AKADEM : Dans la main droite de Dieu » Psychanalyse du fanatisme, avec G.Haddad

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Gérard Haddad parle de son livre

« Dans la main droite de Dieu Psychologie du Fanatisme »

paru chez Premier Parrallèle

Voir l’interview

« Tel le papillon qui émerge de la chrysalide, le fanatique entre dans un état jubilatoire où le doute n’a plus de place. »

Comment comprendre que des individus se précipitent en masse pour en massacrer d’autres ?

Du fanatisme, cette maladie de l’esprit qui traverse le temps, nous n’avons jusqu’à présent triomphé que par la violence, par la chirurgie, comme on extirpe une tumeur.

Gérard Haddad propose au contraire d’analyser les multiples facteurs qui, aujourd’hui comme hier, encouragent le fanatisme. Il nous invite ainsi à une troublante plongée dans les arcanes psychiques de ceux qui s’y abîment : Comment devient-on fanatique ? À quelles sources psychologiques s’abreuve la jouissance de celui qui croit détenir, seul, la Vérité ? Que signifie le fantasme d’un retour aux origines, l’obsession du complot, la certitude, chevillée au corps, que l’instant décisif qui révélera le monde à lui-même est sur le point d’arriver ?

Psychanalyste et fin connaisseur des trois grandes religions du Livre, Gérard Haddad propose une lecture intime, à la fois anthropologique et psychologique, d’une folie collective. Car c’est en connaissant mieux notre ennemi que nous pourrons lutter, pied à pied, contre lui.

Nourritures spirituelles (saison 3 !) : Le seder de Roch Hachana, avec Gérard Haddad, « Continuer de goûter le monde »

Gérard Haddad

 Ecouter l’émission 

A l’occasion de la fête de Roch Hachana, Marc-Alain Ouaknin reçoit Gérard Haddad dans l’émission TALMUDIQUES sur France Culture pour une réflexion sur le rituel  de cette fête qui consiste en un « étrange repas » où l’on mange des mets et des mots.

Avec le psychanalyste Gérard Haddad, ce rituel abordé sur un plan symbolique, nous fait découvrir l’un des aspects insoupçonnés des rapports de l’homme au langage, au livre et à la nourriture.

Manger le livre« Dans son entreprise de fondation de la psychanalyse, Freud a voilé les liens qui l’unissaient à la religion juive. Pourtant certaines de ses intuitions ne sont compréhensibles qu’à la lumière des textes hébraïques. Tel est le point de départ de Gérard Haddad qui l’entraînera, au-delà de Freud, à émettre une hypothèse très neuve, déchiffrée dans les rites alimentaires juifs : l’acte originel qui détermine l’intégration de l’individu dans le groupe est un acte de dévoration très particulier puisqu’il s’agit de manger des mots organisés en Livre. Manger le Livre, voilà l’acte fondamental.
De surprenantes passerelles apparaissent entre l’eucharistie et les mythes culinaires bororos ou la dyslexie et les techniques publicitaires. Mais Gérard Haddad nous permet aussi de comprendre pourquoi et comment l’alcool intervient dans la création littéraire. Ibsen, Lowry et tant d’autres, nous révèlent le secret connu et masqué depuis qu’il y a des hommes : nous sommes tous des mangeurs de Livre. »

Gérard Haddad est médecin, psychiatre et psychanalyste. Auteur d’une oeuvre importante, il propose une lecture de la psychanalyse enracinée dans l’oeuvre de Lacan et dans les textes de la tradition juive en particulier le Talmud, le Midrach et la pensée de Maïmonide. Il est l’un des principaux disciples de Yeshahou Leibowitz en France dont il est aussi le traducteur.

Chana Tova !

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Nourritures spirituelles (saison 2 !) : L’incroyable renaissance des liqueurs de Myrte et du Cédrat casher en Sardaigne

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Dans Des noces éternelles, un moine à la synagogue j’ai raconté comment ma grand-mère corse (chrétienne) m’envoyait début décembre un cédrat confit (photo) et comment ce type de signe un peu étrange m’avait mis sur la piste de mon identité juive… alors que j’avais été quand même moine bénédictin pendant dix ans. Comment j’avais découvert que la Corse était devenue le plus grand producteur de cédrats du monde au XIXè siècle pour alimenter le monde ashkénaze à Soukkot.

Cédrat confit

L’odorat est le sens le plus spirituel, il touche la mémoire profonde, celle de l’enfance. Chacun a sa madeleine de Proust, qui était juif comme chacun le sait :

Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. II m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse : ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi. J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel. D’où avait pu me venir cette puissante joie ? Je sentais qu’elle était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu’elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature. (Marcel Proust, Du côté de chez Swann, A la recherche du temps perdu)

Il arrive donc que certains partent À la recherche du temps perdu. Et c’est une bien étrange et vraie histoire que je veux vous rapporter aujourd’hui.

La couronne de la Reine Esther, ou l’incroyable renaissance des liqueurs de Myrte et de Cédrat casher en Sardaigne

Au commencement était l’étude… et l’amitié

Au début il y a l’amitié de deux chercheurs universitaires : Roberta Collu – Sarde, professeur d’anthropologie et de sociologie – et du rabbin Gabriel Hagaï – Franco-Israélien, professeur de philologie et de codicologie hébraïque.

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Roberta enseigne le judaïsme contemporain et l’anthropologie du fait religieux à l’Université de Paris. Elle est aussi réalisatrice de films documentaires, diffusés sur les chaînes câblées françaises. Depuis quatre ans, elle mène une étude sur le marranisme et notamment sur la présence juive en Espagne et en Sardaigne.

