Kaddish pour André Nahum

Ce lundi matin notre ami André Nahum nous a quittés, le lendemain de la première bougie de Hanouka. André avait 94 ans mais il était toujours pétillant et plein de verve et en faisait 20 de moins. Il ne lâchait pas son émission « Thé ou Jasmin » du lundi soir sur Judaïque FM où il m’avait invité plusieurs fois avec plein de délicatesse, toujours fidèle au poste. J’aimais vraiment cet homme. Il avait vécu comme médecin à Sarcelles, y avait été adjoint au maire dans les années 80, on y parlait pleins de langues : « On a cru à une vie tous ensemble juifs, arabes, chrétiens, et ça a un peu échoué, mais on a quand même bien fait d’essayer ! « . Il est parti discrètement, comme il était, sans bruit. André était médecin mais c’était aussi un conteur. Il venait de publier une BD : L’âne mon frère de lait aux éditions « âne baté » ! (voir ici en vente chez Leclerc) ça ne s’invente pas ! Un vieil homme au crépuscule de sa vie, obsédé par l’envie de retrouver son frère de lait,  contactait le réalisateur d’une émission spécialisée dans la recherche d’individus disparus… pour retourner en Tunisie la terre de son enfance.

Je l’avais rencontré de nouveau au salon de la Licra le 31 mai. On s’était assis à une table avec des amis et on avait parlé comme ça, à bâton rompu, de la Paracha de la veille : Nasso, comme si plus rien ne comptait… et j’avais écrit ce commentaire le soir (voir ici). Ça finissait comme cela « Mon âme est collée à la poussière, conserve-moi en vie, suivant ta parole » (Psaume 119, 23.25).

Il adorait rire. Un vrai tunisien. Un jour il m’avait dit. « Je vais bientôt mourir ». Je ne l’avais pas cru et je lui avais répondu « Alors tu m’attends là-haut à l’entrée… sur le parking ? » que son rire était bon ! On aurait dit un gosse qui a fait une bonne blague.

Pour nous les juifs la lumière ne s’éteint pas, elle grandit en ces jours de fête. A bientôt André, que ton souvenir soit une bénédiction, plein de tendresse à tous ceux que tu aimes et ma prière, fidèle.

Voici la voix d’André début mars, un conteur inimitable:

Hanouka : Talmud Babylone Shabbat 21 b

Hanoukia

Nos Rabbanim ont enseigné: Le précepte de Hanouka [demande] un feu pour un homme et sa maison; (nda : un feu est allumé tous les soirs des huit jours pour l’ensemble du ménage.). Le zélé comprend : « Une lumière pour chaque membre [de la maison] »; et le très zélé, – Beth Shammai (nda :la maison de Shammaï par opposition à celle d’Hillel était rigoriste, Hille allégeait la mistsva) enseigne: Le premier jour huit lumières sont allumés et par la suite, elles sont progressivement éteintes ;  mais la maison d’Hillel dit : Le premier jour, une seule lumière est allumée et par la suite, elles augmentent progressivement.  ‘Ulla dit: Dans l’Ouest [d’eretz Israël] deux amoraim,  R. Jose b. Abin et R. José b. Zebida, ne sont pas d’accord : l’un soutient la raison de Beth Shammai qui est que ceci correspond aux jours à venir,  et que celle de Beth Hillel correspond aux jours qui ont disparu; mais un autre maintient: la raison de Beth Shammai est qu’il doit correspondre aux bœufs de la fête (nda : la fête de Souccot qui dure huit jours. Treize veaux sont sacrifiés le premier jour, douze sur le deuxième, et ainsi de suite, un de moins à chaque jour qui passe : cf Nb 29, 12 sv.); alors que la raison de Beth Hillel soutiens que nous progressons en [terme de] sainteté, mais ne diminuons pas.

Rabbah b. Bar Hana dit: Il y avait deux hommes âgés à Sison, l’un a fait comme Beth Shammai et l’autre comme Beth Hillel : le dernier a donné la raison de son action en disant qu’elle doit correspondre aux bœufs du pélerinage, tandis que le dernier a déclaré sa raison : parce que nous grandissons [en terme de] la sainteté, mais ne diminuons pas.

