D-ieu et la vie dans les proverbes corses

Flag_of_Corsica.svgI nostri pruverbi so santi è ghusti. « Nos proverbes sont saints et exacts » dit la tradition orale corse qui se perd dans la nuit des temps. Dans la Corse traditionnelle chaque moment de la vie avait son proverbe. I proverbi dice sempre a verita perchje non manca quasi mai il suo opposto, « Le proverbe dit toujours la vérité car presque jamais ne lui manque son opposé ». Les proverbes de la tradition orale renferment l’âme corse.

« Dans la conduite de leur vie, les corses sont guidés par l’idée que ce qu’ils voient, le domaine du visible, est doublé par une face invisible, mystérieuse, mais déterminante… Cette croyance sous-entend la sagesse populaire telle que nous la trouvons dans les proverbes : leur forme imagée n’est pas un artifice de style, elle correspond à une vision de l’ordre des choses qui voit dans le visible, l’expression et le reflet de l’invisible, de l’essentiel et du spirituel… La religion assure la protection de tous les instants. On ne fait aucun projet d’avenir sans ajouter « si diu vole ». Les paysans, les bergers font bénir les champs, les maisons, les troupeaux. » (voir ici  )

Les expressions : « Que Dieu te garde » ou « que Dieu te bénisse », sont courantes en Corse. La secode vise souvent à ne pas éveiller la jalousie sur un bébé par exemple, et le « mauvais oeil » (Ocjhu) une croyance courante dans notre île  – voir ici . La nuit est liée aux morts et à la mort en Corse. On dit « Le seigneur l’a cousu de nuit » pour dire qu’une chose est bancale, mal créée comme si D-ieu était une couturière qui avait créé la nuit. Voici quelques proverbes Corses que j’ai souvent entendus de toutes celles et ceux qui m’ont précédé. Que leur souvenir vous soit une bénédiction.

A’ chi un teme a Diu un’ teme a nisunnu
Celui qui ne craint pas D-ieu ne craint personne.

Ronchi samirini un còddani in celi.
Les braiments des ânes ne montent pas au Ciel.

Aghji fedi E Diu pruvvèdi.
Aies la foi, et D-ieu pourvoira à tes besoins
(Ce mot « pourvoir »doit venir d’Abraham en Gn 22, 8 et 28 : « D-ieu pourvoira mon fils »)

Ind’ eddu un ci n’hè, Diu purveddi.
Là où il n’y a pas d’argent, D-ieu pourvoit.

Ciò chi hè scrittu in celi segui in terra.
Ce qui écrit au ciel, advient sur Terre.

Un trema una foglia Chi Diu nun voglia.
Aucune feuille ne tremble, sans que D-ieu ne l’ait voulu.

La voix de D-ieu et celle du peuple sont deux

U mondu hè fattu à scala A chi codda e à chi fala.
Le monde est comme une échelle : les uns montent, et les autres descendent. Lire la suite de « D-ieu et la vie dans les proverbes corses »

Institute for sefardi and anousim studies de Netanya : Mémoire juive de la Corse

Capture

Tsav : Guérir de sa culpabilité

On trouvera ici la derasha du Rabbin Haïm Harboun ce Chabbat et quelques compléments tirés de mon étude.

Maïmonide dit : « Qu’est-ce qui a permis à Israël de continuer de vivre après le séjour au désert ? Les korbanot (les sacrifices du Temples selon un mot qui signifie « s’approcher »). Pour comprendre en quoi consistait le service du Temple de Jérusalem et de ses sacrifices nous devons en réalité comprendre comment fonctionne la psyché humaine. Car le Temple de Jérusalem était en réalité non pas seulement un lieu de culte mais de guérison profonde de ceux qui venaient offrir un sacrifice devant le prêtre, sorte de médecin des âmes bien avant l’heure.

temple-in-israel

La puissance de la culpabilité : serial killers, kamikazes et autres « prophètes »…