Le Rabbin Gabriel Hagaï, juif orthodoxe de tradition séfarade, formé à Jérusalem pendant 15 ans, initié dans une lignée mystique interne à sa tradition, a été rabbin de communauté dans des synagogues à Jérusalem (10 ans) et à Boston (3 ans). Linguiste (langues sémitiques), philologue, poète, calligraphe et chanteur, il a fondé un groupe judéo-musulman de musique orientale intitulé « la Rose et l’Olivier » où l’on chante en arabe et en hébreu.( voir ici leurs parcours [1])

Sardaigne : l’exploration de la mémoire

« Les Sardes ont conservé – du fait de leur relatif isolement insulaire – des traditions artisanales antiques d’origine hébraïque et phénicienne qui ont été perdues ailleurs. »

L’Île de Tarsis (Sardaigne) – de par son relatif isolement – a su garder depuis des millénaires les Trésors bibliques de la Nature, conservant les propriétés pharmacologiques et thérapeutiques inaltérées de sa Flore. Connue des Phéniciens et des Hébreux depuis l’Antiquité, elle était une étape privilégiée du commerce maritime à l’époque du Roi Salomon – d’où les nombreuses occurrences scripturaires des « Vaisseaux de Tarsis (אוניות תרשיש Oniyot Tarshish en hébreu) ». On peut ainsi y redécouvrir certaines traditions hébraïques soigneusement préservées depuis des millénaires et oubliées ailleurs.

Ce sont elles que nos deux amis sont partis retrouver à travers deux plantes de la fête de Souccot : le Myrte et le cédrat.

  • Le Myrte (הדס Hadhas en hébreu) est une plante odorante du maquis, très appréciée et célébrée dans l’Antiquité par toutes les cultures et les religions des rives de la Méditerranée. Dans la Tradition juive, il est considéré comme une plante sacrée, symbole de Beauté et d’Harmonie. Hadhassa n’était-il pas le prénom de la Reine Ester ? La Hadhassiya conserve toutes ses qualités médicinales et curatives – en plus de son arôme inégalé.
  • Le Cédrat (אתרוג Ethrogh en hébreu) est un agrume rustique connu depuis la plus haute Antiquité autour de la Méditerranée – célébré pour son goût et ses propriétés exceptionnelles par les Égyptiens, les Assyriens et les Hébreux. Souvent confondu avec un gros citron, le cédrat de Sardaigne fait partie des variétés les plus anciennes d’Occident. Dans la Tora, il est considéré comme une plante sacrée, emblème de Piété et d’Intégrité du Cœur. L’Ethroghiya préserve le caractère unique de ses fragrances raffinées – ajouté à ses nombreuses vertus médicales.

Leur projet ? Réintroduire deux liqueurs de myrte et de cédrat dans le giron de la conscience juive. Cet acte est de l’ordre de « lehaḥzir ‘aṭara le-yoshnah (להחזיר עטרה ליושנה, faire revenir la couronne à son ancienne [place]). »

Ces deux liqueurs évoquent le Bouquet que l’on agite pendant la fête de Soukkot, qui est composé de quatre espèces végétales : le Cédrat (Ethrogh), la Palme de Dattier (Loulav), les branches de Myrte (Hadhas) et les branches de Saule (‘Arava).

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« Trésors de Tarsis » : l’expérience gustative des Rois de Jérusalem !

Derechef ils créent une société en 2014 : « Trésors de Tarsis® (תשורות תרשיש Teshourot Tarshish en hébreu) » avec pour objectif de valoriser les trésors de la Méditerranée cités dans la Torah et providentiellement préservés sur l’Île de Tarsis (Sardaigne), sous forme de produits artisanaux fabriqués selon des savoir-faire ancestraux. Ils choisissent les meilleures recettes et en assurent une production strictement cachère.

Les produits Trésors de Tarsis évoquent l’Histoire, l’Hospitalité, le Dialogue entre les cultures différentes, la Rencontre de l’autre, la Spiritualité, le Respect de la Nature, et le Partage.

Ses créateurs restituent, grâce à leurs deux liqueurs, les produits des Tables du Roi Salomon, invitant à la convivialité, l’esprit de Fête et le raffinement. Grâce à eux nous pouvons partager l’expérience gustative des Rois de Jérusalem !

Comment ? Grâce à une production rigoureuse, respectant le rythme et les cycles de la Nature, sélectionnant les meilleures plantes, gorgées de soleil et caressées par la brise méditerranéenne, provenant d’une vallée Sarde préservée entre Mer et Montagne – loin de tous pesticides et autres traitements chimiques. Nos deux amis portent un soin méticuleux dans la qualité et l’authenticité des produits qu’ils nous font partager.

Plus de 2 000 arbres ont été plantés dans la vallée où sont produites nos liqueurs – et où poussent le Myrte et le Cédrat nécessaires à leur élaboration. Cela a permis de redynamiser les vergers et le maquis, et de repeupler la faune aviaire (colombes, merles, faucons, buses, etc.). Nous prenons soin de limiter le gaspillage inutile et de faire une meilleure utilisation des ressources, préférant le renouvelable. Les récoltes se font manuellement, dans le plus grand respect des plantes et de l’environnement.

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Que les rois de Tarsis et des îles apportent des offrandes, que les rois de Cheba et de Seba présentent des cadeaux!

Que tous les rois, enfin, lui rendent hommage, que tous les peuples deviennent ses tributaires!

Car il délivre l’indigent qui implore, le pauvre qui n’a de secours à attendre de personne.

Il prend compassion de l’humble et du malheureux, et protège la vie des faibles.

Il délivre leur personne de l’oppression et de la violence, et leur sang est d’un haut prix à ses yeux.

Ainsi, ils vivront et lui offriront de l’or de Cheba; sans cesse ils prieront en sa faveur, tout le temps, ils le béniront:

« Qu’il y ait profusion de blé dans le pays, jusque sur la cime des montagnes; que ses moissons frémissent comme le Liban; que les villes voient croître leurs habitants comme l’herbe des champs!

Que son nom vive éternellement! Que sa renommée grandisse à la face du soleil! Que l’on se souhaite d’être heureux comme lui; que tous les peuples proclament sa félicité! »

Loué soit le Seigneur Dieu, le Dieu d’Israël, qui seul accomplit des merveilles!