Nos Rabbins ont enseigné: Il incombe à placer la lampe de Hanoukka par la porte de sa maison à l’extérieur;  si l’on habite dans une chambre haute (nda :dans l’habitat ancien la « chambre haute » est l’étage où se dit la prière, il y a une idéede sainteté plus élévée, Cf Élisée qui y pria et ressucite l’enfant de la shunamite) , il la place à la fenêtre la plus proche de la rue. Mais en cas de danger (quand il y a persécution religieuse) il suffit de la placer sur la table. Raba a dit: Un autre lampe est nécessaire pour sa lumière à être utilisé; mais si il y a un feu de cheminée, c’est inutile. Mais dans le cas d’une personne importante,  même si il y a un feu ardent une autre lampe est nécessaire.

Quelle est [la raison] de Hanoucca? Nos Rabbanim nous ont enseigné: Le vingt-cinquième jour de Kislev commencent les huits jours de Hanuka pendant lesquels le deuil et les lamentations sont interdites. Car, lorsque les Grecs sont entrés dans le Temple, ils ont souillé toutes les huiles à l’intérieur, et quand la dynastie des Hasmonéens les a dominés et les a vaincus, ils ont cherché et on a trouvé une seule fiole d’huile qui giseait avec le sceau du Grand Prêtre,  mais qui contenait seulement pour l’éclairage d’une seule journée. Alors un miracle est arrivé et ils ont allumé [la lampe] pendant huit jours.

Shabbat 21b

Rabbah a dit: La lampe de Hanoukka doit être placé à une paume de main près de la porte. Et où est-ce ? – R. Aha fils de Raba a dit: Sur le côté de la main droite: R. Samuel de Difti  dit: Sur le côté gauche. Et la loi est, sur la gauche, de sorte que la lampe de Hanoukka est sur ​​la gauche et la mezouza sur la droite.

Journée du livre juif et du Shalom

TU NE TUERAS PAS

Bataclan Samedi matin/ Christophe Ena/AP/SIPA
Bataclan Samedi matin/ Christophe Ena/AP/SIPA

Et; sauf en droit, ne tuez point la vie qu’Allah a rendu sacrée. Quiconque est tué injustement, alors Nous avons donné pouvoir à son proche [parent] . Que celui-ci ne commette pas d’excès dans le meurtre, car il est déjà assisté (par la loi). (Al-Isrâ  17:33)

C’est pourquoi Nous avons prescrit pour les Enfants d’Israël que quiconque tuerait une personne non coupable d’un meurtre ou d’une corruption sur la terre, c’est comme s’il avait tué tous les hommes. Et quiconque lui fait don de la vie, c’est comme s’il faisait don de la vie à tous les hommes. En effet Nos messagers sont venus à eux avec les preuves. Et puis voilà, qu’en dépit de cela, beaucoup d’entre eux se mettent à commettre des excès sur la terre. (Al-Ma’ida 5: 32)

Ma prière : « Que la paix règne dans tes murs, la sécurité dans tes palais! » (Psaume 122)

Yehi shalom B’khelekh, Shalva B’harmenotayikh

ו  שַׁאֲלוּ, שְׁלוֹם יְרוּשָׁלִָם;    יִשְׁלָיוּ, אֹהֲבָיִךְ. 6 Appelez le shalom sur Jérusalem: « Qu’ils soient heureux ceux qui t’aiment! »
ז  יְהִי-שָׁלוֹם בְּחֵילֵךְ;    שַׁלְוָה, בְּאַרְמְנוֹתָיִךְ. 7 Que la paix règne dans tes murs, la sécurité dans tes palais!
ח  לְמַעַן, אַחַי וְרֵעָי–    אֲדַבְּרָה-נָּא שָׁלוֹם בָּךְ. 8 Pour mes frères et mes amis, je t’offre tous mes vœux de bonheur.
ט  לְמַעַן, בֵּית-יְהוָה אֱלֹהֵינוּ–    אֲבַקְשָׁה טוֹב לָךְ. 9 Pour l’amour de la maison de l’Eternel, notre Dieu, je te souhaite pleine prospérité.

