Le « secret dans le secret », le chemin pour aller à D.ieu

Le chant Ve’afilu behastarah exprime l’une des idées les plus radicales et les plus consolantes de la spiritualité juive, telle qu’elle apparaît dans l’enseignement de Rabbi Nahman de Breslev :

« La Corse promise » sur France 3 Corse ViaStella, extraits

📺 Découvrez en exclusivité le nouveau documentaire « La Corse promise », réalisé par Jean-Emmanuel Casalta et Thomas Raguet.

Ce film retrace le parcours de trois rabbins Loubavitch installés en Corse depuis 2016. À travers la mission qu’ils se sont donnée, ils œuvrent à redonner vie à une judéité insulaire en perte de vitesse, sous les regards tantôt enthousiastes, tantôt indifférents, de la communauté juive de l’île.

« La Corse promise », ce vendredi sur France 3 Corse ViaStella

Avec les Rav Levi Pinson, Zalman Teboul, Chalom Sebag, la communauté juive de Bastia, Didier Long; Frédéric Joseph Bianchi , Monseigneur le cardinal François Bustillo, archevêque d’Ajaccio.

J’ai écrit 16 livres depuis 20 ans…

J’ai écrit 16 livres depuis 20 ans. Des notes de bas de page de mon aventure spirituelle. Juste pour me repérer dans une navigation aventureuse et difficile.
Jumeau, corse, ouvrier chez Michelin à 15 ans, de parents corses tous deux orphelins de père à 3 ans, sans éducation religieuse, je lisais Dostoievski, la Bible, dans mon Foyer de jeunes travailleurs. J’ai découvert les livres, le mode d’emploi de l’existence.
Comme la prière ils me remplissaient l’âme.
D.ieu a mis sur ma route des gens extraordinaires : des artistes magnifiques, des écrivains besogneux, des venture capitalists inquiets, des anarchistes désenchantés, des voyous et des grands flics nerveux, des espions peu locaces, des psy pleins de bonté, des bergers corses lumineux, des moines érudits, un rabbin marrakchi truculent, d’humbles Grands de la Torah, des talmidei Hakhamim vertueux et des hassidim fervents… et bien sûr mon épouse Marrakchi dont la mère a appris l’hébreu au Mellah avec mon maître et dont l’oncle était rabbin à Bastia en bas de chez ma grand mère !
Alors j’ai raconté tous ces miracles pour qu’ils ne meurent jamais.
Et quand je regarde en arrière tous mes livres m’indiquent le chemin comme une boussole : la Terre Promise à Abraham, Beezrat Achem.

Rahmana Liba Bae : « Le Miséricordieux demande le cœur » m’a appris rabbi Haïm mon Maître marrakchi. J’ai aussi retenu un proverbe Yiddish : « Ne croyez pas le désespoir, il ne tient jamais ses promesses ! »

« Le soleil comme la mort ne peuvent se regarder en face »: en mémoire de Jean-Pierre Elkabbach

« Le soleil comme la mort ne peuvent se regarder en face »[1]. Ceux qui voient le soleil en face meurent un peu. Mais surtout ils deviennent des familiers du royaume des ombres. Je dirais cela de Jean-Pierre Elkabbach, il était un homme de la lumière et aussi un familier du royaume des ombres, à commencer par celle de son père.

Pour nous les juifs tant qu’on dit le nom de quelqu’un il ne quitte pas la lumière de la vie. Alors deux ans plus tard, en cette veille de Souccot, la fête des cabanes qui nous rappelle notre condition d’errants précaires, je voudrais le ressusciter.

Jean-Pierre Elkabbach entouré des frères Faiola devant le restaurant Le Stresa

06 octobre 2025

J’ai été à la manif de soutien aux otages hier. Rues grises, du soleil à la fin. Plutôt âgé. Quelques jeunes qui essayaient encore de hausser la voix mais comme dans une cloche en coton, capitonnée de flics. Le gouvernement est de nouveau tombé ce matin. Aujourd’hui deuxième anniversaire de la mort de Jean-Pierre Elkabbach il y a pile deux ans. « Encore une coïncidence bizarre » aurait dit Jean-Pierre, en te fixant sans rire avec ses yeux noirs.

