Amsterdam la juive : Anne Frank, un destin juif

A cet égard, l’effondrement moral total de la société respectable sous le régime de Hitler peut nous enseigner qu’en de telles circonstances ceux-qui chérissent les valeurs et tiennent fermement aux normes et aux standards moraux peuvent changer en une nuit… et qu’il ne restera plus que la simple habitude de tenir fermement à quelque chose. Bien plus fiables sont ceux qui doutent et sont sceptiques, non parce que le scepticisme est bon ou le doute salutaire mais parce qu’ils servent à examiner les choses et à se former un avis. Les meilleurs de tous sont ceux qui savent seulement une chose : que quoi qu’il se passe, tant que nous vivrons, nous aurons à vivre avec nous-mêmes.
Hanna Arendt, Responsabilité personnelle et régime dictatorial, 1964.

On se rappelle que pour Hanna Arendt, continuer à penser par soi-même, c’est-à-dire pouvoir s’interroger sur soi et sur ses actes, sur la norme du bien et du mal, est la condition pour ne pas sombrer dans la « banalité du mal » qu’elle décrit.
Penser par soi-même, vivre avec soi-même, voilà ce dont témoignent les réflexions d’une fillette de 13 ans, Anne Frank.

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Heureux comme un juif à Amsterdam

La Hollande a été le lieu de refuge de nombreux marranes et juifs « portugais » comme ils s’appellent eux-mêmes issus de la péninsule ibériques depuis les expulsions d’Espagne et du Portugal dès 1590.

«Et Israël habitera en sécurité» (Deutéronome 33, 28)  imprime Manassé ben Israël (1604-1657) dans le premier livre hébreu (un sidour) qui sortira de son imprimerie en 1627. Cette citation donne le ton de la situation des Juifs aux Pays-Bas durant les trois siècles suivants. Celle d’un abri paisible.

Les Juifs séfarades bien intégrés dans la société étaient passés maîtres dans l’art du commerce international. L’industrie du diamant, dont le centre était à Amsterdam, devint à cette époque presque exclusivement juive. C’est à Amsterdam à cette époque que Spinoza, l’un des grands précurseurs de la laïcité moderne, développe sa philosophie. C’est encore à Amsterdam que pour la premièrefois la Mishna est traduite en latin par un chrétien !

Spinoza

Baruch Spinoza (1632-1677)
Musée d’histoire du jduaïsme, Amsterdam (Photo DL)

Du fait de cette richesse, de nombreux juifs Ashkénazes de l’Europe de l’Est, émigrent à Amsterdam au début du XVIIe (à partir des années 1620)  à cause de la guerre de Trente Ans entre la Hollande et l’Espagne. D’autres ensuites arrivent à Amasterdam chassés de Pologne par l’Insurrection de Bogdan Chmielnicki et par les persécutions et les pogroms perpétrés en Pologne et en Lituanie dans les années 1650. Les liens avec l’Allemagne se manifestent dans la liturgie ashkénaze. Les Séfarades ayant des liens avec l’Italie.

Les relations entre la communauté juive espagnole, aisée et cultivée, et la modeste communauté ashkénaze plus nombreuse mais composée de pauvres peu instruits, ne sont pas toujours faciles. Une différence amplifiée par  la langue : les séfarades, premiers venus, parlent hollandais tandis que ceux venus de Pologne et de Lituanie parlent le Yiddish.

Une relative liberté donc de penser et commercer alors que presque partout en Europe, les juifs sont persécutés, discriminés, enfermés dans des ghettos et shtetl en Mittle Europa. A Amsterdam ils vivent dans le quartier juif qui constitue de fait un ghetto d’un extrème densité mais qui ne se fermera sur le monde uif qu’au XIXème siècle. Une ville disparue dont les maisons comportaient pour la plupart 3 étages.  les témoignages de l’époque qualifient l’intérieur du ghetto  d’ « oriental » avec les  bruits et les odeurs typiques d’Espagne ou d’Afrique du Nord.

Amsterdam1770

Amsterdam en 1770

Amsterdam-quartier juif

Le quartier juif autour de la  « de Joode Bree Straat »

Maison de Rembrandt

De 1639 à 1658 Rembrandt a vécu dans cette maison au  1606 Jodenbreestraat

De nombreux juifs d’Amsterdam émigrent vers le Nouveau Monde comme à la Nouvelle-Amsterdam (future New York) en 1654.

A Amsterdam se rencontrent deux diasporas,  deux « maisons » comme en témoignent les quatre synagogues, édifiées entre 1671 et 1752 au cœur du Musée d’histoire du judaïsme située juste en face de la Grande Synagogue portugaise Esnoga.  Deux maisons de D., de chaque coté de la rue dans le quartier juif.