Un péché ne survient jamais seul, celui qui a tué par exemple ou menti ou volé –et le judaïsme considère cela comme possible, il n’est pas un idéalisme angélique !  Celui  qui a fait cela n’est pas indemne de son acte. Le fait de vouloir l’oublier ne résout rien. Car ce souvenir insupportable s’enfouit dans la profondeur du psychisme et c’est à ce moment qu’il devient actif à l’insu de son auteur. Il s’est seulement transformé en culpabilité refoulée qui agit dans le sujet à son insu toujours prête à passer à l’action.  La culpabilité fragilise la personne et la rend vulnérable à toutes les addictions ou aux manipulations venues de l’extérieur. Elle fragilise l’estime de soi et la reconnaissance narcissique, mais, même si elle s’efface pour au niveau conscient, elle ne disparaît pas.

Qu’on ne se méprenne pas, toute culpabilité n’est pas négative. Bien au contraire, le « sentiment de culpabilité » est bon. Cette petite voix qui me parle à l’oreille et me rappelle la Torah de mes parents apprise pendant l’enfance et qui me dit : « ce que tu as fait là ce n’est pas bien, répare ! »… est à la base de toute morale. Le fait de ne pas éprouver de culpabilité après un crime ou de ne  pas ressentir d’affect devant la souffrance infligée à autrui est pathologique. Ce qui est mauvais c’est la culpabilité comme refoulement de la faute qui va désormais fragiliser la personne en profondeur la rendant vulnérable à toutes les sollicitations de son désir sans qu’elle puisse y résister, abdiquant sa liberté à ce mentor caché et renonçant finalement au bonheur pour céder à toutes les addictions.

Le refoulement de la culpabilité, la mémoire des traumas est structurante pour la formation de la personnalité psychique. Elle commence très tôt. C’est pour cela qu’un enfant frappé ou abusé dans l’enfance peut devenir un père violent ou violeur plus facilement, qu’un enfant dont on a annihilé la personnalité puis qui a piétiné toute humanité dans la guerre, devient facilement manipulable et va se transformer comme « naturellement » en kamikaze. Par ce coup de force la personne  complètement anéantie se donne l’illusion dans un acte désespéré et vain d’exister enfin, alors qu’elle confond la mort et la vie. Elle croit enfin accéder à sa liberté au moment même où elle l’anéantit. « Je ne suis rien…mais demain tout le monde connaîtra mon nom… ». C’est ce qui explique pourquoi son passage à l’acte de décompensation semble normal à ce sujet. Il passe à l’acte au nom d’un dieu qui n’est autre que sa petite personne anéantie et manipulée soudain survalorisée de manière illusoire dans le suicide, le meurtre de masse et son amplification médiatique. Ce refoulé qui agit en lui à son insu et que manipulent des personnes en Syrie ou ailleurs (il ne faut pas minimiser la structuration en système social de ce nouveau totalitarisme qui prétend régner sur tous les esprits !), explique que cet acte horrible semble « naturel » à ces gens-là et attire de nouveaux candidats au moment même où, la civilisation humaine est sidérée par cette barbarie infra humaine.

C’est ce qui explique que les serial killers sont « les plus discrets voisins du monde »… «  On n’entendait jamais parler de lui… », «  Un élève normal, on ne le voyait pas… »… et c’est bien cela le problème. On a affaire à des gens inexistants en réalité, effacés, détruits dans l’estime d’eux-mêmes et qui apparaissent comme socialement parfaitement intégrés alors que ce sont des bombes à retardement de culpabilité. Ceci se joint à des problèmes sociaux plus complexes. Dans le monde arabo-musulman où j’ai vécu la femme est dévalorisée ou survalorisée (ce qui revient au même), le père absent. Comme la structuration psychique se fait dans un premier temps pas imitation de la mère l’enfant peut alors facilement être « néantisé ». l’absence des pères ajoute à ce déficit de structuration symbolique. Le déracinement social fait le reste.