06 octobre 2023

Je reviens d’Israël. Aujourd’hui nous enterrons Jean-Pierre Elkabbach. C’est la « fête des cabanes », la veille de Sim’hat Torah (la joie de la Torah) en Israël, les allées du cimetière Montparnasse sont ruisselantes de rayons qui allongent nos ombres sur les allées.

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SOUCCOT : La mémoire olfactive, notre sens le plus spirituel

Mon cédrat cette année, dans une boite ashkénaze du 19ème siècle que j’ai achetée à mon amie Francine SZAPIRO, grande passeuse de mémoire, à la Galerie Saphir dans le Marais.

Au coeur de notre cerveau

La mémoire olfactive est la plus profonde; notre cerveau a la capacité d’associer des odeurs à des expériences passées. Contrairement à d’autres sens, l’odorat est directement relié aux zones du cerveau responsables des émotions et de la mémoire, comme l’amygdale et l’hippocampe.
Aussi l’odorat est le sens le plus spirituel dans le judaïsme car c’est celui qui fait partie de la mémoire la plus profonde. D’où la cuisine de votre maman !

Cédrat : Corsica, a terra Prumessa

Au 19ème siècle se procurer un cédrat pour Souccot en Lituanie ou en Roumanie supposait que celui-ci arrive à point et casher. Aussi les cédrats valaient une fortune et accomplir cette mitsva était un prodige chaque année incertain.
Les cédrats de Corfou ayant été déclarés non casher car greffés sur une autre espèce (La halakha appelle kilayim un mélange interdit entre deux espèces), le monde ashkénaze a dû se tourner vers des cédratiers casher.

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Dans le désert (Bamidbar)

De Marrakech.

Ce Chabbat on lit Bamidbar « Dans le desert », le début du livre des Nombres :

1L’Éternel parla en ces termes à Moïse, dans le désert de Sinaï, dans la tente d’assignation, lepremier jour du second mois de la deuxième année après leur sortie du pays d’Egypte: 2″Faites le relevé de toute la communauté des enfants d’Israël, selon leurs familles et leurs maisons paternelles, au moyen d’un recensement nominal de tous les mâles, comptés par tête.

Pourquoi les compte-t-il à sortie d’Égypte alors que seulement 20% du peuple est sorti fidèle à son destin juif tandis que les autres sont restés des esclaves hébétés par 200 ans d’esclavage dans la Patrie de l’idolâtrie ?

Rachi commente à propos de ce recensement ordonné au début du Livre de Bamidbar :

Pourquoi les compte-ils après le veau d’or, puis quand sa Shekina (Présence) vient demeurer (shakan) parmi eux ? Demande Rachi.

« Par amour, [D.] les compte à chaque moment, lorsqu’ils sont sortis d’Égypte [et] lorsqu’ils sont tombés lors du péché du Veau d’or, pour connaître le nombre des rescapés et lorsqu’Il voulut faire résider Sa chékhina parmi eux… »

Le Maharal commente de son côté :

« Ainsi le peuple juif en Egypte était comme un fœtus qui se développait dans le ventre de sa mère, suite à quoi il sortit lorsque son développement fut terminé. Ainsi les enfants d’Israël grandirent et se développèrent en Egypte jusqu’à atteindre leur perfection par le nombre de 600 000 personnes ; alors ils sortirent ».  (Maharal de Prague, Guévourot Achem 3)

Israël est dans le ventre de sa mère en Egypte, un endroit où l’enfant est indifférence avec sa mère. Hors pour pouvoir sanctifier, particulariser, choisir, il faut sortir du ventre de sa mère grandir et être libre.

D.ieu parle au desert car Medaber (parler) et midbar ont la même racine. Le désert est donc le lieu où D. parle.

Pourquoi D. fait-il naître Israël au désert ? « parceque dans le désert rien n’appartient à personne » dit le Talmud.

Désert de Juda, mai 2019.

Le désert, ce espace qui n’est pas une patrie où tout est nomade et sans lieu conduit à la terre promise.

Israël n’a pas de terre, pas de Patrie, cette terra patria, « terre des pères » antique. La terre est à Dieu. Sa terre ne peut donc être que promise. De la fidélité à la Torah dépend le don de la terre. Israël la d’ailleurs perdu pendant deux millénaires ! De l’an 70 à 1967.

