Pourquoi le judaïsme est-il insoluble dans les autres monothéismes ?

Par Gérard Haddad
L’un des phénomènes les plus étonnants de l’Histoire est sans doute la persistance d’un groupe humain qu’on appelle le peuple juif, peuple éparpillé aux quatre coins du bassin méditerranéen et du Proche Orient, puis, à l’ère moderne, sur toute la planète, ceci malgré l’absence d’organisation centrale et de langue parlée commune.

Qu’est-ce qui fait tenir ces communautés ? Il leur aurait été si simple de se dissoudre dans l’Islam environnant, en définitive si semblable, ou dans le christianisme avec lequel il partage un ensemble de textes sacrés. De surcroit ce peuple a été soumis tout au long des siècles à des moments de persécution violente, telle celle exercée par l’Inquisition. Les juifs avaient le choix entre un peu d’eau bénite pour le baptême ou le bûcher. Beaucoup ont choisi le bûcher, ce qui fait d’eux les véritables héros du peuple juif. De nombreux individus, soumis à ces pressions du milieu ambiant ont accepté cette dissolution, mais le tronc principal a, lui, persisté. Pourquoi donc le judaïsme, à l’épreuve de l’histoire, s’est-il révélé insoluble dans les autres monothéismes ?

Ma réponse est la suivante. A l’insu même des juifs, le judaïsme renferme quelque chose que l’on ne retrouve pas dans les autres monothéismes, unreste différentiel. Quel est donc ce reste différentiel, ce sheerit, pour employer l’expression d’Isaïe ?

Est-il possible que ce reste différentiel soit la raison pour laquelle le judaïsme provoque chez les non-juifs un recul, une gêne, voire un effroi, recul, gêne qui peuvent se métamorphoser en antisémitisme. C’est donc aussi ce point que je voudrais éclairer, le mystère de l’antisémitisme.

Chacun y est allé de son explication. Lire la suite de « Pourquoi le judaïsme est-il insoluble dans les autres monothéismes ? »

Les gréco-romains obligeaient-ils les nations vaincues à croire leurs dieux ?

Le 9 Av (Tisha bé Av תשעה באב) célébré aujourd’hui par le jeûne est une date de catastrophes pour le peuple juif.

–         C’est ce jour qu’ont été détruits les deux Temples de Jérusalem : le 9 Av -586, le 9 Av 68 (photo d’un maquette du second Temple)

–         C’est le 9 Av 1492 que les juifs ont été chassés d’Espagne…

Mais, si l’on en croit les des Prophètes, le 9 Av deviendra un jour de réjouissances.

« Ainsi parle l’Eternel-Cebaot: Le jeûne du quatrième mois et le jeûne du cinquième, le jeûne du septième et le jeûne du dixième mois seront changés pour la maison de Juda en joie et en allégresse et en fêtes solennelles. Mais chérissez la vérité et la paix ! » (Zacharie 8, 18)

Occasion pour nous de revenir sur le conflit de croyance entre Israël l’empire gréco-romain qui nous sont posées sur ce blog. Les gréco-romains obligeaient-ils les nations vaincues à croire leur dieux ? Je montrerai que cette question posée de manière moderne (liberté de conscience) n’a pas de sens pour les mentalités de l’époque.

LA COLONISATION GRECO-ROMAINE

J’ai montré dans « Jésus de Nazareth, juif de Galilée » avec d’autres historiens (et non de croyants …) que la méthode des ‘villes grecques’  (d’Alexandre au départ mais aussi Séphoris à quelques kilomètres de Nazareth à l’époque de Jésus) consistait à coloniser une région avec des « villes grecques » en mettant à la tête de la population une aristocratie d’affidés locaux vivant « à la grecque » (Cf Hérode Antipas), avec gymnase, cirque, temples, jeux…, le pouvoir central relevant l’impôt et intervenant militairement en cas de problème ou gouvernant directement (CF, Pilate à Jérusalem). Les populations locales vivaient à la grecque comme nous consommons des films d’Hollywood. Ce n’était pas une question de croyances mais de colonisation, de pouvoir, d’impérialisme dirions-nous aujourd’hui. La religion, centrale, était un levier stratégique parmi d’autres. Lire la suite de « Les gréco-romains obligeaient-ils les nations vaincues à croire leurs dieux ? »

Lekha Dodi לכה דודי

Le Lekha Dodi,  composé à Safed au XVIe siècle par le Rabbi Chlomo Halévy Elkabets est chanté à la tombée de la nuit le vendredi soir pour accueillir la « fiancée Shabbat » .

