Le brûlement du Talmud à Paris en 1242

Un rabbin a suggéré que l’incendie de la cathédrale de Paris pouvait être la réponse divine aux 24 chariots de Talmud brûlés sur la place de Grève en 1242. L’idée que D-ieu joue avec des allumettes la veille de Pessah semble quand même improbable. Mais surtout les incendies de toiture d’églises sont banals au Moyen-âge: la cathédrale de Chartres a brûlé deux fois avant son inauguration; les Annales de saint Nicaise rapportent qu’en 1210 « l’église de Reims a brûlé en la fête de Saint Jean, devant la Porte latine », et on a du tout reconstruire, un nouvel incendie en 1481 détruit la charpente : une négligence des ouvriers a mis le feu dans les combles , Reims le 06 mai 1210, etc…. Mais revenons sur le « brûlement du Talmud », que s’est il réellement passé à l’époque ?

Être juif à Paris en 1240

En 1240 on est à l’apogée du Gothique[1]. Les portails de la cathédrale de Chartres viennent d’être terminés. A Paris, les arcs boutants à simple volée, une prouesse technique ! poussent depuis 10 ans les voûtes de Notre-Dame vers le ciel. Les beffrois sont réalisés depuis 10 ans. Grace à Louis IX, alias « Saint Louis », grâce à l’Université de Paris, Paris est le coeur intellectuel de la chrétienté du XIIIe siècle. L’an dernier, le roi acheté pour une somme considérable, la supposée couronne d’épines de la passion de Jésus à des marchands vénitiens.
Vers 1240-1241, le théologien allemand Albert le Grand est à Paris, il y enseigne les traductions des textes grecs et arabes et commence à travailler sur Aristote et Avérroès. Il décrit la Synagogue comme une femme aux yeux bandés. Son futur disciple, Thomas d’Aquin, l’ami théologien de Louis IX qui tentera bientôt de concilier la pensée d’Aristote et la foi chrétienne, à la suite de Moïse Maïmonide pour le judaïsme (qu’il appellera avec admiration »l’aigle de la Synagogue »), n’a encore que 16 ans, il est oblat bénédictin au Mont Cassin. en 1240 Juda al-Harizi vient de terminer la traduction latine du Guide des égarés que vont lire les scolastiques dont Thomas d’Aquin. Les tossafistes, la génération de disciples de Isaac ben Samuel l’ancien lui même disciple de Rabbenou Tam commentent Rachi en Champagne, en Allemagne, en Hongrie. En Espagne Moïse de Léon le rédacteur ou compilateur du Zoharver 1270 vient de naître à
Guadalajara. Le « Sefer Hassidim » de Juda le Hassid (Yehoudah ben Chemouel hê-’Hassid), somme des idées et traditions est le manuel piétiste des hassidim (pieux)
aschkénazim (allemands).

Les juifs circulent beaucoup dans entre les communautés de Bohème, d’Allemagne, de France et d’Espagne. Il n’est pas rare que ces tossafistes soient des convertis au judaisme comme Samson ben Abraham (le RASH) de Sens (1150-1230) ou Isaac ben Abraham le Jeune, son frère, rosh yechiva à Dampierre. Les écrits des tossafistes entre 1150 et 1250 définissent comment établir des relations avec les chrétiens. Les rabbins polémiquent contre l’adoration des images de la mère de Jésus et du crucifix, une idolâtrie.

Mais en ces années 40 du XIIIème siècle les juifs qui vivent dans les quartiers au pied de ces cathédrales rasent les murs…

Meïr ben Baroukh de Rothenburg (v. 1215 – 2 mai 1293) surnommé le Maharam (Morenou HaRav Meïr) et considéré comme le plus grand talmudiste de son époque est de passage à Paris pour assister à une disputatio entre juifs et chrétiens sur le Talmud. Il vient soutenir son ami Yehiel de Paris en mauvaise posture dans ce débat contre un de ses anciens étudiants chassé de sa yéchiva et devenu depuis franciscain qui veut en découdre. Le roi sera là. Un autre rabbin Tossafiste l’accompagne : Moïse ben Jacob de Coucy  qui a ramené des milliers de Juifs d’Espagne à le techouva (repentir).

Promenons nous avec eux dans les rues de Paris de l’époque.


Disputation entre clercs et rabbins.
Gravure sur bois de Johannes von Armsheim – 1483

Il faut imaginer un Paris réduit à l’île de la Cité réunie aux rives de Seine par deux ponts en bois sur des piles de pierre recouverts de maisons en bois. On paie pour passer. Le cardo maximus traverse l’île à l’emplacement de l’actuelle rue de la Cité. L’île Saint Louis est un pâturage accessible seulement à gué. Sur les rives du fleuve on trouve des clos (vignes) et les faubourgs. L’île de la Cité est couverte de maisons en bois, la cathédrale de pierre immense, contraste avec cet univers végétal en modèle réduit, on y construit depuis 1163 et pour 180 ans un monument de pierre de taille extra-ordinaire pour les yeux de l’époque.


Paris sous Philippe-Auguste.1 Échelle de 1/25 000

Philippe-Auguste a mis les faubourgs à l’abri des invasions en les faisant entourer d’une muraille crénelée, flanquée de tours dont la Tour de Nesle et de portes comme les portes de Bucci, Saint Michel et Saint Martin. Le quartier du Marais, zone inondable transformée en pâturages puis en cultures il y a un siècle est transformé en 1240 par l’ordre du Temple
qui y construit un prieuré fortifié à l’extérieur de l’enceinte de Philippe Auguste  au niveau de l’actuel square du Temple, des juifs y vivent déjà. Le Louvre tel que nous le connaissons, qui sera édifié par le petit neveu de Saint Louis (un Valois quand Louis XI ou Louis IX sont des Capétiens) est encore un simple fort. On rend la justice sur la plage de la rive de Seine, en Place de grève (aujourd’hui place de l’Hôtel de Ville) où l’on pend les criminels et où on brûlera le Talmud en présence du prévôt des marchands de Paris et du clergé en 1242. En 1310 y aura lieu le premier bûcher d’une « hérétique », brûlée vive, Marguerite Porette une simple mystique rhénane, une béguine, qui refuse de retirer son livre : Le miroir des âmes simples et d’acquiescer à son procès. Mais nous n’en sommes encore pas là.

Paris compte 110 000 personnes en 1200 (Londres 20 à 25000). Les juifs, minorité tolérée de marchands aisés et de tout petits préteurs, vivent dans l’île de la cité dans des rues qui partent de l’angle de la rue Colombe et de la rue Chanoinesse actuelle. Le cimetière juif se trouve rue Galande, du nom de l’ancien clos dit de Garlande (Etienne de Garlande favoris de Louis VI le Gros y possédait une vigne). Au gré du bon vouloir du roi de France les juifs sont régulièrement expulsés, rappelés, taxés. Des mesures ont été prises à partir de 1230 pour encadrer les « usures juives »: récupération du solde des dettes qui leur sont dues sous trois ans et interdiction de recouvrements ultérieurs (voir « Les juifs dans les chroniques du temps de Saint Louis » de Claire Soussen). En réalité les juifs sont des parias indispensables pour le micro crédit (ou usure) interdit aux chrétiens. En effet dans cette période d’intense développement des échanges, le support de ceux-ci par la monnaie et le crédit est indispensable. Ce qui ne veut pas dire qu’ils sont tous riches ! beaucoup en France sont vignerons comme Rachi, artisans ou tailleurs en Allemagne. On les reconnait immédiatement à leurs longues robes et à leurs chapeaux pointus – un moyen de les distinguer de la population chrétienne, tels qu’ils apparaissent sous les traits d’Anne et Joachim (Anna et Yoyakin) les parents de la mère de Jésus dont tout le monde sait alors qu’elle est juive, dés 1200 au trumeau et sur le linteau inférieur du portail de droite de la façade occidentale de la cathédrale .