 (Tehilim 72, 10-15)

Nous autres juifs de Corse, l’île voisine, connaissons le poids de ces paroles et vous invitons, en ce mois de Tishri qui va commencer, à garnir déjà vos greniers en prévision de vos invitations de Souccot !

Contactez : www.tresors-de-tarsis.com

Un article dans l’Unione Sarda

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[1] Anthropologue des religions, Roberta Collu enseigne le judaïsme contemporain et l’anthropologie du fait religieux à l’Université de Paris. Elle est aussi réalisatrice de films documentaires, diffusés sur les chaînes câblées françaises. Depuis quatre ans, elle mène une étude sur le marranisme et notamment sur la présence juive en Espagne et en Sardaigne.

le Rabbin Gabriel Hagaï, juif orthodoxe de tradition séfarade, formé à Jérusalem pendant 15 ans, initié dans une lignée mystique interne à sa tradition, a été rabbin de communauté dans des synagogues à Jérusalem (10 ans) et à Boston (3 ans), ainsi qu’enseignant dans un collège rabbinique orthodoxe à Jérusalem – puis co-principal de ce même collège – pendant 10 ans. Il est actuellement enseignant-chercheur à l’EPHE (École Pratique des Hautes Études) en collaboration avec l’IRHT (Institut de Recherche et d’Histoire des Textes) en paléographie-codicologie hébraïque. Linguiste (langues sémitiques), philologue, poète, calligraphe et chanteur, il a fondé un groupe judéo-musulman de musique orientale intitulé « la Rose et l’Olivier» où l’on chante en arabe et en hébreu.

Nourritures spirituelles ( saison 1 ! ) : Les bénédictions de la terre

On est ce que l’on mange. On mange ce que l’on devient. Dis moi ce que tu manges et je te dirai qui tu es. Qui ne se souvient de l’odeur d’un plat de sa mère, de sa grand-mère… ou de sa femme ? L’odorat est le goût le plus spirituel pour le judaïsme.
Le Seder de Rosh Hashana dimanche soir est le lieu par excellence  où le peuple juif « mange des paroles de la Torah ». Nous publierons donc, ces prochains jours trois témoignages sur ce sujet vital de la nourriture.

Et d’abord la réflexion d’Olivier Long, artiste peintre (voir son site) et Maître de conférence en arts à la Sorbonne… en direct de son jardin potager.

Les bénédictions de la terre

Textes et photos de Olivier Long, 

D’où vient la ratatouille ? Telle est la question.

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Ce que ne peut voir le citadin, c’est la profusion qui envahit les jardins en  cette fin d’été. Les courgettes ont subitement grossi dans la lumière de la clairière, les aubergines gonflent comme par enchantement (alors qu’on n’attendait plus leur venue),  les dernières tomates rougissent dans le crépuscule de septembre, les haricots sont devenus si bedonnants qu’on les ramasse à la pelle, les pommes du verger font ployer les branches et manquent de rompre le tronc qui les porte. Je ne parle même pas des champignons  (pour lesquels personne n’a jamais travaillé) : ils s’invitent d’eux-mêmes à la fête. Les paniers sont pleins et c’est comme si la nature mettait les bouchées doubles avant l’hiver redouté. Ce qu’on ressent à ce moment, c’est que nous récoltons bien plus que nous n’avions semé, la terre travaille plus puissamment que nous.13

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Et voilà qu’à l’écart de la clairière sont venues s’installer quelques caravanes. Une angoisse s’empare brusquement du lieu. Des récoltants supplémentaires viendraient troubler la fête ? C’est la panique. Les consignes sont strictes : bouclons les portes avant que les voleurs de poules ne se transforment en voleur de pommes (et de courgettes !). Sinon : Adieu ratatouille chérie !

C’est aussi l’époque où l’on récupère les graines. Lorsque l’ on coupe les légumes pour la ratatouille, c’est le moment de prélever les précieuses semences pour la prochaine récolte. Celle-ci aura lieu dans un an, et c’est en préparant cette ratatouille, en séparant les graines du fruit qu’on comprend que l’hiver ne sera qu’un moment. Car il suffit de faire sécher les graines pour entrevoir que cette ratatouille en annonce d’autres. Pendant que mijotaient les légumes, lorsque l’on trie les graines, se répand le délicieux fumet qui promet en plus de ce dîner une année d’espoir et d’abondance. Collecter les graines énonce la possibilité d’un avenir. La nature ne donne donc pas simplement le fruit, elle donne le fruit qui produit le fruit pour la récolte suivante, ainsi jusqu’à la fin des temps. Tout se passe par supplément, gratuitement.

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Revenons à nos caravanes. Nous avons travaillé dur pour obtenir ces fruits qui feront grandir nos enfants, c’est pourquoi nous exécrons le vol. Mais pourquoi devrions-nous couvrir nos courges comme une poule protège ses poussins ? La nature nous a donné de quoi manger et le surplus qui nous permettra les repas des saisons suivantes. Mais pourquoi vivre avec la peur au ventre, comme celui qui vient de découvrir un trésor veut immédiatement le cacher? Croire que le surplus nous appartient, n’est-ce pas là la source de cette angoisse ?  Ce surplus, nous nous l’approprions par avance comme s’il était la production de notre propre travail. Mais comme il n’en est rien, ce qu’il produit en prime, c’est l’angoisse d’une perte.

Tant qu’elle ne sidère pas, cette angoisse questionne sur ce que nous avons peur de perdre. Devant une telle profusion, on peut se demander si un surplus n’en cache pas un autre. Il y a un surplus de récolte, la récolte produit un surplus de semence, mais quel surplus produit lui-même ce surplus qu’est la semence ? Quelle supplémentation, produit le supplément qui opère le surplus ? Il s’avère impossible de voir d’un seul coup d’œil  ce qui produit la graine, ce qui donne le fruit, ce qui donnera le prochain fruit, et ce qui produira les prochains fruits jusqu’à la fin des temps. Cet abîme laisse muet. Il peut faire peur. Dans ce cas, nous voilà réduit au silence. Mais à la réflexion, ce que nous trouvons normal de prendre pourquoi ne devrions-nous pas aussi le rendre ? C’est ainsi que le don produit le remerciement qui est le vrai surplus de récolte.