Traduction française Translittération Hébreu
Refrain:
1 Viens, mon bien-aimé, au-devant de la fiancée, Lekhah dodi likrat kallah לכה דודי לקראת כלה
2 Allons accueillir le Shabbat.. penei Shabbat nekabelah פני שבת נקבלה
1er couplet:
3 « Observe » et « souviens-toi » : c’est en une seule parole, Shamor ve-zachor be-dibur ekhad שמור וזכור בדבור אחד
4 [que] le Dieu Un et Unique nous fit entendre hishmianu E-l hameyukhad השמיענו אל המיחד
5 L’Éternel est Un et son Nom est Un, Ashem ekhad ushemo ekhad יי אחד ושמו אחד
6 A Lui Honneur, Gloire, Louange!. Le-Sheim ul-tiferet ve-li-t’hilah לשם ולתפארת ולתהלה
2ème couplet:
7 A la rencontre de Shabbath empressons-nous, Likrat Shabbat lekhu ve-nelekhah לקראת שבת לכו ונלכה
8 Car il est la source de toute bénédiction. kee hee mekor haberakhah כי היא מקור הברכה
9 Consacré dès les temps les plus lointains, merosh mikedem nesukhah מראש מקדם נסוכה
10 Clôt la Création, mais pensé dès l’origine [par le Créateur]. sof ma’aseh be-machashavah tehilah סוף מעשה במחשבה תחלה
3ème couplet:
11 Sanctuaire du Roi, Ville royale, Mikdash melekh ir melukhah מקדש מלך עיר מלוכה
12 Debout, relève-toi de tes ruines ! Kumi tze’i mitokh ha-hafeikhah קומי צאי מתוך ההפכה
13 Trop longtemps tu es demeurée dans la vallée des pleurs. Rav lakh shevet be-eimek habakha רב לך שבת בעמק בעמק הבכא
14 Mais voici que Lui éprouve pour toi de la compassion. ve-hu yachamol alayich chemlah והוא יחמול עליך חמלה
4ème couplet:
15 Secoue la poussière, relève-toi ! Hitna’ari me-afar kumi התנערי מעפר קומי
16 Revêts, Mon peuple, les vêtements de ta splendeur ! Liv-shi bigdei tifartekh ami לבשי בגדי תפארתך עמי
17 Par le fils de Jessé, de Bethléhem, Al yad ben Yishai beit ha-lakhmi על יד בן ישי בית הלחמי
18 Mon âme voit s’approcher d’elle le salut. Korvah el nafshi ge-alah קרבה אל נפשי גאלה
5ème couplet:
19 Réveille-toi, réveille-toi ! Hitoreri hitoreri התעוררי התעוררי
20 Car ta lumière est venue ! Lève-toi, resplendis ! Ki va oreikh kumi ori כי בא אורך קומי אורי
21 Dresse-toi, dresse-toi, entonne un cantique ! Uri uri shir dabeiri עורי עורי שיר דברי
22 Car la gloire de l’Éternel resplendit sur toi. Kevod Ado-nai alayikh niglah כבוד יי עליך נגלה
Lire la suite de « Lekha Dodi לכה דודי »

La haine des juifs et les narcissismes offensés

Nous publions ici une réflexion du rabbin Haïm Harboun:

Pourquoi haït-on les Juifs ?


Celui-ci revient sur la cause profonde de la haine des juifs dont la cause est une « atteinte au narcissisme des nations ».

