Mariage juif

Carly et Fabrice

Mariage juif, Carly et Fabrice, Olivier Long, 2014

Le mariage est appelé kiddouchine, ce qui signifie «sanctifications». « Sanctifier » signifie choisir, séparer, particulariser pour signifier.

Le Talmud dit de manière mystérieuse : « Bethsabée était promise à David depuis les six jours de la création »[1]. Cet apologue provient d’un midrash ancien. Ainsi, selon certains récits de la tradition rabbinique, les couples ont été constitués par Dieu avant qu’ils ne se forment ici-bas.

Rabbi Joseph Gikatila (1248-1325) [2] un cabaliste espagnol du Moyen-âge commente ce midrash très ancien en disant que loin d’être le fruit du hasard, de rencontres occasionnelles ou de passions aléatoires, le mariage idéal est le fait des retrouvailles face à face des deux moitiés d’une âme unique et androgyne primitive, qui fut scindée lors de sa venue en ce monde. Si ces retrouvailles sont immédiates pour l’homme juste, pour l’homme moyen elles passent par un premier conjoint et un couple mal assorti et disharmonieux, comme ce fut le cas pour Bethsabée et Urie le Hittite avant que David n’épousa Bethsabée.

[1]              Talmud de Babylone Sanhédrin 107 a

[2]             R. Joseph Gikatila, David et Bethsabée: le secret du mariage, Editions de l’Eclat.

Rembrandt-La fiancée juive-DidierLONG

Rembrandt-La fiancée juive-Mains-DidierLONG

 

La Fiancée juive Rembrandt, 1667 , Rijksmuseum, Amsterdam, photo de Didier Long

 

Livourne, Abravanel et le « Nahlat Avot « 

Je me demandais comment les séfarades en fuite après l’exode de 1492 avaient transmis la tradition alors que le Choulan Haroukh (codification de la halakha réalisée par Joseph Caro qui sert de référentiel pour tout le monde traditionnel aujourd’hui) écrit à Safed en Galilée au XVIème siècle n’existait pas.

C’est alors que dans la bibliothèque de mon ami le Rav Harboun, j’ai mis la main sur un ouvrage curieux, le Nahlat Avot d’Abravanel, qui m’a donné un début d’explication. Voici cette édition de 1925 éditée à Livourne sous la férule d’Elia Benamozegh comme il est écrit en hébreu (photo).

Nahlat avot 2 Nahlat avot 3 Nahlat avot 4

Isaac Ben Judah Abravanel (1437–1508) fut un homme d’état, un financier, un philosophe, un talmudiste… qui  avait avancé de considérables sommes d’argent à la couronne d’Aragon et de Castille pour sa guerre contre les maures. Grenade avait été reprise le 2 janvier 1492 scellant la fin de 780 années de présence musulmane dans la péninsule ibérique et la fin de la reconquista… Mais il fallait unifier le nouvel empire et solder les dettes de guerre envers les créanciers. C’est ainsi que naquit l’idée d’expulser les juifs.

Abravanel s’est opposé à l’expulsion des juifs jusqu’au dernier moment en rencontrant personnellement les souverains d’Espagne qu’il servait et qui voulaient le retenir au vu de son prestige. Par trois fois, Abravanel tenta de faire annuler l’édit, offrant pour cela par trois fois des sommes considérables. Les souverains de leur côté tentèrent même d’enlever son petit-fils pour le retenir, mais celui-ci avait déjà été envoyé au Portugal.

Peine perdue, Abravanel s’embarque à Valence avec sa famille en juillet 1492 quelques jours avant le le 9Av 5252 (2 août1492)  qui voit les juifs expulsés de la péninsule.

Abravanel arriva à Naples bientôt envahie par l’armée de France. Il fuit et arrive à Messine, avant de faire voile vers Corfou en 1495, puis Monopoli petit port des Pouilles sur l’Adriatique en 1496. C’est là qu’il écrit à la demande de son plus jeune fils en juin 1496 le Nahlat Avot, l’ « Héritage des Pères », un commentaire du Pirqé Avot que nous lisons en cette période du Omer. Il s’agit d’un long commentaire de la halakha qui commence à la naissance et se termine à la mort d’un homme avec une description de la vie juive concrète à toutes les étapes : naissance, brit, bar mitzvah, mariage, décès…

Abrabanel dans le Nahlat Avot réfléchit à la liberté de l’homme, à la supériorité du judaïsme sur la culture humaniste environnante qui l’entoure tout en utilisant cette même culture.

Abrabanel se fixe à Venise en 1503 où il négocie avec le Portugal pour le Doge. L’œuvre d’Abrabanel est immense. On reste rêveur devant une telle activité de diplomate, homme d’affaire, intellectuel et l’intense énergie de cet homme d’immense renom en méditerranée en perpétuelle fuite clandestine.

Le rôle de la Banque Saint Georges (L’Ufficio) dans l’immigration génoise des marranes et juifs en Corse

Mon ami le rabbin Harboun a été à Bastia à Pessah. Il a ouvert la synagogue en bas de chez moi. Celle du rabbi Méïr dont c’est la Hiloula aujourd’hui (voir ici). Il est revenu en me disant :  » Ces gens sont une bénédiction, nous avons été boire un café sur le port, ils aiment les juifs « … « La Corse n’est pas française… on est ailleurs »   03 BeitMeir - 1

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Le Rav Haïm Harboun à la synagogue Beith Méïr à Pessah

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La synagogue est sise dans une ancienne banque génoise dit la tradition orale bastiaise. Je viens seulement aujourd’hui d’avoir la preuve documentaire que les juifs sont arrivés en Corse aux XVI ème et XVIIème siècle.Voici ce que j’ai trouvé dans les archives de Gênes. exodes séfarades

La corse et les juifs

De tous temps la Corse a été une terre d’exil et de refuge. On y venait, on y restait, on devenait corse ou on mourrait. Il suffit de lire les archives de Gênes pour comprendre les allers-retours incessant, en dehors des périodes d’hivernage, des bateaux entre l’Espagne, la Toscane, la Turquie, l’Afrique du nord et la Corse. L’île hésita entre l’influence  de Rome et celle de Carthage pendant l’Antiquité avant celle de Pise puis de l’Aragon maître de la Sicile de la Sardaigne, de la Toscane (les Cités Etats de Pise et Florence) et surtout de Gênes à cette époque…, quand ce n’était pas le Vatican. (le Pape Boniface VIII, avait inféodé la Corse, en 1297, ainsi que la Sardaigne à Jaime II d’Aragon).  L’identité Corse est donc le fruit de ces intégrations successives, des immigrations, des rafles et demandes de rançon par les pirates turcs qui emmenaient leurs prises en esclavage à Istanbul ou Alger [1], des marins partis aux colonies et parfois jamais revenus comme mon grand-père, de la diaspora corse et de ses rêves perdus, de la vision de Paoli qui le premier en Europe rédigea une constitution et accueillit les juifs en Corse à droit égal avec les citoyens de sa nation. Les juifs sont probablement arrivés en Corse depuis la plus haute Antiquité mais avec la fuite d’Espagne sous la pression de l’Inquisition ils vont débarquer à Gênes et Livourne pour arriver en Corse aux XVIème et XVIIème siècle via la Banque Saint-Georges, au nord et au sud. C’est une réalité inconnue et « refoulée », que je prouve ici avec des documents issus des archives de Gênes. Palazzo_San_Giorgio