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Tout un peuple vit à Amsterdam, avec ses traditions propres, sa liturgie, ses rabbins, ses joies, ses peines, ses fêtes… voilà où en est la communuaté juive avant guerre. Heureux comme un juif en Hollande donc.

plan du quartier juif- Amsterdam

Plan du quartier juif -Amsterdam

Les synagogues ashkénazes et sépharade

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Esnoga (Photo DL)

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Musée d’histoire du judaïsme et synagogues ashkénazes

Synagogue ashkénaze-Amsterdam

Musée d’histoire du judaïsme – intéieur de la synagogue ashkénaze

Le quartier juif se trouvait entre la Nieuwmarkt , le Kloveniersburgwal ,  Raamgracht ,  Waterloo , Weesperstraat ,  Muiderstraat , Nieuwe Herengracht , Rapenburg et Uilenburg , avec comme artère principale Jodenbreestraat.

La maison de Rembrandt donne sur Waterlooplein un marché juif à ciel ouvert.

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 Amsterdam – Marchands juifs à Waterlooplein -1896

DSCN0159 Markenplein vue de l’intersection avec Muiderstraat. Le square formait la jonction entre Jodenbreestraat, Joden Houttuinen, Muiderstraat et Rapenburgerstraat.
Les feux en train de bruler sont ceux dans lesquels les juifs brulent le hamets (levain)
selon la tradition, la veille de Pessah, la Pâque juive.
Archives municipales d’Amsterdam, 1928. (Photo DL).

Amsterdam juive Amsterdam – Quartier juif (Photo DL).

Mais à la fin du XIXème siècle la pratique diminue ( à 10% de partiquant des mistvot dans les deux communautés) et au début du XXème siècle beaucoup, même ouvriers, quittent le mode de vie traditionnel pour devenir des propriétaires en ville, ils srestent groupés. Les marchands partent pour les quartiers cossus qui n’ont rien de juif.

La maison d’Anne Frank (l’annexe – la « maison de derrière » en allemand)

Les parents d’Anne sont des juifs allemands assimilés, de Francfort-sur-le-Main.

Edith Frank Otto Frank

Edith et Otto Frank

Le Père d’Anne Frank Otto Frank est un industriel prospère. Il fait partie des rares juifs qui ont compris que l’avènement d’Hitler signait leur arrêt de mort ou au moins l’impossibilité d’être libre pour un juif en Allemagne.

Synagogue d'Aix la Chapelle

C’est dans cette synagogue d’Aix-la-Chapelle qu’Otto et Edith Frank s’étaient mariés.
Durant la « nuit de cristal » (9 et 10 novembre 1938), elle est détruite par les nazis. (Source : maison d’AF)

La famille d’Anne Frank décide donc d’émigrer vers les Pays-Bas en mars 1933, au moment des lois de Nuremberg, la situation pour les Juifs en Allemagne devenant de plus en plus dangereuse. Anne a alors 4 ans. Ils rejoignent un groupe de familles juives germanophones dans des immeubles modernes au sud de la ville au 37 Merwedeplein où Anne Frank vivra de 1934 à 1942.

Anne Frank- tweede van links-12 juin 1939
Anne Frank (deuxième à partir de la gauche)
avec ses amis sur le Merwedeplein,

12 juin 1939

Merwedeplein 2

Vue du 37 Merwedeplein

On la voit sur cette seule vidéo connue d’elle à une fenêtre un jour de mariage. On sent une petite fille vivante et drôle :

Son père, Otto, a crée une usine pu plutôt un commerce de pectine sur les bords du Prinsengracht, ce « canal du Prince » qui est l’un des principaux canaux de la ville. Elle s’appelle OPEKTA (Pectine) et vend de la pectine, de la confiture et des épices.

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La soeur d’Anne, Margot Frank, contrairement à Anne est très pieuse et elle se dévoue beaucoup pour la communauté juive de son pays d’accueil.

Margot Frank 1939

Les nazis  envahissent les Pays-Bas en bombardant Rotterdam le 14 mai 1940. Le pays se rend. Ils  invitent aussitôt leurs « frères germains des peuples du nord » à joindre les aryens et  n’auront dés lors de cesse de poursuivre les « juifs étrangers ». Les premières mesures anti-juives datent de juin 1940.

Le marché juif à ciel ouvert de Waterlooplein est fermé en 1941 (les nazis ont alors raflé tous les juifs du lieu). Les condamnations à mort de personnalités choisies parmi les rabbins et hommes d’affaires juifs et les expulsions se mettent immédiatement en route à un rythme soutenu.

Amterdam 22 février 1941

Amsterdam, Pays-Bas, 22 février 1941.
La police allemande rafle des Juifs dans le quartier juif d’Amsterdam,
sous blocus à la suite de violences anti-nazies.
(Source : United State Holocaust Memomrial Museum)

Evidemment elles concernent tous les juifs, qui perdent leurs droits les uns après les autres comme le note Anne Frank.

