Comment les juifs « PADOVANI » sont arrivés en Corse

Le nom PADOVANI, PADOVANO, PADOVA, PADOA, renvoie à la ville de Padoue. Certains attribuent en Corse la patrenité de ce nom à Saint Antoine de Padoue sans aucune preuve documentaire … Il suffirait pourtant de se demander pourquoi un François d’Assise n’aurait pas donné le nom ASSISI en Corse)… Et les PARMEGIANI ne sont pas plus des amateurs de Parmesan !

En réalité le patronyme PADOVANI vient d’Italie, il est d’origine juive et en voici quelques preuves documentaires.

Les PADOUANS Juifs

La première attestation d’une présence juive à Padoue date de 1369. Des Juifs de Rimini et des Marches d’Ancône ont commencé à affluer vers Padoue.

On trouve des PADOVANO juifs dans les Archives secrète de Gênes à Vérone et en Ligurie (San Remo) dès 1391, probablement des fugitifs des pogrom qui ensanglantent la péninsule ibérique la même année (50 000 morts selon les contemporains qui exagèrent probablement le chiffre).

 « Salomon Padovano, ebreo di Verona, chiede l’esenzione dal segno durante il viaggio a San Remo, dove si reca a comprare cedri e palme. »

ASG, Archivio Segreto, Jurisdictionalium Hebreorum, filza 1391, documento senza data

Ces gens ont pris le nom de leur ville d’arrivée.

Synagogue de Padoue, Hanoukia

Au début du XVe siècle, arrivent également à Padoue des juifs de France, d’Allemagne, d’Espagne et du Levant.

À partir de la seconde moitié du XIVe siècle, une présence juive se manifesta dans la Contrada del Ponte dei Mulini et, plus tard, dans le centre-ville ou à proximité immédiate, comme au Ponte Altinate, à S. Giuliana, à la Piazza delle Legne et de la Face des Nègres, qui devint plus tard la Face des Juifs, et dans la Via S. Canziano.

Comme partout en Italie on trouve des synagogues et confréries par langues : la Scuola italiana, la Scuola levantina (juifs turcs et d’Orient), la Scuola dei tedeschi (allemands = ashkénazes).

Synagogue de Padoue
Synagogue de Padoue

La conquête vénitienne en 1405 oblige les juifs à vendre maisons et terrains et limita à 12 % les taux d’intérêts de l’usure.

Le 17 juillet 1509 la ville est assaillie par les troupes de Maximilien Autriche et les rues juives mises à sac.

Padoue, rue juive

Au XVIe siècle, Padoue est l’un des grands centres du judaïsme médiéval, avec une très célèbre académie rabbinique où de nombreux étudiants viennent de toute l’Europe et font partie de la seule faculté de médecine d’Europe qui tolère les juifs parmi ses étudiants comme Yéhuda PADOVA qui porte aussi le nom de la province espagnole de Léon d’où il vient.

Le ghetto est institué en 1601 : plus de 600 personnes s’y entassent.

L’Italie depuis 1391 et surtout l’exode de 1492 est en fait une vaste fourmilière où les juifs chassés d’Espagne passent de ville en ville aux grès des édits d’expulsion du Saint Office de l’Inquisition pendant plusieurs siècles. La market-place de Venise à proximité de Padoue occupe une place particulière d’échangeur marchand vers l’Asie et de lien avec le monde allemand -ashkénaze.

On trouve des Padovani rabbins à Padoue :

Puis partout en Italie des rabbins PADOVANI aux siècles suivants… prenons seulement les rabbins érudits qui ont laissé une abondante littérature au XVIII ème siècle :

Un autre de ces rabbins Gabriel PADOVANI, Fils de Eliezer, Rabbin à Padoue est un des amis de Rabbi Moché Haïm Luzzatto (né en 1707 à Padoue, mort à Acre, Israël en 1746) à Padoue, le Ramcha :

On trouve un PADOVANI rabbin à Florence vers 1770 :

On trouve un PADOVANI rabbin né à Modène et mort à Padoue en 1772 :

Un autre rabbin de Modène s’appelle PADOA

Un autre PADOVANI rabbin à Reggio en 1812 :

On trouve des PADOVANI à Rome dans le Ghetto lors du recensement de 1733, un Samuel PADOVANO et un David di Mosé Padovano dans le Ghetto de Senigallia en 1769… etc.

ON trouve des PADOVA, PADOVANI dans de nombreuses communautés juives d’Italie.

A Livourne :

A Rome :

Venise :

Certains d’entre eux sont passés en Corse.

Padovano Alpron en Corse

C’est l’histoire de la famille Heilbronn, une ville allemande qui devient ALPRON à son arrivée à Venise. Puis passe à Padoue où les Alpron vont changer de nom et devenir des Padovani. De nombreux ashkénazes comme les Alpron ont fini par appeler prendre le nom des villes italiennes où ils résidaient. Ainsi Padovano PADOVANI né à Padoue de Jo Jacomo (Jacob) Alpron en 1544 devient commerçant meurt en Corse à Evisa.

Son fils Catello Padovani (ou Catello Padovan en dialecte padouan) nait Evisa en Corse du Sud en 1570, il épousé Catarina Battini à Evisa et sera un grand commerçant sous la République de Gênes en Corse avant de décéder à Evisa en 1608.

Ils ont eu un fils Pietro Paolo PADOVANI né à Evisa et mort à Ota.

Les 131 PADOVANI de l’annuaire Corse sont concentrés dans le région d’Evisa et Ajaccio.

Le simple devoir de mémoire m’obligeait à rappeler cette simple vérité. Les Padovani de Corse n’ont rien à voir avec Antoine de Padoue pas plus que les PARMEGIANI n’ont à voir avec le parmesan… Que la mémoire des juifs de Padoue, i padovani, en Vénétie et en Corse, dans ce monde et dans l’autre, soit une bénédiction.

QUELQUES SLOPERSTEIN DU GHETTO DE PADOUE

SOURCES

NOTE PER LA STORIA DEGLI EBREI SEFARDITI A PADOVA, Pier Cesare Ioly Zorattini, La Rassegna Mensile di Israel terza serie, Vol. 58, No. 1/2 (Gennaio – Agosto 1992), pp. 97-110

Source des bibliographies rabbiniques : Asher Salah, La république des lettres, Rabbins, écrivains et médecins juifs en Italie au XVIIIème siècle. Brill, Leiden-Boston 2007

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