L’ufficio di san Giorgio à Gênes

Les juifs à Gênes

De nombreux Juifs avait été admis à Gênes pour des raisons de commerce, par décret de la Banque de Saint-Georges,  et pouvaient vivre et commercer librement. Ils avaient afflué principalement d’Espagne sous la pression de l’Inquisition. La tension entre la République et le Saint-Office avait commencé en 1658 avec la publication par le gouvernement et le Doge de Gênes des  Capitoli della Natione Hebrea –les « Chapitres de la Nation Juive » , révoqués sous la pression de l’intransigeant inquisiteur de Gênes , le père Cermelli, soutenu par le pape Alexandre VII . les capitoli sont explicites :

Article septième : Nous concédons (aux juifs) ensemble qu’il puissent négocier et trafiquer parmi toutes nos terres et cités, foires et villes et autres lieux de notre Etat et naviguer vers le levant, le Ponant (NDA : Le ponant désigne traditionnellement l’ouest, par opposition au levant : le terme rappelle le côté duquel le soleil se « couche »-ponere en latin), Alexandrie et tous les lieux qui leur plairont sous  leur nom hébreu ou chrétien ou ce qui leur plaira et  qu’eux-mêmes et leurs biens soient en sécurité avec leurs correspondant et nous promettons en cas de besoin de nous activer avec nos pouvoirs poul que leurs commerçants et vassaux puissent venir en sécurité ainsi que leurs galères et embarcations ( source)

En Mars 1659 se poursuivait la publication de nouveaux chapitres. Ce qui a permis l’immigration de grands groupes de Juifs. Mais en mai 1660 entra dans le port de Gênes, un navire venu d’Espagne qui avait deux familles juives comme passagers. L’inquisiteur ordonna l’arrestation d’urgence, accusant les Juifs d’être baptisés chrétiens avec l’intention de revenir à leur ancienne religion ; mais le doge en personne intervint immédiatement et appela l’inquisiteur zélé , lui demandant de renoncer à son initiative . Il fut toutefois nécessaire de renvoyer l’affaire au pape, qui, par sa décision, ordonna que les prisonniers soient libérés. C’est seulement après une longue lutte, et après plusieurs arrestations que fut assurée suffisamment de liberté de circulation et de commerce pour les Juifs à Gênes. (source) Gênes comme Livourne désire attirer les juifs pour le commerce. Dès 1520, les Médicis avaient fait de Livoume un port franc « En 1591, le Grand-Duc Ferdinand Ier accorda un large droit asile aux étrangers Corses fuyant la répression génoise. huguenots français, Juifs fuyant l’Espagne. Les différents privilèges, exemptions et immunités qu’il consentait furent codifiés en 1593 en un édit appelé La Livournaise » (…) « À Livourne, le grand-duc Ferdinand Ier de Médicis consentit des avantages inédits : liberté de culte, droits civiques, non assignation dans un ghetto, auto-gouvernement par une oligarchie longtemps héréditaire ayant seule pouvoir d’accueillir de nouveaux immigré juifs… Ainsi Livourne vécut, de 1591 jusqu’à la fin du XIXe siècle, la plus nombreuse et la plus libre des communautés juives portugaises, forte d’environ 5 000 personnes. » rapporte Lionel Lévy (pg 12). Gênes est à son apogée entre 1550 et 1650, elle devient un République sérénissime en 1596. Elle domine Pise et contrôle le port de Livourne et toute la méditerranée occidentale, mais aussi  le quartier de Galata (le quartier juif) à Constantinople en Turquie, de l’autre côté de la Corne d’Or, toute la Mer Noire… Les intérêts de la banque et ceux de Gênes se confondent. juifs32

Accueil des réfugiés juifs d’Espagne à Constantinople par le sultan Beyazıt II

Synagogue Ahrida
Synagogue Ahrida à Istanbul (le plus ancienne synagogue grecque reprise par les séfarades)

Les Juifs avaient été expulsés d’Espagne, de Provence puis d’Italie du sud, de Sardaigne aragonaise en août 1492. Restait Venise où le Sénat décrète le Ghetto le 29 mars 1516, comme un « compromis » alors que prédicateurs dominicains, à l’instar des Espagnols, demandent l’expulsion des Juifs de Venise. C’est là qu’en 1520, un protestant allemand (!) imprime pour la première fois le Talmud de Babylone, quelques années seulement après la découverte de l’imprimerie par Gutenberg. Un non-juif, Daniel Bomberg, lui donne alors la structure de la page que nous lui connaissons (source : Gérard Haddad). Le texte de la Mishna a été imprimé pour la première fois à Naples, en 1492. Bomberg Bomberg1

Talmmud Menahot de Bomberg (Venezia, 1520)

IL ne faut pas oublier que les bateaux qui quittent l’Espagne en 1492 appartiennet aux armateurs génois…. Les banquiers juifs de l’Ufficio san Giorgio à Gênes ou de la Maison Mendès au Portugal vont organiser les filières de fuite d’Espagne et du Portugal vers Bordeaux, Le Comté de Nice, Gênes, Livourne, Venise, Naples, et la Turquie et Hollande à partir de 1492. Comme l’illustre la vie de Gracia Nassi (1510–1569), se cachant sous l’identité catholique Béatrice de Luna, l’héritière d’une de la plus riche banques du Portugal (la Banque Mendès), chassée de Lisbonne où elle était née dans une famille aragonaise, d’Anvers, de Venise, de Ferrare (où elle commandite la  » Bible de Ferrare « , en judéo-espagnol, qui lui est dédiée) pour poursuivre sa vie en Turquie respectée des puissants avant de mourir en Erets Israël… La Senora, Hanna, que des milliers de marranes n’appelaient pas autrement que ‘ »Notre ange » utilisa sa fortune à défier les rois d’Espagne, de France, le doge de Venise et l’Inquisition pour sauver des centaines de vies juives.« Quiconque entreprend de raconter les nobles actions et les rares vertus de Donna Gracia » écrivait un érudit contemporain, Rabbi Isaac Abohab,  » devra écrire des volumes s’il veut lui rendre justice « .