Mais la terre est restée dans la prière  » Toi qui fait revenie ta Chekhina (présence) à Sion ». Et nous parlons enfin l’hébreu sur notre terre. Un miracle que même Hertzel n’envisagent pas. « Nous laisserons chaque communauté parler sa langue, l’allemand continuera probablement a être la principale langue pour la plupart d’entre nous » écrit-il en 1896 dans Der Judenstaat.

Il faut comprendre que erets, la « terre » que D-ieu crée au commencement du monde dans le Sefer Berechit c’est la terre d’Israël. Elle est une fiancée qui est protégée par un contrat avec Dieu, une Ketouba. Une réalité particularisée, choisie pour symboliser et signifier l’alliance de D. avec toutes les Nations. Celui qui ne connait pas cette réalité d’amour ne peut pas comprendre le lien du peuple juif avec la terre d’Israël qui fait partie de son âme.

La terre d’Israël nest pas un simple lieu geographique ou historique, elle est liée à l’existence du peuple juif.

Le Rav Kook disait dans ses Orot :

La Terre d’Israël est une pièce essentielle reliée à la nation par un lien vital, attachée par des qualités intrinsèques à sa réalité. C’est pourquoi aucune forme rationnelle de la pensée humaine ne peut appréhender la nature secrète de la sainteté de la Terre d’Israël, ni traduire dans la réalité la profondeur de l’amour qu’on lui voue. Ce n’est possible que grâce à l’esprit divin qui repose sur la nation dans son ensemble, grâce au sceau divin naturellement gravé dans l’âme d’Israël.

La terre c’est l’âme du peuple juif. Le retour d’Israël sur sa terre millénaire peut être vu comme une techouva, un retour ontologique à qui nous sommes vraiment. Et collectivement on peut la voir comme un prémice de la Rédemption.

Ce retour est inéluctable. Il fait partie de l’ordre de la création.

La synagogue Salat Al Azama à Marrakech

Aujourd’hui il fait 40 degrés à Marrakech. Excellente occasion pour une petite visite de la synagogue du Mellah !

Au Maroc, la judaïsation des Berbères et la berbérisation des juifs remonte à deux millénaires. Repoussés par les arabo musulmans suite à l’expansion islamique les juifs se réfugient dans le montagne de l’Atlas au VIIe siècle.

En 1062, Youssef ben Tachfine, le souverain des Almoravides, fonde la ville de Marrakech en et y autorise l’installation de Juifs.

En 1136 quelques Juifs seulement sont autorisés à vivre à Marrakech sous le règne d’Ali ben
Tachfine.

Les juifs fuyant la péninsule ibérique lors des persécutions wisigothiques, almohades (comme Maimonide réfugié à Fès), puis l’Inquisition espagnole, ont renforcé cette communauté originaire berbère.

En 1492, Rabbi Yitzhak Delouya qui a vécu en Espagne est arrivé à Marrakech suite à l’expulsion des juifs d’Espagne par la Reine Isabelle de Castilla et le Roi Ferdinand d’Aragon. Il a officié à Marrakech comme président du tribunal rabbinique et président de la communauté des expulsés et a fondé la « synagogue El Azama », la « synagogue des expulsés », construite peu de temps après son arrivée à Marrakech.

Le bâtiment actuel date du tournant des XIXe et XXe siècles. Il est situé dans le mellah (quartier juif) de la médina de Marrakech

On y arrive par une rue étroite couleur ocre rouge, celle de l’argile d’ici qui a donné à Marrakech son surnom de « ville rouge » :

Elie Bohbot, le grand-père de mon épouse était le président de cette communauté; son grand-père pere maternel le Rav Yayir Sebag était dayan et enseignait aux choatim. Sa mère Dodie s’est mariée dans cette synagogue. Mon rabbin Haim Harboun a prié ici, comme ses parents et son grand-père le Rav Haim Corcos dayan de Marrakech. Le monde est petit.