Les lois antijuives se sont succédé sans interruption et notre liberté de mouvement fut de plus en plus restreinte. Les juifs doivent porter l’étoile jaune ; les juifs doivent rendre leurs vélos, les juifs n’ont pas le droit de prendre le tram ; les juifs n’ont pas le droit de circuler en autobus, ni même dans une voiture particulière ; les juifs ne peuvent faire leurs courses que de trois heures à cinq heures, les juifs ne peuvent aller que chez un coiffeur juif ; les juifs n’ont pas le droit de sortir dans la rue de huit heures du soir à six heures du matin ; les juifs n’ont pas le droit de fréquenter les théâtres, les cinémas et autres lieux de divertissement ; les juifs n’ont pas le droit d’aller à la piscine, ou de jouer au tennis, au hockey ou à d’autres sports ; les juifs n’ont pas le droit de faire de l’aviron ; les juifs ne peuvent pratiquer aucune sorte de sport en public. Les juifs n’ont plus le droit de se tenir dans un jardin chez eux ou chez des amis après huit heures du soir ; les juifs n’ont pas le droit d’entrer chez des chrétiens ; les juifs doivent fréquenter des écoles juives, et ainsi de suite, voilà comment nous vivotions et il nous était interdit de faire ceci ou de faire cela. Jacques me disait toujours : « Je n’ose plus rien faire, j’ai peur que ce soit interdit. »

En 1942 Margot, la sœur d’Anne reçoit une convocation pour aller dans un camp de travail allemand. Son père Otto et sa mère Edith choisissent la clandestinité pour leur famille. Ils font croire qu’ils sont partis en Suisse mais en réalité, le 6 juin 1942, chacun se couvre de plusieurs couches de vêtements pour ne pas transporter de voyantes valises.

Plaque Merwedeplein

valises

Ils parcourent en un quart d’heure les cinq kilomètres et demi, puisque les Juifs n’avaient pas le droit d’utiliser les transports publics pour se  réfugier dans les étages de l’usine d’Otto (l’annexe). Et arrivent au niveau du westermakt au 263 Prinsengracht :

Statue d'Anne Frank

C’est là qu’est l’usine d’Otto :

Maison d'Anne Frank

L’entrée de leur cachette se trouve derrière une bibliothèque coulissante, l’annexe (la « maison de derrière ») qu’a préparé Otto jour après jour depuis un an.

armoire-maison d'Anne Frank

Maison d’Anne Frank, entrée de l’annexe (photos DL)

Voir ici une visite en 3D  ici

Quatre autres clandestins juifs vont les accompagner: Hermann et Auguste van Pels et leur fils Peter, et Fritz Pfeffer. Tous sont terrorisés d’être découverts en étant trahissant leur présence par du bruit. En bas, dans le magasin, des gens, des employés, des ouvriers, des clients passent toute la journée . Tout bruit serait fatal et l’approvisionnement, le ravitaillement constituent des moments de danger. Anne s’invente une amie imaginaire, Kitty, à qui elle écrit :

Chère Kitty,
J’ai encore la main qui tremble, quoique l’effroi d’il y a deux heures devrait être oublié. Il se trouve dans l’immeuble cinq appareils Minimax contre l’incendie. Le menuisier ou un quelconque ouvrier, j’ignore comment on l’appelle, devait venir remplir ces appareils ; nous étions au courant, mais personne ne nous avait avertis que c’était pour aujourd’hui.
Il s’ensuivit qu’aucun de nous n’a tout à fait observé les règles de silence imposées en pareille circonstance. À un moment donné, j’entendis du palier des coups de marteau de l’autre coté de notre porte-armoire.

Ils dorment donc le jour. Ils y resteront 25 mois aidés de leur 4 amis libres de leurs mouvements car non juifs.

263prinsengracht

Anne, faute d’amies dans l’annexe écrit à son amie imaginaire. Ce sera son journal écrit sur un cahier qui lui a été offert pour son treizième anniversaire le 12 juin 1942 :

samedi 20 juin 1942 : Il y a plusieurs jours que je n’ai pas écrit ; il me fallait réfléchir une fois pour toute à ce que signifie un Journal. C’est pour moi une sensation bien singulière que d’exprimer mes pensées, non seulement parce que je n’ai jamais écrit encore, mais parce qu’il me semble que, plus tard, ni moi, ni qui que ce soit d’autre ne s’intéresserait aux confidences d’une écolière de treize ans. Enfin, cela n’a aucune importance. J’ai envie d’écrire, et bien plus encore de sonder mon cœur à propos de toutes sortes de choses. ” Le papier est plus patient que les hommes.” Ce dicton me traversa l’esprit alors qu’un jour de légère mélancolie je m’ennuyais à cent sous de l’heure, la tête appuyée sur les mains, trop cafardeuse pour me décider à sortir ou à rester chez moi. Oui, en effet, le papier est patient, et, comme je présume que personne ne se souciera de ce cahier cartonné dignement intitulé Journal, je n’ai aucune intention de jamais le faire lire, à moins que je ne rencontre dans ma vie l’Ami ou l’Amie à qui le montrer. Me revoilà arrivée au point de départ, à l’idée de commencer ce Journal : je n’ai pas d’amie.

 carnet

carnet d'anne frank 2

Elle espère que son journal sera publié sous forme de roman après la guerre.

