Vayigach: le silence de Joseph

Le premier homme d’Etat juif par Gérard Haddad

Haddad

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La Parasha Vayigash nous fait le récit des retrouvailles de Joseph et de ses frères qui l’ont  vendu comme esclave, alors qu’il n’était qu’un enfant. Après maintes péripéties, après la  longue plaidoirie de Judah, Joseph décide que le moment est venu de se dévoiler à ses frères  qui ne l’avaient pas reconnu.
Dans une deuxième partie de la parasha, nous avons le récit des émouvantes retrouvailles de Jacob et de son fils préféré qu’il a longtemps cru mort.
Sur le plan littéraire et psychologique, c’est un des plus beaux textes de ce merveilleux Livre de la Génèse, de Berechit. Avec un art consommé, avec à chaque fois quelques mots précis déclenchant en nous une grande émotion, la Torah nous décrit pas à pas les étapes psychologiques de cette rencontre improbable : l’émotion de Joseph, ses sanglots répétés, le choc que produit sur Jacob l’annonce que Joseph, son fils merveilleux, est bien vivant, au point que son cœur s’arrête, etc. Nous avons ici un véritable chef-d’œuvre littéraire. Déjà, l’histoire de Jacob qui nous est retracée dans ses grandes lignes depuis sa vie utérine jusqu’à sa mort peut être considérée comme l’ancêtre du roman. Ceci n’a pas échappé à un des plus grands romanciers du XXe siècle, l’Allemand non-juif, Thomas Mann qui consacra à Joseph et ses frères une saga en 4 volumes, sans doute sa plus belle œuvre. Comment Thomas Mann a-t-il eu connaissance de tous les midrashim qui l’ont inspiré ? Par sa rencontre avec un étrange personnage Oskar Goldberg, qui se disait kabbaliste et qui a influencé de nombreux auteurs comme Walter Benjamin. J’ai rapporté les grands traits de cette histoire dans mon livre Le péché originel de la psychanalyse.
Cette beauté littéraire a sa fonction. Elle permet la transmission d’un certain nombre de leçons fondamentales sur le plan de la foi, sur le plan psychologique, sur le plan moral, mais aussi sur le plan politique.

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La SIDRA de TAZRIA « elle concevra » – METSORAH « Le lépreux », 30 Nisan 5773

Torah

Un commentaire de la paracha du dernier Shabbat (à lire ici) par le Rav Haïm Harboun.

Ce chabbath et les deux suivants nous lirons deux parachioth. Pourquoi ? Tout simplement parce que Le calendrier juif est luni-solaire. Il comprend jusqu’à 54 semaines, ce nombre variant selon les années, « pleines » ou « défectives ». On réunit donc, les parachioth  pour atteindre le nombre de lectures permettant de lire toute la torah en une année.

De l’écologie à la circoncision

L’ordre des sidroth que nous lisons chaque chabbath n’est pas fortuit il répond à une logique, conforme à l’esprit de toute la Torah.  Ces deux sidroth sont placées après la sidra de Chémini  qui s’achève sur le sujet de la nourriture et nous guide dans le choix des animaux que l’on  peut consommer ou non. Ce choix que  propose la Torah répond,  comme nous l’avons remarqué la semaine dernière, à des principes écologiques. Les animaux interdits visent à ne pas briser la chaîne et l’équilibre écologique. Les fruits de la mer, les crabes, les moules, les langoustes, les crevettes etc… constituent la nourriture pour les autres poissons. En les consommant, l’homme  détruit un équilibre écologique ce qui a pour conséquence la disparition de nombreuses races de poissons privés de la nourriture qui leur était destinée.

 La section de la torah lue aujourd’hui commence par la naissance d’un être humain, Lire la suite de « La SIDRA de TAZRIA « elle concevra » – METSORAH « Le lépreux », 30 Nisan 5773 » →

La SIDRA de EMOR, « Parle », 16 Iyar 5773

Linge de Shabbat

CHABBAT VEYOM TOV
(Chaabbat et Le « bon jour »-
yom tov, désigne une date fixée dans le calendrier hébraïque comme convocation sainte ou solennité du Judaïsme)

Un commentaire de la paracha du dernier Shabbat (à lire ici) par le Rav Haïm Harboun.

