Les antisémites de l’été

Ces quelques lignes me sont parvenues de Jérusalem :

« Mon cher Didier,

Tu connais mieux que moi l’histoire juive, ça avance !  Les temps messianiques finiront par poindre un jour. Entre temps nous les petits fidèles parmi les petits nous croyons qu’une Providence dirige l’histoire et notre croyance nous oblige à être optimistes. Je te salue, je suis écrasé par la chaleur il fait 39 dans la journée mais ceci aussi fait partie des épreuves que nous subissons dans ce bas monde ! 

Haïm le Mellahite »

On me permettra donc ce billet à la frontière de la théologie et  de la  science-fiction historique en ce 31 juillet 2014.

 

Juillet-août, les esprits s’échauffent….

Nous sommes donc le 31 juillet. Et alors me direz-vous ? Alors ? Mais voyons, alors ? Alors c’est le 31 juillet 1492 « c’est l’or Monsignor », comme dit de Funès dans l’inoxydable Folie des grandeurs. C’est le 31 juillet 1492 que les juifs ont été chassés d’Espagne engendrant le monde séfarade (sefardim, « ceux d’Espagne »). C’est aussi, tout le monde (beaucoup plus) appris à l’école, à cette époque que Christophe Colomb quitta l’Espagne quelques jours plus tard, le 03 août 1492… pour découvrir le Nouveau Monde et en ramener l’or et les épices. Et probablement aussi une bonne insolation (il se croyait à la fin de sa vie le Prophète des temps nouveaux dont la circumnavigation allait déclencher l’Apocalypse).

Ce 31 juillet 1492 était un jour de Tisha be Av’, un jour très particulier pour le peuple juif, une Solennité, le neuvième jour du mois de av’ 5252 selon le calendrier hébraïque. Ce mémorial est un jour de pleurs et de jeune en souvenir de la destruction du Temple de Jérusalem en l’an 70 de notre ère. Mais aussi, disent les Sages d’Israël, de commémoration de la destruction du premier Temple en -586 avant l’Exil à Babylone, de la destruction de la forteresse de Bétar lors de la seconde guerre judéo-romaine en 135, et de l’arasement de Jérusalem transformée en Aelia Capitolina avec interdiction pour les juifs d’y entrer l’année suivante. Bref, ce jour (qui tombera le 05 aout cette année) est celui des tuiles.

 

L’expulsion du 31 juillet 1492

L’expulsion d’Espagne par les rois catholiques via le décret de l’Alhambra se fit sur le conseil de l’Inquisition de l’église espagnole. En effet, le riant cardinal Torquemada, Grand Inquisiteur de 1483 à sa mort en 1498, magnifiquement croqué par Dostoïevski dans Les frères Karamazov (voir ici) confesse, c’est-à-dire conseille !  Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon.

Torquemada

La date retenue est donc prise en conscience. Comme si les multiples poussées de fièvre antisémite avaient besoin d’anniversaires pour se rassurer sur leur légitimité.

L’édit d’expulsion de l’Alhambra publié le 31 mars 1492 expire pour le 31 juillet 1492, pour Tisha beAv. Il précise : «… Nous avons décidé d’ordonner à tous les juifs, hommes et femmes, de quitter nos royaumes et de ne jamais y retourner… à la date du 31 juillet 1492 et ne plus rentrer sous peine de mort et de confiscation de leurs biens… »

édit

Jusqu’au dernier moment Abravanel tentera de convaincre les souverains de leur erreur théologique… et économique. Si Isabelle et Ferdinand chassent les juifs c’est pour effacer leurs créances et  surtout fédérer une identité espagnole catholique, pour toujours. Le plan grandiose se déroula comme sur des roulettes. La grande Espagne enfin catholique, suite à cette purification ethnique,  débarrassée de ses minorités : juifs et musulmans (en janvier les « infidèles » perdent Grenade et quittent la péninsule ibérique)  commencera une irrésistible ascension. Colomb leur apporta la Nouvelle Espagne, l’Amérique,  sur un plateau d’argent. En 1520, Charles Quint à vingt ans se retrouva maître de la plus grande partie de l’Europe et de vastes domaines en Amérique et en Afrique.  Jusqu’à ce que, comme par un de ces pieds de nez dont l’histoire a le secret,  l’affaire tourna court…

 

Caramba, encore raté !

Car à sa mort en 1558, Charles Quint a échoué dans son grand programme : réprimer la Réforme, vaincre les Barbaresques, entamer le royaume de France… il  laisse l’Espagne en ruine pour toujours qui disparait de la scène de l’histoire. Les juifs, eux, ont quitté l’Europe, ils sont partis vers des terres meilleures comme la Turquie où « le Grand Turc » comme on dit dans les livres d’Inquisition les accueille à bras ouvert, vers l’Afrique du Nord, la Hollande ou Huguenot se plait comme poisson dans l’eau…

juifs32

 

Sepharadic_Migrations

Le 22 novembre 2012, le ministre de la Justice espagnol a présenté un statut particulier et un nouveau processus, supervisé par la Fédération espagnole des communautés juives, qui permettra aux candidats désirant être naturalisés de postuler plus facilement.

Il suffira de prouver les origines ibères : nom,  langue,  document généalogique, ou… liens avec la culture espagnole. 3,5 millions de descendants seraient concernés.

Une première liste de 5200 noms a été publiée : voir ici

L’Espagne tente aujourd’hui de faire revenir les juifs et de redonner la nationalité espagnole aux marranes par décret du gouvernement espagnol… il n’est pas sûr que cela suffise à la faire revenir sur le devant de la scène de l’histoire.