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Le remerciement est un devoir, parce qu’il  force à penser que l’intégralité de la récolte ne nous appartient pas. Le processus qui produit la récolte nous échappe par sa profusion. C’est pourquoi la récolte nous laisse entrevoir le surplus qui fait de nous autre chose que de simples prédateurs. Celui qui achète un téléphone portable en ville le paie avec l’argent de son travail, personne ne gagne rien à l’affaire. Le seul supplément produit par l’opération est l’artifice d’une plus-value souvent arbitraire qui fait l’objet de la transaction. À quoi bon remercier quand personne ne vous donne rien? Le sourire gêné du commerçant, le fait que nous nous confondions en politesses et excuses de toutes sortes en sortant de la boutique, indique bien qu’il s’agit d’une prédation qui aurait pu mal se terminer. C’est pour éviter cette violence que nous faisons assaut d’urbanité dans le monde des villes.

Alors qu’un processus de supplémentation accompagne toute germination, à rebours du circuit des échanges citadins, ce que donne à voir  le travail du jardin, (à fortiori de manière encore plus évidente quand un citadin -comme moi- se met au travail de la terre) c’est un perpétuel phénomène de supplémentation gratuite. Cet effort oblige à envisager une relation au monde et aux êtres qui soit autre chose que la simple prédation. Nommons cette relation « bénédiction », elle est obligatoire parce qu’elle travaille à rebours de notre condition naturelle de prédateur.

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Revenons maintenant à nos graines. Ce matin les voilà sèches, leur ventre bombé annonce les prochaines semailles ; de plus, il reste aussi de la ratatouille pour toute la semaine. Ultime surplus : les caravanes sont reparties et personne ne nous a rien volé. Finalement, on peut se demander si la peur des voleurs de poules, ne nous accompagne pas comme notre ombre; et si  les gitans, c’était nous ?

Chacun n’est qu’un mendiant.

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Demain, saison 2 : A la recherche du temps perdu ou comment deux universitaires ont produit les liqueurs oubliées de Myrte et de Cédrat (casher) pour Soukkot en Sardaigne 

Ki Tavo, l’Eternité d’Israël

Ce shabbat Hatan, Déborah et Stéphane qui se sont mariés dimanche dernier ont régalé notre petite communauté (« notre famille » dit le Rav Harboun) de joie, de chants et de mets savoureux. Cette deracha a été prononcée lors de ce Shabbat Hatan. Déborah et Stéphane ce commentaire vous est naturellement dédié. Mazel Tov !

On trouveras ici toutes les derahot (dossier Aleph/Derasha du Shabbat)

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La succession des parties de la Torah comme nous l’avons montré la semaine dernière porte un sens autant que le contenu de ces péricopes. Hors, comment se termine la dernière Paracha Ki Tetsé ? Par l’épisode d’Amalec. « Tu effaceras la mémoire d’Amalec de dessous le ciel: ne l’oublie point ». On doit se souvenir  d’Amalec (c’est une mitsvah). Non seulement parce que Amalec ne respecte rien et sans limite : il attaque l’arrière garde du convoi sorti d’Egypte, en clair, les faibles, les femmes et les enfants les vieillards qui ont de la peine à marcher,

«Souviens-toi de ce que t’a fait Amalec, lors de votre voyage, au sortir de l’Egypte; comme il t’a surpris chemin faisant, et s’est jeté sur tous tes traînards par derrière. Tu étais alors fatigué, à bout de forces, et lui ne craignait pas Dieu.» (Dt 25, 17-18)

… mais surtout parcequ’à travers ce refus de la limite (frapper de l’épée des civils innocents et désarmés), Amalec signe son projet ultime : son objectif est d’éliminer le peuple juif de la carte pour supprimer la Révélation de ce monde, exactement comme cela s’est passé au siècle dernier avec les nazis.

Seulement, voilà, la paracha Ki Tavo (quand tu seras arrivé), ne commence pas par le ruine d’Israël mais par :

« Quand tu seras arrivé dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne en héritage, quand tu en auras pris possession et y seras établi » (Dt 26,1).

Non seulement Amalec n’a pas réussi à éliminer Israël mais par une sorte de ruse de la providence, c’est l’exact inverse qui arrive ! L’Eternel nous donne le pays, Israël ! Exactement ce qui nous est arrivé au siècle dernier ! Mais pour éviter tout de suite tout malentendu, Israël ne reçoit pas un pays sur le mode où les nations le reçoivent par le droit du sol car ce pays appartient à l’Eternel. « A l’Éternel appartient la terre et tout ce qu’elle renferme » (Téhilim 24, 1).

Le don de la terre n’a pas seulement un sens écologique mais simultanément une signification éthique : La première obligation d’Israël est de donner le dixième de tout ce que produit ce pays pour le sanctifier. Rapporter à D. une partie par la sanctification signifie reconnaître la possession de D. sur tout. Donner au lévite (qui n’a pas de terre selon la Torah), au guer (l’étranger résident), à la veuve et à l’orphelin (qui n’ont ni mari ni père) est le corollaire de la sanctification de la terre.

C’est ce que signifie offrande des prémices (bikourim) des sept espèces dont se glorifie le pays : « Pays de froment, d’orge, de vigne, de figuiers et de grenadiers, pays d’oliviers oléagineux et de miel [celui des dattes] » (Devarim 8, 8).En  offrant les bikourim, on les particularise, on sanctifier toutes les productions de la terre de tout le pays. Et cette obligation écologique qui rapporte la terre à l’Omniprésent est intimement mêlée à une obligation éthique. On ne peut réaliser l’une sans l’autre. On voit à quel point le don de la terre a une portée non seulement écologique mais éthique évidente.