Rafle allemande en 1944

La haine, à l’égard des Juifs, n’est pas un phénomène nouveau. On peut remonter à Pharaon, qui jetait des  nourrissons juifs dans le Nil, aux philistins qui brûlaient les champs des juifs avec des queues de renards enflammées. Les Assyriens dévastaient régulièrement le territoire d’Israël,  Nabuchodonosor  détruisit le temple et exila la population  juive en Babylonie. Les Grecs occupèrent le pays à partir de –332 avec l’invasion de l’armée d’Alexandre le Grand, les Romains détruisirent le deuxième temple et rasèrent tout le pays. On peut continuer longtemps l’énumération des souffrances infligées aux Juifs, surtout au Moyen Age mais pour cela il faudrait une bibliothèque entière. Des centaines de livres ont déjà été rédigés, mais comme la persécution des Juifs continue de nos jours, les historiens ont encore du pain sur la planche. La dispersion des Juifs et leurs conditions de  vie étaient  si  misérables, au point que la minorité juive partout  était considérée comme un élément étranger sur lequel se focalisaient les haines et l’hostilité. Cette minorité souffrante  partout, culpabilisait les populations locales, ce qui entraînait  son rejet, son  isolement, et sa dégradation. Dans l’antiquité, le faible n’avait aucun espoir de vivre décemment. La pulsion de haine qui se traduit par la persécution du faible, incapable de se défendre, a enraciné dans la mentalité  des populations indigènes  que les Juifs étaient néfastes, impurs, et souillant  le lieu où ils se trouvaient. Lire la suite de « La haine des juifs et les narcissismes offensés »

L’Etoile et le Jasmin

« L’étoile et le jasmin » une émission présentée par André Nahum. Il reçoit Didier Long auteur du « Petit guide des égarés en période de crise» sur JudaïquesFM.

Transcrit par Danilette (merci!) sur son blog : http://danilette.over-blog.com

André Nahum : bonsoir, je reçois ce soir Didier Long pour son livre « Petit guide des égarés en période de crise », paru aux éditions Salvator  

Je vous ai invité d’abord parce que vous êtes un personnage hors normes et parce que vous avez écrit un livre extrêmement intéressant, passionnant. On va parler un petit peu de votre cursus, vous avez été moine bénédictin et puis vous avez quitté la vie monastique, vous vous êtes marié, vous avez eu des enfants et puis vous découvrez le judaïsme, alors comment vous avez découvert le judaïsme ?
Il faut d’abord expliquer ce que sont les Bénédictins, c’est un peu si vous voulez comparer, les Esséniens : le fait de se lever de 2, à 3h du matin pour réciter des Téhilim (Psaumes) donc c’est Téhilim toute la journée, plus une forme de Talmud Torah qu’on appelle Lectio divina et il y avait deux frères, frère Mathieu Colin qui en fait était un spécialiste du judaïsme et qui était un copain de Pierre Lenhardt, professeur de Talmud à l’Université hébraïque ; Mathieu et Pierre nous faisaient des cours, donc j’ai appris là-bas l’hébreu, j’ai commencé à apprendre l’hébreu à l’âge de 20 ans et je n’ai jamais arrêté les études juives en fait, des études de Talmud faites par des Chrétiens qui avaient vécu en Israël. Lire la suite de « L’Etoile et le Jasmin »

Onfray, Soler la polémique… Trackback

L’article de Michel Onfray dans Le Point du 07 juin 2012 sur le bouquin de Soler sur lequel j’avais écrit un post le 13 juin dernier à provoqué une polémique : 6500 personnes ont lu ce post !

Pour ceux qui n’ont pas suivi, voilà les différentes contributions au débat disponibles en ligne classées dans l’ordre chronologique :

– Didier Long, « Onfray, Soler… dérapage en roue libre dans Le Point« Spiritualités sans frontières, 13 juin 2012.

– Yeshaya Dalsace, « Michel Onfray, Jean Soler et les juifs »Massorti.com, 14 juin 2012.

– Pascal Bacqué, « Michel Onfray est sympa », La Règle du jeu, 20 juin 2012.

– Michaël de Saint Chéron, « Jean Soler et Michel Onfray en guerre contre La Bible« , La Règle du Jeu, 22 juin 2012.

– Guy Millière « Michel Onfray n’est pas antisémite », Dreuz Info, 24 juin 2012.