Agnolo_Bronzino, Beatriz de Luna
Agnolo Bronzino, Beatriz de Luna avec son unique fils, 1530-1540

Les banques sont donc les organisatrices des filières marranes, leurs agences servent aussi de relais aux marranes en fuite. Bien sûr elle ne ressemblent pas à nos banques de dépôts modernes. La banca à l’origine est le « banc » où l’on change les monnaies. La banque de l’époque est donc un réseau de familles qui se font confiances et évitent de transporter de l’or sur des routes dangereuses grâce aux lettres de change, les banques ont des agents commerciaux à Londres, Anvers, Venise, Ferrare, Gênes…. Les juifs sont donc intimement liés à la prospérité des Cités-Etats italiennes dont ils assurent le commerce de masse alors que le monopole des épices indispensables à cacher la goûts de viandes peu ragoutantes fait et défait les fortunes des cités concurrentes. Le quartier juif de Galata a Istanbul dans la corne d’Or, celui des juifs devient rapidement très peuplé et un haut lieu de commerce.

Revenons un siècle en arrière sur le rôle de l’Ufficio, à Gênes, la plus grande banque du monde qui prêta à Christophe Colomb Colomb et Charles Quint, au coeur de l’activité de la Sérénissime.

Bastia et le nord

Bastia, à son origine, est une position stratégique génoise sur les côtes de la Corse : Bastia commande le canal tyrrhénien. La maîtrise de la Corse est vitale pour Gênes, car toute nation possédant l’île (Gêne se bat contre Venise après qui lui ravira le monopole sur la Méditerranée après avoir détrôné Piseset contrôlé le port de Livourne) serait en mesure d’exercer le blocus de la métropole. Bastia ou Bastita, c’est-à-dire « retranchement », « bastide ». La mer, étroite, semée d’îles, qui en quelques heures de navigation mène aux ports de la Toscane. La proximité de l’Italie, devait ajouter à la fonction militaire et à la fonction politique de Bastia une fonction commerciale. Par Bastia la Corse se rattachait au continent.Trois siècles et demi durant, de 1453 à 1793, Bastia fut la capitale de la Corse, ou plutôt le siège des administrations génoise puis française, car les Corses, pendant les brefs moments de leur indépendance, préférèrent Corte.

Bastia- La Citadelle
Bastia- La Citadelle

Bastia La Citadelle   Bastia La Citadelle 2

Bastia, La Citadelle génoise

En 1484, pour retenir les colons génois qui s’étaient déjà installés à Bastia (avec des soldats allemands) et en attirer de nouveaux, l’Office de la Banque de Saint-Georges, à qui Gênes avait cédé la Corse en 1453, promit de nombreuses exemptions aux personnes qui, avec leur famille, s’établiraient autour de la forteresse.Les commerçants génois installés à Bastia entretenaient dès le xve siècle des relations avec les ports méditerranéens. Ils importaient d’Italie toutes sortes de produits. En retour, les poissons de l’étang de Biguglia, salés, étaient exportés dans toute l’Italie et jusqu’au-delà des Alpes, « in terra de’ Tedeschi ». Ses anguilles étaient également salées et vendues « à grand prix », sur le continent. DidierLong Bastia

Le port de Bastia

Bastia partage cette origine étrangère avec Ajaccio, fondée en 1492 par l’Office de Saint-Georges, qui installa au fond du golfe cent familles de la riviera génoise. Dans les deux cas, les Génois ont choisi l’emplacement de la ville  d’après les possibilités qu’offrait la géographie.

La présence juive à Bastia est  attestée au XVIème siècle. Après 1492 les juifs sont arrivés de Gênes et Livourne à 120 km par la mer. Gênes a délégué l’ administration de  l’île depuis 1453, à l’Office Saint-Georges, une banque génoise très puissante (l’Officio ou Banco ou Officio di San Giorgio fondé en 1407) possédant sa propre armée et ses propres juges,une banque où se trouvent de nombreux conversos et qui contrôle aussi des colonies du Levant et le commerce jusqu’en Mer Noire et au Cap de Bonne Espérance. C’est cette même année 1453 que la Banque prend le contrôle de Gazaria en Crimée (Gazaria, des fameux Khazars !)- voir carte. Caffa_and_Theodoro En effet, un certain nombre de familles génoises éminentes ont participé à la création et à la gouvernance de la Banque (voir ici), y compris les maisons de Grimaldi & Serra. Fait exceptionnel, la Banque utilise les services d’un certain nombre d’agents juifs, dont la famille juive Ghisolfi qui gérait les comptoirs de la Mer Noire, la Crimée  colonie génoise appartenait à l’Ufficio depuis 1453. Un descendant Simeone de Ghisolfi- le fondateur, Zacharias de Ghisolfi y est prince à partir de 1480, il sera appelé même par le Tsar. Déjà à l’époque la Crimée est un enjeu stratégique d’accès à la mer Noire controlée par les Turcs pour la Russie dont la quasi-totalité de ses côtes, de Vladivostok à la Baltique, sont prises par les glaces une grande partie de l’année.   Les Nouveaux chrétiens ou des marranes arrivèrent en Corse grâce à l’Ufficio. Ce, jusqu’à ce que Gêne reprenne directement la main sur la Corse à partir de 1562. Livourne et à 120 km de la Corse (61 milles nautiques ) et l’Île d’Elbe qu’on voit de Bastia (photos) à 50 km (27 milles nautiques). Elle vit naître Napoléon qui y vécut en exil à la fin de sa vie. map   WP_20140504_019 WP_20140505_002

 L’Ile d’Elbe et l’archipel toscan vus de Bastia au lever et au coucher du soleil

On trouve des traces de ces juifs de Bastia marranes ou conversos dans les archives de la Sérénissime à la reconstruction de la ville par les génois (citadelle). Ainsi, le Notaire chancelier Giacomo Imperiale de Terrile écrit en février 1532 un document parlant de Benedetto de Murta, médecin à Bastia, « auparavant juif » [3]. Rien d’exceptionnel à cela. Les juifs, puis marranes, puis Conversos ou Nouveaux chrétiens vont errer en méditerranées aux XVIème et XVIIème siècle, pourchassés par l’Eglise. Ainsi, un Isaac Cardoso médecin à la cour de Philippe IV, intellectuel respecté et ami de Lope de Vega débarquera d »Espagne dans le ghetto de Venise en 1648 . De Fernando ce Nouveau chrétien devient Isaac et professe le judaïsme auquel il se re-converti. « Pourquoi un armurier est-il automatiquement considéré limpio (de sang « limpide », purement non-juif) alors qu’un médecin est toujours tenu pour un Juif ? » s’inquiètent les auteurs d’une pétition au début du règne de Philippe IV dont les auteurs demandent une réforme de l’enquête sur la Limpieza de sangre. [4] La synagogue de Bastia, Beith Meir, a été installée en 1934 dans une ancienne banque génoise. C’est de Corse dit-on à l’époque qu’est importé à Livourne en juillet 1792 un opuscule intitulé « Stato Costituzionale degli Ebrei in Francia e suo esame » que les autorités Toscanes interdisent de publication en faisant promettre au libraire de ne pas le diffuser. [2] C’est l’époque où Bonaparte soutient Paoli avec qui il rompra un an plus tard. (5) Un corse ne quitte pas son île, dit un dicton corse, il s’absente.