Cette Sidra traite de deux sujets fondamentaux et pourtant liés :
a)   Le particularisme des Cohanim
b)   Les solennités de l’année juive

Dans les deux cas et sur la lancée de la Sidra Quedochim il s’agit de sanctifier, c’est-à-dire de particulariser. Ce qui est saint est particularisé.
Dans sa première partie, la « sainteté » vise les prêtres quant à la deuxième partie elle, s’applique au temps. Dans les deux cas la « Sainteté » prend le sens de particularisation. Car les shabbat et fêtes nous permettent de nous approprier le temps en le bornant, les cohanim, eux, délimitent un espace de sainteté à l’intérieur du peuple d’Israël. Toute la halakha n’est qu’une longue discussion pour définir ces limites de sainteté : ainsi les discussions sur le érouv.
Qu’il s’agisse des habits des prêtres, des personnes avec qui ils peuvent se marier (vierge) ou pas (veuve, divorcée) ou des limites de temps d’entrée ou de sortie (havdalah) du shabbat, de l’espace (lois du érouv), des lois du shabbat (39 travaux interdits). Toute la vie juive concerne la sainteté c’est à dire la manière de particulariser, de désigner pour faire sens.

La sanctification du temps

A propos des solennités de l’année, la Torah les mentionne deux fois : une fois dans la sidra de Pinhas et une fois dans la Sidra de Emor.

Pourquoi cette répétition ? Parce que dans la Sidra de Emor, les solennités de l’année  sont mentionnées selon l’ordre chronologique, alors que dans la sidra de Pinhas,  les solennités  ne sont pas mentionnées en fonction de l’ordre chronologique mais en fonction des sacrifices  du jour de la fête.

 Quelles sont ces solennités ? Lire la suite de « La SIDRA de EMOR, « Parle », 16 Iyar 5773 » →

La SIDRA de AHARE-MOTH – KEDOCHIM, 8 Iyar 5773

Torah

Un commentaire de la paracha du dernier Shabbat (à lire ici) par le Rav Haïm Harboun.

Ce shabbat encore, nous lisons deux Sidroth : Ahare Moth « À la suite de la mort »… [Des fils d’Aaron], un texte lu en grande partie à Kippour ; et, ensuite kédochim qui contient les grands principes de la Torah sous la forme de 50 mitsvoth.

Servir l’Eternel en ce monde pour vivre

« L’Éternel parla à Moïse, après la mort des deux fils d’Aaron, qui, s’étant avancés devant l’Éternel, avaient péri ». Le premier verset de la sidra semble trancher la question de la raison de la mort des deux enfants d’Aaron : ils se seraient trop approchés de D. autrement dit, ils voulaient voir D. Mais d’autres raisons sont données par la Torah sur les causes de cette mort tragique : « Les fils d’Aaron, Nadav et Avihou, prirent chacun leur encensoir ; y mirent du feu sur lequel ils jetèrent de l’encens, et approchèrent devant l’Eternel un feu étranger sans qu’Il le leur eût commandé ». Ailleurs il nous est rapporté que « Nadav et Abihou moururent devant l’Eternel Lorsqu’ils approchèrent un feu étranger devant l’Eternel. » (Nb 3, 4). Quelle raison retenir de cette mort : celle du Lévitique ? Le fait de trop s’approcher de D. en délaissant ce monde ? Ou celle avancée par le Livre des Nombres, pour qui la faute des fils d’Aaron consiste à avoir apporté un « feu d’étranger ». Lire la suite de « La SIDRA de AHARE-MOTH – KEDOCHIM, 8 Iyar 5773 » →

La SIDRA de CHEMINI (« le huitième »), 26 Nisan 5773

daroch/ darach la séparation des deux moitié des lettres de la Torah
« daroch/ darach » : la séparation des deux moitiés des lettres de la Torah

Un commentaire de la paracha du dernier Shabbat (à lire ici) par le Rav Haïm Harboun.