Lire la suite de « Tsav : Guérir de sa culpabilité »

Joyeux Pourim ! Hag Pourim Sameah !

A Pourim on lit la Meguila d’Esther et on se déguise. Chacun agite sa crécelle quand est prononçé le nom d’Haman de sinistre mémoire. Tout le destin juif est là. Et le prince Nazi que son nom soit effacé est un sinistre bis répétita. Aman dit en effet :

 » Il y a dans toutes les provinces de ton royaume un peuple dispersé et à part parmi les peuples, ayant des lois différentes de celles de tous les peuples et n’observant point les lois du roi. Il n’est pas dans l’intérêt du roi de le laisser en repos. Si le roi le trouve bon, qu’on écrive l’ordre de les faire périr « 

Et le sort (pour) va se retourner contre lui. Un conte oriental plein de rêve : La Reine Vashti exposée comme objet érotique, la colère du roi, le roi pris de désir, Mardochée et la belle Esther, Haman le Grand Vizir orgueilleux, le roi indifférant au sort de ses sujets, la panique chez les juifs,  le roi insomniaque et la mémoire, le festin du dévoilement, Mardochée le juif conseiller du prince, la joie et le festin pour les juifs, le cauchemar qui se transforme en festin de fête, la fête instituée dans le temps à venir… tout semble résumé il y a 1500 ans et sans que le nom de l’Éternel soit prononcé une seul fois dans le rouleau d’Esther.

Le midrach dit que le nom d’« Esther » est dérivé de Sater, « caché » en hébreu . La Méguila nous qu’ Hadassah c’est Esther. Hadassah :  la « myrte » en hébreu. Le nom de D. n’est pas mentionné dans ce texte. De cette étymologie « caché » Esther est devenue la figure des marranes, des juifs cachés.

Goûtez ce texte :

C’était du temps d’Assuérus, de cet Assuérus qui régnait depuis l’Inde jusqu’en Éthiopie sur cent vingt-sept provinces ; et le roi Assuérus était alors assis sur son trône royal à Suse, dans la capitale.
La troisième année de son règne, il fit un festin à tous ses princes et à ses serviteurs ; les commandants de l’armée des Perses et des Mèdes, les grands et les chefs des provinces furent réunis en sa présence. Il montra la splendide richesse de son royaume et l’éclatante magnificence de sa grandeur pendant nombre de jours, pendant cent quatre-vingts jours.
Lorsque ces jours furent écoulés, le roi fit pour tout le peuple qui se trouvait à Suse, la capitale, depuis le plus grand jusqu’au plus petit, un festin qui dura sept jours, dans la cour du jardin de la maison royale.
Des tentures blanches, vertes et bleues, étaient attachées par des cordons de byssus et de pourpre à des anneaux d’argent et à des colonnes de marbre. Des lits d’or et d’argent reposaient sur un pavé de porphyre, de marbre, de nacre et de pierres noires. On servait à boire dans des vases d’or, de différentes espèces, et il y avait abondance de vin royal, grâce à la libéralité du roi. Mais on ne forçait personne à boire, car le roi avait ordonné à tous les gens de sa maison de se conformer à la volonté de chacun.

La reine Vasthi fit aussi un festin pour les femmes dans la maison royale du roi Assuérus…

IMG-20160323-WA0037

Pourim : les anoussim de Corse et le secret des femmes

Mon arrière-grand mère maternelle venaient de Benchiugnu en Corse ( à quelques kilomètres à l’est de Porto Vecchio). Benchiugnu ou Venciugiu (B et V comme en hébreu se confondent) signifie en langue corse  « nous sommes arrivés au bon endroit ». Voici son unique photo car pour toute cette lignée de femme comme pour beaucoup de Corse de l’époque et c’est viscéral, les photos de visages étaient interdites et ces femmes ne sortaient que les cheveux couverts… du coup je n’ai que des photos floues et en colère de ma mère et de ma grand-mère, ou des photos de leurs papiers d’identité tamponnés « préfecture » …

DSCF3776

 

L’étymologie du nom branca (« branche » en langue corse, « blanc » en portugais) vient de BRANCO-BRANCA qui est un nom marrane connu du Portugal, ceux qui viennent de la région de Castelo Branco au Portugal : Belmonte, Covilhã, Fundão, Idanha, Penamacor, etc.)