La fondation de Vengtimilia la Nuova – PortoVecchio

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Porto Vecchio entourée de ses marais (Photo DL 2015)

Un siècle avant les Capitoli la Banque Saint Georges fonde Porto-Vecchio. une aventure rocambolesque. Après le passage de la seigneurie de la Rocca sous l’administration directe de la Banque de Saint-Georges, les Génois  fondent une colonie à Porto Vecchio et font construire une forteresse dont demeurent de nombreux bastions (1539) afin de se protéger des Barbares. On envoie donc 150 familles de Vintimille pour fonder la Nouvelle Vintimile, Porto-Vecchio, à leur tête Pietro Massa. En réalité la plupart sont, comme leur chef des transfuges Nouveaux Chrétiens ou marranes. Pourquoi de Vintimille ? Car la Banque Saint Georges possédait Vintimille qui passe du pouvoir de Louis XII à l’Ufficio le 6 novembre 1513.  Celui qui prendra la tête de l’expédition est un juif nommé Pietro Massa. Pietro Massa le fondateur de Porto Vecchio est probablement de la famille du jurisconsulte à Gênes Matteo MASSA,  lors de la prise de pouvoir de la Banque sur Vintimille voir ici (5). Dans la délégation qui se rend à Gênes por que l’Ufficio rachète Vintimille on trouve aussi Pietro SPERONE, chef ambassade deviendra en suite Vicaire Général de l’ile de Corse. On possède la lettre de la correspondance de Pietro MASSA avec la banque à qui il propose d’amener 150 familles à Porto-Vecchio : Lettre de Matteo Massa Comment savons nous qu’il est juif ? Par les Archives de Gênes, car comme beaucoup de juifs son nom est celui d’une ville d’Italie, Massa, d’où les juifs affluent à Gênes, Domenico Cipolline en 1648 demande aux autorités de Gênes que les juifs portent la rouelle pour aller à Nicora faire leur marché : Archives de Gênes C’est ainsi qu’est fondée Ventimiglia la Nuova (Porto Vecchio) voir ici et ici (en Italien). Destinée à être un chef-lieu de juridiction et à permettre la mise en valeur de la plaine, la colonie génoise de Porto Vecchio se révèle être un échec : du fait de la malaria, de la menace permanente des corsaires turcs mouillant à proximité et des agressions des Corses, la cité est plusieurs fois abandonnée. Après diverses tentatives de peuplement, la république de Gênes décide de favoriser l’installation dans la citadelle des familles insulaires originaires de la montagne, Quenza essentiellement. Les liens entre la Corse et la Turquie sont nombreux non seulement parce que la Banque Saint Georges qui colonise l’Ile l’a acquise en même temps que les comptoirs de Crimée, dont les juifs de la banque assurent la gestion; mais aussi parce que les corsaires Turcs pillent l’île régulièrement. Les esclaves blancs sont enlevés et vendus à Alger… et parfois libérés ou rachetés par leur proches. C’est probablement l’origine des vieilles familles juives algéroises comme « Korsia » : Corse. Ou « Corso » : C’est ainsi que Pietro Paolo Tavera, né en 1518 en Corse et alors âgé de 5 ans ets enlevé par les Turcs. Envoyé à Istanbul, il devient janissaire, après être devenu musulman et avoir reçu une éducation militaire. Surnommé Hassan Corso, il est nommé en 1549 caïd d’Alger et calife avant de se heurter aux autorités turques. Alger

Dusquenne (1610-1688), lieutenant général des armées de mer de Louis XIV, délivrant des prisonniers des mains des Barbaresques à Alger.

Razzia

Razzia barbaresque en Corse

Le Dragut célèbre corsaire turc hivernait sur l’ile du Castiglione dans la baie de Porto-Vecchio et il n’était pas rare que des bateaux en route vers Alger se réfugient dans la baie de Saint Cyprien  sur la cote est dans le sud de l’Ile pour s’abriter de la tempête sur la côte ouest comme le monter cette vidéo où l’on voit que la cote est (Saint Cyprien) est calme alors que souffle le même jour la tempête à la Tonnara sur la côte ouest au nord de Bonifacio:

On possède dans les archives de Gênes un carte française  de la Corse au moment de l’arrivée de Pietro Massa où l’on voit la baie de Porto-Vecchio et le golfe de Saint Cyprien. Lévie, dans la montagne prés de chez moi, y est orthographié Lévie comme le nom juif. Mais une autre hypothèse dit que « Le vie » signifie « les voies », le croisement, Levie était un carrefour de chemins entre la plage et la montagne. Difficile de trancher.carte

Carte du sud de la Corse en 1756

Les 150 familles probablement des marranes ou conversos sont connues par les listes au départ des 19-24 août  1578 partis le 25 novembre 1578 de Vintimille avec des familles de la ville mais aussi de Airole, Camporosso, Vallecrosia, San Biagio, Borghetto , Vallebona, Soldano, Contado di Nizza, Pimonte, Seborca, Lavina, Pietrbruna. Il est probable que ce qui réunit toutes ces personnes c’est un destin de pourchassés immigrés dans la région de Gênes et de la côte ligure.

listeliste 2Listes au départ des 19-24 août  1578

Mais Curieusement les « Giacomo »  neuf mois plus tard, le 21 mai 1579. les « Giacomo » se sont transformés en  « Giacobo » une fois sur place: voir ici les noms

Liste

On voit sur ce dessin de l’époque (à droite) la tour génoise de Saint Cyprien que je montre à la fin de ma vidéo, censée protéger la ville :

Tours génoises

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carte de Porto Vecchio

Plan de Porto-Vecchio (la citadelle) en 1612

  Galée

Caracca et galée du  XVIe siècle semblables à celles qui fondèrent Ventimila la Nuova (Porto-Vecchio) en 1578 (E. Marengo, C. Manfroni, G. Pessagno: La Banque San Giorgio …).

Map

L’itinéraire d’hiver probable en novembre 1578 des bateaux qui fondèrent la citadelle de Porto -Vecchio, la « Nouvelle Vintimille »

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Fresque de 1580 d’Egnatio Danti, représentant la Corse du sud vue du nord. Ventimilia la Nuova est signalée ainsi que la baie de Saint Cyprien. La Tonnara se situe entre la vallée de Figari et Bonifacio (Musée du Vatican, Galerie des cartes géographiques)

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Les redoutables marais atour de Porto-Vechio ou sévissait la malaria mortelle (paludisme : mal aria, le mauvais air) en été et où se réfugiaient les pirates pour hiverner. Au loin la montagne où se réfugiaient les corses par crainte de la maladie… et des pirates.