– Haïm Korsia, « Jean Soler ou les démons de Michel Onfray« , L’Express, 26 juin 2012.

– Eric Mettout, « Non, Onfray n’est pas révisionniste« , L’Express, 26 juin 2012.

– David Caviglioli, « Michel Onfray accusé d’antisémitisme… et d’amateurisme », Le Nouvel Observateur, 28 juin 2012.

– Daniel Salvatore Schiffer, « Michel Onfray antisémite ? Quelle calomnie !« , Le Plus, 28 juin 2012.

– Yeshaya Dalsace, Aldo Naouri et Antoine Spire, Marek Alter, « La polémique Michel Onfray-Jean Soler », 28 juin 2012.

– Michel Onfray,  Confidences d’un « antisémite », Le Point, 28 juin 2012.

– Tristan Denonne,  Moïse, une préfiguration de Hitler ?, Le Monde des religions, 02 juillet 2012.

– Gérard Bensussan, Alain David, Michel Deguy et Jean-Luc Nancy, « Du ressentiment à l’effondrement de la pensée : le symptôme Onfray »Libération, 3 juillet 2012.

– Michel Onfray, « Sale temps pour la pensée debout ! »Libération, 03 juillet 2012.

– Yeshaya Dalsace, Onfray antisémite?(suite), Tribune juive, 05 juillet 2012.

Onfray, Soler… dérapage en roue libre dans Le Point

Sous prétexte de démystification de pseudo « idées reçues » (les siennes ?), l’article de Michel Onfray paru dans le Point du 07 juin 2012 «  Jean Soler, l’homme qui a déclaré la guerre aux monothéismes »  (voir ici), sous couvert de défendre un livre, développe des arguments supposés historiques (les siens) qui sont pour la plupart inexacts… quant il ne s’agit pas de grossières erreurs.
S’ensuit un combat de clochmerle de généralités pour défendre les vertus d’Athènes face une Jérusalem dont la morale aurait étouffé l’occident. Mais où veut-il en venir ?… se demande le lecteur. Le meilleur est gardé pour la fin : «  les juifs inventent le génocide, cet acte généalogique « est révélateur de la propension des Hébreux à ce que nous nommons aujourd’hui l’extrémisme »», « la Shoah ne saurait être ce qui est couramment dit : un événement absolument unique… » mais « la preuve définitive de l’inexistence de Dieu». Auquel d’ailleurs Moïse ne croyait pas nous prévient l’intertitre de la version papier du Point. Enfin, au cas où le lecteur n’aurait pas compris après avoir lu le panneau « grosse provoc’ », une saine exégèse de Mein Kampf est déployée  « le nazisme selon Mein Kampf (1924) est le modèle hébraïque auquel il ne manque même pas Dieu », « Hitler est le guide de son peuple, comme Moïse »… Enorme! mais moins que l’argument définitif, une essentialisation du peuple juif violent contre les autres peuples à travers toute l’histoire : « le monothéisme devient une arme de guerre forgée tardivement pour permettre au peuple juif d’être et de durer, fût-ce au détriment des autres peuples. Il suppose une violence intrinsèque exterminatrice, intolérante, qui dure jusqu’aujourd’hui ». L’histoire est donc convoquée pour cette actualisation : « jusqu’aujourd’hui ».  Josué, Moïse, Hitler, et l’Etat d’Israël dans les territoires aujourd’hui ? même combat! Sauf que c’est faux.

Les « idées reçues » démystifiées…

Dans un laborieux effort Onfray citant Soler (derrière qui il s’abrite pour proposer sa vision radicale) commence par démystifier ce qu’il suppose des « idées reçues ». Où ? Par qui ? Nulle ne le sait … et se prend les pieds dans le tapis de l’histoire au nom d’un amateurisme éclairé et de deux livres assimilés à l’œuvre d’un « philosophe érudit et méconnu », « résultat d’années de travaux solitaires et de recherches loin du bruit et de la fureur »,« l’œuvre d’une vie » (commencée en 2002…) que « l’université, qui manque de ces talents-là, ne reconnaît pas » (on croit rêver, il ne suffit pas d’ignorer la recherche pour la disqualifier…)… assortie de recommandations prestigieuses, etc… heureusement, Michel Onfray et Le Point étaient là pour rétablir la vérité et faire avancer la science. Qu’en est-il de ces « idées reçues » sur lesquelles l’auteur pense pouvoir nous éclairer ?