Elle souffre de la claustration :

Une voix intérieure me crie :  » Je veux sortir, de l’air, je veux rire !  » Je n’y réponds même plus, je m’étends sur le divan et je m’endors pour raccourcir le temps, le silence et l’épouvantable angoisse, car je n’arrive pas à les tuer.

Dans mon lit au chaud, je me sens moins que rien, en pensant à mes amies les plus chères, arrachées à leurs foyers et tombées dans cet enfer. Je suis prise de peur à l’idée que ceux qui m’étaient si proches sont maintenant livrés aux mains des bourreaux les plus cruels du monde. Pour la seule raison qu’ils sont juifs.

Parfois, avec l’arrivée du Printemps, elle espère :

Quand tu es seul et malheureux ou que tu as du chagrin, essaie toi aussi de monter dans les combles par un aussi beau temps et de regarder au-dehors. Pas de regarder les maisons et les toits, mais le ciel. Tant que tu pourras contempler le ciel sans crainte, tu sauras que tu es pur intérieurement et que malgré les ennuis tu retrouveras le bonheur. Richesse, considération, on peut tout perdre, mais ce bonheur au fond du coeur, il ne peut guère qu’être voilé et il saura nous rendre heureux, aussi longtemps que l’on vivra.

Je crois que je sens en moi le printemps, l’éveil du printemps, je le sens dans tout mon corps et dans mon âme. Je dois me contenir pour me conduire normalement, je suis dans la confusion la plus complète, je ne sais pas quoi lire, pas quoi écrire, pas quoi faire, je sais seulement que je désire…

Malgré tout c’est une « peste » qui a un énorme humour :

Idée nouvelle : à table, je me parle à moi-même plutôt qu’aux autres, c’est doublement avantageux, d’abord ils sont tous contents de ne pas m’entendre caqueter sans arrêt et deuxièmement, je n’ai plus à m’irriter du jugement d’autrui.

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Dehors les juifs qui étaient au début dans des camps d’internement sont maintenant expulsés de leurs appartements pour  intégrer les rues du ghetto créé par les Allemands. Ceux-ci y arrêtent les juifs de manière nocturne et procèdent à des déportations massives vers l’extermination. en 1944 il n’y a plus de juifs dans Amsterdam hormis les clandestins. Des nouvelles que les occupants de l’Annexe apprennent par leur amis.

Anne n’aura pas le temps d’achever sa tâche. Le 4 août 1944, un nazi et des miliciens hollandais vont droit à l’armoire. incrédules quand les occupant affirment qu’Otto est un ancien officier de l’armée allemande, il découvrent les traits sur le mur qui marquent la croissance en taille des enfants :

Dénoncés par on ne sait qui, les clandestins de l’annexe sont emmenés à la Gestapo puis déportés via le camp de transit de Westerbork. L’héroïque Miep Gies (1909-2010) , secrétaire dans l’entreprise Opekta d’Otto, catholique, qui assure leur subsistance avec quatre autres employés et relaie les informations de l’extérieur depuis le début va essayer de les en faire sortir au péril de sa vie.

Miep Gies au début des années 1930
Miep Gies au début des années 1930

Miep Gies, documentaire de la BBC,  Anne Frank Remembered,  Jon Blair, 1995

Sans réponse d’un soldat SS qui feint de ne rien pouvoir faire pour la famille Frank et ses compagnons d’infortune, Miep Gies revient le lendemain et ne reçoit, pour toute réponse définitive  d’un aréopage de gradés nazis attablés en train d’écouter en silence et la clandestinité l’avancée des alliés sur radio Londres, qu’un « Va-t-en, fumier ! ».

Le sort des clandestins de la maison du 263 Prinsengracht est désormais jeté.

La déportation et la mort

La fin d’Anne Frank est celle d’une martyre. Elle connait son sort :

Aujourd’hui, je n’ai que des nouvelles sinistres et déprimantes à te donner. Nos nombreux amis juifs sont emmenés par groupes entiers. La Gestapo ne prend vraiment pas de gants avec ces gens, on les transporte à Westerbork, le grand camp pour juifs en Drenthe, dans des wagons à bestiaux

Le petit groupe est emmené au camp de transit de Westerbork où Anne reçoit comme travail de casser des piles avec un marteau.

Camps de Westerbork

Camp de transit de Westerbork
(musée de la maison d’Anne Frank)

A l’appel du 02 septembre les clandestins de l’annexe partent vers l’est en wagons de marchandises.

Panneau sur le train Westerbork-Auschwitz    

Ecriteau sur les wagons
(musée de la maison d’Anne Frank)

Le voyage en train dure trois jours. Janny Brilleslijper témoigne : « Nous étions debout, nous appuyant les uns contre les autres. Il y avait de grandes ouvertures dans les wagons et deux trous recouverts d’un épais grillage en guise d’aération. Si l’on se trouvait près de l’un de ces trous, de deux choses l’une, ou on souffrait moins de la puanteur ou on attrapait froid à cause des courants d’air. » . Rosa de Winter-Levy dira plus tard à propos de son voyage en train : « Au bout de deux jours, nous étions exténués, ici un homme rendait l’âme, là une vieille femme se trouvait mal, des enfants pleuraient, c’était quasiment insoutenable. »

Auschwitz-BirkenauAuschwitz, l’arrivée  
(musée de la maison d’Anne Frank)
 

Dans la lumière aveuglante et jaune des projecteurs, les cris des chiens et des SS les coups de fouet qui pleuvent, et des cris de prisonniers hagards en vêtements rayés : « Aussteigen, schnell, schneller » « dehors, plus vite, plus vite! », les prisonniers sont triés dès l’arrivée, Otto avec les hommes est séparé des siens. Ils ne se reverront plus.