La Paracha se déroule le 8e (Chémini) jour de la dédicace du sanctuaire. Ce renseignement n’a pas été inscrit en début de cette Paracha de manière fortuite. Ce « huitième jour » apparait neuf fois dans le livre du Lévitique, c’est celui de l’expiation d’Aaron (Lv 9, 1), de la circoncision (Lv 12, 3), de la purification du lépreux (Lv 14,  10 et 23), de celle de l’homme (Lv 15, 14), de la femme (Lv 15, 29), du temps, pendant lequel un boeuf, un agneau ou une chèvre doit rester avec sa mère s’il doit être sacrifié (Lv. 22, 27), de l’assemblée solennelle un lendemain de shabbat de la fête des tentes-Soukoth (Lv. 23, 36 et 39). Le huitième jour est donc un jour suprême qui arrive après le shabbat –au sommet de la sainteté du temps de la semaine juive, un jour « surnaturel », les sept jours représentant le temps de ce monde, un jour de pureté (Tahor) de reconnexion avec D., l’impureté consistant non pas à être ‘sale’ mais déconnecté de D., hors circuit. Si cette paracha décrit minutieusement une pratique sacrificielle de purification c’est pour nous expliquer à travers elle la restauration de l’homme et de la création. Cette reconstruction du monde cassé où nous vivons, signifiée par la liturgie juive qui a remplacé les sacrifices du Temple. Elle nous parle de notre guérison quand nous nous mettons au service (avoda) du très-Haut.

 Revivre le trauma pour le guérir
Il est extrêmement étrange que la Paracha commence dès ses premiers versets par dire que le huitième jour Moïse appela son frère Aharon et lui dit : « Prends toi un veau parmi le bétail  pour le sacrifice ». N’importe quel auditeur un peu attentif, sait que c’est Aharon lui-même qui a été à l’origine de la fabrication du veau d’or. Un « veau » précisément. Comment Moïse peut-il rappeler à son frère l’objet de la culpabilité qui le hantait sans aucun doute ? Comme s’il ravivait une blessure en grattant la plaie… A cette question Rachi répond que le « veau » du sacrifice est le moyen de réparer la faute du « veau » d’or prends-toi un veau. « Pour lui faire savoir que le Saint béni soit-Il, par ce veau-là, lui avait pardonné l’affaire du veau d’or à la fabrication duquel il avait participé. ».

Nous retrouvons dans la réponse de Rachi un principe psychologique moderne qui consiste à guérir un traumatisme en faisant revivre ce même traumatisme. En effet, la victime d’un traumatisme est emprisonnée dans des souvenirs qui lui font sans cesse revivre une situation qui a été gravée dans son inconscient. Ce refoulé réapparait dans ses rêves ou à l’occasion d’un affect qui réactive ce trauma parfois bien des années plus tard. Le premier traumatisme est donc une faille, une fêlure intime toujours prête à nous briser en mille morceaux au moment où nous nous y attendons le moins. Il s’agit alors de faire revenir à la conscience cette mémoire enfouie, pour qu’elle cesse de nous hanter.

C’est ce que réalise le sacrifice du veau qui rejoue une scène traumatique, la fait rituellement advenir à la conscience rituelle pour l’exorciser et en anéantir le potentiel destructeur.

L’acte sacrificiel et fondamentalement idolâtre, courant dans le monde religieux païen à l’époque, consistant à donner des aliments ou des êtres fragiles à des dieux, est donc ‘retourné’. Les juifs pratiquent des gestes… mais pour anéantir l’idolâtrie au lieu de l’alimenter. Car le rite sacrificiel conscient du « veau » permet ainsi de guérir de l’idolâtrie (du veau d’or), comme un antidote. La verbalisation, le rite, permet à celui qui l’exécute de comprendre ce qui l’a amené dans un chemin mortifère pour sa vie spirituelle. On le voit, la Torah n’ignore rien de la profondeur de la psychologie humaine, que la science moderne théorisera plusieurs millénaires plus tard. Lire la suite de « La SIDRA de CHEMINI (« le huitième »), 26 Nisan 5773 » →

La Sidra de TSAV, « prescris », 12 Nissan 5773

Torah

Un commentaire de la paracha du dernier Shabbat (à lire ici) par le Rav Haïm Harboun.