Maïmonide commente ce lien (Guide des égarés 3, 39). :

« Les prémices du blé, du vin et de l’huile (teroumot, Devarim 18, 4), les prémices de la pâte (Bamidbar 15, 20), celles des fruits (Chémot 23, 19), les prémices de la toison des brebis (Devarim 18, 4), autant de pratiques qui consacrent à l’Éternel le premier produit de toute chose, ont pour but de développer chez l’homme la générosité et de diminuer chez lui le désir de nourriture et l’instinct de propriété (…). À plusieurs reprises, nous voyons la Torah mettre l’accent sur ce point par crainte des défauts bien connus qu’engendrent la richesse et la facilité : l’insolence, l’orgueil, l’abandon des bons principes, comme il est dit : Yéchouroun devenu gras, regimbe, il abandonne le D.ieu qui l’avait fait, il méprise le rocher de son salut (Devarim 32, 15) »

Le passage du Jourdain qui signifie le passage d’une frontière d’eau et signe le retour du peuple juif sur sa terre a un sens physique et symbolique, celui de la Teshouva collective de la nation, d’un retour à la Torah fondatrice du monde.

 

Des pierres éternelles

L’épisode d’Amalec doit être mis en rapport avec un épisode bien mystérieux  de notre Paracha. En effet, Moïse avec les anciens d’Israël ordonne au peuple :

Quand vous serez arrivés au-delà du Jourdain, dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, t’accorde, tu érigeras pour toi de grandes pierres (avanim gédolot), que tu enduiras de chaux;  et tu y écriras toutes les paroles de cette doctrine dès que tu auras passé, pour mériter d’entrer dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, te destine, pays ruisselant de lait et de miel, comme te l’a promis le Seigneur, le Dieu de tes pères. Donc, après avoir passé le Jourdain, vous érigerez ces pierres (ha-avanim), comme je vous l’ordonne aujourd’hui, sur le mont Hébal, et tu les enduiras de chaux. (Dt 27, 1-4)

Pourquoi ces pierres ? Pourquoi les couvrir de mots de la Torah ? Pourquoi les recouvrir de chaux ? Que vient faire le Jourdain la dedans ?

On a retourné et fouillé la terre d’Israël dans tous les sens… dans les couches les plus profondes… on n’y a retrouvé que des pierres et des tessons écrits en hébreu et pas en arabe… Les pierres couvertes de paroles de la Torah sont blanchies pour qu’on les reconnaisse parmi d’autres. Elles sont la mémoire physique de la Torah. Zakhor, souviens-toi.

Pourquoi des galets tirés du Jourdain. Parce que les galets sont dans l’eau et toute la Torah orale nous explique que l’eau c’est la Torah. Le juif en dehors de la Torah est comme un poisson hors de l’eau, il meurt. On écrit donc sur les pierres cette Torah pour ne pas l’oublier. Le juif qui saute de l’eau sur la terre ferme quitte la Torah… mais il meurt ! Zakhor, souviens-toi.

Une fameuse histoire rapportée dans la guemara du traité Berakoth (61 b) raconte une amusante histoire de Rabbi Akiba et de Papus fils de Yéhouda.

Après la révolte de Bar Kokhba (115-135 de notre ère), les Romains interdirent d’enseigner le Tora sous peine de mort. Or, Rabbi Akiba, malgré l’interdiction, enseignait encore et encore la Tora en public. Papus Ben Yéhouda vint le trouver :  » Akiba ! Ne crains-tu donc pas la mort ?  » Rabbi Akiba lui répondit,  » Je vais te raconter une histoire  » :
« Un renard se promenait sur la berge d’une rivière. Il interpella les poissons qui tournoyaient dans l’onde, insaisissables :

– Pourquoi donc, chers amis, fuyez-vous ainsi ? Pourquoi êtes-vous si terrorisés ? Les poissons lui répondirent :

– Pour échapper aux filets que nous tendent les hommes » ! Le malin renard leur répondit :

– Sortez donc de l’eau, et venez donc me rejoindre sur la terre ferme ! Nous y demeurerons en ensemble en bonne compagnie ! C’est ainsi que vos ancêtres d’antan vivaient en compagnie des miens.

– Mais comment ? lui dirent-ils, est-ce bien toi qu’on appelle le plus intelligent des animaux ? … Tu n’es donc qu’un sot et un hypocrite ! Si déjà dans l’eau, notre milieu naturel, nous nous sentons menacés, combien plus serions-nous en danger en dehors de l’eau; nous y mourrions tout simplement ! »

Il en est de même pour nous, poursuivit Rabbi Akiba, Maintenant que nous sommes assis à étudier la Tora, qui est notre raison de vivre, l’ennemi nous menace. Combien plus serions-nous en danger si nous l’abandonnions ! La Torah est notre élément et nous sommes les petits poissons qui y vivent. Les peuples qui veulent nous retirer de l’eau ressemblent au renard. Un poisson ne saute pas sur la terre ferme à seule fin d’échapper aux filets des pécheurs qui veulent justement l’y emmener? Hors de l’Océan de la Torah nous ne pouvons pas survivre. »

A bon entendeur…

La pierre gravée c’est donc l’éternité de la Torah et d’Israël.

Autre explication de ces pierres sur lesquelles on grave des paroles de la Torah…  « vous érigerez ces pierres (ha-avanim) » ; Ces mystérieuses pierres blanches sur lesquelles sont gravées des paroles de la Torah sont donc peut-être tout simplement des symboles de l’enseignement de la Torah, la pierre (eben) composée des mots av et ben assurant le lien entre le père (av) et le fils (ben). « Tu l’enseigneras à ton fils » (Shema).