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Bien sûr cette immigration génoise ne peut occulter d’autres immigrations juives postérieures comme celle des juifs de Paoli, la fondation d’Isle Rousse avec une population juive par Paoli à partir de 1768 en concurrence au port de Calvi restée fidèle à Gênes et propose aux juifs de venir y établir une colonie marchande. On trouve dans la correspondance de Paoli la mention d’un Juif nommé Modigliani parmi les premiers habitants de la cité d’Ile Rousse en 1765, un Israélite installé à l’Ile-Rousse, qui demande à bénéficier des mêmes droits que les habitants nationaux selon la promesse de Paoli. Paoli est favorable à sa requête… etc… D’autre part les Juifs sont obligés de quitter la Sardaigne possession aragonaise, dès le 31 juillet 1492. Il est probable que de nombreuses familles se retrouvèrent dans les bouches de Bonifacio liée à Livourne pour l’exploitation du corail. De nombreux lieux et patronymes en Corse témoignent de la présence juive ou marrane comme Casalabriva (la maison de l’hébreu prés d’Olmeto en Corse du Sud). Probablement le village de Livia, Lévie prés de chez nous. (Qui pourrait aussi dire « les voies »- un croisement de routes, si on orthographiait « levie » et non « Livia »). Le nom Valli (mon nom corse) qui s’écrit aussi Bali (en hébreu la lettre Bet, B, se prononce V quand elle perd son point) est un patronyme banal en Italie et commun dans le judaïsme. (voir ici). « Ba li » signifie, « il est venu à moi », en hébreu on désigne ainsi l’enfant non attendu. Le nom Levi Valle existe dans la communauté juive de Livourne et Valli en est peut être sa contraction. (voir ici)


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Valli est peut-être aussi l’anagramme de Livia. Chi lo sa ?

Des recettes comme cacavellu présent aussi dans les communautés juives du Maroc à Pourim viennent bien sûr d’Espagne  ou ce gateau s’appelle « culeca ». La similitude entre le catenacciu à Sartène et les pénitents du vendredi Saint à Séville est frappante. Ciò chi hè scrittu in celi segui in terra. Levie IMG-20140127-00161

Four à pain de ma famille qui servait à tout le village dans le sud

corail2

NB: Le poing en corail à la fin de le vidéo est une amulette contre le mauvais oeil, l’Ochju en corse, le Haïn Hara (‘le mauvais oeil’ en hébreu), le pendant du lachion hara (« la mauvaise langue » = la lèpre dans la Bible selon le Tradition rabbinique). Le corail de corse et taillé aujourd’hui à Naples. Les rabbins de Livournes exploitaient le corail de Bonifacio en échange d’armes. Par Boswell (un anglais ami de Pascal Paoli) on sait que Paoli a accepté un accord avec la communauté juive de Livourne, comme il a passé un accord avec des entrepreneurs français au moment de la guerre de sept ans, pour les forêts. « Mais on ignore les détails de cet accord passé avec le consul de Piémont à Livourne, Antonio Rivarola (fils de Domenico, ancien chef de la révolte corse, au service du Piémont au moment de la guerre de succession d’Autriche). Paoli lui demande de prendre langue avec des « rabbins accrédités » en 1760. » (Source : Marie-Madeleine Graziani, archives départementales de Corse-du-Sud.). L’objectif était d’exploiter le corail à Bonifacio (soumis à des taxes par Gênes) péché par les corses qui l’échangeaient contre de l’argent et des armes pour la jeune nation corse.

Voir aussi sur ce blog: La Corse, île de justes, France 5 rouvre le débat Cédrats de Souccot en Corse Histoire des juifs de Corse « L’abrei corsi » « L’âme marrane, judaïsme et modernité » de Yirmiyahu Yovel

Serge Klarsfeld: « La Corse est bien une île des Justes »

(1) De nombreuses fois au début du du XVIe siècle, la Corse est victime de razzias turques. Les raids débutent avant 1530 et vont en s’intensifiant. Vers 1560 le chroniqueur Filippini note que « …depuis la pieve de Lota jusqu’à celle de Santo-Pietro dans le Nebbiu, il n’y a guère de village qui n’ait pas été attaqué par les Turcs … et même plusieurs fois… »C’est au cours de l’une de ces razzias par les maures qu’est capturé Pietro Paolo Tavera, né en 1518 en Corse et alors âgé de 5 ans. Envoyé à Istanbul, il devient janissaire, après être devenu musulman et avoir reçu une éducation militaire. Surnommé Hassan Corso, il est nommé en 1549 caïd d’Alger et calife. A 38 ans, il endure des Turcs les pires supplices (dont le supplice des crocs) pendant 3 jours, avant de mourir en août 1556 à l’âge de 38 ans. C’est pour lutter contre ces raids venus de la mer que les villages sont bâtis en hauteur et que l’Office constitua un réseau de 97 tours génoises sur toute la côte achevé en 1553, il en reste 67 aujourd’hui (voir à la fin de la vidéo dans la baie de Saint Cyprien). Pendant une longue période, beaucoup de Corses, occupèrent les hautes fonctions de l’administration ottomane en Algérie et en Tunisie. (2) dans Lionel Levy, La nation juive portugaise, Livourne, Amsterdam, Tunis 1591-1951, pg.38. Nore de l’auditeur Pierallini du 6 juillet 1792, A.S.L. Governatore e Auditore, Atti economici F 3276 cité par J-P. Filippini, « La nation juive de Livourne des Lumières au Risorgimento », in actes du colloque « La révolution français et les juifs », Paris, mai 1989. (3)     Notaire-Chancelier Giacomo Imperiale de Terrile, liasse 44, 1532. Diversorum. Cité par Antoine-Marie Graziani, Vistighe Corse, guide des sources de l’histoire de la Corse dans les archives génoises, Epoque moderne 1483-1790, Tome 1, Volume 2, Editions Alain Piazzola, Archives départementales de la Corse du Sud, Ajaccio, 2004. Pg. 303. (4) Fama postuma e la vida y muerte del Doctor Frey Lope Felix de Vega Carpio…(1636)  constitue le vol. XX des Obars sueltas de Lope de Vega. (5) En 1789, Bonaparte contribue à réprimer des émeutes populaires en Bourgogne. Il rentre ensuite en Corse où il soutient d’abord l’action de Pascal Paoli dans une ile en pleine effervescence. Mais la première rencontre entre les deux hommes, en juillet 1790, est peu concluante. Bonaparte est promu premier lieutenant en juin 1791 et transféré à Valence. Un nouveau congé le ramène en Corse. Il y est impliqué dans des échaufourées et doit rentrer à Paris en mai 1792. En juillet, il est renvoyé à Ajaccio avec le grade de capitaine. Il rompt avec Paoli et doit fuir l’île avec toute sa famille en juin 1793. Rav Harboun et Didier Long

Le Rav Haïm Harboun qui a écrit : AU TEMPS DES BÛCHERS – L’expulsion des Juifs d’Espagne (1492-1992) 