La Sidra de Tsav tombe cette année juste avant Pessah. Le chabbath qui précède la fête de Pessah est appelé Chabbath Hagadol, « le  Grand Chabbath » ; Pourquoi ?  Si c’était le chabbath lui-même qui est grand on aurait dû dire Chabbath Haguédola au féminin puisque le mot « chabbath » est du genre féminin. Mais en fait, Chabbath Hagadol est la contraction de « Chabbath Ness Hagadol », le « chabbath du grand miracle ». Ce qui est grand en vérité, c’est donc le miracle qui s’est produit le chabbath avant Pessah. Après plus d’un siècle d’esclavage en Egypte, dans un pays alors animiste où on adorait des animaux, les Hébreux ont eu le courage d’immoler dans chaque famille un agneau et de badigeonner les linteaux de leurs maisons avec son sang. Or l’agneau était un des dieux égyptiens. Cet acte était une véritable provocation, une révolte d’esclaves dont l’issue ne pouvait que se solder par un massacre exemplaire dans l’antiquité. Ceci prouve que l’esclavage, n’a pas modelé la mentalité des Hébreux, Ces derniers ont trouvé en eux le ressort pour réagir. Ils ont provoqué la fureur des Egyptiens… qui sont restés complètement passifs. Voilà le vrai « grand miracle ».

La sidra précédente, celle de Vayikra, traitait des sacrifices à l’attention des cohanim, par contre la Sidra de Tsav traite du même sujet mais à l’intention du peuple d’Israël. Tout ce qui traite des sacrifices, surtout dans notre civilisation actuelle, donne le sentiment qu’il s’agit d’une véritable boucherie. Quelle différence y a –t-il entre le temple et un abattoir ? En vérité, il y a une grande différence, car tout  dépend de l’intention de la personne qui offre le sacrifice et  du regard qu’on porte à une action. Tout dans ce bas monde est profane. Le judaïsme précise que le but du Juif est de faire passer le profane au stade du sacré. Ainsi, on peut manger comme un animal parce qu’on a faim. Mais pour le Judaïsme, manger est un acte sacré. La table sur laquelle on mange a la même fonction que l’autel sur lequel on procède aux sacrifices. La doctrine juive fait d’un repas un véritable acte spirituel. Par conséquent tout dépend de la finalité d’un acte. Celui-ci doit prendre une signification noble. C’est l’objet de la sidra de Tsav quand elle parle du grand prêtre, des habits des cohanim ou de l’Holocauste (‘Ola).

Le grand-prêtre, homme de parole et le « sacrifice des lèvres »
Un homme ayant des problèmes d’ordre psychologique peut mettre en danger, par son comportement, l’équilibre de la société. C’est pourquoi toute personne culpabilisée par une action fautive avait la possibilité de venir au Temple avec un sacrifice et faire état de tout ce qui est la cause de son désarroi. Le Cohen l’écoute attentivement, prend le sacrifice et apporte le calme et la sérénité à cet homme en état de mal être. Le temple, ou plus précisément son sanctuaire, était donc un lieu qui permettait à l’homme troublé de revenir directement à la spiritualité et au calme psychique. Comment cela se passait-il ?