Le rabbin Haim Harboun avec son Oud et ma fille

La musique est une composante fondamentale de la tradition juive. Même dans le Temple, les Lévites psalmodiaient et chantaient les louanges de Dieu. Au pays du Maghreb, qui n’est autre que le Maroc, une magnifique tradition de liturgie poétique et de piyoutim s’est développée. Cette tradition est pleine de nostalgie et d’aspiration envers D.ieu, Eretz Israël et la rédemption tant attendue.
Des centaines de milliers de piyoutim, traduisant la nostalgie et la foi en Dieu, font aujourd’hui partie intégrante de la tradition locale. Certains piyoutim empruntaient des mélodies andalouses et ont introduit les rythmes locaux au sein de la musique liturgiques. Certains piyoutim ont été écrits dans le cadre de la tradition du chant des Berakhot. Les Juifs marocains avaient alors coutume de se lever les veilles de Chabbat dans la nuit pour chanter des piyoutim spéciaux.

Cette tradition riche et prestigieuse a été faite et écrite ici. De la ville de Marrakech, du cœur du Mellah juif, est sortie une liturgie poétique juive douce et spirituelle qui résonne jusqu’à ce jour du Maroc jusqu’en Israël.

Rabbi Chlomo Abitbol, l’un des sages de Marrakech. Décédé en 5675 (1914) et Inhumé au cimetière Juif voisin a écrit :


Qu’elle est belle et parfaite, intègre et agréable, la Torah!
Nombreux sont ceux qui, inlassablement, te recherchent, toi et tes justes lois
Qui enflamment les cœurs et qui sont adulées et sublimes !

Le Ma Yedidouth menou hatekh composé par rav Menahem di Lonsano, érudit et poète du dix-septième siècle, invite à jouir des plaisirs du Chabbat. Son refrain est tout un programme : « Pour nous délecter de délices, de volailles engraissées , de cailles et de poissons. »

 Comme il est amical, ton repos, toi la reine Chabbat. Aussi courons-nous à ta rencontre, viens, fiancée princesse. Revêts des vêtements précieux, pour allumer une lumière avec une bénédiction. Et balaye tous les travaux, ne faites pas de travaux.

On trouve là un belle évocations des pyoutim marocains comme le Yedid Nefesh (Bien-aimé de mon âme) chanté ici par le rabbin Harboun. Un poême composé au XVIe siècle par le rabbin et kabbaliste Elazar Azikri. Il parle du désir de D.. Chacun des quatre versets commence par une lettres du Tétragramme, Nom ineffable :

Youd  : Bien-aimé de mon âme, Père miséricordieux,
Pousse ton serviteur à réaliser Ton désir.
Qu’il se précipite, ton serviteur, comme une gazelle,
Qu’il se prosterne face à ta splendeur.
Douce est pour lui Ton affection, plus suave que le miel le plus pur.

Ou le Yom Ze leisrael (Ce jour pour Israël) rédigé à la gloire du Shabbat aurait pour auteur rabbi Isaac de Louria.

Tu as prescrit des commandements lors de la réunion du mont Sinaï,
Le Shabbat et les fêtes, à observer pendant toutes mes années ;
De dresser devant moi portion et repas,
Chabbat de repos.
Délice des cœurs pour un peuple brisé,
Pour les âmes endolories une âme supplémentaire,
A l’âme affligée elle enlève le soupir,
Chabbat de repos

Ces murs ont vibré pendant de nombreux siècles de la prière du Mellah du judaïsme marocain.

A Bastia (Corse) en bas de chez nous on trouve la synagogue Meïr Tolédano dont je porte le prénom. Tolédano, originaire de Tolède au 16 ème siècle. Mais on trouve aussi à Bastia des juifs berbères originaires de Tinhir au Maroc, les Sabbagh.

On trouve dans le synagogue un petit musée consacré aux juifs berbères de l’Atlas comme dans la Vallée de l’Ourika où sont enterrés de grands tasdikim, sages, pélerinés par les juifs et les musulmans.