Anne et Joachim, Cathédrale de Paris

Dans le tympan d’Anne à droite, on voit un rabbin enveloppé dans son châle de prière (talit), un rouleau de la Torah est posé sur la tebah, la lampe perpétuelle (Ner Tamid) brûle.

Joachim apporte en offrande au Temple : un agneau et Anne deux colombes. Il s’agit de la purification de la femme accouchée aprés 2 semaines, en 66 jours pour une fille :


 » Elle apportera au prêtre, à l’entrée de la tente de la rencontre, un agneau d’un an pour l’holocauste et un jeune pigeon ou une tourterelle pour le sacrifice d’expiation.  » (Lv 12, 6)

Dans la partie gauche du tympan on voit le mariage d’Anne et de Joachim avec un rabbin couvert de son talit qui tient la main du hatan (fiancé) et de la kala (fiancée), au milieu d’une assistance juive en chapeau pointu. La kala est amenée par la main par son père et sa mère.

Cette sculpture datée de 1150 réalisée à l’origine pour la Cathédrale Saint Etienne est installée là en 1200. Anne et Joachim apparaissent dans différentes scènes avec le chapeau pointu rendu obligatoire par décret royal au 13e siècle mais il ne sont pas ridiculisés, il y a une sorte de volonté de décrire la vie juive et tous ses détails bibliques. On est encore en 1150 dans l’ambiance naïve de la fin de l’art roman… il y a 90 ans en 1240, l’art et l’état d’esprit du siècle précédent.
Tout cela doit amuser nos deux rabbins érudits.

Les juifs font l’objet d’une tolérance (liberté de culte, sécurité des personnes et des bien) et occupent une place particulière à l’intérieure de la société de l’occident médiéval. Ils sont à la foi des témoins de l’ancienne Loi et de la vie de Jésus et en même appelés à se convertir à la nouvelle. La base de cette sociologie est avant tout théologique. Selon Pierre Damien (1007-10172) :

« les restes des Juifs sont épargnés pour que soit conservée la maison de la Loi… Par la langue hébraïque qui est répandue dans le monde entier, une garantie d’authenticité est donnée à la religion chrétienne » Pierre Damien, Epistolae, II, 13 (PL 144, 284-5).

Les juifs sont des témoins obsolètes et l' »ancien Israël » (vetus Israël) est appelé à bientôt se fondre dans le « vrai Israël » (verus Israël), l’Eglise; et le plus tôt sera le mieux, donc les conversions au christianisme sont encouragées sans relâche.
Ils sont protégés mais sommés de respecter l’Eglise, ils sont humiliés pour leur crime : avoir tué et nié Jésus, un Bernard de Clairvaux trouve tout cela normal. La condition des « fils de Caïn » ne saurait être égale à celle à celle des « fils d’Abel », résume Pierre le Chantre.

Depuis 1215 Le Concile de Latran a obligé les Juifs à porter « un habit ou un signe distinctif » : la rouelle de rotella (« petite roue ») , symbolisant les 30 deniers contre lesquels Judas aurait vendu Jésus, en tissu de couleur jaune, mais ce règlement ne s’appliqua pas en France. En 1267 le Concile de Vienne ordonne le port d’un chapeau particulier, le pileus cornutus en latin (bonnet pointu) jaune pistache mais il apparaît dés le XIème siècle sur les manuscrits comme un usage courant. En France, un Juif baptisé convainc Louis IX « Saint Louis » de rétablir l’usage de la rouelle en 1269 : « une pièce de feutre, ou de drap jaune d’une palme de diamètre, et de quatre de circonférence », à partir de 14 ans. Un geste que Louis IX opère un an avant sa mort pour ce roi qui est devenu de plus en plus antijuif. (voir détail ici)

Comment la « théologie de la substitution » et l’antijudaïsme médiéval en développement constant se sont inscrits dans la pierre vers 1240

Le tombeau des rois… où l’église est couronnée

Déjà en 1144, lorsque Suger, le théologien-architecte de la Lumière, avait inauguré la cathédrale de Saint Denis, le public tout esbaudi de cette « couronne de lumière autour du tombeau de Saint Denis » avait découvert un vitrail sur lequel Jésus ouvre les yeux de la Synagogue en lui enlevant un voile devant les yeux alors que de l’autre main il couronne l’église. Il s’agit d’un commentaire en verre de la lettre de Shaul le disciple de Gamaliel- alias Paul de Tarse, vers l’an 55 de notre ère : « Jusqu’à ce jour, quand on lit Moïse, un voile est jeté sur leurs cœurs (des juifs); mais lorsque les cœurs se convertissent au Seigneur, le voile est ôté » – 2 Cor 3.

A bon entendeur !

L’Eglise est donc couronnée par Jésus tandis qu’il ôte le voile qui couvre les yeux de la Synagogue aveugle à la révélation chrétienne.

Les « aveugles » n’ont donc qu’à bien se tenir dans ce monde rempli de statues étranges qui prétendent montrer au bon peuple le D-ieu invisible.

Alors que Bernard de Clairvaux (1090-1153) a interdit les statues et les diablotins de Cluny, à l’âge gothique, les statues et les images font un grand retour sur scène en ce siècle où les images sont les ingrédients de base d’un grand spectacle de masse !

La Synagogue ou les fleurs du mal

Les manuscrits, eux, véritables bandes dessinées oniriques, sont enluminés de commentaires explicites. Vers 1120, dans le Liber floridus (le Livre des Fleurs) du chanoine Lambert de Saint- Omer, un frêne pousse des branches vivantes sur la page de gauche (arbor bona) qui représentent l’église… et mortes sur la page de droite (arbor mala) qui figure la synagogue ; ailleurs dans le même livre c’est Jésus lui-même qui repousse la synagogue en précipitant sa couronne à terre. Une couronne, tiens pourquoi une couronne ?

Pour la petite histoire le bois de frêne est réputé au Moyen Age soigner… la surdité… (voir ici) … Mais depuis Pline la feuille du frêne … est aussi considérée comme un contrepoison contre les morsures de serpents. malheureusement le judaisme est une maladie sans remède.

Strasbourg, le triomphe de la reine-église couronnée

L’Eglise et la Synagogue donc. A Strasbourg en 1230, la guerre est déclarée…

Deux statues féminines placées au double portail sud de la cathédrale de Strasbourg se font face sous la forme de deux femmes de pierre dont l’une regarde le porche tandis que l’autre, les yeux bandés et la lance cassée, se détourne de l’entrée de la cathédrale : l’Eglise et la Synagogue. La coupe de l’eucharistie remplace le rouleau de la Loi, la croix brise la lance juive, l’Eglise est couronnée, pas la Synagogue. On trouve là le vieux thème récurrent de la théologie de la substitution où le verus Israël, le « véritable Israël » : le christianisme, remplace le vetus Israël, le « vieil Israël » , le judaïsme… Une logique théologique qui va conduire à enfermer les juifs dans des ghettos à la Renaissance puis à les expulser pour les remplacer par des chrétiens et à les tuer. Le registre théologique est désormais belliqueux. Avec les juifs c’est la guerre et on brise des lances et la couronne de la synagogue, son pouvoir, est jetée à terre brisée par les rois de France exécuteurs séculiers de l’Eglise.