La sélection par les médecins nazis

Auschwitz, le tri par les médecins SS
(musée de la maison d’Anne Frank)

Les enfants, les personnes âgées et les malades sont directement envoyés à la chambre à gaz, les trois femmes sont rasées et tatouées avec un numéro d’identification sur le bras puis dirigées vers les baraques. Elles sont réduites au statut de travailleuses esclaves. Pour rappel, l’usine de Birkenau n’a jamais produit un gramme de caoutchouc. Elles resteront ensemble ne voulant pas être séparées malgré la gale que contracte bientôt Margot. La mère d’Anne meurt à  l’infirmerie.

De nouvelles sélections commencent parmi les femmes. Anne et Margot sont déportées à Bergen-Belsen. Anne, chauve, tremblante, couverte de poux et émaciée est inquiète pour Margot définitivement alitée.

Margot meurt à côté d’Anne. Pensant que son père est aussi mort, (Otto survivra à la guerre) elle pense sans doute être seule au monde et épuisée et squelettique elle perd tout espoir. Elle meurt du typhus en février 1945 quelques semaines avant la libération du camp par les soldats anglais le 15 avril 1945. Son corps nu est jeté hors en tas. Personne n’entendra plus les deux sœurs squelettiques près de la porte transies de froid crier : « la porte, la porte ! »

Margot et Anne Frank

Reste son journal, publié par son père après-guerre.

De l’antisémitisme nazi et européen

Sur les 110 000 Juifs déportés des Pays-Bas par les nazis, seuls 5 000 ont survécu à l’Holocauste. 75 % de la population juive a péri (contre 25% en France). Essayons d’en examiner les différentes causes. Celles qui font dire à Hanna Arendt : « l’effondrement moral total de la société respectable sous le régime de Hitler peut nous enseigner qu’en de telles circonstances ceux-qui chérissent les valeurs et tiennent fermement aux normes et aux standards moraux peuvent changer en une nuit… et qu’il ne restera plus que la simple habitude de tenir fermement à quelque chose. »

L’antisémitisme ne disparaîtra sans doute jamais. Ce que l’antisémite veut tuer dans le Juif c’est le symbole de la Loi morale qui fruste inévitablement tout désir individuel et dont le juif devient le symbole fantasmatique. L’interdit, le « ne pas », tuer, voler, etc… provient bien de la Torah et reste marqué comme tel dans l’inconscient occidental. Dans ce schéma mental inconscient, l’antisémitisme est l’envers de la frustration du désir, cette frustration que les nazis ont si bien su fédérer autour d’un ennemi commun après la grande crise de 29. Les allemands parlaient de « libérer leur espace vital », les juifs les empêchaient littéralement de vivre ! L’interdit du commandement est fondateur au cœur de la culture occidentale. Il est fondateur de toute humanité. C’est ce que refusent la plupart du temps et le plus souvent inconsciemment les antisémites de tout bords. Il y a donc comme l’a montré Bela Grunberger une fascination mêlée de haine des antisémites pour le Juif fantasmatique qu’ils ne rencontrent en réalité jamais mais qui est le signifiant de la frustration narcissique.

L’antisémitisme du IIIème Reich se distingue des autres racismes ‘ordinaires’ liés à la survalorisation d’une identité culturelle, des formes d’anthopocentrismes excluant les autres cultures. Il s’en distingue au delà des motivations psychologiques que j’ai évoquées par son caractère non seulement idéologique (des idéologies racialistes nées au XIXème siècle chez Drumont avec La France Juive, Gobineau qui invente l’inégalité des races et les  aryens germains et scandinaves…), mais en plus programmatique, systématique, juridique, industriel, d’Etat enfin.

Avec le III éme Reich l’antisémitisme diffus s’est cristallisé en une dimension non seulement idéologique mais aussi programmatique, celle de l’Etat avec ses lois antisémites mûrement étudiées. Mais aussi un convocation de la raison occidentale opérationnelle, scientifique (la médecine était la reine des sciences pour les nazis), instrumentale.  L’aspect « rationnel » qui conduira à continuer d’utiliser les trains pour envoyer les juifs de Hongrie au crématoire alors que l’Allemagne en a besoin pour son effort de guerre, dans un combat déjà perdu est proprement stupéfiant. Hitler et sa clique étaient un ramassis de fous à lier mais d’une  folie rationnelle, systématique, industrielle qui fait froid dans le dos.