La paracha de Tsav est la seconde partie de celle de Vayikra. Nous avions alors remarqué qu’il était étrange que « Celui que les cieux ne peuvent contenir » se tienne sur un petit michkane si restreint. Mais mieux encore nous avions remarqué que la voix de D., cette voix dont le psaume 29 que nous chantons après avoir proclamé et commenté la Torah, alors que nous rapportons le rouleau de la Loi dans l’arche, cette voix qui « retentit sur les eaux, le Dieu de gloire tonne »… qui « brise les cèdres, c’est l’Eternel qui met en pièces les cèdres du Liban », « qui  fait trembler le désert de Kadêch » et même « enfanter les biches »…, Et bien cette voix puissante que Moïse entendait n’était pas audible en dehors de la tente pour le peuple… Rachi s’en étonne : « Depuis la tente d’assignation, cela nous apprend que la voix s’arrêtait et qu’elle ne se manifestait pas hors de la tente. J’aurais pu penser qu’il en fût ainsi parce qu’elle était trop basse. Aussi est-il écrit : « “la” voix » (Nombres 7, 89). De quelle voix s’agit-il ? De celle dont il est question dans le livre des psaumes: « “La voix” de Hachem éclate dans la force, “la voix” de Hachem éclate avec majesté, “la voix” de Hachem brise les cèdres » (Tehilim 29, 4). Dans ce cas, pourquoi est-il précisé : « depuis la tente d’assignation ?»  Pour nous apprendre que la voix s’arrêtait. Il en est de même dans : « Et le bruit des ailes des chérubins s’entend jusqu’à la cour extérieure » (Ye‘hezqèl 10, 5). J’aurais pu penser qu’il en fût ainsi parce qu’elle était trop basse. Aussi est-il écrit : « Comme la voix de Qél Chaddaï quand Il parle » (ibid.). Dans ce cas, pourquoi est-il précisé : « jusqu’à la cour extérieure » ? Parce que, dès qu’elle y parvenait, elle s’arrêtait. »

Rachi : le Maître de Troyes qui voulait seulement établir le premier sens de l’Ecriture, après avoir, un jour entendu un père donner une mauvaise traduction à son fils, alors qu’il entrait dans la synagogue ; Rachi, toujours soucieux de précision n’en reste pas là et il commente :

« Il appela Mochè. La voix se propageait et atteignait ses oreilles, et nul en Israël ne l’entendait. ». Rachi en tire la conclusion  « J’aurais pu penser qu’il y eût eu un appel également pour signaler les interruptions dans le discours. Aussi est-il écrit : « lui parla », ce qui veut dire qu’il y a eu un « appel » lors de la prise de parole, et non pour les interruptions. Et à quoi les interruptions ont-elles servi ? À donner à Mochè le temps de réfléchir entre un paragraphe et le suivant et entre un sujet et l’autre. À plus forte raison un simple être humain en a-t-il besoin lorsqu’il étudie auprès d’un de ses semblables». Lire la suite de « La Sidra de TSAV, « prescris », 12 Nissan 5773 » →

SIDRA de VAYIKRA, « Il appela », 5 Nissan 5773

Torah

Un commentaire de la paracha du dernier Shabbat (à lire ici) par le Rav Haïm Harboun.

Nous commençons le livre du Lévitique qui traite presque exclusivement de tout se qui se passe au Temple et particulièrement du Grand Prêtre. C’est pourquoi cette première Sidra, de manière métonymique, porte le nom de ce livre. C’est important car cette formulation insiste sur la première phrase de ce livre, formulée de manière très particulière « L’Éternel appela Moïse, et lui parla… » et au verset suivant « Parle aux enfants d’Israël et dis-leur… ». Pourquoi « Parler pour parler » et « parler pour dire » ? Il nous faudra bientôt résoudre cette question.
Je parlerai d’abord de l’écologie juive et de son respect des animaux puis du sens des sacrifices pour nous aujourd’hui.

De l’animal à l’homme
Le livre du Lévitique nous décrit avec grande précision les sacrifices, autrement dit la manière d’abattre une bête, de récupérer son sang, sa peau, de faire brûler sa graisse, etc… N’importe quel homme moderne, qui lit cela pour la  première fois, est bouche bée… Car une lecture superficielle nous laisse une impression d’une activité primitive, païenne et presque idolâtre d’une cruauté semblable à celle des corridas modernes. Comment donc, comprendre que la Torah qui a émis, les premiers principes, de respect des animaux il y a presque quatre mille ans,  puisse transformer le Temple en un véritable abattoir ?

