Comment des canons juifs fabriqués à Lerici sont arrivés en Corse à la Renaissance.

J’ai fait une découverte historique intéressante en travaillant sur le Ghetto de Lerici en Ligurie.

lerici (1)

Lerici 2

Lerici

Des canons juifs de Lerici pour les Corses

C’est à Lerici près de la Spezia à une vingtaine de kilomètre de Massa (On se rappelle que Pietro Massa est le fondateur de Ventimiglia la Nuova-Porto Vecchio en 1569) sur la côte Ligure, ainsi que l’écrit l’historien Francesco Poggi dans son livre Lerici ed il suo Castello, qu’ont été fabriqués de gros canons de bronze transférés un à un vers la Corse, pour réduire les risque de naufrage, en 1507 et en 1508.

Lerici

Canon retrouvé dans le port de Gênes fin XVIè s.

Il y avait une forge à Lerici et un ghetto. Comme chacun le sait le mot ghetto vient du dialecte vénitien. Ce mot vient de l’usage de jeter à la mer les scories de fonderie « zetto », d’où cette appellation à Venise dès 1516 et aussi à Lerici. Au départ la rue des juifs n’est qu’une Giudecca, un quartier juif… mais assez vite l’inquisition exige qu’on sépare chrétiens et juifs et on y installe des portes fermées la nuit. Les juifs sont désormais enfermés dans ce qui est devenu un ghetto.

Ces armes étaient fondues par des maîtres fondeurs Juifs, présents aussi à Chiavari est à Sestri Levante sur la côte Ligure à mi-chemin vers Gênes. La fonderie devait être au fond de l’actuelle Piazza Mottino à Lerici appelée en dialecte ligure « er piassèo » .

Piazza Mottino LericiPiazza Mottino

Lerici 1650Lerici en 1650, Matthaus Merian “Il Vecchio”

Les documents témoignent qu’à Lerici un quartier entier a pris son nom d’une fonderie située près du périmètre extérieur du ghetto, en haut de la rue Revellino, correspondant globalement aux numéros 24 à 36.

Lerici via del ghetto

Lerici Matteo VinzoniLe Ghetto de Lerici sur une carte de Matteo Vinzoni vers 1773.

Ghetto di LericiLa rue du Ghetto (en jaune)

En 1487 la maire de  Lerici, Giovanni de Saulo, était juif. Le professeur Calzolari a montré la probabilité d’une forte concentration de fondeurs juifs à Lerici depuis au moins le XVème siècle. En 1607, la République de Gênes réalise son premier et unique recensement. Lerici et ses dépendances comptent 1 524 habitants.

Entrée du ghettoCette arche était la porte de fer du ghetto fermé la nuit

quartier juif 1

quartier juif 2 La porte haute du ghetto se trouvait ici Montée Ravellino

Comment les juifs sont-ils devenus fondeurs ? A partir du XIIIe siècle, les juifs se répandent dans les villes et les petites villes d’Italie. Des familles ou groupes de familles, qui viennent de Rome ou de l’Italie du sud, mais aussi d’Allemagne, de France, de Provence et à partir de 1440. Cette population explose avec l’arrivée des séfarades  de la péninsule ibérique. Ils assurent le prêt à la consommation ou « usure » mais ils sont aussi : médecins, marchands, tanneurs, fondeurs, tailleurs, brodeuses, couturières, petits détaillants… c’est ainsi que, souvent associés à d’autres artisans non-juifs, les juifs devinrent spécialistes du verre et des vitraux et fondeurs.

synagogue

Le numéro 1 de la Via del Ghetto où était autrefois située la synagogue.

Dans un document de 1562, on trouve dans le territoire de Lerici, les deux noms de Juifs séfarades et Ashkenazes : comme Antonius Spagnolus (juifs d’Espagne) et Simon Todechus , Petro Todecho (Todeschus ? L’allemand), Simon De Bethel (bétel en hébreu est la «maison de Dieu»), Simon Balania, Bernardus Temenini (Temin est un nom juif italien répandu).

En 1562, la Casa di San Giorgio donna le territoire de Sarzana à la République de Gênes. Le Podestat/ Catelliana de Lerici, tomba sous cette juridiction. La communauté de juive de Sarzana avait son propre conseil des anciens et fut très importante.

De nombreux documents rapportent les arrestations sur les quais de Juifs qui ne portaient pas le badge jaune sur la poitrine les identifiants. Travailleurs ou les hommes d’affaires, ont les enfermait dans le château jusqu’à ce qu’ils versent une forte amende.

Où l’on retrouve les Della Costa, Costa, Da Costa armateurs juifs et…. patronymes corses

Un document génois (Archivio Stato di Genova, notaire Giovanni Battista Boccardo, filza 30) nous renseigne sur les activités d’armateurs et entrepreneurs juifs à Lerici. Y apparait le maître-propriétaire Lerici Francesco Pagano qui déclare, le 23 Juin 1711, avoir reçu de du Juif Gabriel Fonseca Della Costa, fils de feu Emanuel, 200 pièces à investir dans la construction d’une felouque (petites embarcations destinées au cabotage) sur la plage à Lerici. Le 29 Novembre, 1713 Gabriel a annoncé qu’un certain Abram Valerii était débiteur de Francesco Pagano.
Nous tirons de ce texte le précieux témoignage de l’investissement dans la construction juive une felouque à Lerici. La plage en question est la Piazza Garibaldi aujourd’hui.
Les Della Costa étaient l’une des plus importantes familles juives de la région implantés dans le grand commerce maritime et la construction navale et aussi présente e Corse. Un Manoel Da Costa qualifié de « marrane », réside dans le ghetto de Venise en 1608, sous le nom hébreu de Moïse et un Masaod Abram Da Costa est un représentant de la communauté juive de Gênes, en 1673.
La dernière famille juive résidant Via del ghetto fut celle de Salomon Funaro, originaire de Livourne , qui y exploitait un magasin de vêtements au débuts du XXème siècle . Les hommes et les femmes qui, en 1946, a quitté de la ville de La Spezia pour atteindre la Palestine, comme un signe de gratitude ont changé le nom de La Spezia en« Shaar Zion » la Porte de Sion. Aujourd’hui, entre 530 et 700 habitants de la Ligurie sur 1 642 000 sont juifs.

Lerici nuit

Voir aussi : https://m.facebook.com/notes/circolo-culturale-multimediale-la-rotonda/la-comunit%C3%A0-ebraica-di-lerici-nota-di-alessandro-manfredi/297168633677404/?p=10

3 commentaires sur « Comment des canons juifs fabriqués à Lerici sont arrivés en Corse à la Renaissance. »

  1. Bonjour Monsieur,

    M’autorisez-vous à mettre sur un forum associatif, une cinquantaine de personnes, la plupart membres de Liberté du Judaïsme, cet article sur la Corse ainsi que le précédent ?

    Au cours d’une conférence (Sefarad revisitée dans l’Espagne contemporaine) prononcée par Danièle Rozenberg dans le cadre de cette association en novembre dernier, des interrogations ont surgi à propos de la Corse et vos articles sont bienvenus.

    Vous pouvez d’ailleurs en prendre connaissance sur le site http://www.liberte-du-judaïsme.fr

    Je vous remercie de votre réponse et vous adresse avec mes remerciements pour tout ce que vous donnez sur votre blog mes plus cordiales pensées.

    Brigitte Thiéblin

    Lectrice de votre blog et membre de L.J.

    P.S. C’est par Gérard Haddad, conférencier et ami de L.J. que j’ai entendu parler de vous pour la première fois.

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