Quel rôle a joué le christianisme ? Soyons clairs, l’ idéologie raciste du IIIème Reich est parfaitement athée et d’idéologie païenne et raciste (la terre, le peuple allemand, le furher…) mais elle compose parfois avec l’antisémitisme théologique chrétien qui sévit depuis le IV ème siècle, dont la formule de ralliement est le « peuple juif déicide » et la formule liturgique, celle du juif« perfide» ainsi que le disait la liturgie catholique avant Vatican II. Une forme de judéophobie chrétienne quasi culturelle depuis Augustin d’Hippone mais qui explose en pogroms réguliers à partir de la première croisade et qui servira de trame mentale pour l’idéologie nazie. Il faut aussi noter l’antisémitisme luthérien dont le virulent pamphlet de Luther Des juifs et de leurs mensonges inoculera son poison lent en Allemagne à partir de la Réforme, et aussi l’antisémitisme catholique de Pologne et de la Mittle-Europa  et  russe bien-sûr.
L’Eglise catholique, depuis 1965 à très clairement condamné tout cela et demandé pardon par la voix des papes unanimes. Mais les mentalités et les vieux réflexes ne changent pas si facilement.

L’antisémitisme est donc polymorphe, sa vraie raison est celle que j’ai exprimé au début de frustration du narcissisme chrétien,ce narcissisme qui veut son objet et s’invente un D.ieu visible (contre le message de Jésus qui rappelle l’importance du Chema au scribe qui l’interroge sur ce qui est bien !). Cet antisémitisme polymorphe prend aujourd’hui la forme de l’israélophobie, de l’antisémitisme musulman, des néo-nazis de tout bord, du néo maurassisme catholique intégriste…

En grande majorité, les églises issues de la réforme ont soutenu l’ordre du IIIème Reich, arrivé démocratiquement au pouvoir. En dehors de héros comme le pasteur Dietrich Bonhoeffer qui a participé à l’assassinat manqué contre Hitler, et sera personnellement jugé sur ordre du Furher un mois avant la chute du bunker de Berlin et pendu dans le camp de concentration de Flossenbürg avec le autres responsables du complot (opération Canaris)… les églises protestantes ont suivi le mouvement général.

L’ antisémitisme se marque dans le paysage à Amsterdam. Ainsi l’église catholique de « Moïse et Aaron » construite par les franciscains en 1837-1841 juste en face des synagogues Esnoga et du Musée d’histoire du judaïsme est clairement une invitation à la conversion au christianisme. Le message était clair : la rue des juifs menait à l’église Moïse et Aaron, en clair au baptême!

Jodenbreestraat1894

Vue de la Jodenbreestraat en 1884 à partir de la synagogue portugaise.
On distingue au bout le clocher de l’église Moïse et Aaron. 

Voilà de quoi est morte la petite Anne à Bergen Belsen et sans doute aussi une partie de l’âme européenne. L’Europe a commis à Auschwitz un second péché originel qui nous concerne tous. Un meurtre symbolique du peuple où est né le monothéiste, chargé de le conserver. Une transgression de la Loi morale dont l’esprit de tout homme est sur ce territoire définitivement blessé. L’antisémitisme n’est pas mort, il a seulement muté et c’est pour cela que les européens sont si tolérants au nouvel antisémitisme des musulmans fondamentalistes, ce fascisme vert qui prospère en toute impunité sur leur territoire et ne se confond en aucun cas avec « les musulmans ».

On voit à quel point, dans ce contexte, les deux secrétaires d’Otto Frank, Miep Gies et Bep Voskuijl, non israélites, et ses deux associés Monsieur Kleiman et Monsieur Kugler qui prirent les commandes de l’entreprise en janvier 1942 était courageux. Grâce à eux, et pendant deux ans, les Frank et leurs amis vont survivre dans l’annexe et être alimentés par eux via des faux tickets d’alimentation. Sans traître, le plan aurait pu marcher. Il y eu des chrétiens qui résistèrent. Le choix n’était pas entre l’héroïsme et la lâcheté mais dans cette capacité personnelle de dire non et de résister qui contamine la masse.

Paroles humaines, Parole de D.ieu

Anne avait écrit :

Dieu ne m’a jamais abandonnée et ne m’abandonnera jamais.

 Pour tous ceux qui ont peur, qui sont solitaires ou malheureux, le meilleur remède est à coup sûr de sortir, d’aller quelque part où l’on sera entièrement seul, seul avec le ciel, la nature et Dieu. Car alors seulement, et uniquement alors, on sent que tout est comme il doit être et que Dieu veut voir les hommes heureux dans la nature simple, mais belle.

Bien qu’assimilée sa mère avait emporté dans l’annexe un sidour qu’on peut y  voir aujourd’hui écrit en hébreu et en caractères gothiques allemands sur la page de gauche. Témoin de leur volonté d’être à la fois juifs et allemands, la langue qu’il parlaient avec leurs voisins, en apposant les deux langues en un même livre de prière.