(5) LES AMBASSADEURS DE VINTIMILLE A GÊNES
Après la décision du 6 novembre 1513, une ambassade, dont faisaient partie : Pietro SPERONE, Matteo MASSA, Giobatta OLIGNANI, Santino GALLEANI e Gervasio LAMBERTI, représentants de la ville de Vintimille et Giacomo RONDELLO, Michele APROSIO et Giovanni GIBELLI, délégués des Villes et du District, le 10 janvier 1514, était allée à Gênes pour négocier les conditions qui concernaient la cession de la souveraineté de la ville de Vintimille à la Banca di San Giorgio. Les membres, qui formaient l’ambassade, indiquaient clairement la situation politique de la ville; le chef de la même était le représentant le plus important du parti des «Doria» et de la couleur « Fregoso », donc particulièrement bien vu à Gênes, tandis que les autres membres étaient tous des personnes de différentes opinions. Après quelques semaines de pourparlers, le 13 février 1514, au Palais des Compere di San Giorgio, les membres de l’ambassade signaient l’acte, notarié par le notaire Giobatta FOLIETA, qui décrétait la soumission de la ville de Vintimille à la Banca di San Giorgio.

Le 19 mars 1514 sur le parvis de l’Eglise Cathédrale, 1511 habitants de Vintimille et des Villes prêtèrent serment de fidélité au Banco di San Giorgio.

Hiloula de Rabbi Méïr, 14 Mai 2014 – 14 Iyar 5774

Tombe de Rabbi Méïr au bord du Lac de Tibériade
Tombe de Rabbi Méïr au bord du Lac de Tibériade

Cette article est dédié au rav Haïm Illouz (zal), à son épouse et à tous ses enfants.

Rabbi Meïr (רבי מאיר)

Rabbi Méïr est un des docteurs de la Mishna les plus éminents de la quatrième génération (second siècle). Grande figure spirituelle après la révolte de Bar Kokhba (132-135). On le nomme également Meïr baal Haness (le maître du miracle). Rabbi Méïr était fils de convertis, comme le furent aussi Chmaya et Avtalion, ainsi que Rabbi Akiva son maître. Rabbi Méïr fut le témoin de l’assassinat et du martyre des justes de son temps. Il  les romains lacérer le corps de son maître Rabbi Akiba avec des peignes de fer ; comment Yéhouda Ben Bara  fut tué, comment Rabbi Hananya Ben Téradion fut condamné par les romains à être brûlé vif. Berouria, fille ainée de Rabbi Hananya Ben Téradion devint la femme de Rabbi Méir. Elle est présentée par le Talmud comme une femme savante assise au milieu des Sages.

La Hiloula

Le terme Hiloula est utilisé pour désigner le jour anniversaire du décès d’un Tsadik (juste) . « Hiloula » est lié au mot « Hallel », qui signifie louange. On rappelle son Avodat Hachem (service de D.ieu), ses actions, ses midot (traits de caractères), son amour infini pour les créatures de D.ieu et surtout sa proximité avec l’Eternel et ses miracles. Rabbi Chimon bar Yo’haï, le jour où il quitta ce monde, demanda à ses disciples de considérer cette date comme « le jour de ma joie ». La tradition juive veut que le jour de la Hiloula, les juifs affluent sur la tombe du Juste, parfois ils y dansent et prient. Des chants, des piyoutim sont entonnés en son honneur et de nombreux cierges et des veilleuses à l’huile sont allumés. Candle Lors des prières du jour de Kippour, les fidèles prononcent plusieurs fois « Dieu de Rabbi Méïr, exauce-nous ! ». Pourquoi ?

« Dieu de Rabbi Meir sauve-moi ! »

Le Talmud de Babylone, Traité Avoda Zara, dans sa page 18a rapporte une hagadah, une histoire. Brouria (la femme de Rabbi Méïr et une grande savante) accepte le décret impérial de mise à mort de son père et sa mère, mais refuse la situation de sa sœur, arrêtée et placée dans un lieu de prostitution. Brouria interpelle Rabbi Méïr et lui demande de la délivrer de ce lieu. Rabbi Méïr prend un tarkab de dinars, se déguise en cavalier romain et tente de séduire sa belle-sœur. Elle lui répond : « j’ai mes règles ». Rabbi Méïr insiste et rétorque qu’il attendra. Mais elle le repousse en usant de différents arguments. Rabbi Méïr comprend alors qu’elle est restée droite et pure. Lire la suite de « Hiloula de Rabbi Méïr, 14 Mai 2014 – 14 Iyar 5774 »

Mi Shema’amin, « Celui qui croit »

(Chorus:)
מי שמאמין לא מפחד
את האמונה לאבד
ולנו יש את מלך העולם
והוא שומר אותנו מכולם
 
בכל מקום, כל הזמן
יש לכולנו מגדול ועד קטן
ימים יפים, וגם פחות
וביניהם תשובה לכל השאלותיש אלוהים אחד גדול
הוא בעולם הזה נותן לנו הכל
בין אפלה לקרן אור
את הנתיב אנחנו רק צריכים לבחורוזה ידוע החיים הם מתנה
הכל צפוי והרשות נתונה
(Chorus:)
העם הזה הוא משפחה
אחד ועוד אחד זה סוד ההצלחה
עם ישראל לא יוותר
תמיד על המפה אנחנו נשארוזה ידוע חיים הם מתנה
הכל צפוי והרשות נתונה
(Chorus:)
אנחנו מאמינים בני מאמינים
ואין לנו על מי להישען
אלא, אלא על אבינו
אבינו שבשמים
 
(Chorus:)

 

Mi shema’amin lo mefached
Et ha’emuna le’abed
Velanu yesh et melech ha’olam
Vehu shomer otanu mikulam
 

Bechol makom kol hazman
Yesh lechulanu migadol ve’ad katan
Yamim yafim vegam pachot
Uvenehem tshuva lechol hashe’elot
Yesh Elohim echad gadol

Hu ba’olam haze noten lanu hakol
Ben afela lekeren or
Et hanativ anachnu rak tzrichim livchor
Veze yadu’a hachayim hem matana
Hakol tzafuy veharashut netuna

Mi shema’amin lo mefached
Et ha’emuna le’abed
Velanu yesh et melech ha’olam
Vehu shomer otanu mikulam

Ha’am haze hu mishpacha
Echad ve’od echad ze sod ha’atzlacha
Am Israel lo yevater
Tamid al hamapa anachnu nisha’er

Veze yadu’a hachayim hem matana
Hakol tzafuy veharashut netuna

Mi shema’amin lo mefached
Et ha’emuna le’abed
Velanu yesh et melech ha’olam
Vehu shomer otanu mikulam

Il n’a pas peur, celui qui croit
De perdre la foi
Nous avons pour nous le roi du monde
Et il nous préserve de tout.
Dans chaque endroit, à tout moment,
Pour chacun de nous, l’adulte et le jeune,
Il y a des jours plus ou moins bons,
Et parmi eux, une réponse à chaque question.Il y a un seul grand Dieu
Dans ce monde, il nous donne tout,
Entre les ténèbres et un rayon de lumière,
Nous devons seulement choisir le chemin.