 

Ladareddu, le bouc émissaire du 31 juillet… en Corse

Cette longue histoire de la souffrance juive ne donne aucun blanc-sein à la politique israélienne qui , sans être Neitourei Karta, n’a rien de « messianique »… en ce 31 juillet…pas plus qu’en 70;  mais, après tout, posez-vous la question,  pourquoi les juifs n’auraient-ils pas, comme tous les autres peuples, droit à leur sécurité ?

En réalité la souffrance juive s’accumule dans la mémoire de l’Europe moderne : Inquisition, Holocauste… mais par un curieux effet de l’esprit, l’être humain a une redoutable capacité à oublier les souffrances juives. J’en ai fait l’expérience très personnelle.

Le nom de ma mère est Valli et je viens de la région de Porto-Vecchio (Portivecchju) en Corse du sud. Le savez-vous ?  dans la nuit du 31 juillet au 1er aout à Porto-Vecchio, chez moi, on assiste à un rite curieux, ça s’appelle en langue Corse Ladareddu (« petit juillet ») : on prend un pantin de paille et d’écorce de chêne liège, on le juge sommairement, après on le promène dans les rues de la ville en le couvrant de sarcasmes. Puis on le brûle sur un bucher, sur la place de l’église en chantant : «  O Luddareddu chi ti ni vai ! « petit juillet, hélas ! tu t’en vas ! » Comme en une étrange nostalgie.

 

On brûle donc le bouc émissaire, l’abominable « homme des lièges » qui représente le mois de juillet. Un bouc émissaire, des jugements sommaires et peu informés, l’abjection publique… ça ne vous rappelle rien ?  Plus personne en Corse  ne sait pourquoi on fait cela et les corses seraient les premiers étonnés de savoir que cette coutume remonte à l’Inquisition et qu’ils cicatrisent ainsi leur sort de juifs marranes. (Note : voir ici ) Tout le monde a oublié. Et j’ai même décidé de me rappeler ce qui est arrivé… c’est comme cela que je suis redevenu juif. Les gens oublient vite… Pas D.ieu. Car L’Eternel se souvient de nous (Psaume 115, 12)

 Voir ici la vidéo

ladareddu

Les juifs à la mer, et ensuite les morisques… comme en 1492 ?

Cinq siècles après 1492, la haine et la détestation d’Israël et des Juifs  sont revenues dans les rues d’Europe, elles atteignent  même des niveaux jamais vus depuis l’Holocauste. L’ami américain, le seul ami de l’Etat hébreu est dirigé par une équipe qui ne semble rien comprendre aux problèmes des orientaux. Les attaques de synagogues, de commerce et de personnes, pour la seule raison qu’ils soient juifs, les « mort aux juifs » aujourd’hui en France, en Allemagne… en disent long de l’état de la démocratie en Europe. C’est seulement un fait, l’Europe des banlieues de la République se réveille antisémite. Les juifs–même si il faut bien reconnaître une remarquable réaction de l’Etat Français, qui fuient vers Israël où ils peuvent enfin porter leur kippa dans la rue vont-ils quitter l’Europe ?

Les juifs sont le canari de la mine. Quand ils disparaissent c’est que le coup de grisou est proche. Et il est probable qu’une fois l’Europe débarrassé de ses juifs, les arabes prendront les bateaux suivants comme en Espagne en 1492.  Ils devraient y réfléchir. Avant que ça pète ?

Est-ce ce que les européens et les français veulent cela ?

On peut aussi avoir une lecture plus théologique de ces poussées de fièvre antisémites estivales en période de jeûne (Ramadan, Tisha beAv).

 

Les douleurs d’enfantement du messie ou le délire des hommes ?

Car aujourd’hui comme il y a cinq siècles, les antisémites (on dit aujourd’hui « antisioniste ») de juillet devraient, avoir quelques raisons de craindre pour l’avenir.

Car paradoxalement, et comme le montre sa source biblique dans le Livre de Zacharie le 9 av est un jour qui annonce la joie : « le jeûne du quatrième mois, le jeûne du cinquième, le jeûne du septième et le jeûne du dixième se changeront pour la maison de Juda en jours d’allégresse et de joie. » (Livre de Zacharie 8, 19). Et le Talmud ajoute : « Qui pleure la destruction de Jérusalem mérite de se réjouir de sa reconstruction  » (T.B. Taanit 30b). La tradition juive raconte que Le Messie doit naître un 9 av.

 

Le prophète Elie annonce l’arrivée du Messie, Haggadah de Venise, 1609
Le prophète Elie annonce l’arrivée du Messie, Haggadah de Venise, 1609

 

Comme si la destruction du temple et la haine pour Israël annonçaient sa reconstruction prochaine et la souffrance du peuple les douleurs d’enfantement du messie, le shalom messianique.

L’antisémitisme ne disparaîtra donc jamais, il est une affection pathologique très profonde du narcissisme blessé (voir ici) dont ne sortira probablement jamais l’humanité jusqu’à  sa fin, il est consubstantiel à l’humanité.

Donc, que se rassurent les antisémites et antisionistes de tout poil : Israël ne mourra pas, sa civilisation a résisté aux Perses, aux Babyloniens, aux Grecs, à Rome, à la nouvelle Rome chrétienne, à l’Empire austro-hongrois transformé en IIIème Reich… Aujourd’hui le califat des banlieues de la globalisation ? … Mais elles sont où toutes ces  tous ces chères Civilisations disparues qui devaient dominer l’humanité après avoir rayé Israël de la carte ? … des langues mortes. Le peuple d’Israël résistera donc à ce nouvel antisémitisme aujourd’hui rouge et brun mêlé,… peut-être pas la République ni sa place.