Le message théologico-politique est clair : la synagogue doit laisser la place au Christ vainqueur et à son bras armé le Roi de France .

La sculpture n’est plus celle des naïves scènes romanes, mais de véritable persona sur le mode romain qui symbolisent des idées abstraites, comme les dieux tutélaires romains ou Athena personnifiant le peuple d’Athènes. L’Antiquité est de retour avec un programme sculpté théologico-politique fasciné par la Rome impériale.

La Synagogue, Cathédrale de Strasbourg

Reims, le triomphe de la royauté théologique

En 1241, A Reims, on est clairement dans une statuaire romaine. la Synagogue découronnée et déchue s’oppose à l’Eglise triomphante (1241), le calice eucharistique s’oppose aux tables de la loi, la couronne de la Synagogue tombe de sa tête :


Eglise, Cathédrale de Reims, 1241, (photo d’avant 1914)

Synagogue, Cathédrale de Reims, façade sud, 1241 (photo d’avant 1914)
actuellement au palais du Tau

Synagogue, Cathédrale de Reims, façade sud, 1241 (photo d’avant 1914)
actuellement au palais du Tau

A Paris la Galerie des 23 rois de Juda de 1210-1220 coupe la façade en deux carrés. Le mouvement qui commence à Paris dans les années 1210-1220 et consiste à s’approprier les rois d’Israël pour donner une légitimité à la couronne de France se poursuit à Chartes où l’on retrouve deux galeries de rois, dont la majorité date du début du XIIIe siècle, et ont été placées sur le pignon de la façade occidentale reconstruit au XIVe siècle (il y a 2 galeries de rois à Chartes -> source ). On trouve des galeries des rois sur les façades de quatre cathédrales françaises (Chartres, Paris, Reims et Amiens). à Reims, les rois de France couronnés. Les 22 statues de la cathédrale d’Amien datent, elles, de la première moitié du XIIIème siècle.

Galerie des rois Cathédrale d’Amiens

A Reims le mouvement est achevé, on trouve au centre de la galerie des rois du XIVème siècle (mais on trouve de nombreuses statues de rois à Reims dés le début du 13ème siècle), le baptême de Clovis entouré de sa femme Clotilde et de Remi. Elle renvoie au baptême de Clovis à Reims en 496 rapportée par Grégoire de Tours (539-94) dont Hincmar évêque de Reims de 545 à 582 a fait un mythe miraculeux. Selon certains récits un ange aurait donné à Hincmar l’huile (d’onction des rois et du messie-roi dans la Bible), devenue la Sainte Ampoule, pour le transférer aux rois de France, nouveaux David.
La sculpture fait donc référence à la cérémonie du sacre des rois de France et à la fondation mythologique de leur pouvoir biblique, célébrant l’alliance du sabre et du goupillon. Message : Les rois de France sont dans la lignée de ceux d’Israël et continuent leur oeuvre.

On est bien face à un programme théologico-politique d’affirmation de la légitimation religieuse des rois de France descendants de Philippe Auguste dont Louis IX sacré Roi à Reims en 1223 est le petit fils et dont sa mère, Blanche de Castille, lui chante les louanges… mais en affiliant Clovis et ses successeurs aux rois d’Israël on est bien aussi dans une recherche de légitimité par substitution dynastique. Le roi porte le titre de « Fils aîné de l’Église » à partir de Charles VIII (couronnée en 1484 à Reims) et bientôt la France sera « fille aînée de l’Eglise ».

Bien entendu il faut comprendre que Reims est en concurrence directe avec Saint Denis, tombeau des rois… pour savoir qui sera le plus royal. Dés 1241 les rois jeunes ou vieux pullulent sur la façade en concurrence à Saint Denis.

Reims

La théologie de la substitution a produit une royauté de substitution. Les juifs de la Vicus Iudaeorum devenue la rue des Gieux, puis la Rue de élus ! à deux pas de la Cathédrale et donc du pouvoir, où l’on trouve alors la synagogue et le mikveh d’une des plus florissantes juiveries de Champagne avec Troyes… n’ont qu’à bien se tenir.
(le « jardin des vivants » est Porte de Mars)

A partir de la « régularisation » de 1269, de Louis IX, les juifs seront « serfs du roi », c’est à dire soumis à l’arbitraire royal. Un « texte honteux » (selon l’expression de Jacques Le Goff –Saint Louis, pg. 807) qui sera immédiatement appliqué aussi par son frère Alphonse de Poitiers.

Chartres : la Synagogue définitivement aveugle

A la cathédrale de Chartes dans le Vitrail typologique de la passion au début de 1205-1215 la Synagogue a non seulement le sceptre brisé et perdu sa couronne mais elle est aveuglée par un serpent qui lui voile les yeux et par la flèche que lui décoche directement dans les yeux un petit personnage diabolique. De son coté l’Eglise debout est dans le gan eden fleuri de roses en portant une Jérusalem céleste.

La référence scripturaire de la couronne renversé et à Jérusalem est une lamentation de Jérémie :

«  Elle est tombée, la couronne de notre tête; malheur à nous, parce que nous avons péché! Ce qui nous déchire le cœur, ce qui obscurcit nos yeux, c’est de voir le mont Sion en ruines, foulé par les renards. » (Lam. 5, 16-17)

… allégorisée pour la sortir de son contexte. Car il y a encore des juifs à Jérusalem au XIIIème siècle mais surtout…. depuis 1187 et la bataille de Hattin, Jérusalem est aux mains des musulmans de Saladin qui… rend aux juifs le Kotel et leurs synagogues, dont l’accès leur avait été interdit par les Croisés et accorde le Saint Sépulcre aux chrétiens. Le Royaume latin de Jérusalem (1099-1187) est donc bel et bien terminé.

Cathédrale de Chartres, Passion typologique, vitrail 37.
(les deux panneaux droite et gauche sont d’époque : inventaire archéologique)

Strasbourg – 1285, la synagogue au serpent

Cinquante ans plus tard en 1285, sur le tympan du portail central de la façade occidentale de la cathédrale de Strasbourg, les figures allégoriques de l’Église et de la Synagogue réapparaissent, mais la synagogue n’a plus un bandeau autour de la tête mais… un serpent.

L’ensemble des portails est un grand programme théologique probablement imaginé par Albert le Grand.

Strasbourg, L’Eglise et la Synagogue (qui se détourne) sous la croix

L’aveuglement des juifs est devenu diabolique… de même à la cathédrale de Paris.

Paris : la « Synagogue de Satan »

Sur un contrefort de la façade de la cathédrale de Paris une curieuse statue attire le regard. C’est une jolie femme aux yeux bandés par… un serpent dont les vagues se confondent avec celles de sa chevelure. Sa couronne est tombée à ses pieds. Elle tient d’une main un bâton brisé tandis que de l’autre elle cache les Tables de la loi tête en bas, cachées sous son manteau.

La statue date en réalité… de la campagne de restauration dirigée par Jean-Baptiste-Antoine Lassus et Eugène Viollet-le-Duc entre 1845 et 1864, elle existait avant avec les yeux voilés et le serpent a été inspiré par Strasbourg (1285), fidèle à l’esprit de la fin du XIIIème et… à Viollet-le-Duc qui, comme à son habitude, force le trait.