Les origines des communautés juives d’Afrique du Nord remontent à la plus haute antiquité, probablement à la fondation de Carthage, au 8ème siècle avant notre ère et à la conversion au judaïsme de tribus berbères via des juifs venus avec les Carthaginois [1]. Comme le note Julien Cohen-Lacassagne[2]

« C’est dans les bagages des Phéniciens que le judaïsme a gagné Carthage, avant d’être adopté par des tribus berbères et de s’étendre dans l’arrière-pays. Résistant à l’expansion chrétienne, puis à celle de l’Islam, ces Maghrébins juifs ont marqué durablement les sociétés nord-africaines et contribué à une authentique civilisation judéo-musulmane partageant une langue, une culture et un même substrat religieux. »

Le plus ancien témoignage d’une implantation juive a été découvert dans la ville romaine de Volubilis, dans le nord du pays. On y a trouvé des inscriptions et des symboles juifs datés du IIe siècle de l’ère commune.
Les Juifs de l’Atlas ont résidé pendant de longues années, jusqu’en 1965, dans de nombreux siècles sur l’ensemble du massif de l’Atlas.
Ils habitaient dans quelque 250 localités juives, aux côtés de villages berbères et parfois dans le voisinage des Imazighen dans les mêmes villages. Même dans les sites éloignés et reculés, les Juifs d’Atlas respectaient un mode de vie juif traditionnel, avec leurs synagogues, leurs bains rituels, leurs coutumes, la Torah et les commandements.


Marrakech constituait un centre spirituel pour les Juifs d’Atlas et nombre d’entre eux se rendaient en ville et même au Talmud Torah Alazma pour étudier la Torah.
Après leur départ des villages berbères, les résidents juifs de l’Atlas émigrèrent à Marrakech, d’où ils poursuivirent leur voyage afin d’accomplir la prière millénaire: monter en Eretz Israël.

Depuis le toit de la synagogue, on peut voir le massif de l’Atlas .


[1] Joëlle Allouche-Benayoun, Les Juifs d’Algérie, Presses universitaires de Provence, 2015.

[2] Julien Cohen-Lacassagne, Berbères juifs, L’émergence du monothéisme en Afrique du Nord, La fabrique, 2020.

Marrakech : El Badi le royaume des cigognes

En hébreu la cigogne se dit ‘hassida, comme חסיד- ‘hassid, ce qui signifie « pieux » car celui qui est pieux revient avec fidélité à la prière, vers Dieu. Mais aussi « généreux ». Le Hessed c’est la « générosité », la « bonté », la « grâce » la »bienveillance ».

Les cigognes que l’on voit à Marrakech viennent majoritairement d’Europe : d’Espagne, de France, d’Allemagne, et d’Europe de l’Est (Pologne, Hongrie…). Elles migrent vers l’Afrique du Nord pour l’hiver, car les températures y sont plus douces et la nourriture plus abondante. Elle reviennent chaque année d’aout à octobre et repartent entre février et avril. Elles trouvent des endroits favorables pour nicher sur les remparts de la ville ou les ruines palais El Badi, littéralement le « palais de l’incomparable », édifié par le sultan saadien Ahmed al-Mansur ad-Dhahbî pour célébrer la victoire sur l’armée portugaise, en 1578, dans la bataille des Trois Rois.

Il n’en reste presque plus rien du palais que son enceinte de murailles, car vers 1692   le sultan alaouite Moulay Ismaïl ordonna sa démolition qui dura une dizaine d’années pour construire le palais de sa nouvelle capitale, Meknès… Ainsi le palais El Badi est devenu le royaume des cigognes.

Les jeunes cigognes sont entièrement dépendantes de leurs parents pendant les premières semaines de leur vie, notamment pour la nourriture. Elles utilisent les courants d’air chaud ascendants pour planer et économiser leur énergie pendant de longs trajets qui peuvent aller jusqu’à jusqu’à 10 000 km. On peut en tirer une leçon de vie…

On demanda un jour au Rabbi Its’hak Méïr de Gour (Pologne, 1798-1866) : « Pourquoi la cigogne qui est appelée en hébreu ‘hassida , c’est-à-dire ‘la généreuse’ ? – Car elle aime et nourrit les siens . – Alors pourquoi fait-elle partie des animaux impurs interdits à la consommation ? – Justement, répondit le rabbi, c’est parce qu’elle ne donne son amour qu’aux siens !