          Première idée reçue : la Bible dépasse en ancienneté les anciens textes fondateurs. Faux : les philosophes ne s’inspirent pas de l’Ancien Testament, car « la Bible est contemporaine, pour l’essentiel, de l’enseignement de Socrate et des oeuvres de Platon. Remaniée et complétée plus tard, elle est même, en grande partie, une oeuvre de l’époque hellénistique ».
Cette affirmation est inexacte. Selon l’état actuel de la recherche, un certain nombre de codes et de récits noyaux du deutéronome ont précédé la période de l’Exil et datent du début du VIIe siècle, voire du Xème siècle avant notre ère. Les récits à propos des rois Saül, David (dont l’existence est vérifiée historiquement) Salomon font référence à des évènements de la fin du second millénaire et au tournant du premier millénaire. Personne ne conteste leur écriture sous forme de saga merveilleuse parmi les chercheurs. Cependant, celle-ci s’appuie sur des faits historiques : La « maison de David » (c’est-à-dire sa dynastie) est mentionnée sur la stèle de Tel Dan, l’archéologie ne met pas en doute l’existence d’un royaume de Salomon avec Jérusalem comme capitale. La mise au point du texte définitif de la Torah ou Pentateuque s’est sans doute poursuivie pendant plus d’un siècle après le retour d’exil (- 538) avec une clôture vers 400. L’élaboration de la Bible comme texte sacré du peuple juif est donc largement antérieure au siècle de Périclès et de Platon, né à Athènes en – 428-427 av. et mort en 348-347 av. l’ère commune.  Le texte biblique est une lente élaboration de traditions orales fixées peu à peu par écrit entre le Xème siècle avant notre ère et la fin de l’exil. Il ne s’agit en aucun cas d’un texte « contemporain de Platon » comme l’affirme Onfray pour en dénoncer l’aspect tardif. C’est du moins ce que reconstitue la recherche.

 synthèse de la situation actuelle de la recherche sur la rédaction
du Pentateuque ou Torah (source : Olivier Artus, Cahier Evangile 106)
NB : Exil à Babylone 586-538 avant l’ère commune

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Nos petites idoles…

Un article de Sophie Lebrun dans Témoignage Chrétien
L­e moins que l’on puisse dire est que la vie de Didier Long n’est pas un long fleuve tranquille. Ancien moine bénédictin, il quitte les ordres pour fonder une famille, devient entrepreneur du Web à l’échelle internationale, et remonte ses racines généalogiques jusqu’à devenir un « croyant du seuil » auprès d’une communauté juive. Un « égaré » comme il le dit lui-même.

Aussi, son livre, fourmillant de diverses anecdotes de sa vie personnelle et professionnelle, peut parler aux autres « égarés » même s’ils ne sont pas sur le même chemin que lui. Au fil de réflexions foisonnantes, Didier Long cherche à analyser les maladies de l’âme de la société occidentale et de ses membres.

Le principal poids enchaîné aux pieds de ces derniers est selon lui l’envahissement du « rien » dans nos esprits, en termes techniques l’acédie. Ou, comme les moines l’appelaient, le démon de midi. À cette heure-ci, l’homme semble perdre ses repères temporels et, son ombre disparaissant, son repère spatial. Il fait alors du surplace et ne voit plus que lui, son ego envahissant tout l’espace.
Pour Didier Long, l’ordre de l’Éternel à Abraham – « Va, quitte ton pays, le lieu où tu es né, et la maison de ton père, et va au pays que je t’indiquerai » – est « le paradigme de toute existence ». suite sur le site témoignage chrétien

Jésus était un rabbin galiléen de doctrine pharisienne dans la mouvance des hassidim, l’Eglise s’est construite sur ce modèle

Une interview parue dans la revue franco-suisse évangélique « Christianisme Aujourd’hui » 

Dans deux ouvrages qui susciteront peut-être la polémique, l’historien Didier Long propose d’ancrer plus profondément le christianisme dans ses racines juives et insiste sur la continuité des deux religions, entretien.