On retrouve ce jeu de mot sur les pierres et les disciples, à la fin de notre prière de shabbat. Tana debe Elihaou… « Rabbi Eléazar dit : les sages accroissent la paix dans le monde ainsi qu’il est dit [Is 54, 13] :’’Tous tes enfants sont des habitués de l’Eternel ; grande est la paix de tes enfants’’ Ne lis pas « tes enfants » mais ‘’tes constructeurs’’ [Ps 122, 7-9]. Eben vient de la racine « Banah » qui signifie construire » en hébreu.

Les pierres étaient là bien avant nous et elles le seront bien après.

Cette explication rejoint la première : La pierre qui fait le lien entre les pères et les fils et qui traverse les millénaires c’est la transmission de la Torah, qui est éternelle et ne s’arrêtera pas. C’est l’Eternité d’Israël.

Quelques versets plus loin Moïse demande au peuple de construire un autel en pierre : « Tu bâtiras au même endroit un autel destiné à l’Éternel, ton Dieu, un autel fait de pierres tune lèveras point sur elles le fer. C’est en pierres intactes que tu bâtiras l’autel de l’Éternel, ton Dieu: là tu offriras des holocaustes en son honneur» (Dt 27,4-5). Aucun ciseau de fer ne touche ces pierres car ce métal qui était interdit dans le Temple était bien sûr le symbole des épées et de la violence.

La plénitude des malédictions

Nos sages ont compté le nombre de mots des malédictions de « Ki Tavo » et ils ont trouvé 676 mots. Soit 26×26 = 676. Comme vous le savez 26 est le poids numérique du nom de D. De plus, le Tétragramme est mentionné vingt-six fois (valeur numérique du Nom de D-ieu) dans la Paracha Ki tavo.

De plus 676 c’est la valeur numérique du mot רָעוֹת (« malheurs ») issu du verset : « Nombreux sont les malheurs רָעוֹת du Juste, mais de tous l’Eternel les débarrasse » (Téhilim 34, 20)

La manière dont sont exprimées les malédictions (Dt 27 et 28) fait que celles-ci ne sont pas des conséquences mais des sortes de commandements :

« Maudit soit l’homme qui ferait une image taillée ou jetée en fonte

Maudit soit qui traite avec mépris son père ou sa mère!

Maudit, celui qui déplace la borne de son voisin!

Maudit, celui qui égare l’aveugle en son chemin !

Maudit, celui qui fausse le droit de l’étranger, de l’orphelin ou de la veuve!

Maudit, celui qui a commerce avec la femme de son père, découvrant ainsi la couche paternelle !

Maudit, qui s’accouple avec quelque animal !

Maudit, qui cohabite avec sa sœur, fille de son père ou fille de sa mère!

Maudit, qui cohabite avec sa belle-mère !

Maudit, qui frappe son prochain dans l’ombre!

Maudit, qui se laisse corrompre pour immoler une vie innocente!

Maudit soit quiconque ne respecterait point les paroles de la présente doctrine et négligerait de les mettre en pratique! »

Il s’agit donc là d’un véritable traité d’éthique juive. Et la conséquence de « absence d’éthique est une énumération des conséquences de l’absence de Torah. Comme si la malheur appelait le malheur jusqu’au précipice (Ch 28). Une sorte de cauchemar qui donne un frisson d’horreur dans le dos :

Ton ciel, qui s’étend sur ta tête, sera d’airain, et la terre sous tes pieds sera de fer.  L’Éternel transformera la pluie de ton pays en poussière et en sable, qui descendront sur toi du haut du ciel jusqu’à ce que tu périsses. (…) tu ne mèneras pas à bonne fin tes entreprises, tu seras opprimé et spolié incessamment, sans trouver un défenseur. Tu fianceras une femme, et un autre la possédera; tu bâtiras une maison, et tu ne t’y installeras point; tu planteras une vigne, et tu n’en auras point la primeur. Ton bœuf sera égorgé sous tes yeux, et tu ne mangeras pas de sa chair (…) Tes fils et tes filles seront livrés à un peuple étranger, et tes yeux le verront et se consumeront tout le temps à les attendre, mais ta main sera impuissante.

Qui dira l’immensité sans fonde du puits de la détresse humaine ? La folie et l’abîme de la maladie mentale est souvent mentionné dans notre Paracha :

Le Seigneur te frappera de vertige et de cécité, et de perturbation morale; et tu iras tâtonnant en plein midi comme fait l’aveugle dans les ténèbres, … tu tomberas en démence, au spectacle que verront tes yeux… tu dévoreras le fruit de tes entrailles, la chair de tes fils et de tes filles…  L’homme le plus délicat parmi vous et le plus voluptueux verra d’un œil hostile son frère, sa compagne et le reste d’enfants qu’il aura encore, ne voulant donner à aucun d’eux de la chair de ses enfants, qu’il mangera faute d’autres ressources… La plus sensible parmi vous et la plus délicate, si délicate et si sensible qu’elle n’aurait jamais risqué de poser la plante de son pied sur la terre, verra d’un œil hostile l’homme qu’elle serrait dans ses bras, et son fils et sa fille, jusqu’au nouveau-né sorti de ses flancs, jusqu’aux jeunes enfants dont elle est la mère…

Qui dira la douleur sans fin du malade seul la nuit sur son lit d’hôpital, de la mère que sa fille rejette, du prisonnier sur sa couche un soir de fête ? Qui a cotoyé le désespoir et l’immensité de la détresse humaine sait que ces mots sont possibles : « ton existence flottera incertaine devant toi, et tu trembleras nuit et jour, et tu ne croiras pas à ta propre vie! Tu diras chaque matin: « Fût-ce encore hier soir! » »

Tous ces mots ne sont pas des épouvantails vains. Tout ces malheur sont arrivés tout au long de l’histoire juive. Nous savons qu’arrivés à Gênes après avoir été chassées d’Espagne en 1492 des femmes ont vu leur enfant mort au sein, d’autres moribonds, ont vendu leurs enfants en esclavage pour simplement continuer leur voyage… et je ne parle pas des camps de la mort dont Si c’est un homme de Primo Lévi raconte parfaitement le cauchemar éveillé.