La statue résume assez bien l’ambiance de l’époque pour les juifs, ces diables qui ont perdu la couronne de leurs rois d’antan et réfléchissent à l’envers.
La caricature du juif absente au Haut Moyen Age et jusque dans la statuaire romane clunisienne se développe d’abord dans les manuscrits et les chansons populaires seulement à partir de la première croisade (1095) avant de toucher la statuaire gothique. La femme altière et insoumise des années 1240 se transforme en femme diabolique à partir de la seconde moitié du XIIIème siècle.

On ne compte plus les représentations de la « Synagogue de Satan » selon les mots de l’Apocalypse de Jean à partir de la première croisade dans les manuscrits (voir ici)

Dans le Miracle de Theophile de Rutebeuf et Comment Theophilus vint à penitance de Gautier de Coinci, deux pièces de théâtre écrites en 1220 et 1260, le juif va jouer auprès de Théophile, coupable d’avoir « renié Dieu », le rôle d’un prêcheur satanique qui l’incite à persévérer dans le mal et proclame la puissance du diable (Gautier, v.472), opposée à l’impuissance de Dieu et de la Vierge… qui va finalement sauver Théophile. Le Juif vaniteux et luxurieux (Gautier, v.297) et bien sûr avare (v. 600), invoque le diable et comme il ne vient pas il répond « Abracadrabra » (Gautier, vv.160-8). Une formule qui est évidement un pastiche et une moquerie des bénédictions juives : Ha brakha dabra en hébreu : « la bénédiction a parlé ». Et évidement le diable apparaît !

La poésie et les chansons populaires des pèlerins vers Compostelle sont pleines de cet antijudaisme. Une chanson de l’abbé Hugues de Cluny dans le Liber Calixtinus de Saint-Jacques, une compilation de miracles reprise par un clerc de Vezelay vers 1140 brode sur un motif folklorique bien connu que celui de la transformation d’un être humain en âne la nuit du Chabbat :

 » Hue, hue, mon cheval
Pour demain aller en Crau
En Crau à Berre
Nous chargerons de la terre

Ma marraine m’a acheté
Une machine de cinq sous
Pour combattre le juif .

Le juif m’a combattu
M’a jeté sur l’âne bleu
L’âne bleu a regimbé
M’a jeté dans le fossé

Là y avait un gros poisson
M’a rongé tout le genou
 »

Source : Jean- Pierre Poly, « Le diable, Jacques le coupé et Jean des Portes, ou les avatars de Santiago » in Le diable au Moyen-Age,  Presses universitaires de Provence, 2014.

Dans le Breviari d’Amor (Bréviaire d’Amour !) de Maffre Ermengaud de Béziers (mort en 1422), écrit entre 1288 et 1292 sorte de petit guide d’amour courtois des troubadours qui tente d’uinifier l’amoour des clerc pour D-ieu et le fin’amor des troubadours, la plus vaste œuvre de toute la littérature romane de langue d’oc au XIVème sicèle, le Christ vainc le diable et l’Eglise la Synagogue à la tête coupée et aux yeux bien sûr baillonés.

l’Arbre d’amour du Bréviaire d’amour

Aveugles de tous les pays…

La métaphore de pierre de la Synagogue déchue et de l’Église triomphante est un leit motiv de l’architecture gothique, elle se retrouve dans les cathédrales de Reims,
Metz, Bordeaux, en Allemagne : à Bamberg, Worms, Magdebourg, Minden, Fribourg-en-Brisgau ; en Angleterre : à Rochester, Lincoln, Salisbury et Winchester… toutes ces statues de femmes allégories de la Synagogue aveugle, déchue, découronnée, à la lance brisée… s’opposent à la statue de femme de l’église victorieuse couronnée qui est leur vis à vis, dans de nombreuses cathédrales.


Synagogue, Cathédrale de Bamberg, achevée en 1237

A la fin du Moyen Age la Synagogue porte un diable noir sur ses épaules au pied de la croix (Bible historiée de Haguenau, XVème s.), … les juifs sont devenus une cinquième colonne perfide, l’incarnation du mal.

La couronne de la Synagogue est déchue face à celle de l’Eglise. Cet chute de la couronne de la Synagogue est encadrée par les rois de Juda de la Galerie des rois de la Cathédrale de Paris ou de Reims où le baptême de Clovis est au centre. L’identité théologico-politique française mythique du vrai Israël (verus Israël) qu’est l’Eglise se construit sur la négation du vetus Israël, le « vieil Israël » obsolète qu’est la Synagogue et les juifs réels. La théologie de la substitution est à l’oeuvre.

Louis IX, le roi chrétien

En ces années 1240 la situation n’est donc pas réjouissante pour les juifs de France. Et si les plus grandes autorité de leur temps se déplacent à la disputatio de Paris c’est parce que tous les indicateurs sont au rouge.

Louis est un capétien, un homme énergique et à la justice cruelle comme l’est l’époque (il fait percer au fer rouge la langue des ‘blasphémateurs’). Il a le caractère et la foi de sa mère Blanche de Castille qui disait : « Mon fils, je vous aime bien, mais j’aimerais mieux vous voir mort que coupable de péché mortel. ». Blanche de Castille qui a brisé la révolte des grands barons, conduits par le duc de Bretagne, les comtes de Champagne et de Boulogne. Les juifs sont de empêcheurs de tourner en rond à convaincre ou vaincre, un détail dans son projet.


Blanche de Castille et son fils Louis IX (en haut, Bible de Saint Louis, Tolède)
réalisée entre 1226 et 1234 pour le roi Louis IX de France, à la demande de sa mère Blanche de Castille

Louis le pieux est surtout le fils de Robert II le pieux, le fils d’Hugues Capet, le roi de l’an 1000. Louis IX connait par sa mère cet héritage d’un homme qui a eu le génie d’appuyer son autorité sur l’église, d’où son sobriquet de « pieux ». Robert le pieux a réorganisé la vie monastique des trois grandes abbayes de la région parisienne (Saint Denis, Saint Maur, Saint-Germain-des-Prés )… mais il est aussi celui qui a expulsé les juifs de France trois siècles avant Philippe le Bel en 1306 et appuyé le pogrom contre les juifs de Rouen en 1007 accusés de vouloir s’emparer du tombeau du Christ à Jérusalem en complotant avec les musulmans (de la Courneuve ?). Il a allumé en 1022 le premier bûcher d’hérétiques, une coutume perdue depuis l’empire romain. Robert II le pieux aura surtout le génie d’utiliser l’Eglise pour asseoir son pouvoir dans un monde fragmenté et hyper violent qui sort à peine des invasions. Son biographe, le moine Helgaud de Fleury, l’élèvera au rang de nouveau David.

Cette alliance du pouvoir et de la religion va permettre de donner une filiation spirituelle aux Capétiens, aux Valois puis aux Bourbons pendant 800 ans. La plupart des rois de Dagobert II à Louis XVIII sont enterrés dans la basilique de Saint Denis, première cathédrale gothique et manifeste de l’architecture gothique.