Et finalement on peut sans doute, comme mon rabbin, qui écoute la radio juive mais aussi arabe à Jérusalem en ce 31 juillet, sourire de toute cette folie. J’avoue que moi, je n’ai pas ce recul… que ne suis-je né comme lui un jour de Tisha beAv dans un Mellah nord-africain ?

BHL : Le Hammassisme des imbéciles

Un édito de Bernard-Henri-Levy dont je partage chaque ligne.

A paraître dans Le Point le 31 juillet 2014

BHL

 

Je suis désolé d’y revenir.

Mais ces gens que l’on a vus, vendredi dernier, 25 juillet, dégoiser leurs « Palestine vaincra » et « Israël assassin » où étaient-ils, le dimanche précédent, quand on a appris que les combats, en Syrie, venaient de faire, en un week-end, la bagatelle de 700 morts s’ajoutant aux 150 000 qui n’avaient pas eu, eux non plus, en trois ans, l’honneur d’une vraie manifestation à Paris ?

Pourquoi ne sont-ils pas descendus dans la rue quand, quelques jours plus tôt, le très informé Syrian Network for Human Rights a révélé que l’armée de Damas avait mené, en 2014, alors même qu’elle était censée avoir détruit ses stocks d’armes chimiques, au moins 17 attaques au gaz contre, en particulier, les zones de Kafrzyta, Talmanas et Atshan ?

D’où vient que, dans ce rassemblement du 25 juillet, l’on n’ait pas entendu un slogan, ni vu une banderole, désignant les massacres qui avaient lieu au même moment dans la région de Homs et qui allaient faire, en deux jours, 720 nouveaux morts pris entre les deux feux du régime de Bachar al-Assad et des troupes de l’« Etat islamique » du Levant ?

Ces « indignés » d’un jour diront-ils qu’ils ne savaient pas, qu’ils ne disposaient pas d’images de ces morts-là et que seules les images, de nos jours, ont le pouvoir de mobiliser ? Difficile. Car ils avaient, bien sûr, ces images. Et la preuve qu’ils les avaient, c’est que ce sont elles, ou d’autres plus anciennes, que les inspirateurs de leurs défilés ont, comme l’a révélé, entre autres, la BBC, détournées, truquées puis retwittées, sous le hashtag GazaUnderAttack, en faisant croire qu’elles venaient de Gaza.

Protesteront-ils qu’ils défilaient « contre Hollande » et contre une politique de soutien à Israël dont ils ne voulaient pas qu’elle fût menée « en leur nom » ? Admettons. Mais cette façon de faire la politique du dehors avec les raisons du dedans et d’instrumentaliser une grande cause pour en faire un petit instrument chargé de se donner bonne conscience à peu de frais n’a jamais été, d’abord, la plus respectueuse du sort des victimes. Mais, surtout, le même raisonnement n’aurait-il pas dû faire que l’on descende dix fois, cent fois, dans les mêmes rues pour protester contre une non-intervention en Syrie finalement décidée, en notre nom aussi, quoique sur pression, cette fois, américaine, par le même François Hollande ?

Diront-ils que c’est la disproportion qui choque ? Le déséquilibre entre une armée surpuissante et des civils démunis ? Je comprendrais déjà mieux. Mais, là non plus, cela ne tient pas. Car si tel était le raisonnement, si l’on se souciait vraiment de ces enfants palestiniens dont la mort est, en effet, chaque fois, une abomination et un scandale, on adjurerait aussi les commissaires politiques du Hamas de quitter les sous-sols des hôpitaux où ils ont enterré leurs centres de commandement, de déplacer les lance-missiles qu’ils ont installés aux portes des écoles de l’Onu et de cesser de menacer ceux des parents tentés d’évacuer leurs maisons quand un tract de l’armée israélienne avertit qu’une frappe se prépare. Et puis, si telle était vraiment la démarche, si ce souci de la disproportion asymétrique était le ressort réel de leur rage, n’auraient- ils pas eu ne serait-ce qu’une pensée pour cette autre disproportion qui frappe, tout près de Gaza, ces damnés parmi les damnés, ces démunis absolus, que sont les foules chrétiennes de Mossoul à qui les « frères » du Hamas disaient dans le même temps : « vous avez le choix ; faire vos bagages et quitter, non pour quelques jours, mais pour toujours, votre maison – ou bien périr par le glaive ».

Non.

La vérité c’est que ces gens de la «génération Gaza» qui jugent du dernier chic d’arborer un keffieh made in Palestine trouvent, au fond, naturel que des Arabes tuent d’autres Arabes.
La vérité, c’est qu’ils n’ont aucune espèce d’objection à apprendre, de la bouche même des responsables du Hamas (Journal of Palestine Studies, vol 41, n° 4), que la construction des tunnels a coûté la vie, pour la seule année 2012, à 160 enfants palestiniens transformés en petits esclaves.

Et la vérité est qu’à ces révoltés de circonstance que l’on n’a pas vus non plus se mobiliser, pour les plus anciens d’entre eux, en faveur ni des 300 000 Darfouris massacrés par le Soudan, ni des 200 000 Tchétchènes que Poutine alla, naguère, selon sa propre et élégante formule, buter jusque dans les chiottes, ni des Bosniens assiégés et bombardés trois ans durant dans l’indifférence quasi générale, l’indignation ne vient que lorsque c’est une armée à majorité juive que l’on peut mettre en cause et condamner.

Eh bien, je suis désolé, oui.

Mais ce deux poids, deux mesures est odieux.