DSCF3750

Ma grand-mère, sa fille, mariée à un Valli de Muratello est restée elle aussi veuve très jeune (la tradition interdisait de se remarier pour une veuve en Corse).

Elle a acheté un appartement dans la rue du Castagno à Bastia où se trouve la seule synagogue de Corse. « Le poisson retourne toujours vers l’eau… »  Elle disait : « c’est par les mérites de ma mère que  D. ne nous a pas abandonnées « 

BeitMeir

Ces femmes disaient aussi : « Tu ne peux pas acheter une maison qui n’est pas à toi. on ne sait jamais il peut y avoir eu un mort ». « N’outrepasse pas ton droit de vendetta (vengeance). D. te voit » Elles vivaient ensemble avec leurs deux filles Pupilles de la Nation, dont ma mère, offraient des cédrats à l’automne et signaient toute leurs lettres en terminant par « Que D.ieu te donne la victoire sur tous tes ennemis. » Le « zakhor eth acher assa lékha Amalek (souviens-toi de ce qu’Amalek t’a fait) » est un mistva en Corse.

Guy et Benny Sabbagh les petits fils du rabbin Méir Tolédano, le rabbin de la synagogue de Bastia pendant 50 ans m’ont contacté cette année en la Hiloula de Rabbi Méir suite à la Publication de mon livre « Des Noces éternelles un moine à la synagogue ».

Je les ai rencontrés. Benny et Guy sont venus me voir avec la meguila d’Esther de leur grand père, le Rav Méir Toledano (ici leur histoire) gravée à son nom (photo) et surmontée de la colombe (yona) l’oiseau fétiche de la Corse, Colomba, le nom de la cousine de ma grand-mère. La reine Esther qu’on fête à Pourim ce mercredi soir est la protectrice des anoussim, (forcés en hébreu, marranes) son nom signifie « cachée » en hébreu, ce que sont les marranes.

20150519_194217

Le lendemain même, par un hasard que je ne m’explique pas, Martine Yana du Centre Edmond Fleg de Marseille accompagnée de Rabbin Harboun m’a appelé en me disant qu’elle avait toute la documentation de l’Alliance sur les juifs de Corse en 1915…. que m’avaient montré Guy et Benny la veille…

Une exposition est en préparation à Marseille avec le centre Edmond Fleg,elle devait avoir lieu en mars et a été reportée par la Région au mois de septembre. Nous aimerions la faire à Bastia cet été.

Affiche Refugie Juif  bass

J’ai écrit tout cela dans « Mémoires juives de Corse » qui raconte notre histoire et paraîtra dans un mois le 22 avril veille de Pessah. J’y fournis toutes les preuves documentaires de ce que j’avance ici.

Trois jours avant, le 19 avril au soir avant Pessah je ferai une conférence à Jérusalem dans le cadre de l’association Schibboleth et le soir à Netanya sur les juifs de Corse avec L’institute for Sefardi and Anoussim studies.

Anoussim

Mon cas n’a rien d’exceptionnel. Nous sommes des millions de par le monde, et « D. Lui n’oublie rien ». Voilà ce que disaient la Torah de ces femmes.