Loulav

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KIPPOUR !

Shofar

Juda bar Nahmani a commenté en ces termes, au nom de Resh Laqish : Le Psaume 47;6 dit: Elohim monte en fanfare (teru’a), Adonaï au son du cor (shofar). Lorsque le Saint béni soit-il monte pour prendre place sur le trône du jugement c’est pour rendre un verdict, ainsi qu’il est dit: Dieu monte en fanfare…Mais lorsque les Israélites se saisissent de leur shofar le Saint béni soit-il change de trône: il quitte celui du jugement pour occuper celui de la miséricorde, ainsi qu’il est dit: Dieu (monte) au son du cor. Son cœur est empli de miséricorde et il leur pardonne. Quand cela a-t-il lieu? Le premier jour du 7ème mois.”*

(Midrash : Lévitique rabba § 29, Genèse rabba § 56 et Rosh ha-Shana 16a)

* Roch Ha-Chanah

Le mystère de la parole et du silence : le grand rabbin Haïm Korsia à la rencontre des sourds juifs

Etrange monde que celui des malentendants. Se retrouver dans une salle remplie de monde sans un bruit, où tous parlent par gestes renvoie au plus profond de nous même à un endroit où le geste et la parole se rejoignent dans le silence de la naissance du monde.  » Là ou naît l’ouverture à l’autre « , nous a expliqué le Grand Rabbin Haïm Korsia (photo) venu à a rencontre des sourds et malentendants juifs ce dimanche, lendemain de Shabbat Shouva, au coeur des dix jours redoutables qu’ouvre et ferme l’appel du choffar à Rosh Hashana et Kippour.

Haim Korsia

Haïm Korsia a profité de l’occasion du banquet de l’Association culturelle des sourds  juifs de France à l’occasion de son 35 ème anniversaire et d’une autre association. L’ACSJF a été fondée par Dimitri Portnoï (à droite sur la photo); Déborah et Gabrielle, ses filles (à sa gauche sur la photo) ainsi que des multiples personnes la font vivre.Nous étions généreusement invités par la communauté de la Celle-saint-Cloud.(Famille Brami)Sourds juifs 1

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Dimitri Portnoï – Association culturelle des sourds  juifs de France,
Monsieur Brami – président de la communauté de la Celle-Saint-Cloud,
Haïm Korsia – Grand Rabbin de France 

Cette association de sourds juifs a son propre ‘rabbin’ fils de rabbin sourd, le Rav Isser Lubecki. Celui-ci parle principalement en langage des signes avec sa communauté, anime le talmud Torah pour les enfants sourds et malentendants, fait la derasha en langue des signes… avec un rare courage.

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Le Rav Isser Lubecki

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Tout était traduit en temps réel en langage des signes dans un silence impressionnant. Haïm Korsia est un homme humble  et sa capacité à rejoindre l’auditoire était émouvante. Et comme le Grand Rabbin a aussi de l’humour c’était aussi profond et souvent assez drôle. Il a commenté ce verset du psaume 139, 13 :

כִּי-אַתָּה קָנִיתָ כִלְיֹתָי  תְּסֻכֵּנִי בְּבֶטֶן אִמִּי

C’est toi qui as façonné mes reins, tu m’as pétri dans le sein de ma mère.

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Le Rabbin Haïm Harboun a ensuite commenté cette phrase du psaume 85, 11

חֶסֶד-וֶאֱמֶת נִפְגָּשׁוּ    צֶדֶק וְשָׁלוֹם נָשָׁקוּ

L’amour et la vérité se rencontrent,
la justice et la paix s’embrassent.

Il a dit aux personnes présentes qu’elles étaient dans le geste et que ce geste était vérité, Emet en hébreu. Adonaï est emet, la Torah est emet pour nous les juifs.

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Le responsable de l’association des sourds juifs d’Israël était présent, et c’était un peu comme si tous les sourds juifs du monde étaient là.

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Ben Zion Chen, Helen Keller Center, Tel Aviv

La délicatesse des gens de l’association, leur accueil généreux, la lumière d’automne. Il y avait une espèce de magie de la rencontre comme si la parole et le silence se rejoignaient dans les gestes.