Voir prétendre au titre de champions de l’humanisme contemporain cet improbable attelage rouge-brun d’amis d’Olivier Besancenot et, selon des témoignages concordants (Le Monde du 26 juillet), de partisans d’Alain Soral regroupés dans le collectif Gaza Firm est sidérant.

Et pour quelqu’un qui, comme moi, plaide depuis presque un demi-siècle pour la création d’un Etat palestinien à côté d’un Israël pleinement reconnu, pour un homme qui, du plan de Genève à la fondation de JCall, s’est associé à toutes les initiatives allant dans le sens de ce que j’ai appelé une «paix sèche», il y a, dans ce charivari, quelque chose de décourageant.

Qu’il y ait, dans les rangs de ces manifestants, des femmes et des hommes sincères, je n’en doute pas.

Mais, de grâce, qu’ils réfléchissent à deux fois avant de se laisser manipuler et embrigader par des braillards dont le moteur n’est pas la solidarité mais la haine – et dont le véritable agenda n’est pas « paix en Palestine » mais « mort à Israël » et parfois, hélas, « mort aux juifs ».

Bernard-Henri Lévy

Lire la suite de « BHL : Le Hammassisme des imbéciles »

Las Excelencias de los Hebreos

Dans Las excelencias de los Hebreos publié à Amsterdam en 1679 Isaac Cardoso écrivait dans sa dédicace écrite à Vérone ces lignes lumineuses :

« Le peuple juif, aussi aimé de Dieu qu’il est persécuté des hommes, a été dispersé parmi les Nations pendant deux mille ans, depuis l’époque de Nabuchodonosor, expiant ses péchés et ceux de ses pères contre sa sainte Loi. Il a été maltraité par certains, tourmenté par d’autres, méprisé de tous, de telle sorte qu’il n’y a aucun Etat ou royaume qui n’ait dégainé son épée contre lui, versant son sang, consommant sa substance, comme dit le Psalmiste : Qui dévorent mon peuple comme on mange du pain. Ce peuple fut spécialement créé pour louer le Seigneur… Dieu en a fait son héritage. Il l’a glorifié des titres  éclatants de « serviteur » ; « fils, « premier-né », « fiancé », « bien-aimé », et par d’autres preuves d’amour solide et perpétuel. […] Sa séparation en fait un objet de mépris pour les Nations, mais cela même le rend très cher à son Créateur. Tous conspirent contre lui et affligent l’affligé, l’accablent de mille calomnies, machinent pour le tuer et s’emparer de ses biens, de telle sorte que s’il n’était pas soutenu par la main divine, il aurait déjà été englouti par les loups et les lions qui ont soif de sang. » (In Yosef Haïm Yerushalmi DE LA COUR D’ESPAGNE AU GHETTO ITALIEN. Isaac Cardoso et le marranisme au XVIIème siècle, réédition Fayard 1987, pp 328-330)

De la Cour d’Espagne au ghetto italien, tel fut le singulier destin de Fernando Cardoso, médecin marrane et apologiste juif. Né en 1604 au Portugal, élevé en Espagne, Cardoso, grâce à de brillantes études, devint médecin à la Cour de Philippe IV. Intellectuel respecté, il connut les plus grands de son temps –dont Lope de Vega– qui le tinrent pour l’un des leurs. Comme nombre de descendants de Juifs convertis de force, Cardoso menait une existence ouvertement chrétienne et clandestinement juive. En 1648, au faîte de sa gloire, il quitte brusquement l’Espagne et se réfugie en Italie. A Venise d’abord, dans le ghetto de Vérone ensuite, où il finira ses jours, il professe publiquement le judaïsme. Signant désormais Isaac Cardoso, il publie l’un des plus beaux textes de l’apologétique juive: Las Excelencias de los Hebreos.

Rav Haïm Korsia : « Ce que l’on ose pas dire : il y a une haine des juifs en France « 

Qu’est-ce qu’on n’ose pas dire ?

Qu’il y a une haine des juifs en France. Tant qu’on n’accepte pas de le dire, alors on est dans une idée léthargique de la société«tout va bien, ça pourrait aller mieux…» Mais si on fait le diagnostic, alors on peut mettre en route des mesures de formation de la jeunesse, un contrôle de ce qui est diffusé sur les réseaux sociaux et les satellites, qui arrive du monde entier et qui diffuse la haine. Il y a une part de la population, une petite part heureusement, qui a une haine des juifs qu’elle habille des oripeaux de l’antisionisme. Dans cette manifestation, on a entendu «A mort les juifs !», «Les juifs dehors» et ce n’est pas la première fois qu’on entend ces slogans insupportables à Paris et ailleurs. Je voudrais rappeler que ce week-end il y a eu une attaque de jeunes hurlant des slogans antisémites contre la synagogue d’Asnières et des cocktails Molotov lancés contre la synagogue d’Aulnay-sous-Bois.

Des attaques que vous séparez du conflit au Moyen-Orient ?

Absolument. Lundi soir, par exemple, au journal d’une grande chaîne de télé, après les sujets nationaux, on a eu des sujets internationaux, des reportages à Gaza, et, dans la foulée, comme un corollaire de Gaza, on continue sur ce qui s’est passé à la synagogue de la Roquette. Pour moi c’est une grave erreur. La haine qui s’exprime n’est pas liée à ce qui se passe à Gaza. Si c’était vraiment lié à l’actualité internationale, on aurait vu des gens manifester à Paris contre ce qui se passe en Syrie ou des massacres de populations dans le monde. Mais non, ce qui s’exprime c’est l’obsession anti-israélienne et antisémite. Une haine qui se manifeste au quotidien même quand il n’y a pas de guerre : des jeunes juifs sont frappés dans le métro, dans la rue…

Tout l’article de Libé

LES FAITS :

par Jean-Yves Camus, directeur de l’Observatoire des radicalités politiques à la Fondation Jean-Jaurès dans Le MOnde du 16 juillet 2014.