C’est connu : la vie est un cadeau
Tout est possible et la permission est donnée.
Il n’a pas peur, celui qui croit
De perdre la foi
Nous avons pour nous le roi du monde
Et il nous préserve de tout.

Ce peuple est une famille
Un plus un, c’est le secret de la réussite
Le peuple d’Israël n’abandonnera pas
Nous resterons toujours sur la carte.

C’est connu : la vie est un cadeau
Tout est possible et la permission est donnée.

Il n’a pas peur, celui qui croit
De perdre la foi
Nous avons pour nous le roi du monde
Et il nous préserve de tout.

Hashem melech, hashem malach. Hashem yimloch leolam vaed

Le Seignuer règne, le Seigneur a régné, le Seigneur régnera, pour toujours

L’âge d’or Judéo-espagnol

LadinoQuelques traductions de chants judéo-espagnols (merci à Marie Pierre qui connait la littérature et la langue espagnoles)

Ces chants sacrés ou profanes sont ceux des expulsés d’Espagne en 1492, ils se sont répandus dans toute la méditerranée en Turquie à Salonique, en italie, de l’Iran au Maghreb en passant par le Maroc.

En général, les expulsés s’intégraient aux communautés juives existantes et adoptaient leur langue au bout d’un certain temps. En revanche, dans le nord du Maroc et dans l’Empire ottoman alors en formation, ils maintiennent leur langue espagnole et l’imposent aux communautés juives antérieures, voire aux non-juifs qui s’en font une langue véhiculaire indispensable dans les relations commerciales. Le judéo-espagnol est essentiellement du castillan du XVème siècle, sa langue et ses mélodies ont été influencées par le turc, l’arabe marocain, l’italien, l’hébreu… les pioutim.

Il y a dans ces chants la fascination de la mer qui s’ouvre et la nostalgie du pays perdu.

Il y a en eux le drame de tous les exils, la quête d’identité mais aussi l’espoir de Sion.
Ecouter ici le magnifique témoignage de Mor Karbasi. Ici sur le site d’Akadem. 

J’ai pour ma part commencé à m’intéresser à la musique ladino en Turquie, au cours d’un voyage à Istanbul en 2011. C’était le vendredi 02 mai veille du shabbat. Nous sommes partis à la recherche de ce qui pouvait rester là-bas du judaïsme et sommes arrivés dans le quartier très pauvre de Balat. Jusqu’au milieu du XXe siècle, sa population était très majoritairement juive séfarade. On y trouvait aussi des Grecs, des musulmans et quelques Arméniens. Aujourd’hui, on estime que 40 % de la population du quartier sont installés à Istanbul depuis moins de 5 ans pour la plupart de turcs d’Anatolie. (voir ici des photos anciennes du quartier juif) Et nous sommes tombés sur la synague Ahrida. Mes voyages à Amsterdam, mes discussions avec des juifs de Salonique et de Livourne… ont fini de me convaincre que le monde des expulsés d’Espagne était une seule et unique culture.

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Irme Kero « Mère, je veux aller »

 

Irme Kero madre a Yerushlayimkomer de sus frutos, bever de sus aguas Mère, je veux aller et aimer Jérusalem
Je veux gouter ses fruits et boire ses eaux
En el me Arimo yoY en el M’afalago yoY en el Senior del todo el Mundo En Lui (el = « en lui » en espagnol et Elohim, « D.ieu » en hébreu) je trouve mon roc (point d’attache)
Et en lui j’ai mon abri
En son nom (Ye = « Yahvé », le Tétragramme) du Seigneur de tout l’univers
Y lo estan fraguando kon el piedras presiozasY lo estan lavrando kon piedras presiozas Et il sont en train de l’élever avec des pierres précieuses
Et ils ont en train de l’incruster avec des pierres précieuses
Y el Bet Amikdash lo vor d’enfrenteA mi me parese la Luna Kresiente Et je vois le Temple (Beith Ha-Mikdash) en face de moi qui me paraît comme la lune montante
En el me arimo yoY en el m’afalago yoY en el Senior del todo el Mundo En Lui (el = « en lui » en espagnol et « Elohim », D.ieu en hébreu) je trouve mon roc (« point d’attache »)
Et en lui j’ai mon abriEn son nom (Ye = Yahvé) du Seigneur de tout l’univers

Durme, Durme, « Dors, dors, » (comptine juive en judéo-espagnol)

 

« Durme » signifie « Dors ». Cette berceuse vient du répertoire médiéval castillan. Cependant, des versions proches existent dans le répertoire judéo-espagnol.

 

En eloheinou, Muestro Senyor Elohenu, « Notre Seigneur D.ieu »

 

Adio Querida, « Adieu bien-aimé »

 

Adio Querida est le chant de rupture d’une femme à bout.

Adio,
Adio Querida,
No quero la vida,
Me l’amagrates tu
Adieu, Adieu bien-aimé,
Je ne veux plus de la vie
Car tu as me l’a rendue misérable.
Tu madre cuando te pario
Y te quito al mundo
Coracon ella no te dio
Para amar segundo
Quand ta mère t’as délivré et porté au monde
Elle ne t’as  pas donné un cœur pour aimer à ton tour
Va, busacate otro amor,
Aharva otras puertas,
Aspera otro ardor,
Que para mi sos muert
Va chercher un autre amour,
Ouvre d’autres portes,
Trouve un autre désir
Car pour moi c’est la mort

 

Quando el Rey Nimrod, « Quand le roi Nimrod »

el Rey Nimrod raconte la naissance d’Abraham menacée par son antithèse, le roi Nimrod.

Dans la Genèse, Nimrod est présenté comme un fils de Koush, lui-même fils aîné de Cham et petit-fils de Noé. Nimrod est le premier héros sur la terre, et le premier roi après le Déluge. En hébreu Nimrod vient du verbe maradh, qui dérive du verbe Mered, qui signifie « se rebeller ». Nimrod devint le symbole de la révolte contre Dieu.

Dans la tradition juive depuis au moins le premier siècle on raconte qu’il initia la construction de Babel. Flavius Josèphe vers 95 à Rome écrivit : « [Nimrud] peu à peu, transforme l’état de choses en une tyrannie. Il estimait que le seul moyen de détacher les hommes de la crainte de Dieu, c’était qu’ils s’en remissent toujours à sa propre puissance. Il promet de les défendre contre une seconde punition de Dieu qui veut inonder la terre : il construira une tour assez haute pour que les eaux ne puissent s’élever jusqu’à elle et il vengera même la mort de leurs pères. Le peuple était tout disposé à suivre les avis de [Nimrod], considérant l’obéissance à Dieu comme une servitude ; ils se mirent à édifier la tour […] ; elle s’éleva plus vite qu’on eût supposé. » — Antiquités Juives, I, 114, 115 (IV, 2, 3).