Mais ce que l’on peut tirer de ce que disent nos Sages c’est que la plénitude du malheur 26 x 26 = 676 n’est pas possible. Car ce chiffre ne peut être atteint que par D. Même si tous ces malheurs réunis depuis le début de l’humanité étaient ajoutés les uns aux autres ils osnt sans commune mesure avec la miséricorde de Dieu pour l’homme

De cet enseignement nous apprenons que l’immensité du mal est sans commune mesure avec la plénitude de l’amour désintéressé de l’Omniprésent.

Dit autrement : Israël commettrait un multitude de ces fautes, jamais il ne les commettra toutes. Toute crainte de Dieu aurait-elle disparu de ce monde il y restera toujours un tsadik dans ce monde. Le mal n’atteint pas la plénitude de l’Eternel. Toutes ces malédictions ne peuvent se réaliser en plénitude ce qui serait la fin de la Torah et d’Israël. Il n’y a donc pas de plénitude, d’éternité du malheur « sous un ciel d’airain et une terre de fer», dans un monde d’où aurait disparu tout tsadik. La Torah ne peut s’éteindre et celui qui voudrait y remédier par une « solution finale » aussi radicale soit-elle… ferait renaître son feu au centuple… au point que le Peuple de l’Eternel retrouve sa terre ! Il restera toujours un tsadik et une mitsvah, un acte de générosité. Le mal n’est pas éternel. Seule la promesse faite à Israël est éternelle. Le prophète Osée fait dire à l’Eternel : « Je te fiancerai à moi pour l’éternité; tu seras ma fiancée par la droiture et la justice, par la tendresse et la bienveillance. » (Os 2, 21). Israël peut être chassée loin de la face de D. ses noces avec D. ne peuvent pas être révoquées.

Pour Rabbi Yehuda Halévy (Kouzari 2, 36), le peuple d’Israël est le cœur de l’humanité. La promesse faite à Abraham « Je te ferai devenir une grande nation et par toi seront heureuses toutes les familles de la terre. » (Gn 12, 2) concerne non seulement la bénédiction d’Israël mais de toute l’humanité. Israël n’est pas pour lui-même mais pour l’humanité et si Israël disparaissait c’est toute l’humanité qui disparaîtrait.

Nous apprenons par-là l’éternité d’Israël et son rôle central parmi les nations.

Dans la Guemara Meguila 31b, Rabbi Chimone Ben Eleazar enseigne :

« Ezra a institué de lire avant Roch Hachana la Paracha de Ki Tavo, qui renferme 98 malédictions accompagnées de 26 fois du nom divin de miséricorde : le tétragramme pour atténuer les malédictions. »

De cet enseignement nous apprenons que la capacité de pardon de Dieu dépasse toujours les fautes de l’homme, la teshouva est toujours possible.

Le Talmud (Méguila 31b) rapporte encore qu’Ezra a instauré à Israël de lire les malédictions [de « Béhoukotaï » (dans Vayikra) avant Chavouot, et celles] de « Ki Tavo » avant Roch Hachana, afin que l’année se termine avec ses malédictions.

Et nos sages expliquent que lorsqu’une personne écoute ces 98 malédictions, un sentiment de peur l’envahit.

Nous devons donc nous présenter devant D. dans cette attitude en ce début d’année pour qu’elle soit de bénédictions.

Ecoute

Toute la paracha est une sorte de supplication de D. qui demande à l’homme de seulement l’écouter. Comme si cette écoute était si peu naturelle à l’animal humain enfermé dans son monologue intérieur de survie et de peur. Un pauvre psychotique « réduit à rien comme une bête » comme dit le psaume, qui ajoute « je ne le savais pas mais j’étais encore avec toi ». L’Eternel chuchote à l’oreille de l’homme en lui demandant de l’écouter :

« Fais silence et écoute, ô Israël! En ce jour, tu es devenu le peuple de l’Éternel, ton Dieu. Tu obéiras donc à la voix de l’Éternel, ton Dieu, et tu exécuteras ses préceptes et ses lois, que je t’impose aujourd’hui. » (Dt 27, 9-10)

« Or, si tu obéis à la voix de l’Éternel, ton Dieu, observant avec soin tous ses préceptes, que je t’impose en ce jour, l’Éternel, ton Dieu, te fera devenir le premier de tous les peuples de la terre; et toutes les bénédictions suivantes se réaliseront pour toi et resteront ton partage, tant que tu obéiras à la voix de l’Éternel, ton Dieu » (Dt 28, 1-2)

«Si tu n’écoutes pas la voix de l’Éternel, ton Dieu: si tu n’as pas soin d’observer tous ses préceptes et ses lois que je te recommande en ce jour, toutes ces malédictions se réaliseront contre toi et seront ton partage» (Dt 28, 15)

Dans tout cela il s’agit donc d’une affaire d’écoute. Le D. dont la voix « retentit sur les eaux » … qui  « tonne », qui « brise les cèdres, c’est l’Eternel qui met en pièces les cèdres du Liban », qui « fait jaillir des flammes ardentes » (Ps 29) comme nous le chantons en rapportnat le rouleau de la Torah dans l’ aron akodesh. Cette voix de l’omniprésent qui est inaudible pour l’homme en dehors de la constations du fait de la création (mais qui finalement ne force personne à entendre celui qui la parle !), cette qol Adonaï D. qui parle à l’animal à la pierre et aux saisons, avec un langage que eux seuls connaissent, se met à portée de voix pour l’homme qui devient capable de l’écouter.

Cette écoute de l’homme est le seul consentement qui lui est demandé et son plus haut acte d’humanité. C’est pour cela que bénédiction de l’accomplissement de la Mitsva du Chofar nous incite à l’écoute, elle dit :

« Bénis sois Tu …. qui nous a ordonné d’  » Ecouter  » le son du Chofar ».