LeMonde

Le témoignage du président de la synagogue Abravanel

« C’était censé être un rassemblement pour la paix – de paix pour les Israéliens, et de paix pour les Arabes. » C’est par ces mots que Monsieur Serge Benhaim, président de la synagogue Don Isaac Abravanel, rue de la Roquette, choisit de revenir sur les incidents de la veille.

Lui et ses collègues désiraient en effet faire quelque chose pour aider à promouvoir la paix au Moyen-Orient. Et c’est ainsi que le projet d’organiser une grande prière communautaire avait vu le jour.

Située dans le quartier branché du 11ème arrondissement, cette importante synagogue orthodoxe séfarade est un lieu de culte vibrant de vie et d’activité. Des centaines de fidèles participent aux offices du Chabbat, dont de nombreuses familles avec des enfants en bas âge.

Mais à mesure que la date de ce rassemblement pacifique approche, l’atmosphère en France s’assombrit. Aux quatre coins de l’Hexagone, des manifestations anti-israéliennes sont prévues, et les vocables employés dans les programmes de ces évènements n’ont rien de pacifique.

« Vendredi matin, nous avons appris qu’un rassemblement anti-israélien se tiendrait à proximité de la Synagogue, et à la même heure que la prière » se souvient Monsieur Benhaim. Détail qui n’augure rien de bon, les organisateurs prévoient une manifestation partant de la Bastille et se terminant devant la Synagogue Don Isaac Abravanel.

« J’ai dit à la police que ce serait dangereux, et leur ai demandé de changer la trajectoire du défilé pro-palestinien ou du moins de l’écourter, de manière à ce qu’il débouche loin de notre synagogue » poursuit Monsieur Benhaim. La police lui assure qu’ils n’ont aucun souci à se faire, que la situation est sous contrôle.

Mais la tension continue à monter. Samedi soir, un cocktail Molotov est lancé sur la synagogue d’Aulnay sous Bois, en banlieue parisienne et deux autres hommes armés sont arrêtés à proximité de l’entrée d’une autre synagogue du 20ème arrondissement.

Dimanche 13 juillet, à l’heure du rassemblement anti-Israël, 8 000 Parisiens affluent place de la Bastille pour écouter, et répéter, des accusations contre les Juifs et de l’État juif.

source et suite : aish.fr

 

La haine de soi ou le refus d’être juif

Theodor_Lessing_nach_1925Il faut relire : La Haine de soi : le refus d’être juif (Der jüdische Selbsthaß), de Théodor Lessing écrit en 1930, trois ans avant l’accession d’Hitler au pouvoir et trois  ans avant l’assassinat de Lessing  le 31 août 1933 à Marienbad par des Allemands des Sudètes, sympathisants nazis.

Celui qui ouvre ce livre par hasard sans savoir qui en est l’auteur a l’impression d’un livre qui décrit l’ambiance d’aujourd’hui. En dehors des faits rapportés, tout est dit et écrit avec une précision et une lucidité intellectuelle peu communes. Je le relis ici en y apportant mes propres réflexions. Lessing note que toute personne qui ne veut pas se remettre en cause accuse son ennemi de sa propre violence. L’homme chasse les grands fauves ? C’est parce que ce sont des bêtes sauvages. Les serpents ? c’est qu’il sont rusés … la bonne vieille habitude paranoïaque qui consiste à accuser autrui de sa propre violence est une constante de l’humanité que chacun peut constater autour de lui.

Toutes les cultures faudrait-il ajouter se considèrent spontanément comme supérieures. Et c’est bien naturel : le processus culturel est un processus d’apprentissage par imitation dés l’enfance d’une langue, de manières de vivre, de manger, d’une morale…comment ne pourrais-je pas être fier de la culture qui m’a formé ? L’antisémitisme, est donc consubstantiel au processus  d’identification et d’acculturation. Hier comme aujourd’hui Israël est accusé à cause de sa particularité plurimillénaires de tous les maux des nations. Un racisme d’autant plus fort en monde musulman que chrétien du fait que le juif n’a nul besoin du chrétien ou du musulman pour développer sa doctrine te définir son identité; alors que l’inverse n’est pas vrai. Cette dette générant à son tour un trouble de l’identification culturelle, une dette originaire d’autant plus insupportable qu’elle est cachée dans les cultures de trame mentale judéo-chrétiennes et les sociétés musulmanes. Mais revenons à Lessing.

Lessing voit grandir autour de lui la culture allemande fière et d’autant plus dominatrice qu’elle est chargée de la revanche sur la misère qui suit la crise de 29 doublée des dettes de guerre allemandes suite à la défaite de 1918. Pour lui l’assimilation juive est le résultat de  la haine juive de soi qu’éprouvent certains intellectuels juifs admirant la culture allemande. Il constate que l’assimilation juive de Moïse Mendhelson qui visait à ne plus se distinguer a échouée, ruinée par le marxisme, le juif devenant alors le « riche » ennemi de la cause du peuple après avoir été l' »assassin du Christ », celui censé empoisonner les puits au Moyen-Age, ce déicide que la liturgie catholique célébrera jusqu’au Concile Vatican II.

