Seli’hot : le monde repose sur le « hessed », la générosité

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Marc Chagall, les fiancés, 1932

Le Hessed, qu’on peut traduire par générosité, bienveillance, bonté est l’un des treize attributs dits de « miséricorde ». Manifester son hessed n’est jamais évident, en recevoir parfois pas plus. Donner sans rien attendre est rare. Quelques éclairages :

Donner sans condition

Le hassid, le fidèle, c’est cet homme pieux des psaumes empli d’amour et de gratitude envers l’Eternel. Hassida c’est la cigogne car elle revient chaque année. Fidèle.

 » Voici les devoirs qui n’ont pas de limites : l’abandon de l’angle du champ aux nécessiteux lors de la moisson ; le sacrifice lors des visites au Temple et à l’occasion des fêtes de pèlerinage ; les actes de bonté et l’étude de la Torah. » ( Maïmonide, Mishné Torah, traité Hilkhot Tefillah 1, 4.)

L’acte de charité d’abandon du coin du champs pour le glaneur pauvre ne connait pas son bénéficiaire. La générosité est sans condition.

« Le monde repose sur l’amour » (hessed)

La bonté est l’un des trois piliers sur lesquels repose le monde :

« Chimone le Juste fut parmi les derniers des Hommes de la Grande Assemblée. Il disait :  »Le monde repose sur trois piliers : [L’étude de] la Torah, le service [de Dieu] et les actes de bienveillance (Gmilout hassadim). » » (Pirké Avot 1, 2)

Le hessed, la bonté est le début et la fin de la Torah :

« R. Simlai a expliqué: La Torah commence par un acte de bienveillance (Gemilout hassadim, lit., «faire des actes de bonté») (Gn 3, 21) et se termine par un acte de bienveillance. Cela commence par un acte de bienveillance, car il est écrit: Et le Seigneur Dieu a fait pour Adam et pour sa femme des manteaux de peau et les a vêtus; et cela se termine par un acte de bienveillance, car il est écrit: et il l’a enterré dans la vallée ». (TB Sotah 14a)

La hassidout est donc l’essence de l’être créé, le cœur de la création, un des attributs qui la relient à l’éternel.

« Quel Dieu est semblable à toi, qui pardonnes l’iniquité, qui oublies les péchés du reste de ton héritage ? Il ne garde pas sa colère pour toujours, car il prend plaisir à la bonté (hessed). » (Michée 7, 18)

« Je t’aime d’un amour éternel ; c’est pourquoi je te conserve ma bonté (hessed). » (Jr 31, 3)

Amour et vérité

La bonté envers un mort, la hevra kaddicha est un hésèd chel émèt, une « bonté en vérité », car c’est un acte totalement gratuit, qui n’attend rien en retour. C’est Abraham sur son lit de mort disant à Joseph :

« Use envers moi de grâce (héssèd) et de vérité (émèt) : ne m’enterre pas en Égypte, mais aux côtés de mes parents » (Gn 18).

L’amour généreux est lié à la vérité dans l’énoncé des 13 attributs divins. La vérité au centre (7ème attribut, 6 avant, 6 aprés) est entourée en chiasme deux fois par la bonté (hessed). La vérité est donc au coeur des noms de D-ieu mais comme nous n’en sommes pas capables l’amour l’entoure.

 » Vérav hessed veémet notser héssed, Plein d’amour et de vérité qui conserve son amour… »

Et le psaume confirme cette alliance de la vérité et de l’amour :

« l’amour (hessed) et la vérité (emet) se rencontrent, la justice (tsedakaà et la paix (Chalom) s’embrassent » (Ps 85, 11)

une vérité dite sans bonté ne vaut rien, un amour sans vérité est une tromperie.

Hassidim

Cette générosité qui n’attend rien inscrit l’homme dans sa vérité dans l’être, le rétablit dans le flux de générosité de D-ieu à chaque instant pour sa création. Le simple fait d’être vivant, créé à chaque instant est un miracle de la grâce et de la science.

Le hassid, cet homme pieux, est décrit pas le Pirqé Avot :

Il y a quatre attitudes chez les individus. Celui qui dit : « Ce qui est à moi est à toi et ce qui est à toi est à moi » : c’est l’inculte (am haarets) ; [celui qui dit :] « Ce qui est à moi est à moi et ce qui est à toi est à toi » : c’est l’attitude intermédiaire. Certains affirment que c’est l’attitude [des gens] de Sodome. [Celui qui dit :] « Ce qui est à moi est à toi et ce qui est à toi est à toi » : c’est le pieux (hassid) ; [celui qui dit :] « Ce qui est à toi est à moi et ce qui est à moi est à moi : c’est le méchant. (Pirkei Avot 5, 10)

 » Il y a quatre attitudes parmi ceux qui donnent : celui qui souhaite donner, mais que les autres ne donnent pas : il voit d’un mauvais œil [la bonté] des autres [et la récompense qu’ils en recevront] ; celui qui souhaite que les autres donnent, mais ne souhaite pas donner lui-même : il voit d’un mauvais œil [la dépense de] son argent ; celui qui souhaite donner et que les autres donnent : c’est le pieux (hassid) ; celui qui ne souhaite ni donner ni que les autres donnent : c’est le méchant. » (Pirké Avot 5, 13)

Dans la Amida on appelle la grâce sur les hassidim immédiatement après les tsadikim (sages) : al ha-Tsaddiqim veal ha-Hassidim.