La cigogne nous apprend à aimer notre prochain comme nous-même, mais ce n’est pas suffisant, la Torah nous enseigne d’aimer aussi notre lointain…

Le cimetière juif de Marrakech et ses Tsadikim

Tout prés du Mellah, l’ancien quartier juif de la ville enfermé dans ses murailles, on trouve la Bet Moʿed leQol Ḥai ( בית מועד לכל חי), la « Maison de tous les êtres vivants »

L’impression est saisissante pour celui qui entre dans le cimetière juif de Marrakech, également connu sous le nom de Miâara (cimetière en hébreu). Des milliers de juifs enterrés sur la terre de nos ancêtres depuis deux millénaires à perte de vue. Nos familles, que leur mémoire vous soit une bénédiction.

Ce jardin des vivants, méticuleusement entretenu avec dévotion, est l’un des plus anciens et des plus vastes cimetières juifs du Maroc et du Maghreb. Ce jardin abrite plus de 20 000 tombes. 

Fondé au XVe siècle, bien que des sépultures juives y aient été présentes dès le XIIe siècle, le cimetière est divisé en sections distinctes pour les hommes, les femmes et les enfants. 

Les tombes des Cohanim (prêtres) situées près de l’entrée sont peintes en bleu avec des symboles de mains en signe de la bénédiction des Cohanim.

Tombes des Cohanim

Plus loin on trouve l’ancien cimetière.

On y trouve les tombes de tsadikim célèbres, comme le rabbi Pinhas Ha-Cohen, le Rabbi Abraham Azoulay (kabbaliste né à Fès en 1570, mort en 1643, enterré à Hébron), le Rabbi David Hazan ou le Rabbi Hanania Hacohen – zatsal.

Rabbi Hanania HaCohen est une figure spirituelle éminente de la communauté juive de Marrakech, l’un de ses sages les plus vénérés.  Son tombeau se trouve dans le cimetière Miâara, où il est vénéré comme un tsadik (juste).  Il est mentionné aux côtés d’autres rabbins notables tels que Rabbi Pinchas HaCohen, Rabbi Abraham Azoulay et Rabbi Shlomo Tammuzat. Des pèlerinages sont organisés en son honneur, notamment par des associations comme Hevrat Pinto, illustrant son importance dans la tradition juive marocaine.

Rabbi Nissim Ben Nissim est un saint juif vénéré, principalement associé au village d’Aït Bayoud, situé dans la région d’Essaouira.  Arrivé au Maroc au XIXe siècle, il s’installe d’abord à Essaouira avant de choisir de vivre à Aït Bayoud, attiré par son environnement naturel.  Son tombeau est devenu un lieu de pèlerinage annuel (hilloula) pour les Juifs marocains, attirant des fidèles de tout le sud-ouest du pays.  De nombreuses histoires de miracles lui sont attribuées, renforçant sa réputation de tsadik.

Bien que Rabbi Nissim Ben Nissim ne soit pas enterré à Marrakech, son influence spirituelle s’étend à travers le Maroc, y compris à Marrakech, où sa mémoire est honorée par la communauté juive locale.

Des centaines de membres de nos familles sont enterrés ici, que leur souvenir nous soit une bénédiction.

Des vivants a perte de vue, mais à portée de voix dans la prière.