Le plus percutant dans l’analyse de Lessing, c’est qu’il  montre qu’Israël persécuté à cause de sa particularité depuis trois millénaires, dispersé loin de sa terre parmi les nations a intégré la culpabilité et la mésestime de soi dans son inconscient. Qui n’a pas entendu dire : « Si il m’arrive un malheur, c’est probablement que j’ai quelques chose de mal et que je le mérite. » Lessing écrit :

« Le peuple d’Israël est le premier, le seul peut-être de tous, qui ait cherché en soi-même la coupable origine de ses malheurs dans le monde. Au plus profond de chaque âme juive se cache ce même penchant à concevoir toute infortune comme un châtiment »

bild_lessingOn peut ajouter que c’est cette propension à interpréter chaque malheur comme l’expiation d’un péché commis qui a conduit aux multiples messianismes : christianisme, Bar Kokhba, Shabbataï Tsevi, Jacob Franck… qui ont failli emporter Israël. Ces messianismes sont le résultat d’une angoisse insoutenable liée à une époque : l’oppression romaine,  l’Inquisition, les pogroms… Le messianisme se proposant comme une résolution « mystique » par le haut d’une situation de souffrance insupportable. (ce « feu étranger » qu’apportent les fils aînés d’Aaron avant d’être détruits par le feu dans la paracha de Chemini, « Aaron garda le silence » dit la Torah). La Tradition juive condamne cette voie qui fait du D-ieu un simple monarque des affaires de ce monde, un super ministre de la santé ou des malheurs des hommes, qui enracine la tradition dans les nuages et pas sur cette terre. Le (faux) messianisme « résout » le conflit intérieur en assimilant D-ieu à ce monde et en propulsant l’homme loin de sa tache d’humanité et de justice avec un billet aller pour le ciel. Face à cela nous devons développer une conception du messie maïmonidienne.

Pour Lessing l’âme juive a cédé son identité contre le plat de lentilles de la culture européenne. Les juifs on refusé la mission de Jonas pour devenir banquiers, artistes, metteurs en scène, hommes de théâtre…dans le but de se faire accepter d’une Cité qui ne voulait de toute manière pas d’eux. Cédant à la généralisation qui assimile toutes les religions à un vague état d’âme dans le contemplation des nuages ou à des lieux communs à bon marché du bon cœur. Cette assimilation est un péril pour l’âme juive. Theodor lessing écrit :

On fait généralement grand cas des bienfaits  mutuels pour l’Europe et pour le juif lorsque ce dernier s’est inséré dans la culture du continent.Mais on ne voit pas ou en tout cas on ne dit que très bas le prix qu’il fallut payer pour l’obtention de cette citoyenneté : il fallut trahir les espoirs de nos visionnaires, sacrifier leurs rêves éternels. Aujourd’hui ce ne sont plus nos pieux Sages, mais des juristes et de grands avocats qui dirigent notre peuple. (…) Il eut mieux valu avoir honte de ceux qui ont ainsi dilapidé la richesse de notre peuple. Car ils ne furent peut-être que l’éclat phosphorescent d’un organe en proie au déclin… Ils furent un bref laps de temps au soleil de l’Europe ou notre noblesse s’est brûlée.

Gustav Mahler n’écrivait-il pas à son épouse Alma en découvrant la misère et la crasse des pauvres juifs de l’est (Ostjuden) : « Quand je pense que je suis en famille avec ces gens ! ». La haine de soi est banale. Les juifs assimilés de l’époque de Freud à Vienne, une période violemment antisémite, après mille efforts d’assimilation  n’avaient aucune envie d’être assimilés aux misérables à caftan qui débarquaient dans les rues de Vienne, venus de Galicie ou de Russie chassés par les pogroms. Ces juifs pouilleux des ghettos, Lessing les avait rencontrés lors de sa visite des communautés juives de Pologne, de Galicie et de Russie. Il s’en fera finalement solidaire, constatant que la religion universelle de la raison des Lumières censée réunir tous les peuples avait certes fait tomber les murs du ghetto et amélioré le sort des Juifs mais qu’elle avait, dans le même temps, anéanti le judaïsme : « le droit talmudique n’intéressa plus que les érudits et les petits-fils de Moïse Mendelssohn n’étaient plus juifs. » constate-t-il.

L’antisémitisme ambiant que chacun de nous rencontre et qui redouble en Europe malgré la Shoah, subtil mélange d’admiration : « qu’est ce que vous êtes intelligents! » « comme vous avez souffert! »… et de haine des juifs : « vous êtes vraiment républicains ?… c’est à dire « français » ;  l’adoration de la Shoah en même temps que la détestation des juifs concrets et de l’Etat d’Israël… Cet antisémitisme renaissant refuse la particularité d’Israël, son irréductible assimilation aux désirs des nations, à la volonté universaliste de toute culture de réduire autrui à elle-même. La culture porte en même temps en elle le processus d’hominisation que celui du rejet de ce qu’elle n’est pas: la ‘bouc émissairisation’ des  faibles, des étrangers, des hors-norme et des marginaux…

La Torah se présente comme une pratique d’humanisation léguée à Israël pour l’humanité, une étrangeté irréductible à toute culture locale. Mes « pères » dans la foi juive m’ ont appris que le ghetto volontaire et l’assimilation sont les deux faces de la haine de soi et du refus d’être juif, les deux récifs que doit éviter Israël et chaque juif de chaque coté de sa route pour pouvoir  témoigner du D.ieu UN et qu’Israël se fasse ainsi le sel de la terre et la Lumière des Nations.