Certes, « Saint Louis » n’a pas expulsé les juifs de son royaume comme son grand-père Philippe Auguste en 1182, ses frères Charles d’Anjou et Alphonse de Poitiers ou son petit-neveu Philippe le Bel en 1306 mais il considère de sa tache de poursuivre les « ennemis de l’Eglise ». Il va persécuter ces juifs qui n’ont pas reconnu le Christ et qui sont une minorité religieuse étrangère à son royaume chrétien comme le sont les hérétiques cathares du Comte de Toulouse. A une époque où personne ne croit plus pouvoir contenir les Sarrasins, il mènera deux croisades contre les Musulmans (septième et huitième) qui seront des échecs retentissants : son frère meurt pendant le septième croisade, il est défait à Damiette et Louis IX meurt de la dysenterie devant Tunis. Bref personne n’y croit plus et les seigneurs se disent qu’on s’occupera des sarrasins s’ils viennent… sauf lui.

Il poursuit enfin la sanglante croisade contre les albigeois mais elle est le fait de ses prédécesseurs.

Les juifs : le son sans l’image

Depuis 13 siècles les juifs ont parfaitement eu le temps d’entendre et de comprendre le message du christianisme, mais aussi celui de l’Islam cinq siècles plus tôt. Pourquoi ne les ont ils pas intégré dans leur tradition ? Tout simplement parce que ces messages ne les intéressent pas. Si le Christianisme et l’Islam ont besoin du judaïsme pour se définir, la réciproque n’est pas vraie.

La bande dessinée de pierre romane pas plus que les persona de pierre de l’intellect gothique n’ont de chance de les convaincre. Il est vrai que le Pape Innocent III (1198-1216) qui a interdit aux juifs d’occuper des fonctions d’autorité, d’avoir des relations professionnelles et sociales avec les chrétiens et de sortir pendant la Semaine sainte considérait que les juifs étaient des êtres purement charnels, incapables de s’élever au dessus du sens littéral de l’Écriture.

De leur côté, Il s’agit pour les rois de France et l’Eglise du 13ème siècle de s’approprier les textes en les fixant dans la pierre tout en disqualifiant le peuple dont il sont issus.
La conversion des juifs est la grande affaire de la famille royale.

Guillaume de Saint-Pathus rapporte ainsi un épisode datant d’avant 1248 :

« Le benoît Roi amena au Baptême et fit baptiser au Châtel de Royaumont-sur-Oise une juive, ses trois fils et une fille et ce même benoît Roi, sa mère et ses frères tinrent les enfants et la juive sur les Fonts au temps de leur baptême. » (source)

Avant son deuxième départ en croisade, en 1270, Lous IX fait baptiser solennellement
à Saint-Denis un « juif célèbre » rapporte Geoffroy de Beaulieu.

Guillaume de Chartres, chroniqueur de l’époque nous rapporte le rôle d’argument théologique des reliques pour les juifs… il écrit à l’occasion des solennités organisées à l’occasion de la réception à Paris, en 1238, de la Couronne d’Épines et des autres reliques achetées par Louis IX :

« De plus, notre pieux roi désirait que les solennités soient observées tant en sa présence que durant son absence, même s’il était outremer, pensant et agissant avec l’idée que alors que notre Seigneur de Majesté avait été déshonoré par les juifs infidèles au moyen de ces objets [la croix, la couronne d’épines et la lance], il serait à présent honoré à travers eux par les dévots croyants. » (source ibid.)

Un juif du XIIIème siècle qui rasait les murs devait être affolé par cette ambiance hystérique de plus en plus exaltée d’images de pierre censées représenter l’Eternel immatériel et invisible et toutes ces reliques (en réalité des grossiers faux en concurrence pour attirer les visiteurs… avec toutes les reliques de la vraie croix il y aurait de quoi construire un bateau !).

Car à la même époque en 1190 Maimonide écrit en Espagne les lignes suivantes :

« Il y a eu des gens qui croyaient que tsélem (image), dans la langue hébraïque, désignait la figure d’une chose et ses linéaments, et ceci a conduit à la pure corporification (de Dieu), parce qu’il est dit : « Faisons un homme à notre image (tsélem) selon notre ressemblance » (Genèse, I, 26). Ils croyaient donc que Dieu avait la forme d’un homme, c’est-à-dire sa figure et ses linéaments, et il en résultait pour eux la corporification pure qu’ils admettaient comme croyance, en pensant que, s’ils s’écartaient de cette croyance, ils nieraient le texte (de l’Écriture), ou même qu’ils nieraient l’existence de Dieu s’il n’était pas (pour eux) un corps ayant un visage et des mains semblables aux leurs en figure et en linéaments ; …

Or, comme l’homme se distingue par quelque chose de très remarquable qu’il y a en lui et qui n’est dans aucun des êtres au-dessous de la sphère de la lune, c’est-à-dire par la compréhension intellectuelle, pour laquelle on n’emploie ni sens, ni mains, ni bras, (celle-ci) a été comparée à la compréhension divine, qui ne se fait pas au moyen d’un instrument ; bien que la ressemblance n’existe pas en réalité, mais seulement au premier abord. Et pour cette chose, je veux dire à cause de l’intellect divin qui se joint à l’homme, il a été dit de celui-ci qu’il était (fait) à l’image de Dieu et à sa ressemblance, (et cela ne veut dire) nullement que Dieu le Très-Haut soit un corps ayant une figure quelconque » (Guide des égarés, Chapitre 1)

Au 13ème siècle, les juifs de France étaient dispersés et acculturés. Au point qu’ils « pouvaient chanter un poème dénonçant les méfaits des chrétiens qui les persécutaient, sur l’air d’une chanson d’amour chrétienne » [2]

La multiplication des images de pierre et de verre naît à l’époque dans un monde sans images par rapport au notre. Elle devait sembler bien étrange pour un juif vivant à l’ombre de la cathédrale qui voyait chaque matin arriver des nouvelles sculptures sous les vivas de la foule. Cette « incarnation de pierre » se heurtait directement à tout le mouvement de la Bible qui va vers l’immatériel. Un sanctuaire non plus dans l’espace (le Temple) mais dans le temps (le Chabbat). On était revenu à Babylone ! Et le roi bénissait l’opération ! Les rabbins de Languedoc sont abbasourdis.

A Paris, juste sous la Rose (rosace) qui symbolise le ciel, les 28 statues des rois de Judas accueillaient le pèlerin… installées depuis 1210 elle sont un programme politique pour « Saint Louis » sacré à Reims à 12 ans en 1226 qui régnera pendant 43 ans jusqu’en 1270. Son idée est qu’il est le bras droit séculier de cet Eglise qui lui fournit sa théologie du pouvoir.

Statues de rois de Juda, Cathédrale de Paris

A l’instar des rois de Juda, les juifs morts et en pierre sont vénérés à la mesure où les juifs vivants sont détestés, eux qui sont aveugles à la révélation chrétienne et à ses temples spectaculaires. Un phénomène un peu semblable à l’âge moderne où une commune adoration de la Shoah et des juifs morts semble se conjuguer avec la concomitante détestation des juifs vivants et bien sûr de l’Etat d’Israël qui les représenterait tous.

Vue du côté du bon peuple chrétien et de ses dirigeants le refus des juifs de ‘passer la porte’ si bien sculptée était incompréhensible. Si l’évangile accomplissait la Loi au point que les chrétiens puissent se réapproprier les Écritures juives… les juifs se devaient d’entrer dans l’édifice ! Mais les tossafistes critiquent le fait d’entendre des chants chrétiens et la Halakha interdit à un juif de participer à un culte chrétien.