Ibn Verga, dans le Shevet Yehudah (Le sceptre de Juda), un livre imprimé en Turquie en 1550, qui mêle la chronique historique aux dialogues fictifs pour raconter les malheurs juifs, raconte l’errance spirituelle des Anoussim en Provence au XVIe siècle :

Et parmi ceux qui étaient restés en Provence après l’apostasie, certains pratiquaient le judaïsme en secret, les femmes en particulier. Le cas des femmes était cependant dangereux, car on les interrogeait. Pourquoi allument-elles une lumière la veille du Chabbat ? Et de même quand elles apportent [chez elles] des verdures et toutes sortes de douceurs les vendredi soir à leur table ? Elles disent qu’elles ont vu leurs mères agir ainsi

 

Le hasard, c’est le moyen qu’a trouvé Dieu pour passer incognito

Il m’est arrivé une histoire étrange.
Il y a quelques années en me promenant dans une brocante de bibelots au bord de la plage de Saint-Cyprien prés de Porto-Vecchio, je remarquais un calice ancien défraîchi. Je l’achetais immédiatement (25 euros). Revenu sur le continent, ayant commencé à pratiquer le Chabbat en 2010 je l’utilisais comme calice à Quidouche après l’avoir fait réargenter. Le rabbin Harboun me confirma son origine juive. Comment ce calice dont je ne savais pas si il était juif était arrivé là ? Mystère.

La plage de Saint-Cyprien est à côté de Benchiugnu en Corse ( à quelques kilomètres à l’est de Porto Vecchio) d’où vient mon arrière-grand-mère maternelle -qui est une Pacini par son père (de Penta di Casinca) et Branca par sa mère. Benchiugnu ou Venciugiu (B et V comme en hébreu se confondent) signifie en langue corse  « nous sommes arrivés au bon endroit ». L’étymologie du mot branca (« branche » en langue corse, « blanc » en portugais) vient de BRANCO-BRANCA qui est un nom marrane connu du Portugal comme vous  le lirez dans mes Mémoires juives de Corse. (Ceux qui viennent de la région de Castelo Branco au Portugal : Belmonte, Covilhã, Fundão, Idanha, Penamacor, etc.) voir ici

Tour génoise de Saint Cyprien

Tour génoise de Saint Cyprien

DSCN3013

L’uomu di cagna vu des marais de Saint Cyprien

plage-saint-cyprien

Les baies de Saint Cyprien (photo) et du Benedettu  étaient des lieux de mouillage abrités et de protection des navires en route de Constantinople et l’Italie vers l’Algérie et Tunis aux XVè-XVIè siècles. Les habitants y arrivaient ou étaient  l’objet de razzias barbaresques,emportés contre rançon vers Alger où vivaient de nombreux corses et des juifs chassés d’Espagne devenus des « renégats », des pirates. (Cf Hassan Corso)

Carte

Chabbath Zakhor (Souviens-toi)

Vendredi soir j’ai été invité dans une famille juive (Tunisie et Oran). C’était chabbath Zakhor.  On m’a demandé de réciter le iom achichi puis de faire le quidouche. En prenant la coupe et en disant la bénédiction je me suis aperçu que c’était exactement la même que le mienne avant que je la réargente. Un modèle rare taillé à la main avec les même motifs un ovale et de fleurs tournées vers lui, que je n’ai jamais vu ailleurs.

J’ai demandé ce soir à mes amis de m’en envoyer la photo.

C’était étrange, finalement le passé nous traverse. Zakhor. Souviens-toi.

Voir ici l’aventure des marranes de Ventimiglia la Nuova- Porto Vecchio.

 

« Mémoires juives de Corse »

Mon livre à paraître dans un mois le 22 avril veille de Pessah.
Mémoires juives de Corse
Retrouvant à l’âge de 45 ans ses racines juives jusque là profondément enfouies, Didier Long explore l’histoire étonnante mais refoulée des juifs corses, et mesure l’influence de la judéité dans une île qui ne compte pourtant qu’une synagogue minuscule et que l’on aurait pu croire essentiellement chrétienne. Pourtant, dès en 1492, l’expulsion des juifs des provinces sous domination aragonaise favorisa la première rencontre entre la Corse et les Juifs.
Dans ce pays, la mémoire juive a laissé des traces. L’auteur exhume des figures étonnantes du judaïsme corse, celles des exilés génois et des marranes utopistes de Porto-Vecchio. Une exploration étonnante et émouvante qui ravive une facette méconnue de l’identité corse.