Il y a une heure du soir où la nature se tait. Elle commence à parler comme en silence. Nulle parole dans ce bruissement mais notre oreille entend et nous comprenons ce silence.

Ce silence est aussi celui de l’arche quand on l’a ouverte pour dire Minha.

Les sourds sont une bénédiction pour nous qui entendons… ou croyons entendre. Voilà ce que j’ai appris aujourd’hui.

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Nous ne pouvons ici citer tout le monde, quelques noms :

  • Représentants ACSJF : Dimitri Portnoï, Maria Portnoï, Edmond Chetrit, Hanoufa Makklouf, Chlomo Chekroun, Elisabteh Kraut.
  • Représentants Sourds Juifs d’Israel : Président Chen Ben Zionבן ציון חן .
  • Représentants communauté juive : Grand Rabbin de France Haïm Korsia, et aussi Rabbin synagogue de Paris, Moshe Sebbag,
  • Directrice OSE : Patricia Sitruk,
  • FSJU (Fonds Social Juif Unifié): Sandrine Zena,
  • Rabbin Haïm Harboun de la Communauté Ohel Abraham de Vaucresson,
  • Merci communauté israélite ouest, Famille Brami.

Comment interpréter le verset (Ex 20, 15), qui suit immédiatement l’énoncé des Dix commandements : « Et tout le peuple voi(en)t les voix… »?

Selon Rabbi Yichmaël (dans le Midrach Halakha sur l’Exode) : le peuple voit ce qu’il y a à voir et entend ce qu’il y a à entendre – mais le mot « entendre » manque. Soit le verset est elliptique, soit l’écoute se situe sur un autre plan (dans le non-dit).

Selon Rabbi Akiba : si le peuple voit la voix, c’est parce qu’il y a eu un miracle au Sinaï. Les paroles de la révélation se sont inscrites sous forme de lettres [ou par gravure dans la pierre]. Le texte ne procède pas par comparaison ou analogie : il y a vraiment eu vision.Au Sinaï, la vue et l’ouïe fusionnent sous le choc spirituel. Comme l’affirme les Sentences des Pères (Pirqé Avot) un traité talmudique très ancien : « Ces Dix Commandements de la Torah comprennent tous les commandements de la Torah et toutes les choses d’En haut et d’en bas, y compris les Dix Paroles par lesquelles le monde fut créé » (Pirqé Avot 5,1).

langue des signes

Gabrielle et Déborah Portnoï. (TEDx Vaugirard) :

AKADEM : Dans la main droite de Dieu » Psychanalyse du fanatisme, avec G.Haddad

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Gérard Haddad parle de son livre

« Dans la main droite de Dieu Psychologie du Fanatisme »

paru chez Premier Parrallèle

Voir l’interview

« Tel le papillon qui émerge de la chrysalide, le fanatique entre dans un état jubilatoire où le doute n’a plus de place. »

Comment comprendre que des individus se précipitent en masse pour en massacrer d’autres ?

Du fanatisme, cette maladie de l’esprit qui traverse le temps, nous n’avons jusqu’à présent triomphé que par la violence, par la chirurgie, comme on extirpe une tumeur.

Gérard Haddad propose au contraire d’analyser les multiples facteurs qui, aujourd’hui comme hier, encouragent le fanatisme. Il nous invite ainsi à une troublante plongée dans les arcanes psychiques de ceux qui s’y abîment : Comment devient-on fanatique ? À quelles sources psychologiques s’abreuve la jouissance de celui qui croit détenir, seul, la Vérité ? Que signifie le fantasme d’un retour aux origines, l’obsession du complot, la certitude, chevillée au corps, que l’instant décisif qui révélera le monde à lui-même est sur le point d’arriver ?

Psychanalyste et fin connaisseur des trois grandes religions du Livre, Gérard Haddad propose une lecture intime, à la fois anthropologique et psychologique, d’une folie collective. Car c’est en connaissant mieux notre ennemi que nous pourrons lutter, pied à pied, contre lui.