Au milieu du XIIIème siècle la dévotion eucharistique est en pleine explosion, le Rabbi Meïr bar Shimon s’en offusque dans le Milhemet Mitsva (L’obligation de la guerre) :

 » Ils disent que le pain, qui est le travail de leurs mains dans le pétrissage et la cuisson et le reste des actions [nécessaires], est l’incarnation corporelle de son cœur et que le vin, qui est foulé par les humains, est l’incarnation corporelle de son sang, à la suite des paroles prononcées sur eux … Ils mangent ce pain, qu’ils disent être devenu son coeur, à la suite des mots prononcés par la personne qu’ils appellent un prêtre. Comment peuvent-ils se comporter de cette manière dégradante ? Qui a jamais entendu parler de une telle chose ou qui a déjà vu de telles choses ? Que de nombreux hommes et femmes [ensemble] mangent le corps de leur divinité ? « 

Ce genre de polémique en hébreu et à usage interne de la communauté tomba forcément dans l’oreille des chrétiens via les transfuges de la communauté convertis au christianisme.

Les rabbins voient l’idolâtrie ambiante du peuple. Ils sont loin de la « controverse eucharistique » entre Bérenger de Tours et Lanfranc de Pavie (XIème sicèle) qui agite encore les théologiens de l’Université de Paris à l’époque sous de nouvelles catégories aristotélicienne pour comprendre ce que signifie la « réalité » de l’eucharistie, un « symbole signifiant » un « signe » au sens moderne du terme ou une réalité physique ? Un Thomas d’Aquin par exemple affirme dans la Somme Théologique qu’une souris ou un musulman qui a mangé une hostie consacrée n’a pas communié. Les nobles, eux, peu éduqués communient à l’idolatrie de masse d’une société envahie par les images.

Faire entrer les juifs dans la liturgie et la société chrétienne : le pieux Louis IX, serviteur de l’Eglise, s’attelle à cette tâche avec ardeur.

Dans le roman national, Louis IX de France alias « Saint Louis », est l’archétype du roi sage et pieux rendant la justice sous son chêne de Vincennes, le chevalier qui se croise, finance les cathédrales, acquiert la Sainte Couronne, meurt à Tunis pendant la huitième croisade en soignant les lépreux. Hors Louis IX n’a construit que la Sainte Chapelle, ses croisades ont été un échec et il n’a été que le bras armé de l’Eglise dans le « contrat » que les rois établissaient avec elle avant la monarchie absolue d’une époque postérieure … Vu du côté juif, Louis IX n’aura de cesse de marginaliser, spolier les biens, exploiter asphyxier économiquement, bref : persécuter ces juifs qu’il voit comme des usuriers et des hérétiques.

On a un peu de mal à comprendre comment « Saint Louis » s’est entouré du fidèle Joinville, qui a pris part à la première croisade, virulent judéophobe et de plus en plus de juifs convertis au Christianisme qui n’auront de cesse de lui souffler des mesures antijuives jusqu’au port de la rouelle mis en oeuvre la veille de sa mort. Tout cela est directement du à la « théologie de la substitution » pour laquelle les chrétiens ont remplacé les juifs et ne peuvent coexister avec eux (contrairement à ce que dit Paul de Tarse !). Un bon juif est un chrétien en attente… une « question gênante » à résoudre.

les rabbins de l’époque sont vus comme des intellectuels insidieux qui risquent de convaincre les chrétiens. Joinville écrit dans ses Chroniques :

« Il y eut [à une date non précisée] un grand débat entre des clercs et des juifs en l’église de Cluny. Se trouvait là un vieux chevalier […], il demanda à l’abbé de lui laisser entamer la discussion et on le lui accorda avec difficulté. Et alors il se leva et prit appui sur sa béquille et dit que l’on fasse venir le plus grand savant et le plus grand docteur des juifs […]. Et il posa au juif la question suivante : “Maître […] je vous demande si vous croyez que la vierge Marie qui porta Dieu dans ses flancs et dans ses bras, demeura vierge en donnant naissance à son enfant et qu’elle soit mère de Dieu”. Et le juif répondit qu’il ne croyait rien de tout cela. […] Et alors il leva sa béquille et frappa le juif près de l’oreille et le jeta à terre. Et les juifs prirent la fuite et emportèrent leur docteur tout blessé ; et ainsi le débat en resta là. »

Donc non seulement il ne faut pas débattre, mais occire l’hérétique qui n’est pas d’accord est un devoir que Joinville met dans le bouche de Louis IX lui-même :

« Aussi vous dis-je, fit le roi, que personne, à moins d’être très savant, ne doit discuter avec eux (les juifs). Mais le laïc, quand il entend mal parler de la loi chrétienne, ne doit pas la défendre autrement qu’avec l’épée, dont il doit donner dans le ventre aussi loin qu’elle peut entrer »

On pourra toujours objecter que ces chroniques sont anachroniques. Qu’elles ont été écrite des années plus tard alors que Louis IX devient « Saint-Louis » lors de son procès de canonisation et qu’elles reflètent plus l’antijudaisme de leurs auteurs que celui de « Saint Louis qui n’a jamais expulsé les juifs », que les juifs des cathédrales et des manuscrits sont le fait de l’église et de ses clercs et pas du roi. Il n’en reste pas moins que le dossier documentaire des manuscrits et chroniques tout autant qu »artistique et archéologique reflète l’état d’esprit d’une époque et un d’un antijudaisme chrétien qui va se développer jusqu’à.. Vatican II.

La disputatio de Paris et le brûlement du Talmud

En 1236 Nicolas de Rupella dit Nicolas Donin, de la Rochelle, un élève de l’académie de Talmud de Yehiel de Paris qui en a été excommunié avant de devenir franciscain se rend auprès du Pape Grégoire IX pour l’informer du scandale que constitue le Talmud.
Il lui soumet un dossier contenant trente-cinq accusations contre le Talmud.

En 1236 Nicolas de Rupella dit Nicolas Donin, de la Rochelle, un élève de l’académie de Talmud de Yehiel de Paris qui en a été excommunié avant de devenir franciscain se rend auprès du Pape Grégoire IX pour l’informer du scandale que constitue le Talmud.
Il lui soumet un dossier contenant trente-cinq accusations contre le Talmud.

Grégoire IX prend l’affaire très au sérieux publie une bulle en 1239 qui demande aux rois de France, d’Angleterre, de Castille et d’Aragon d’instruire l’enquête. Seul Louis IX obéit et ordonne aux évêques de confisquer tous les talmuds de son Royaume, un ordre exécuté le premier Chabbat de mars 1240.

L’Eglise, astucieuse, accuse donc non pas les juifs de leur présence ou leurs Écritures… communes au christianisme… mais l’interprétation de celles-ci par la Torah orale multimillénaire des juifs, le Talmud censé contenir de nombreux blasphèmes à l’égard de Jésus, Marie et du christianisme… alors qu’il s’en désintéresse complètement !

En réalité, alors que les moines du XIème siècle consultaient les rabbins pour mieux connaitre le texte de la Bible et son exégèse juive, le XIIIème siècle est passé à un discours polémique puis d’exclusion réciproque dans les deux communautés (voir ici et ici en open source) . Les juifs pour se protéger du prosélytisme agressif des chrétiens; les chrétiens au moment où se renforce l’identité d’un projet de « société chrétienne ». Le Sefer Nizzahon Yashan « Le (vieux) livre de la victoire » en Allemagne une anthologie apologétique de défense du judaïsme est édité au XIIIè siècle dont Calvin discutera les thèses qu’il prenaient très au sérieux.