Comme nous l’avons remarqué au cours de ce récit, les nazis ont systématiquement et scrupuleusement brisé la Torah et toute Loi morale :

  • en ramenant le peuple  juifs en esclavage avant de l’exterminer :

Premier commandement: Je suis le Seigneur ton Dieu Qui t’a fait sortir du pays d’Égypte.

  •  en créant une religion idolâtrique païenne adorant la race germanique divinisée et dévote à Hitler

Deuxième commandement : Tu n’auras pas d’autre Dieu que moi.

  • Une religion païenne qui adorait les arbres et les sources et créait de grandes liturgies sur le mode romain comme à Nuremberg ,

Troisième commandement : Tu ne prononceras pas le nom de Dieu en vain.

  • en utilisant le travail comme oeuvre de mort de manière industrielle. La devise tristement célèbre : Arbeit macht Frei – « Le travail rend libre »,  inscrite au dessus de la porte d’Auschwitz est un retournement pervers du travail créateur biblique. A Auschwitz Birkenau, le travail visait à épuiser les corps pour les tuer ensuite. L’usine de caoutchouc synthétique de Buna (Auschwitz III)  crée par le conglomérat chimique allemand I.G. Farben n’a jamais produit un seul gramme de caoutchouc ! le groupe y investit plus de 700 millions de Reichsmarks.

Quatrième commandement : Souviens-toi du jour du Shabbat (repos).

  •  en déshonorant les parents mis à nus, battus et tués devant leurs enfants. En voulant éliminer ceux chez qui est né et qui conservent l’unique monothéisme : le peuple juif. Il s’agit d’un meurtre symbolique du « père » de la civilisation occidentale.

Cinquième commandement : Honore ton père et ta mère.

  • en exterminant plus de 6 millions d’enfants d’Israël.

Sixième commandement : Tu ne tueras point.

  • en détruisant moralement, physiquement, par le viol, les peuples d’Europe qu’ils ont conquis créant ainsi de graves confusions morales sur plusieurs générations chez les survivants et les enfants, petit-enfants des bourreaux et collaborateurs qu’ils le sachent ou non.

Septième commandement : Tu ne commettras pas d’adultère.

  • en déportant les juifs pour leur voler leurs biens

Huitième commandement : Tu ne voleras pas.

  • en créant un arsenal juridique antisémite permettant les expropriations et spoliations  « légales »

Neuvième commandement : Tu ne feras pas de faux témoignage.

  • en volant aux juifs tout ce qu’ils avaient leurs femmes, leurs maisons, leurs enfants… ce dont témoigne le tri à l’arrivée d’Auschwitz et la disparition du quartier juif d’Amsterdam curieusement refait à neuf.

Dixième commandement : Tu ne convoiteras ni la femme, ni la maison, ni rien de ce qui appartient à ton prochain.

Les nazis ont systématiquement violé tous les commandements, tous. Sans parler des mitsvot : Si tu trouves le nid d’un oiseau, dans un arbre ou sur le sol, avec des oisillons ou des œufs et que la mère couve les oisillons ou les œufs, ne prends pas la mère avec ses petits. Fais partir la mère et ne prends que les petits… dit le Deutéronome (Deutéronome 22, 6). Et Na’hmanide écrit que, dans son sens le plus simple, la raison de cette mitsva est de nous enseigner la compassion. Prendre l’oisillon sous les yeux de sa mère causerait à celle-ci un chagrin aigu. L’amour et la compassion d’une mère pour sa descendance sont, selon les mots de Maïmonide, « non une fonction de l’intellect ou de la parole, mais une fonction du processus de la pensée qui existe chez les animaux comme chez les hommes ».

Les nazis, eux, avaient perdu toute empathie pour toutes les créatures de D.

Aujourd’hui l’ancien quartier juif est couvert d’immeubles modernes sans âme. La marché juif est remplacé par un théâtre glacial et un centre commercial sans âme genre ville nouvelle… tout cela juste en face de la maison de Rembrandt ! On ressent le vide de l’âme sur cette avenue et la place. qui la joint aux cinq synagogues rescapées du désastre.

Otto, l ‘unique survivant du groupe, revient à Amsterdam à la fin de la guerre, retrouve Mies et son mari qui lui apprennent la mort de ses filles et de sa femme… et lui donnent  le journal d’Anne. Il décide alors de publier l’œuvre de sa fille, qui sera publiée en néerlandais en 1947 sous le titre Het Achterhuis : Dagboekbrieven van 12 Juni 1942 – 1 Augustus 1944 (L’arrière-cour : notes du journal du 12 juin 1942 au 1er août 1944). Et sera bientôt traduit dans toutes les langues du monde et aura un immense retentissement à travers le monde.

En ce 08 mai, anniversaire de la victoire des Alliés sur l’Allemagne nazie et de la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe, il fallait faire deux heures de queue pour visiter la maison d’Anne Frank.

foule devant la maison d'Anne Frank

Foule devant la maison d’Anne Frank à Amsterdam (photo MPS )

Prospectus Maison d'Anne Franck

Prospectus de la visite de le beit hanna Frank en hébreu (photo DL )

Les nazis n’ont pas donc pas entièrement réussi leur oeuvre de mort ni à effacer leurs crimes.