La bénédiction c’est l’écoute, se fermer, ne pas écouter c’est la malédiction. En entendant le son du Chofar, nous commençons à entendre la voix d’Achem et celle des autres.

Et pour en finit avec un mot de bénédiction pour nos jeunes mariés. L’écoute est le cœur et le moteur du couple, le mystère de son bonheur. Le Talmud dit :

« Si ta femme est petite baisse-toi et écoute ses conseils» (Baba metsia 59 a)

Déborah et Stéphane c’est toute la bénédiction nous je vous souhaitons.

Le grand rabbin de France rend hommage à la Corse, l’île des Justes

Haïm Korsia, grand rabbin de France en visite jeudi dans l’île a rendu hommage à la Corse, île des Justes, une reconnaissance encore officieuse accordée pour avoir protéger des juifs durant la seconde guerre mondiale.

« Cette île porte cette histoire d’amitié, au-delà de ce que je suis, de ce que je peux représenter, je trouvais important dans un moment où je travaille à faire reconnaître ce qu’a fait la Corse, notamment pendant la guerre »,

Voir ici la vidéo

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Ki-Tetsé : face à nos pulsions

Le commentaire de la Sidra par le Rabbin Harboun et DL

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Quand tu entreras dans la vigne de ton prochain, tu pourras manger des raisins à ton appétit, jusqu’à t’en rassasier; mais tu n’en mettras point dans ton panier. (Dt 23, 25) Quand tu vendangeras ta vigne, n’y grappille pas après coup; ce sera pour l’étranger, pour l’orphelin, pour la veuve. (Dt 24, 21).

Le combat contre les pulsions et la vraie guerre

La sidra Ki-tetsé commence ainsi : Ki Tétsé lamiléama, quand tu partiras en guerre. Pourquoi : quand « TU » ? ». Pourquoi pas Ki-Tétséou : quand VOUS partirez à la guerre ? A-t-on déjà vu un homme partir seul à la guerre ?

Cette formulation a interpellé nos Sages qui ont compris cette guerre comme une guerre très particulière, celle contre le monde des pulsions intérieures. En effet nos pulsions nous entrainent souvent bien loin d’où nous aurions voulu aller. Elles semblent parfois irrépressibles. Quand le monde de ses pulsions domine un individu c’est la définition même de l’addiction. La guerre dont il est parlé ici selon une première explication est celle contre un ennemi qu’on doit vaincre et pour rester maître chez soi. Cet ennemi à maîtriser ce sont les pulsions égoïstes qui nous dominent. Le Yotser hara désigne non pas le « mauvais » penchant comme certains traduisent –vous avez déjà vu quelqu’un pencher du mauvais côté et tomber ? mais plutôt nos pulsions profondes sans limites, nos appétits incontrôlés.

Autre explication de nos sages : il s’agit bien d’une guerre réelle.
Hors la première réaction de l’homme en guerre, c’est la peur de perdre sa vie. Fragilisé dans le cœur de ce qui fait l’estime de soi, cet homme va vouloir vivre à tout prix : « Mangeons et buvons car demain nous mourrons »[1] (Is 22, 13) devient sa devise comme l’expliquent nos Sages.
Alors dès qu’il voit la « belle captive », le premier réflexe de cet homme avide d’être, est de se servir en la violant… Puisqu’il n’a plus rien à perdre, autant en profiter ! C’est le début de notre Sidra. Et le début du désir humain. Lire la suite de « Ki-Tetsé : face à nos pulsions »

Artur Carlos de Barros Basto, l’ « Apôtre des marranes »

Construite avec des dons de Juifs du monde entier la synagogue « Kadoorie Mekor Haim » (Source de vie) a été inaugurée à Porto (Portugal) en 1938, l’année de la nuit de Cristal en Allemagne.

Le plus étonnant est que le fondateur de la communauté juive de Porto était un Portugais officier de l’armée: le capitaine Barros Basto expulsé plus tard par l’armée et connu comme le Dreyfus portugais. C’est lui que Cécil Roth a appelé l’« apôtre des marranes ». Lire la suite de « Artur Carlos de Barros Basto, l’ « Apôtre des marranes » »

אֲדון הַסְּלִיחות

 ארז יחיאל – בקטעי סליחות – ווקאלי
לכבוד חודש הרחמים והסליחות מוקדש בשבילכם
נשמח לתגובות ושיתופים
בנוסח ספרדי / תמני
חדש

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L’âge d’or des juifs de Provence-Languedoc

J’écris cet article de ma maison au pied de Minerve, sur les « terres » de ma femme. Minerve dont le massacre des derniers cathares par Simon de Montfort, héraut de la croisade contre les albigeois, sonnera la fin de l’âge d’or des juifs de Provence parlant l’hébreu, l’arabe et la langue du pays d’Oc.

Ceux qu’on appelle les « juifs de Provence » au Moyen Age ne sont pas d’abord les juifs de Marseille mais ceux de ce qu’on appelle ici le « midi », cette région au flanc des Pyrénées qui s’étend entre Toulouse, Carcassonne, Béziers, Narbonne, Montpellier et Lunel.

Installés d’abord à Narbonne, les juifs sont alors partout présents dans les grandes villes et les villages du midi au Moyen Age, En catalogne (Perpignan-Gérone), ils vivent dans des call depuis le concile de 1215  (du mot hébreu kahal – ou rassemblement).

Syna de Narbonne

Synagogue de Narbonne

Communautés juives au Moyen-Age
Communautés juives au Moyen-Age en Provence-Languedoc

Il sont profondément liés au judaïsme catalan ibérique comme le monter la naissance de la kabbale née en Languedoc et transmise à Gérone avec Nahmanide. Lire la suite de « L’âge d’or des juifs de Provence-Languedoc »