En 1240, une grande disputation est organisée en présence de Louis IX. Les Rabbins Yehiel de Paris, Moïse de Coucy et Juda Ben David, doivent affronter les Chrétiens Nicolas Donin, et Eudes de Chateauroux, chancelier de la Sorbonne.

Evidemment cette disputatio theologica dont l’enjeu était purement politique n’aboutit à rien d’autre qu’à affirmer le pouvoir royal et celui de l’Eglise. Le tribunal, juge en 1240 que le Talmud est un livre infâme et qu’il doit être brûlé selon les recommandations de Grégoire IX. Vingt-quatre charretées du Talmud furent donc brûlées sur la place de Grève le 20 juin 1242, le 13 du mois de Tamouz.

En 1244 Eudes de Tusculum qui refuse d’entendre les arguments des juifs organise un second autodafé.

Enfin, en 1248, le pape prononce une sentence « définitive » de condamnation du Talmud, adressée notamment à Louis IX, qui signifie ni plus ni moins que l’interdiction du judaïsme.

En 1254 une Grande Ordonnance du roi édicte :

« Nous faisons observer strictement une autre ordonnance à propos des juifs qui est : que les juifs cessent les usures, les blasphèmes et les sortilèges. Et que le Talmud, comme les autres livres qui contiennent des blasphèmes, soient brûlés. »


Pedro Berruguete, Dominique et les Albigeois

Meïr ben Baroukh de Rothenburg (v. 1215 – 2 mai 1293) surnommé le Maharam (Morenou HaRav Meïr) considéré comme le plus grand talmudiste de son époque, assista à cette disputatio et aux flammes de la place de grève. Dans la kina (lamentation) Sha’ali seroufa vaèsh il compare cet évènement à la destruction du Temple. L’élégie figure dans le rituel de Ticha Be Av :

« Intercédez, ô vous, consumés par le feu, pour la vie de ceux qui portent votre deuil… ».

En réaction à cette disputatio, Moïse ben Jacob de Coucy  va écrire le Sefer Hamitsvot Hagadol (SEMAG), l’un des plus anciens codes de loi juive dans lequel il commente les 613 mitsvot, en référence à la tradition talmudique et aux décisions rabbiniques.

Les coups de boutoir réguliers portés aux juifs sous « Saint-Louis » et l’hostilité grandissante de l’Eglise, leur liquidation économique par la taxation et les extorsions royales, puis la destruction de leur tradition orale par le feu, vont conduire à leur expulsion de France en 1306 sur ordre de Philippe le Bel et à l’extinction de la communauté juive française médiévale.

Comme l’a montré Jacques le Goff dans son ouvrage Saint Louis :

« Ces conceptions et cette pratique, cette politique antijuive, ont fait le lit de l’antisémitisme ultérieur. Saint Louis est un jalon sur la route de l’antisémitisme chrétien, occidental et français »[3]


L’hystérie collective médiévale

Entre le XIème et le XIIIème siècle les juifs de France, vont passer de la liberté à la servitude sous l’influence d’une doctrine théologique qui les tolère mais prêche leur humiliation.

La bascule du milieu du XIIIème siècle est un point d’inflexion dans une persécution médiévale des juifs largement entamée dés la fin du XIème siècle avec la première croisade.


Exécution d’Hébreux (reconnaissables à leur chapeau pointu) lors de la Première croisade, illustration d’une Bible française, 1250

La première croisade en 1095 a lancé la folie antijuive médiévale dont le climax ultime sera la Shoah. La populace déchaînée avait massacré les juifs qui avaient refusé le baptême : 800 morts à Worms. À Regensburg (Ratisbogne, Allemagne), les juifs sont jetés dans le Danube, pour y être «baptisés». En 1096 des bandes armées de croisés organisent des pogroms à Rouen , Mayence, Cologne, Bacharach et Wurtzbourg, Strasbourg et Aschaffenbourg, Magdebourg, des milliers de juifs sont assassinés et leurs biens spoliés . Le prêtre Volkmar massacre en saxe puis à Prague, en Bohême, à Mayence, à Cologne en Hongrie. Pourquoi voyager loin pour tuer les Sarrasins puisque les juifs qui ont assassiné le Christ sont là sous la main ? se demandent les barons. Les « croisés » dévastent la Rhénanie, la Hongrie sans poursuites des juridictions locales avant de s’attaquer au paysans pour les soulever et d’être tués.

En 1146, au départ de la deuxième croisade, Bernard de Clairvaux avait dut intervenir en personne, à la demande des évêques débordés, pour calmer la foule.

Selon le mot de Bernard de Clairvaux :

« Les Juifs ne doivent point être persécutés, ni mis à mort, ni même bannis. Interrogez ceux qui connaissent la divine Écriture. Qu’y lit-on de prophétisé dans le Psaume, au sujet des Juifs. Dieu, dit l’Église, m’a donné une leçon au sujet de mes ennemis : « ne les tuez pas, de crainte que mes peuples ne m’oublient » . Ils sont pour nous des traits vivants qui nous représentent la passion du Seigneur. C’est pour cela qu’ils ont été dispersés dans tous les pays, afin qu’en subissant le juste châtiment d’un si grand forfait, ils servent de témoignage à notre rédemption»

En 1189, lors du couronnement et du départ à la croisade de Richard Cœur de Lion, on massacre les juifs de Londres, King’s Lynn, Bury Saint Edmunds et Lincoln

En 1190, la communauté d’York préfère le suicide collectif à l’abjuration de sa foi.

La théologie, les sculptures aux portails des cathédrales, les chroniques de l’époque, les responsa et témoignages des rabbins racontent cette lente descente aux enfers. Les sorcières, les juifs, les hérétiques, les lépruex… deviennent les bouc émissaires d’une chrétienté qui se normalise et exclu des bouc émissaires. Toute une « iconographie malsaine » – comme l’a appelée Georges Duby voit le juif comme diabolique, aux doigts crochus, en porc, avec des mamelles ou un sexe saillant, un paria abhorée par la société chrétienne, de plus en plus déshumanisé et sans consistance humaine.

Assez curieusement c’est d’Allemagne où vivent les grandes communauté Rhénanes à Mayence, Worms, Cologne… et d’Alsace que viennent les représentations les plus judéophobes qui vont aller en s’amplifiant. La Provence semble plus tolérante sinon épargnée.

En 1250, le théologien Thomas de Cantim (1201 à 1272) reprend à son compte la rumeur des crimes rituels commis par les juifs qui prétend que le sang des enfants chrétiens servait aux Juifs pour ses propriétés curatives.  Cette accusation des juifs enleveurs d’enfants sera régulièrement reprise pour justifier les massacres de juifs. Elle déborde des manuscrits des XIII-XVèmes siècles.

Source : Beranrd Blumenkranz, Le Juif médiéval an miroir de l’art chrétien. Paris, 1966.

En 1290, Jonathas, un fripier du clos des Billettes (quartier du marais), est brûlé en place de Grève pour avoir soi-disant profané une hostie consacrée.

L’usurier aveugle et entêté par le diable est devenu profanateur et assassin d’enfant, et bientôt empoisonneur de puits et semeur de la peste (XIV-XV ème siècle). Tous les poncifs antijuifs médiévaux auront longue postérité.

Le brûlement du Talmud conduira bientôt des juifs aux bûchers, pour soi-disant profanation d’hostie en 1388. L’inquisition espagnole reprendra la méthode aux XIVe-XVIIIème siècles. Puis les nazis reprendront méthodiquement toutes les méthodes antijuives passées en y ajoutant la race (antisémitisme) et la raison d’Etat, dont l’extermination par le feu, des livres et des juifs.