Conférences en Israël

Je donnerai 3 jours avant (19 avril) :
  • Une conférence à Jérusalem dans le cadre du congrès de l’association Schibboleth – Actualité de Freud sur le thème « Chaalou Chelom Yerouchalaïm » – « Appelez la paix sur Jérusalem » ( voir ici )
  • Une conférence sur la  » Mémoire juive de la Corse  » dans le cadre de The Institute for Sefardi and Anousim Studies (ISAS) de Netanya (Israël). Le soir. (voir ici)

Le Kiyor dans Vayakel, réflexion sur le narcissisme féminin

Rachi commente Exode 38,8 : « Il fabriqua la cuve en cuivre et son support de même, au moyen des miroirs des femmes qui s’étaient attroupées à l’entrée de la Tente d’assignation.  » et il nous livre ce commentaire merveilleux à propos du kiyor, le bassin qui était utilisé pour l’ablution des mains et des pieds des prêtres lorsqu’ils servaient dans le Temple. On prenait de l’eau de ce bassin pour faire boire la Sotah, c’est à dire celle dont le mari était malade de jalousie ! Il s’agissait alors de rétablir a paix du couple par une forme de dialogue avec un tiers, le cohen gadol et un rituel d’ordalie. Rachi nous livre de précieuses indications sur le narcissisme féminin oblatif et son rapport au sacré :

« Avec les miroirs des attroupées (hatsoveoth) » Les femmes d’Israël possédaient des miroirs dans lesquels elles se regardaient lorsqu’elles se faisaient belles. Et même ces miroirs, elles n’ont pas hésité à les offrir pour la construction du tabernacle. Mochè répugnait à les accepter, car ils ont pour vocation d’encourager le penchant au mal. Le Saint béni soit-Il lui a dit : « Accepte-les ! il n’y a rien de plus précieux pour moi, car c’est grâce à eux que les femmes ont donné le jour à des armées (tsevaoth) d’enfants en Egypte ! » Quand leurs maris étaient épuisés par leur dur travail, elles allaient leur apporter nourriture et boissons. Elles leur donnaient à manger puis elles prenaient leurs miroirs. Chacune se regardait dans le miroir avec son mari, et elle lui disait tendrement : « Je suis plus belle que toi ! » Elles éveillaient ainsi le désir chez leurs maris, elles s’unissaient à eux, devenaient enceintes et accouchaient, comme il est écrit : « Sous le pommier je t’ai éveillé » (Chir hachirim 8, 5).

Voilà ce que veut dire : « avec les miroirs des attroupées ». Ce sont ces miroirs-là qui ont servi à la fabrication de la cuve, dont la fonction est de rétablir la paix entre l’homme et sa femme, car c’est de l’eau qu’elle contient que l’on fait boire celle dont le mari est jaloux parce qu’elle s’est isolée (Bamidbar chap. 5). La preuve qu’il s’agit vraiment de miroirs, c’est qu’il est écrit : « Et le cuivre de l’offrande balancée était de soixante-dix kikar […] il en fit… » (infra 38, 29 et 30). Or, la cuve et son support ne sont pas mentionnés.

D’où l’on apprend que le cuivre qui a servi à la cuve ne venait pas de celui de cette offrande. C’est ce qui est expliqué dans le Midrach de rabi Tan‘houma (Midrach Tan‘houma parachath Peqoudei 9). Le Targoum Onqelos traduit le mot par : bemè‘hzeyath, terme équivalent à : « miredoirs » en français médiéval. Et nous trouvons la même traduction dans : « les miroirs (haguilyonim) » (Yecha’ya 3, 23), que le Targoum Onqelos rend par : ma‘hazitha.