Car le Erouv a été reconstruit à Amtsel (photo) , le Shabbat y est de nouveau sanctifié (voir mon premier post) :

Amsterdam Erouv

En ce lendemain de Chavouot la Torah a été redonnée aux enfants d’Israël pour qu’ils deviennent à leur tour des Toroth vivantes et  des  lettres de l’Eternel vivantes comme des étincelles du Sinaï pour éclairer toutes les nations. Dans le synagogue ashkénaze, les rouleaux de la Loi reposent dans l’arche :

Sefer Torah

Au Musée d’histoire juive les livres témoignent de la passion de l’écriture du peuple qui n’oublie jamais :

Livre-Musée d'histoire jiuve d'Amsterdam

DSCN0151

C’est le même mot en hébreu qui désigne le Temple (Beit), la synagogue et la maison. Dans la maison d’Anne Frank, son  journal ouvert attend sagement dans la pénombre ses lecteurs :

le journal

L’âme joyeuse d’Anne Frank plane sur le « canal du Prince » :

DSCN0052

Je ne veux pas, comme la plupart des gens, avoir vécu pour rien. Je veux être utile ou agréable aux gens qui vivent autour de moi et qui ne me connaissent pourtant pas, je veux continuer à vivre, même après ma mort ! Et c’est pourquoi je suis si reconnaissante à Dieu de m’avoir donné à la naissance une possibilité de me développer et d’écrire, et donc d’exprimer tout ce qu’il y a en moi ! En écrivant je peux tout consigner, mes pensées, mes idéaux et les fruits de mon imagination.

————————————————————————————————————–

Pour continuer, un très bon documentaire de la BBC :

10 commentaires sur « Amsterdam la juive : Anne Frank, un destin juif »

  1. Bonjour,
    Lorsque je pense à Anne, comme si elle était ma Fille, je tremble de peine, de rage et de fierté mêlées… Si tout a été dit, tout doit rester en mémoire et c’est sa mémoire vivante qui doit faire de nous autres, Européens, des militants acharnés des droits de l’homme.
    Merci pour cette page qui est une de plus dans son « Journal ».
    Amicalement.
    Jean-Michel Pollyn

  2.  » Le dernier des justes » André Schwartz-Bart »…. »Ainsi donc, cette histoire ne s’achèvera pas sur quelque tombe à visiter en souvenir. Car la fumée qui sort des crématoires obéit tout comme une autre aux lois physiques ; les particules s’assemblent et se dispersent au vent qui les pousse. Le seul pèlerinage serait, estimable lecteur, de regarder parfois un ciel d’ orage avec mélancolie.
    Et loué. Auschwitz. Soit. Maïdanek. L’Eternel. Treblinka. Et loué Buchenwald. Soit. Mauthausen. L’ Eternel. Belzec. Et loué. Sobibor. Soit. Chelmno. L’ Eternel. Ponary. Et loué. Theresienstadt. Soit. Varsovie. L’ Eternel . Vilno. Et loué…. »

     » Parfois, il est vrai, le coeur veut crever de chagrin. Mais souvent le soir de préférence, je ne puis m’ empêcher de penser qu’ Ernie Levy, mort six millions de fois est encore vivant, quelque part, Je ne sais où… Hier, comme je tremblais de désespoir au milieu de la rue, cloué au sol, une goutte de pitié tomba d’en haut sur mon visage: mais il n’y avait nul souffle dans l’ air, aucun nuage dans le ciel…Il n’ y avait qu’une présence » A. Schawrtz- Bart.

    Hannah Arendt, considérée comme l’une des intellectuelles les plus importantes du XXeme siecle, écrivait peu de temps avant de disparaître: « La mort est le prix que nous payons pour la vie, pour le fait d’avoir vécu ». Malgrè la profondeur de sa pensée, et son immense talent, elle est à mon sens un personnage contestable du fait de son ambiguïté (sa relation avec Heidegger, son attitude lors du procès d’ Eichmann, et l’influence qu’a eu sur elle son deuxième époux Heinrich Blücher, dont l’idéologie révolutionnaire, l’antijudaïsme viscéral et son rejet total du Sionisme le faisaient écrire à Hannah : » il faudrait empêcher que ce merveilleux explosif international ne se transforme, dans le pot de chambre d’une internationale juive de Schnorrer, en merde . »

  3. Sou brasileira e,infelizmente, entendo pouquíssimo de francês. Mas fiquei muito feliz ao encontrar um site com tamanho conhecimento sobre Anne Frank. Já li seu diário inúmeras vezes e nunca me canso. Vou traduzir a página (com ajuda da internet, claro) e aproveitá-la com grande contentamento.

  4. C’est dérisoire mais j’ai collé cette page magnifique sur mon compte Facebook. Merci encore pour cette mémoire de la vie.

  5. bonjour savez – vous où je pourrais éventuellement me procurer le livre traduit en français « BEP VOSKUIJL AU DELA DU SILENCE »? ma sœur le voudrait absolument MERCI

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