Des Juifs brûlés vifs pour profanation présumée d’hostie à Deggendorf, en Bavière, en 1338 et à Sternberg, Mecklembourg, 1492
gravure sur bois de la chronique de Nuremberg (1493).

Auteur : Didier Long, Ancien moine bénédictin de 1985 à 1995 à l’Abbaye de la Pierre-Qui-Vire (frère marc), était Directeur éditorial des Editions Zodiaque (art roman et gothique). Converti au judaïsme, il est devenu Meïr Long.


[1] Le projet d’Amiens sera lancé 8 ans plus tard alors que Reims commencée en 1210 sera achevée en 1250. Les cathédrales de Normandie sont achevées (Lisieux, Bayeux), ou en construction (Coutance, Le Mans) et celles de Bourgogne au milieu de leur construction.

[2] Voir : Paul Salmona et Juliette Sibon (dir.), Saint Louis et les juifs. Politique et idéologie sous le règne de Louis IX, Paris, Éditions du patrimoine, MAHJ, 2015. Colette Sira p. 52.

[3] Jacques Le Goff, Saint Louis, Gallimard, Folio, 1996, pg. 184

9 commentaires sur « Le brûlement du Talmud à Paris en 1242 »

  1. Je reste toujours abasourdi lorsque je lis et pense à toute cette haine.
    Que l Éternel bénisse et protège Israël en ces temps ci où l enemi tente à nouveau de détruire ce qui n est Qu’ Amour.
    Ram Israël Haim !

  2. Que nous puissions ouvrir nos yeux spirituels pour comprendre notre époque actuel . Le temps du pardon de la réconciliation avec notre frère aîné le peuple juif sur lequel l’église à été greffée.
    Que l’incendie de notre dame nous permette de comprendre que la haine du peuple juif par l’église est terminée. Dieu nous appelle à nous repentir et reconnaître notre héritage à travers le talmud

  3. Ce temps est révolu dans l’église catholique, mais pas hélas par tous les chrétiens. On ne refait pas l’histoire, mais celle-ci doit nous apprendre à nous regarder avec compassion, car elle est inscrit dans notre mémoire collective. Depuis plusieurs années je lis l’évangile à la lumière de la Thora est vraiment c’est un épanouissement .

  4. Les premiers chrétiens étaient tous juifs, ainsi que Jésus. Je m’étonne toujours de lire que « tout est la faute de Judas ». Aussi, le protestantisme pense au contraire, que Juda a accompli les écritures. Qu’il devait y avoir un traitre, et que c’est tombé sur lui.

    J’ai lu avec intérêt votre article. Savez-vous que les chrétiens-protestants étaient persécutés à ces mêmes époques, leur écrit brûlé, (et parfois eux avec). J’ai volontairement écrit chrétien.

    Je me permets de vous transmettre l’article en question. Ce qui est dit par l’inquisiteur en début d’article mérite une lecture très attentive.

    https://bereenne.wordpress.com/2017/01/01/les-vaudois-et-les-cathares/

    Shalom

  5. merci pour cette page d’histoire, j’aimerai avoir l’avis de Jésus s’il voit ce qu’on à fait de lui a prés sa mort

  6. Bonjour cher Monsieur,

    Désolé, c’est moins un commentaire qu’une question pratique mais je n’ai pas trouvé d’autre possibilité sur votre site pour vous écrire.

    Je suis heureux d’avoir découvert votre site avant-hier – en cherchant des informations sur « le procès du Talmud « de 1242, et plus encore de savoir que vous existez, au regard en particulier de la singularité et de la richesse de votre parcours spirituel qui vous a conduit au judaïsme.

    J’en profite pour vous saluer d’autant plus chaleureusement que j’habite à Auxerre et donc non loin de cette abbaye de la Pierre qui vire que je connais évidemment.

    J’ai une interrogation pratique à laquelle vous saurez sans doute répondre : dans votre article vous associez la date du 20 juin 1242 au 13 Tamouz (5002) que j’ai également trouvé sur le site juif chiourim http://www.chiourim.com/commemoration-brulement-du-talmud-a-paris10903-html avec cette précision : « 20 juin 1242, 13 Tamouz (non 20 Tamouz 5002) »

    Or, pour obtenir des correspondances de date, j’utilise habituellement le logiciel calendes « calendrier perpétuel » qui me semble fiable et qui est d’ailleurs recommandé par le site 01.net qu’il me semble que vous avez fondé et dirigé !

    Pourtant avec ce logiciel à la date du 20 juin 1242 correspond le 20 Tammouz 5002 !.

    Qui donc a raison ?
    Où est l’erreur ?
    Et si ce logiciel calendes est erroné, lequel me recommandez-vous? spécialement pour une correspondance avec le calendrier juif ? Lequel utilisez-vous vous-même ?

    Dans l’espoir que vous trouverez quelques instants pour me répondre…

    Je vous adresse une mention toute spéciale assortie de mes remerciements pour la richesse iconographique qui agrémente vos articles. Votre passage à la tête des éditions Zodiaque doit y être pour quelque chose…

    Au plaisir de vous lire

    Bien cordialement.

    Alain Beauregard

  7. « Le brûlement du Talmud conduira bientôt des juifs aux bûchers, pour soi-disant profanation d’hostie en 1388. »

    Cet acte de nos jours nous semble horrible mais c’est exactement ce que les écrits demandent pour les cultes étrangers.
    Je ne pense pas qu’au temps des rois d’israël les cultes étrangers étaient bien reçu… dans le livres de juges Gédeon n’autait-il pas détruit l’autel de Baal ? Josué n’a t-il pas détruit touts les lieux sacrée en entrant dans la terre de Canaan en plus des habitants ?

    Un esclave cananéen n’était-il pas obligé d’appliqué Les lois du ger tsovah rien que pour rester en vie?
    Pourquoi un est admis et l’autre non?

    1. 1/ Les juifs n’ont jamais « profané des hosties », c’est une pure invention antisémite médiévale…
      2/ Quant à trouver dans la Torah une justification du meurtre de non-juifs c’est une lecture littérale de l’Ecriture que la tradition juive n’a jamais faite et qui lui est contraire. Il est interdit de tuer. C’est un commandement. Point.
      3/ L’amour du guer est un commandement de la Torah (Lv. 19, 34). Il est permis au guer de présenter des sacrifices, et s’il est circoncis, il peut offrir le sacrifice de Pessah (Ex. 12, 48). Les guérim n’étaient pas considérés comme des esclaves comme vous le dites et pouvaient accéder à la propriété d’une terre (Gn 23, 4). La glanure de la moisson leur était réservée, ainsi qu’aux pauvres (Lv. 19, 10 ; ibid. 23, 22 ; Dt. 24, 19). Il semble que les guérim habitaient sur la propriété où ils travaillaient (Lv. 25, 23 ; II Sam. 15, 19). Le guer devait bénéficier d’une attention et d’une protection particulières, comme en témoignent les nombreuses recommandations concernant l’interdiction de l’exploiter ou de l’opprimer, ainsi que les avertissements relatifs aux fautes commises à son égard (Ex. 22, 20 ; Lv. 19, 33-34 ; Dt. 24, 14). Le prophète Ezéchiel (Ez. 47, 22) ordonne d’accorder aux guérim leur part de terre en héritage parmi les tribus d’Israël.
      Qui parle de « tuer des guerim » chère Yohannah ?

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