Après « Jésus de Nazareth juif de Galilée » (Presses de la Renaissance), voilà que vous publiez  « L’invention du christianisme », et Jésus devint Dieu. Votre objectif est de relire la vie de Jésus et le mouvement des disciples à la lumières des dernières connaissances sur le judaïsme antique. Les conclusions de vos recherches ne peuvent que susciter le débat.
Habituellement on dit que Jésus est né juif a pratiqué la torah toute sa vie et est mort en juif, que Pierre et Paul étaient juifs, etc… mais en réalité la plupart du temps les exégètes faute d’une connaissance suffisante de ce qu’est la vie juive concrète et du développement du judaïsme au cours des premiers siècles de notre ère passent à côté de l’homme Jésus et des évangiles. On survole rapidement le Juif Jésus, on livre quelques rapprochements talmudiques… pour immédiatement dire qu’on est passé à autre chose.

En quoi cela pose-t-il problème ?
Cette théologie de la substitution d’une religion par une autre : le christianisme aurait succédé au judaïsme comme son accomplissement, est non seulement fausse mais elle a produit vingt siècles d’antisémitisme… dont nos frères juifs, eux, se rappellent parfaitement. Elle conduit surtout à l’impasse actuelle par la mécompréhension du processus de tradition. Or c’est seulement en plongeant au cœur de la vie de ce rabbin hors du commun qu’on peut saisir son humanité, l’originalité de son enseignement signé de ses actes et de celui de ses disciples à l’intérieur du monde juif jusqu’au 4ème siècle de notre ère. Les respecter consiste à les écouter dans leur syntaxe et leur langue, leurs modes de pensée qui sont pour partie ceux des juifs orthodoxes modernes.

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Pentecôte / Shavouot

Cette année la Pentecôte chrétienne tombe en même temps que la Pentecôte juive.

En allant hier visiter  un ami rabbin à shabbat j’ai remarqué que son épouse veillait sur une petite veilleuse protégée du vent. En effet, le vendredi soir, la femme juive allume les deux bougies du Shabbat et le lendemain après la tombée de la nuit (il est interdit de faire du feu à shabbat) à partir de la flamme allumée avant Shabbat. Et dimanche soir de même (la fête dure deux jours).

Cette nuit après l’office de Minh’a et Arvit (prière du soir qui se terminait vers 23h) les juifs pieux ont étudié les psaumes et la torah toute la nuit. Le limoud (l’étude) étant une obligation pour comprendre les dix commandements et toute la Torah qui sont proclamés aujourd’hui.

Le feu qui rappelle les flammes du Sinaï, le vent qui risque d’éteindre les bougies, l’étude de la Torah.

Un feu qu’on retrouve à Lag Ba’omer, avec la nuit des feux de joie semblables aux feux qu’on allume le soir de la saint Jean en monde chrétien . Il s’agit du 33ème jour de la période du Omer qui sépare Pessah de Chavouot, 50 jours qui a donné le mot Pentecôte (de Penta, « cinq » en grec).

Le feu, le vent l’étude de la Torah. Autant de symboles multimillénaires sans lesquels on risque d’avoir un peu de mal à comprendre le récit de la Pentecôte chrétienne, une solennité du judaïsme qui réunit les multiples membres de la diaspora juive, de tous les peuples où elle était répandue (voir carte) au milieu du premier millénaire.

Voici ce que rapporte le récit du livre des Actes des Apôtres au chapitre 2 dans une traduction un peu littérale :

Durant le jour de la Pentecôte, ils étaient tous ensemble au même endroit. Subitement, un retentissement se produisit depuis le ciel, comme d’un violent vent soufflant, et il remplit toute la maison où ils étaient installés. Des langues ressemblant à du feu leur apparurent ; elles se répartirent et se posèrent une par une sur chacun d’eux. Tous furent remplis d’Esprit Saint, et commencèrent à parler dans des langues différentes, comme l’esprit leur permettait de s’exprimer.