Lessing identifie une issue à la honte d’être juif et à la culpabilité éternelle. Il finit sur ce conseil au juif assimilé :

Bas-toi, oui, bats-toi sans cesse. Mais n’oublie pas que chaque vie, même indigne, même criminelle, a besoin d’amour.Nul être ne peut faire plus que de s’accomplir aussi longtemps qu’il dispose d’un bon terreau, d’un bon climat et de bonnes conditions de croissance. […] Tu charries un lourd héritage, et bien  soit ! Débarrasse -t’en. Tes enfants te feront grâce de n’être point l’enfant de tes parents. Ne gruge pas ton destin. Aime-le. Suis le destin. Quand bien même il te guiderait vers la mort. En toute tranquillité ! À travers toutes les souffrances de notre moi humain tu finiras par aboutir au firmament de ton être même. Aboutir en  ton peuple éternel.

Vekhen yehi ratson.

L’adoration de la Shoah et la détestation d’Israël

Combien est juste à la lumière des événements récents, et pour ainsi dire prophétique, cette réflexion d’un congrès organisé à l’Université de Tel Aviv fin octobre 2013 sur La présence de la Shoah et d’Israël dans la pensée contemporaine organisé par l’association Schibboleth, Michel Gad Wolkowicz et Olivier Rubinstein, l’OSE… avec des interventions remarquables de Pascal Bruckner, Denis Charbit, Michaël Bar Zvi… bientôt sur le site d’Akadem.
 

Quel funeste dessein la civilisation occidentale contemporaine nourrit-elle depuis que le nom de Shoah y est devenu aussi sacré que celui d’Israël est maudit ; depuis qu’on célèbre la première dans le même temps et avec le même (re)sentiment que l’on s’emploie à détester et destituer Israël et son Nom (lui ôterson lieu-d’être) — sans y trouver le moindre paradoxe ?
Nous nous proposons de lire et de penser ce phénomène, cette relation paradoxale entre l’omniprésente commémoration de la Shoah et la généralisation de la délégitimation de l’existence de l’État d’Israël, selon l’enjeu civilisationnel fondamental formulé dans le couple Humain/Déshumain.
Autrement dit, comment la fétichisation éplorée d’Auschwitz s’entend-elle si bien avec la substitution Nazi/Juif, Juif/Palestinien – jusqu’à cette inquiétante étrangeté du nouveau slogan intello-médiatique : « la nouvelle forme d’antisémitisme, c’est l’islamophobie ! » ? Quel retour de refoulé(s) cela révèle-t-il ?
Pourquoi célébrer, organiser, mettre en œuvre la destruction du Peuple Juif est-il si important pour ladite civilisation — au point d’avoir priorité sur son propre salut ?
Le parasémitisme — la constante obsession des Juifs — participant fondamentalement de l’antisémitisme, cette paranoïa de masse, semble vérifier l’actualité de l’interrogation de Wladimir Granoff dans « Dans le Silence des pères » : le scandale de « la solution finale » ne réside-t-il pas tant dans son échec que dans son entreprise ? — Point de fascination et point aveugle de l’Occident…

Mon épouse m’avait  invité à ce congrès et j’y étais allé en traînant des pieds… et là j’ ai retrouvé avec surprise et joie Olivier Rubinstein qui avait édité défense à Dieu d’entrer (rappelez-vous ici) alors qu’il était chez Denoël en 2005 et qui est maintenant conseiller culturel à l’ambassade de France à Tel Aviv. BH !

DidierLong et Olivier Rubinstein

Michel Gad Wolkowicz-Olivier Rubinstein

Michel Gad Wolkowicz et Olivier Rubinstein

Antisémitisme en France : la réponse… d’Edmond Fleg

Edmond Fleg : Pourquoi je suis juif…

Le discours d’Edmond Fleg à la veille de l’ouverture de la Société des Nations (actuelle ONU), à Bâle en Suisse en 1927, n’a rien perdu de son actualité en cette fin 2013. Ecoutez-le lu par Francis Huster :

(on trouvera ci-après des citations de ce discours)

Pourquoi je suis juif, Paris août-octobre 1927.

« On me demande pourquoi je suis juif… C’est à toi que je veux répondre mon petit-fils qui n’est pas encore né. Quand seras-tu assez grand pour m’entendre ? mon fils aîné a 19 ans, l’autre quatorze. Quand naîtras-tu ? Quand me liras-tu ? Vers 1950, 1960 ? Lira-t-on encore en 1960 ? Quelle figure prendra le monde ? La mécanique aura-t-elle supprimé l’âme ? L’esprit se sera-t-il créé un nouvel univers ? Y aura-t-il encore des juifs ? Je le crois. Ils ont survécu au pharaon, à Nabuchodonosor, à Constantin, à Mahomet, à l’Inquisition, et à l’assimilation… ils survivront bien à l’automobile ! Mais toi ? Te sentiras-tu juif ? mon enfant, on me dit : vous êtes Juifs parce que vous êtes nés juifs, vous ne l’avez pas voulu, vous ne pouvez pas le changer. Cette explication te suffira-t-elle ? Si, né juif, tu ne te sens plus juif. Si tu crois éteinte en toi la flamme d’Israël, un jour elle se rallumera. C’est une histoire très vieille, que chaque siècle recommence. Israël a eu mille occasions de mourir, mille fois il est ressuscité. Ainsi, j’aurais conduit par ce livre Israël jusqu’à toi, puis tu le conduiras jusqu’à d’autres, si tu veux. Si tu peux. Lire la suite de « Antisémitisme en France : la réponse… d’Edmond Fleg »

Amsterdam la juive : Anne Frank, un destin juif

A cet égard, l’effondrement moral total de la société respectable sous le régime de Hitler peut nous enseigner qu’en de telles circonstances ceux-qui chérissent les valeurs et tiennent fermement aux normes et aux standards moraux peuvent changer en une nuit… et qu’il ne restera plus que la simple habitude de tenir fermement à quelque chose. Bien plus fiables sont ceux qui doutent et sont sceptiques, non parce que le scepticisme est bon ou le doute salutaire mais parce qu’ils servent à examiner les choses et à se former un avis. Les meilleurs de tous sont ceux qui savent seulement une chose : que quoi qu’il se passe, tant que nous vivrons, nous aurons à vivre avec nous-mêmes.
Hanna Arendt, Responsabilité personnelle et régime dictatorial, 1964.

