méguila d’Esther. Les petites filles se sont déguisées en Reine Esther et on fait crépiter leur crécelle avec un clown quand on prononçait le nom d’Aman. On a arrété aprés la mention de sa mort (car « Quand ton ennemi tombe, ne te réjouis pas« ). Aujourd’hui on a mangé et on s’est donné des gateaux. Il est de tradition de donner aux pauvres en ce jour.

Une magnifique histoire persane à écouter.

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