À Jérusalem résidaient des Juifs, hommes pieux [venus] d’entre toutes les nations qui sont sous le ciel. Après ce retentissement, la foule se rassembla, et elle était tout-étonnée, car les uns et les autres entendaient [les disciples] parler dans leur propre langue. Ils s’étonnaient et s’émerveillaient, [en] disant : « Tous ceux qui parlent-là ne sont-ils pas Galiléens ? Comment [se fait-il] que nous, nous [les] entendions chacun dans notre propre langue, dans laquelle nous sommes nés ?  Parthes, Mèdes, Élamites, et ceux qui résident en Mésopotamie, en Judée et en Cappadoce, dans le Pont et en Asie, en Phrygie et en Pamphylie, en Égypte et dans les régions de Lybie de Cyrène, et ceux de Rome qui séjournent ici, Juifs et prosélytes, Crétois et Arabes, nous les entendons parler les merveilles de Dieu !».
Ils s’étonnaient et ils étaient dans l’incertitude, ils se demandaient l’un à l’autre : « Qu’est-ce que cela veut dire ? » D’autres raillaient, disant : « Ils sont remplis de vin nouveau ! ».
Pierre S’étant placé parmi les Onze, éleva la voix, il leur déclara : « Hommes de Judée, et vous tous qui habitez à Jérusalem, sachez ceci, et prêtez l’oreille à mes paroles : contrairement à ce que vous, vous pensez, Ceux-ci ne sont pas ivres comme vous, vous le pensez, car il n’est que la troisième heure du jour. Mais c’est ce qui a été déclaré par le prophète Joël :

Or, dans les derniers jours, déclare Dieu, je répandrai de mon esprit sur toute chair :vos fils et vos filles prophétiseront, vos jeunes gens auront des visions, et vos vieillards auront des rêves (ou songes prophétiques);et sur mes serviteurs et sur mes servantes, en ces derniers jours-là, je répandrai de mon esprit, et ils prophétiseront et je donnerai des prodiges dans le ciel, en haut, et des signes sur la terre, en bas, du sang, du feu, et de la vapeur de fumée ; le Soleil sera changé en ténèbres et la Lune en sang, avant que ne vienne le grand et glorieux jour du Seigneur. Alors, quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé.

Diaspora juive au Ier siècle
Pentecôte, monastère sainte Catherine du mont Sinaï, VII ème siècle

C’est donc le matin, les « hommes pieux » (hassidim)ont veillé toute la nuit et à l’heure de l’office du matin, ils entendent la proclamation du récit des dix commandements de la torah dans leur propre langue natale. Cet universalisme est celui de toutes les grandes régions et métropoles de la diaspora juive (voir carte), on y parle araméen dans l’empire Parthe, en Palestine et en Syrie, grec en Asie Mineure, à Rome et en Egypte. La Torah y est proclamée en hébreu ou en grec (Septante) et simultanément traduite et commentée en araméen ou en grec. La derasha (homélie, de darash, « chercher », comme celle de Pierre- Evel, parmi les Onze) suit la lecture de la Thora (les dix paroles), de la seconde lecture ou haftarah (Neviim – les petits Prophètes), ici le livre de Joël. On est donc dans un contexte synagogale juif et une solennité du judaïsme qui presecrit de monter à Jérusalem pour les trois fêtes (Pâques, Pessah ; Chavouot, Pentecôte ; Soucot-les moissons). L’universalisme est celui du Temple dans lequel on offrait 40 bêtes pour les 40 nations de la terre (c’est-à-dire toute l’humanité) à Soucot et dans lequel le parvis des païens, excède largement celui d’Israël (hommes et femmes) où ne pénétraient que les juifs, qui contient le sanctuaire et le Saint et le kadosh a kadoshim (Saint des saints où ne rentrait que le grand prêtre à Kippour). Une pénétration progressive vers le Saint, qui doit être comprise non pas comme un privilège ou un racisme ethnocentré mais comme une mise à part signifiante, un symbole. L’élection désigne pour responsabiliser.   Lire la suite de « Pentecôte / Shavouot »