ה כִּי הַחַיִּים יוֹדְעִים, שֶׁיָּמֻתוּ; וְהַמֵּתִים אֵינָם יוֹדְעִים מְאוּמָה, וְאֵין-עוֹד לָהֶם שָׂכָר–כִּי נִשְׁכַּח, זִכְרָם. 5 Les vivants savent du moins qu’ils mourront, tandis que les morts ne savent quoi que ce soit; pour eux plus de récompense, car leur souvenir même s’efface,
ו גַּם אַהֲבָתָם גַּם-שִׂנְאָתָם גַּם-קִנְאָתָם, כְּבָר אָבָדָה; וְחֵלֶק אֵין-לָהֶם עוֹד לְעוֹלָם, בְּכֹל אֲשֶׁר-נַעֲשָׂה תַּחַת הַשָּׁמֶשׁ. 6 leur amour, leur haine, leur jalousie, tout s’est évanoui ils n’ont plus désormais aucune part à ce qui se passe sous le soleil.
ז לֵךְ אֱכֹל בְּשִׂמְחָה לַחְמֶךָ, וּשְׁתֵה בְלֶב-טוֹב יֵינֶךָ:  כִּי כְבָר, רָצָה הָאֱלֹהִים אֶת-מַעֲשֶׂיךָ. 7 Va donc, mange ton pain allègrement et bois ton vin d’un cœur joyeux; car dès longtemps Dieu a pris plaisir à tes œuvres.
ח בְּכָל-עֵת, יִהְיוּ בְגָדֶיךָ לְבָנִים; וְשֶׁמֶן, עַל-רֹאשְׁךָ אַל-יֶחְסָר. 8 Qu’en tout temps tes vêtements soient blancs, et que l’huile ne cesse de parfumer ta tête.
ט רְאֵה חַיִּים עִם-אִשָּׁה אֲשֶׁר-אָהַבְתָּ, כָּל-יְמֵי חַיֵּי הֶבְלֶךָ, אֲשֶׁר נָתַן-לְךָ תַּחַת הַשֶּׁמֶשׁ, כֹּל יְמֵי הֶבְלֶךָ:  כִּי הוּא חֶלְקְךָ, בַּחַיִּים, וּבַעֲמָלְךָ, אֲשֶׁר-אַתָּה עָמֵל תַּחַת הַשָּׁמֶשׁ. 9 Jouis de la vie avec la femme que tu aimes, tous les jours de l’existence éphémère qu’on t’accorde sous le soleil, oui, de ton existence fugitive car c’est là ta meilleure part dans la vie et dans le labeur que tu t’imposes sous le soleil.
Le chat des rabbins…

Les coutumes autour de la mort m’ont été racontée par mon Rabbin Harboun qui m’a confié son livre pour enterrer les défunts. « Lorsqu’il y avait un décès dans une rue, tous les habitants de cette rue devaient se débarrasser de leur eau entreposée dans des jarres, autrement dit, la denrée la plus précieuse qu’ils avaient en réserve. »

Il me disait en parlant de sa jeunesse dans les années 30 :

« La mortalité infantile était très élevée en ces années qui n’avaient rien de « folles » dans le Mellah de Marrakech où la mort régnait en maître. J’irais même jusqu’à dire qu’un enfant sur cinq seulement survivait. » alors « pendant les sept jours qui suivaient la naissance – la circoncision ayant lieu le huitième jour – la famille, les voisins et les fidèles de la synagogue, se relayaient pour réciter des prières dans la chambre, tout près du nouveau-né. Ils pensaient ainsi le soustraire aux mauvais esprits, à la maladie et à la mort subite. »« La mort était présente à un tel point dans la conscience des Mellahites qu’ils donnaient l’impression d’être totalement indifférents à la souffrance. »

« Le Mellah donc, a toujours été associé à l’idée de la mort. Il n’est donc pas étonnant que l’unique problème qui focalisait toutes les prières, les aspirations et les supplications adressées à l’Éternel, tournait autour de la santé. L’absence de médecins, de médicaments et
d’hôpitaux faisait de la maladie le plus grand danger, associé très souvent à la mort. Cette dernière rodait partout. On voyait tellement de cortèges funèbres, qu’en définitive, la mort était intégrée dans notre vie quotidienne. On la côtoyait à chaque coin de rue.
Il ne se passait pas une journée sans qu’il y ait trois, quatre, voire cinq enterrements. L’absence d’hygiène et de soins, les médicaments introuvables menaient souvent à des épidémies : typhus, choléra, peste
. On pouvait dire que l’idée de la mort, était dans tous les esprits des Mellahites, sans que personne n’ose prononcer son nom. Cet affect obsédant envahissait les imaginaires ainsi que l’on peut le comprendre maintenant, avec le recul, et les progrès de la psychologie
sociale. La plupart des personnes, dépourvues de tout, se moquaient bien de ce qui pouvait arriver, tout devenait objet d’humour.
On riait beaucoup dans le Mellah. Chacun y allait de son histoire pour endiguer la terreur envahissante et contagieuse de la mort. Tout le monde se connaissait, il y avait un consensus
absolu pour ne jamais évoquer la mort. Celle-ci rodait pourtant partout. »

Rire pour ne pas mourir ! Il y a dans ce cimetière 6000 enfants morts lors d’une épidémie de typhus au 19eme siècle. Dés lors comment vivre avec une telle mémoire ?