Les psaumes sont remplis de ces hassidim qui espèrent en D.

א הַלְלוּ-יָהּ:
שִׁירוּ לַיהוָה, שִׁיר חָדָשׁ; תְּהִלָּתוֹ, בִּקְהַל חֲסִידִים.
1 Alléluia! Chantez à l’Eternel un cantique nouveau, que ses louanges retentissent dans l’assemblée des hommes pieux (hassidim) !

ד כִּי-רוֹצֶה יְהוָה בְּעַמּוֹ; יְפָאֵר עֲנָוִים, בִּישׁוּעָה.

4 Car l’Eternel prend plaisir à son peuple, il entoure les humbles (anavim) de salut comme d’une parure.

ה יַעְלְזוּ חֲסִידִים בְּכָבוֹד; יְרַנְּנוּ, עַל-מִשְׁכְּבוֹתָם.

5 Les hommes pieux (hassidim) peuvent exulter avec honneur, entonner des chants sur leurs lits de repos.

ו רוֹמְמוֹת אֵל, בִּגְרוֹנָם; וְחֶרֶב פִּיפִיּוֹת בְּיָדָם.

6 Des hymnes louangeurs de D-ieu sur les lèvres, une épée à deux tranchants dans leur main,

Le psaume 100

ה  כִּי-טוֹב יְהוָה, לְעוֹלָם חַסְדּוֹ;    וְעַד-דֹּר וָדֹר, אֱמוּנָתוֹ. 5 Car l’Eternel est bon, sa grâce (‘hessed)  est éternelle, sa bienveillance (‘hessed) s’étend de génération en génération.

le psaume 103

יז  וְחֶסֶד יְהוָה, מֵעוֹלָם וְעַד-עוֹלָם–    עַל-יְרֵאָיו;
וְצִדְקָתוֹ,    לִבְנֵי בָנִים.
17 Mais la grâce (‘hessed) du Seigneur dure d’éternité en éternité en faveur de ceux qui le craignent; sa bienveillance (tsédaka) [s’étend] aux enfants des enfants

Le psaume scande ki léolam ‘hasdo. « Car sa bonté est éternelle ».

Hessed et tsedaka

Le hessed n’est pas la tsedaka, cet acte de charité qui rétablit la justice (tsedek). Elle lui est suppérieure.

La bienfaisance – Gemilout Hassadim – est supérieure à la tsédaqah en trois points : la tsédaka se fait avec de l’argent ; la bienfaisance s’accomplit par un service personnel ou avec de l’argent ; la tsédaka ne s’exerce qu’envers le pauvre ; la bienfaisance peut être dispensée au pauvre et au riche ; la tsédaka ne peut être faite qu’au vivant ; la bienfaisance atteint les vivants et les morts. (TB Soucca 49b)

La générosité est souvent associée à la vérité dans la Torah et les tehilim :

« Quand l’Eternel nous aura livré ce pays, nous agirons à ton égard avec bienveillance (hessed) et loyauté (émèt)  » (Jos 2, 24)

Le penchant naturel de l’homme est de repousser les autres mais il doit laisser une part de lui même qui accueille, sa main droite doit être généreuse « Toujours laisser la main gauche repousser et la main droite rapprocher » :

 » Nos rabbins ont enseigné: Elisée était atteint de trois maladies: l’une parce qu’il avait soulevé les ours contre les enfants, l’autre parce qu’il avait chassé Gehazi avec ses deux mains, et l’un d’entre eux était mort; comme il est dit: Maintenant, Elisée était tombé malade de sa maladie dont il est mort (2R 13, 14).

Nos rabbins ont enseigné: Toujours laisser la main gauche repousser et la main droite rapprocher. Pas comme Elisée qui a chassé Gehazi avec ses deux mains (et pas comme R. Joshua b. Perahiah qui a poussé un de ses disciples avec ses deux mains) » ( TB Sotah 47a)

4 commentaires sur « Seli’hot : le monde repose sur le « hessed », la générosité »

  1. Très galvanisant comme souvent merci. Cela pourrait également être une excellente introduction aux piliers de la kabale.

  2. Le monde repose sur l’Amour. Ce thème a été traité 100 000 fois mais en vain, semble-t-il. Il fallait une nouvelle réflexion pour sortir des banalités convenues. Je vous remercie pour cet apport riche d’enseignements dont j’essaierai de me souvenir. Face à la confusion des valeurs, aux récupérations, ce texte propose un chemin d’espérance afin de surmonter les déceptions du quotidien et de transcender ses propres médiocrités. L’essentiel est ailleurs mais aussi c’est ici et maintenant qu’il faut se situer. Amicalement.

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