Eqev : par amour

 

Commentaire du rabbin Haïm Harboun et DL.

Grenades copie

La Sidra commence par le rappel du lien qui unit la fidélité à la torah et la fécondité de la terre et des créatures, elle est parcourue par le leit motiv de l’amour que D. porte à Israël, à la veuve, à l’orphelin, à l’étranger, qui devient la source de l’amour que le juif doit porter à l’étranger :

Pour prix de votre obéissance (éqev) à ces lois et de votre fidélité à les accomplir, l’Éternel, votre Dieu, sera fidèle aussi au pacte de bienveillance qu’il a juré à vos pères. Il t’aimera, te bénira, te multipliera, il bénira le fruit de tes entrailles et le fruit de ton sol, ton blé, ton vin et ton huile, les produits de ton gros et de ton menu bétail, dans le pays qu’il a juré à tes pères de te donner. Tu seras béni entre tous les peuples; parmi toi comme parmi tes bêtes, aucun sexe ne sera stérile. (Dt 7, 12-14)

Le talon…

Le nom que porte cette Sidra est  EQEV  Ce mot a plusieurs significations en hébreu. Il  signifie « si » « lorsque » « le talon » C’est la racine de ce mot qui a donné le nom de Yaacob (Jacob)  Tous les commentateurs de la Torah relèvent  la particularité de ce titre.

Rachi commente : « Ce sera, parce que (‘éqev) vous écouterez » : Si vous écoutez les mitsvoth faciles, celles que l’on peut piétiner avec ses « talons » (‘iqvaw).  Rachi interprète donc le mot Eqèv par les mitsvoth  que l’on considère de peu d’importance.

En effet, si l’on se reporte à la Sidra de Béhouqotaï, cette dernière distingue les Houqim des Michpatim.

  • Les Mitsvoth qualifiées de ‘houqim’ contribuent à la particularité d’Israël par rapport aux autres peuples. Ainsi, la cacherouth, les lois de la pureté etc… relèvent de la catégorie des Houkim.
  • Les Mitsvoth qui relèvent des Michpatim ne sont pas spécifiques à Israël. Comme ces mitsvoth peuvent se trouver chez les autres nations, et comme elles relèvent de l’habitude on aura tendance à les négliger. C’est ce que veut dire Rachi par « les mitsvoth faciles, celles que l’on peut piétiner avec ses « talons » (‘iqvaw) »

On peut relever que le texte parle uniquement des Michpatim c’est à dire les mitsvoth rationnelles, dont le but est clair.

La Torah aurait dû parler plutôt des Houqim  autrement dit, des mitsvoth dans le sens n’est pas perçu par le Juif.  Il eut été plus compréhensible  de dire que si les mitsvoth qui sont apparemment irrationnelles sont observées, à plus forte raison les mitsvoth simples et compréhensibles !

C’est pourquoi Onkélos  traduite tichméoun –vous écouterez par téqabéloun « vous accepterez ». Ce qui revient à dire que même les mitsvoth qu’il convient d’accepter  les mitsvoth que l’on considère de peu d’importance et les observer au même titre que les mitsvoth jugées importantes.

Par amour

La mitsvah doit donc être accomplie par amour, de manière désintéressée. Ce thème de l’amour parcourt toute notre Sidra.

Quel est le bénéfice des mitsvoth ? A priori aucun, puisque une mitsvah ne saurait forcer Dieu. La mitswah conduit simplement l’homme à accomplir son humanité en prenant conscience de l’amour de Dieu mentionné au début de cette parasha, ce qui libère sa capacité d’aimer son prochain de manière désintéressé, cette réciprocité de la gratuité est en soi le vrai bonheur.