Traduction page suivante : Lire la suite de « L’âge d’or Judéo-espagnol »

Deux ramoneurs l’un noir et l’autre blanc…

Pour comprendre la forme du raisonnement talmudique en quelques minutes …

Pessah, fête de l’UN

 

Une méditation sur le korban Pessah suite à une conférence du Rav Harboun sur l’Unité du korban Pessah.assiette-de-seder

Pessah, fête de l’UN

Un seul korban Pessah

Concernant le korban Pessah, le sacrifice pascal, les os de l’agneau ne devaient pas être brisés, cassés en deux, ils devaient être UN. Lors de la grillade, la bête devait rester entière ; ne pas être découpée auparavant en morceaux. L’agneau devait être : ben chana, (fils de l’année, il a un an) , tamim, entier, sans défaut. UN.

Pas de demi mesure,pas de découpe : « N’en mangez rien qui soit à demi cuit, ni bouilli dans l’eau mais seulement rôti au feu, la tète avec les jarrets et les entrailles ».(Ex 12, 9) 

Voilà pourquoi on met un os dans l’assiette du Seder (photo)

Un seul jour du mois UN

Tout se passe le  mois UN, lehadeshei (לְחָדְשֵׁי הַשָּׁנָה.) de l’année : « Ce mois-ci est pour vous le commencement des mois; il sera pour vous le premier des mois de l’année. » (Ex 12, 2)

Tout doit se dérouler en un jour,  on ne doit pas consommer le korban Pessah le lendemain, Il était proscrit d’en laisser jusqu’au matin ; tout devait être consommé la nuit même. le jour devait être UN.: « Et l’on en mangera la chair cette même nuit ...Vous n’en laisserez rien pour le matin; ce qui en serait resté jusqu’au matin, consumez-le par le feu. » (Ex 12, 8. 10)

Une seule famille

« On se procure UN agneau par maison » (Ex 12, 3). « Celui dont le ménage sera trop peu nombreux pour manger un agneau, s’associera avec son voisin, le plus proche de sa maison, selon le nombre des personnes; chacun, selon sa consommation, réglera la répartition de l’agneau. » (Ex 12, 4). Les familles doivent se réunir être UNE.

La famille doit rester unie dans sa maison : « Que pas un d’entre vous ne franchisse alors le seuil de sa demeure, jusqu’au matin. » (Ex 12, 22)

Un seul peuple

La fête de Pessah est la fête de l’UN nous a expliqué le Rav Harboun. en effet il faut faire l’unité du peuple : le pauvre est invité à la table dés le début de la Haggadah, le peuple doit être UN, ehad‘ :

«  Voici le pain de misère que nos pères ont mangé en terre d’Egypte. 
Quiconque a faim vienne et mange !
Quiconque est dans le besoin vienne et célèbre Pessah avec nous !
Cette année ici, l’an prochain dans le Pays d’Israël
cette année esclaves, l’an prochain, hommes libres. »

Haggada de Pessah 

Tous sont invités à la fête, le Lévie (qui ne possède pas d’argent durant Pessah’ car ils ne possédaient aucun terrain en Erets Israël), l’étranger, le serviteur, la servante, l’l’orphelin,la veuve… tous sont UN :

« Durant 6 jours tu consommeras des Matsot et le 7ème jour sera un évènement pour Hachem ton D… Tu ne feras aucun travail…Tu te réjouiras devant Hachem ton D., toi, ton fils, ta fille, ton serviteur, ta servante, ainsi que le Levi qui habite parmi toi, et l’étranger ainsi que l’orphelin et la veuve qui sont au milieu de toi, à l’endroit qu’Hachem ton D. choisira pour y faire résider son Nom. » (Dévarim chap.16)

Lire la suite de « Pessah, fête de l’UN »

Chabbat Hagadol : le Grand Chabbat, 12 Nissan 5774

Sefer torah

La dracha du Rav Haïm Harboun pour Chabbat Hagadol.
12 Nissan 5774, 12 avril 2014

Le Chabbath précédant Pessah‘ s’appelle Chabbath Hagadol ‘‘le Grand Chabbath’’. En effet le 10 Nissan de l’année juive 2448, année de la Sortie d’Egypte, tomba un Chabbath. Ce jour là comme l’avait ordonné Moïse, sur l’ordre de D., les enfants d‘Israël prirent un agneau par famille qu’ils gardèrent attaché au pied de leur lit jusqu’au14 Nissan. Dans l’après midi de ce jour, ils sacrifièrent l’animal pour en griller la viande et la consommer le soir du 15 Nissan en conclusion (Afikomen) du premier soir du Séder de l’histoire d’Israël. Les ovins étaient considérés comme des animaux sacrés de l’Egypte et les tuer était un sacrilège. Cependant les Egyptiens ne réagirent pas et on peut considérer que pour la première fois, Israël s’affranchit du joug de l’Egypte. Lire la suite de « Chabbat Hagadol : le Grand Chabbat, 12 Nissan 5774 »

Paracha Tetsavé : le corps et les idées

La dracha de Gérard Haddad sur la Paracha Tétsavé sur le site Akadem : cliquer ici

« Et toi tu ordonneras aux fils d’Israël et ils t’apporteront de l’huile d’olive pure pressée pour la lumière
pour faire brûler une lampe sans cesse »
(Exode, chapitre 27 )

neer tamid

Midrach Tan’houma sur Parachat Tetsavé, chapitre 27 §4 « Et ils t’apporteront »

Dieu dit à Moïse: ce n’est pas Moi qui ai besoin de cette lampe, mais c’est pour toi qu’ils l’apporteront, pour que tu puisses voir où tu entres et où tu sors.

A quoi cela ressemble-t-il ?

A un aveugle et un clairvoyant qui marchaient ensemble. Le clairvoyant soutenait l’aveugle. Le soir le clairvoyant dit à l’aveugle, allume-nous la lampe.

L’aveugle lui dit: « jusqu’à présent tu me guidais dans l’obscurité alors que moi-même je n’y vois rien, et maintenant tu me demandes d’allumer la lampe ?! »  Le clairvoyant c’est Dieu, à propos duquel il est écrit « Les yeux de l’Eternel parcourent toute  la terre » (Zacharie 7,10). L’aveugle c’est le peuple juif à propos duquel il est écrit « Nous errons comme des aveugles le long d’un mur, comme des gens privés de leurs yeux nous marchons à tâtons » (Isaïe 59,10).


Mishna Péa, chapitre 1, Mishna 1

Voici les actions dont l’homme mange l’usufruit dans ce monde-ci, mais dont le capital se trouve dans le monde à venir : le respect du père et de la mère, les bienfaits, la réalisation de la paix entre un homme et son ami, mais l’étude de la Torah équivaut à toutes ces actions.

 

Synagogue en Tunisie, le pays de Gérard Haddad
Etude de la Torah dans une synagogue en Tunisie, le pays de Gérard Haddad