Cimetière juif de Marrakech avant 1922

Le cimetière a été réhabilité mais on trouve sa description dans le livre Marrakech de Georges Orwell, qui, âgé de 35 ans, visita le Mellah dans les années 1930. Il passa l’hiver de 1938 dans cette ville, sur recommandation de ses médecins qui lui avaient conseillé son climat sec pour lutter contre la tuberculose. Il raconte les mouches dans le Mellah et la mort :

Comme le cadavre est passé, les mouches ont quitté la table du restaurant dans un nuage et se sont précipitées après lui, mais elles sont revenues plus tard. La petite foule des « pleureuses » tous, des hommes et des garçons, pas de femmes se faufilaient à travers la place du marché entre les tas de grenades, les taxis et les chameaux, pleurant en un court chant maintes et maintes fois répété.
Ce qui attirait les mouches, c’est que les cadavres ici ne sont jamais mis en cercueils, simplement ils sont enveloppés dans un drap blanc et transportés sur une civière en bois brut sur les épaules de quatre amis.

Quand les amis arrivent pour l’enfouissement, ils piratent un trou oblong d’un ou deux pieds de profondeur, vident le corps et jettent dessus une terre grumeleuse, qui est comme la brique pilée. Aucune pierre tombale, pas de nom, pas de marque d’identification d’aucune sorte. Le cimetière est simplement un énorme amas de terre bosselée, comme à l’abandon. Après un mois ou deux on ne peut même plus être certain où sont enterrés ses propres parents.
Quand vous marchez à travers une ville comme celle-ci, deux cent mille habitants, dont, au moins vingt mille qui ne sont littéralement rien d’autre, que des chiffons quand ils se lèvent – Quand vous voyez comment les gens vivent, et surtout la manière dont ils meurent, il est toujours difficile de croire que vous marchez parmi les êtres humains. Tous les empires coloniaux sont en réalité fondés sur ce fait. Les gens ont des visages bruns – d’ailleurs, il y en a beaucoup ! Sont-ils vraiment la même chair que vous ? Ont-ils même des noms ? Ou sont-ils simplement une sorte de matière brune indifférenciée, à peu près aussi individualisée que les abeilles ou les insectes coralliens ? Ils se lèvent de terre, ils transpirent et meurent de faim pendant quelques années, puis ils retombent dans les monticules anonymes du cimetière et personne ne remarque qu’ils n’y sont plus. Et même les tombes vont bientôt s’estomper dans le sol.

Georges Orwell, «Marrakesh», New Writing, London, 1939, trad. Didier Long.

Sombres lignes d’un occidental de passage vivant un choc émotionnel profond. La mort, la vie et le mouches donc. Un jour, dans les années 2010, le Rabbin Harboun est rentré dans la synagogue à Chabbat avec un air sombre, et il lancé à notre petite communauté :

Vous avez, on peut traverser toute sa vie comme une mouche !

A bon entendeur !

Le rabbin Harboun me parlait aussi de ces mères du Mellah qui les avaient mis au monde et se battaient pour la vie :

« Jamais un enfant du Mellah n’oubliera sa mère. Bien des années après sa disparition, au détour d’un souvenir, d’une remémoration, d’une odeur de cuisine l’enfant du Mellah revit ses souffrances et son abnégation jusqu’au sacrifice de sa personne. Comme si nos mères étaient vivantes dans l’ombre et veillaient encore sur nous à jamais. Leurs horizons étaient bien étroits mais leurs coeurs débordaient d’amour et de don de soi. Toute leur vie était focalisée sur le bonheur de leurs familles. Comment oublier de telles mères ? »

Comme si la présence de la mort avait donné des ailes pour engendrer la vie, la protéger, étudier jusqu’à plus soif pour grandir et être vivant.

Comme dit le Kohélet, un expression que j’ai souvent entendue de ma belle-mère née au Mellah :

« Mieux vaut un chien vivant qu’un Lion mort ! « 

Qohélet (Ecclésiaste) 9, 4

A méditer en traversant ces lieux (Qohélet 9) …