Ce vehaveta, « tu aimeras, de tout ton cœur, de toute ton âme… » envers D. fait partie des premiers mots du Shema. Il est répété ici :

Et maintenant, ô Israël! Ce que l’Éternel, ton Dieu, te demande uniquement, c’est de révérer l’Éternel, ton Dieu, de suivre en toutes ses voies, de l’aimer, de le servir de tout ton cœur et de toute ton âme, en observant les préceptes et les lois du Seigneur, que je t’impose aujourd’hui, pour devenir heureux. (Dt 10, 12-13)

Il est répété à la fin de la paracha : « Tu aimeras donc l’Éternel, ton Dieu, et tu observeras ses lois, ses statuts, ses préceptes, en tous temps. » (Dt 11, 1)

On le voit aimer ce n’est pas seulement un élan du cœur qui peut se tarir rapidement mais le fait d’observer les lois et les préceptes, lishma pour le Nom, cette pratique rend « heureux ».

Or, si vous êtes dociles aux lois que je vous impose en ce jour, aimant l’Éternel, votre Dieu, le servant de tout votre cœur et de toute votre âme, je donnerai à votre pays la pluie opportune, pluie de printemps et pluie d’arrière-saison, et tu récolteras ton blé, et ton vin et ton huile. Je ferai croître l’herbe dans ton champ pour ton bétail, et tu vivras dans l’abondance. (Dt 11, 13-15)

Ce bonheur de celui qui vit en aimant l’Éternel, votre Dieu, le servant de tout son cœur et de toute son âme est la fécondité de la création, l’abondance. Comme si l’homme par son action désintéressée imitant l’amour désintéressé de Dieu pour sa créature la récréant à chaque instant avait reçu de D. la capacité de recréer le monde, de réparer ce qui y est cassé, disloqué, malheureux.

Un amour qui contamine la création mais aussi la société et d’abord ses exclus. Si l’exclus, le marginal, la banlieue de la société est aimé cela signifie que l’amour règne au cœur de la société :

Car l’Éternel, votre Dieu, c’est le Dieu des dieux et le maître des maîtres, Dieu souverain, puissant et redoutable, qui ne fait point acception de personnes, qui ne cède point à la corruption; qui fait droit à l’orphelin et à la veuve; qui témoigne son amour à l’étranger, en lui assurant le pain et le vêtement. Vous aimerez l’étranger, vous qui fûtes étrangers dans le pays d’Egypte! (Dt 10, 17)

Ce commandement d’amour de l’étranger, le GUER, c’est-à-dire le résident qui n’est pas juif, est tellement peu évident pour la nature humaine, qu’il est répété deux fois dans notre Sidra :

« Vous aimerez l’étranger, vous qui fûtes étrangers dans le pays d’Egypte! » (Dt 10, 19)

Ce « vous aimerez l’étranger » est une réponse directe à l’amour de D. « qui fait droit à l’orphelin et à la veuve; qui témoigne son amour à l’étranger »

La mistsvah réalisée par amour est au cœur de la justice sociale. Nous y reviendrons.

Mais la Sidra va encore plus loin. Elle nous dit : « Supprimez donc l’impureté (orla) de votre cœur » (Dt 10, 16). « Ce qui bouche votre cœur, sa cuirasse » explique Rachi. On sait que l’Alliance par la brit signifiée par l’ablation de la orla (le prépuce) qui fait obstacle à la relation avec D. se fait le 8ème jour c’est à dire un jour a delà du septième, au-delà de la semaine et du temps, au contact de l’éternité de l’Eternel.

En quoi consiste cet amour ? Il s’agit de supprimer la « orla » de son cœur d’enlever l’obstacle entre D. et l’homme. C’est cette « circoncision du cœur » dont nous parlent les prophètes:

Tâchez de vous circoncire en l’honneur de l’Eternel et d’enlever les excroissances de votre coeur; sans cela ma colère éclatera comme le feu, et brûlera sans qu’on puisse l’éteindre, à cause de la perversité de vos actes.  (Jr 4, 4)

Celui qui accomplit les mitsvoth s’unifie et se rapproche du D. UN. Il est panim al panim avec l’Eternel, « visage contre visage », voici ce que Moshe explique à Israël.

Le chemin de la circoncision du cœur est la techouva.

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