On se rappelle que pour Hanna Arendt, continuer à penser par soi-même, c’est-à-dire pouvoir s’interroger sur soi et sur ses actes, sur la norme du bien et du mal, est la condition pour ne pas sombrer dans la « banalité du mal » qu’elle décrit.
Penser par soi-même, vivre avec soi-même, voilà ce dont témoignent les réflexions d’une fillette de 13 ans, Anne Frank.

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Heureux comme un juif à Amsterdam

La Hollande a été le lieu de refuge de nombreux marranes et juifs « portugais » comme ils s’appellent eux-mêmes issus de la péninsule ibériques depuis les expulsions d’Espagne et du Portugal dès 1590.

«Et Israël habitera en sécurité» (Deutéronome 33, 28)  imprime Manassé ben Israël (1604-1657) dans le premier livre hébreu (un sidour) qui sortira de son imprimerie en 1627. Cette citation donne le ton de la situation des Juifs aux Pays-Bas durant les trois siècles suivants. Celle d’un abri paisible.

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La vie est belle

A voir,  » La vie est belle  » avec Roberto Benigni. Quelques scènes cultes de cette fable poétique magique. »

Un nombril fasciste

Témoins de l’Holocauste (suite) : Leib Rochman – « A pas aveugles de par le monde »

« Il savait que les rayons insaisissables qui aurait pu les unir étaient rompus. Mais pas seulement les leurs. De chaque être émanaient des rayons qui englobaient le monde entier et attachaient les hommes les uns aux autres. Tous intimement mêlés. Tout était dans tout.  Mais les rayons s’étaient éteints. »

a-pas-aveugles-de-par-le-mondeNé à Minsk-Mazowiecka dans un milieu hassidique Leyb Rochman est enfermé dans le ghetto de sa ville natale au début de la guerre et, suite à la destruction du ghetto en 1942, transféré avec sa famille dans un camp de travail. Il s’en évade et se cache pendant deux ans avec sa femme et trois juifs chez une paysanne polonaise. Là il est contraint de rester debout et immobile entre deux murs sans pouvoir bouger. Au lendemain de la Libération il se rend dans les camps de Maidanek et découvre les  chambres à gaz et fours crématoires. Victime par la suite du pogrom de Kielce, qui attendait les survivants qui rentraient chez eux, il se rend en Suisse fin 1945 pour se soigner.

De 1946 à 1948, il a voyagé à travers l’Europe et il tire de ce voyage cet ouvrage. En 1950, il s’installe en Israël. Il y meurt en 1978, à 60 ans, après avoir écrit trois livres : Et dans ton sang tu vivras (1961), A pas aveugles de par le monde (1968) et Le Déluge (1978).

Mit blinde trit iber der erd, A pas aveugles de par le monde, a été traduit du yiddish par Rachel Ertel chez Denoël. C’est un livre étrange sans équivalent dans la littérature de l’Holocauste. Celui d’un mort vivant, d’un revenant. Proche de l’écriture d’un Aaron Appelfeld qui préface le livre. Il commence une semaine après la fin de la seconde guerre mondiale comme une odyssée à travers une Europe de cauchemar. Une écriture sans les contraintes d’espace et de temps dans une Europe hallucinée d’après le Déluge.

S., « je », Leib, personnages interchangeables qui n’en sont qu’un vit dans le cauchemar de celui qui a survécu. Il revient comme Ulysse dans une Ithaque, l’Europe dévastée où ne l’accueillent que des fantômes de ses proches, de sa mère, de sa petite sœur réduits en cendres ou tués d’une balle.

« Leibl aurait lui aussi voulu se réfugier dans le sommeil, étendu sur son lit ; dans un sommeil interminable, ici, dans les montagnes, comme dans le giron de sa mère. Mais Estherké l’en empêchait. Maintenant, libéré des barbelés et des murs, il s’enfonçait continuellement dans une somnolence poisseuse dont il était impossible de le tirer. Il ne comprenait pas comment il avait échappé à tout cela, pourquoi c’était lui qui avait été condamné par le destin à demeurer. Il se souvenait de tous ceux qui l’entouraient jadis. Personne n’était resté. Ils avaient tous expiré leur âme en fumée : sa mère, qui l’avait porté et l’avait expulsé de son corps pour en faire un être indépendant, sa sœur et son frère, qui étaient le fruit de la même matrice et s’étaient nourris au même sein ; toute sa parentèle – oncles, tantes, cousins, issus du même sang. Comment rester seul dans le vide qu’ils avaient laissé ? Les camarades de sa cour, les voisins de sa rue, tous les habitants de sa ville. Tous les Juifs des villes et des pays environnants – des monceaux de cendres dispersés. Et lui, lui, il était là, il existait, on pouvait le toucher. Ce ne pouvait être qu’un châtiment. Ce ne pouvait être l’issue définitive. On lui avait tendu un piège. Comment l’avait-il mérité ? Pour quels actes infâmes ? »

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