Le Maharal, dans son explication sur la Torah, répond qu’une femme est, par sa nature même, plus proche de D. Ce qui n’est pas le cas de l’homme, qui a l’obligation de s’améliorer et de se purifier par la Torah.  Le Talmud brode à l’infini sur le fait que le corps de la femme est parfait (car lié au cycle lunaire et donc la vie et la mort) et n’a donc pas besoin de circoncision alors que l’homme a besoin de sanctifier le temps à heure fixe (ex : les prières) pour simplement prendre conscience de ce temps marqué par la mort dont il est comme absent. L’eau du Kyor dont la générosité des femmes est le contenant est comme qualifiée par la générosité des femmes. Toute la paracha de Vayakel insiste sur la générosité de ces femmes et de ces hommes au « coeur généreux » qui ont construit le mimshkane. Ce « un cœur généreux », (nediv lev) qualifie  l’artiste Betsalel [1] dont la Torah a retenu le nom.

miroir de cuivre égyptien, époque classique XVIIIème dynastie, ~ 1570 av. EC
miroir de cuivre égyptien, époque classique XVIIIème dynastie, ~ 1570 av. EC

Le don de leurs miroirs de cuivre venus d’Egypte (et de leurs bijoux en or pour construire le Beith Hamikdash) par les femmes est un renoncement narcissique.  « Il n’y a rien de plus précieux pour D. » dit Rachi. Il ne s’agit donc pas d’un vulgaire objet de coquetterie, mais d’un outil servant à susciter un désir sacré nous dit Rachi, celui de donner la vie. Comme si en renonçant à un narcissisme qui cherche son visage dans  le miroir, les femmes permettaient la mise en contact  panim el panim, « visage contre visage » avec le Saint, béni soit Il. Mystère de l’extériorité et de l’intériorité.

Cette utilisation des miroirs de cuivre des femmes pour construire la cuivre du Mishkane est bien évidement une réparation de l’acte d’utilisation des bijoux en or des femmes pour fondre le veau d’or.

On voit dans cette reconstitution le Kiyor.

La générosité féminine « contient » l’eau de de purification de la cuve qui permettraient d’enlever les obstacles à la rencontre  avec le Saint. Par  l’ablution des mains et des pieds, le grand prêtre se lavait les mains pour être au contact direct avec la bête du sacrifice elle même tamim (sans défaut). Il marchait pied nus contre le sol de pierre du temple. Elle est prescrite par la Torah :

L’Éternel parla ainsi à Moïse : « Tu feras une cuve de cuivre, avec son support en cuivre, pour les ablutions; tu la placeras entre la Tente d’assignation et l’autel et tu y mettras de l’eau. Aaron et ses fils y laveront leurs mains et leurs pieds. Pour entrer dans la Tente d’assignation, ils devront se laver de cette eau, afin de ne pas mourir; de même, lorsqu’ils approcheront de l’autel pour leurs fonctions, pour la combustion d’un sacrifice en l’honneur de l’Éternel,ils se laveront les mains et les pieds, pour ne pas mourir. Ce sera une règle constante pour lui et pour sa postérité, dans toutes leurs générations. » (Ex 30, 17-21)

 

L’ablation de la orla (le prépuce) dans la brit mila, de la orla de l’arbre, c’est à dire de qui fait obstacle au rapport avec le Saint, béni soit-Il, procèdent du même schéma.

On retrouve des éléments de cette purification (qui n’a donc rien d’un lavage) dans la bénédiction nétilat yadaim du matin et le bain rituel au mikvé, (tevilah) où l’eau doit couvrir toutes les parties du corps.

Cette terouma, ce don de soi fonde la avoda du Temple.   » Il n’y a rien de plus précieux pour moi  » dit l’Eternel. L’amour féminin oblatif est au coeur de la réconciliation du couple et du chalom baït nous dit Rachi.

[1] Ex 36, 2