Il serait bon de comprendre comment le Judaïsme considère  le respect à l’égard des animaux et par déduction, nous comprendrons alors que la vie d’un homme est sacrée. Lire la suite de « SIDRA de VAYIKRA, « Il appela », 5 Nissan 5773 » →

SIDRA de VAYAKHEL-PEKOUDE, « Il rassembla » – « Les comptes », 27 Adar 5773

Torah

Un commentaire de la paracha du dernier Shabbat (à lire ici) par le Rav Haïm Harboun.

Ces deux péricopes qui terminent le Livre de l’Exode  constituent l’inventaire de tous les matériaux nécessaires pour la construction du Tabernacle, ce michkane, qui fut la demeure nomade de l’Eternel au désert. De cet inventaire nous pouvons tirer de nombreux enseignements.

« Je te donnerai un cœur sage et intelligent »
La Torah revient sans cesse sur la qualité indispensable des artisans hommes et femmes qui ont procédé à la construction du Tabernacle, une expression qui revient de nombreuses fois dans notre texte : « Que tous ceux qui ont la sagesse du cœur… Toutes les femmes dotées de la sagesse du cœur…Moïse convoque Betsalel et Oholiav ainsi que tous les hommes doués à qui L’Éternel avait accordé la sagesse du cœur ». Cette première qualité de Hokhmath lèv « la sagesse du cœur » parcours toute la Sidra. Pourquoi ? Parce que le cœur est le siège des émotions ; quant à la sagesse, elle relève de la tête, de l’intellect, de la raison. Alors pourquoi attribuer la sagesse au cœur ? La Torah a voulu nous  mettre en garde contre les excès de l’intelligence. Celle-ci peut se mettre au service du mal, de l’injustice, de la domination, etc. C’est pourquoi elle doit être tempérée par le cœur. Autrement dit, par les émotions. Que signifie cette « sagesse du cœur » ? Une prière de Moïse dans un psaume (Ps 90, 12) après avoir constaté la condition misérable de l’homme demande : « Apprends-nous donc à compter nos jours, pour que nous acquérions un cœur ouvert à la sagesse ». Celui qui a éprouvé la dureté de l’existence éprouve de la compassion pour ses semblables, il ne les juge pas uniquement avec son intelligence rationnelle, son cerveau gauche mais aussi avec son cœur, sa sensibilité. L’intelligence doit être ouverte à l’empathie, au partage, à la justice, au respect, à l’aménité. Un psaume chante cette union de la raison éclairée par le cœur : « L’amour et la vérité se donnent la main » (Ps 85, 11). Quel est le résultat de cette rencontre ? Le mariage de l’intelligence et du cœur aboutit à la volonté. L’intelligence seule peut être aboulique, elle peut disséquer sans fin toutes les possibilités sans jamais prendre parti. « Je te donnerai un cœur sage et intelligent[1] » dit l’Eternel au roi Salomon. C’est cette intelligence du cœur qui lui permet à son réveil de rendre un jugement juste entre les deux femmes qui se disputent un enfant. L’intelligence du cœur conduit à la volonté qui met en route l’action. La Sidra insiste sur ces « contributions volontaires »[2]. La Torah magnifie la volonté et précise que « rien ne résiste à la volonté » Lire la suite de « SIDRA de VAYAKHEL-PEKOUDE, « Il rassembla » – « Les comptes », 27 Adar 5773 » →

SIDRA de KI-TISSA, « Lorsque tu prendras » – 20 Adar 5773

Torah

Un commentaire de la paracha du dernier Shabbat (à lire ici)
Des personnes et pas de numéros

La Sidra commence par des instructions concernant le dénombrement :

« L’Éternel parla à Moïse en ces termes :  » Quand tu feras le dénombrement général des enfants d’Israël, chacun d’eux paiera au Seigneur le rachat de sa personne « … Le riche ne donnera pas plus, le pauvre ne donnera pas moins que la moitié du sicle, pour acquitter l’impôt de l’Éternel, à l’effet de racheter vos personnes… le produit servira de recommandation aux enfants d’Israël devant le Seigneur, pour qu’il épargne vos personnes. » »

La torah répète trois fois ce mot nefesh, qui désigne l’âme et plus profondément, le souffle, la respiration, la personnalité profonde, spirituelle, le « moi vivant ».

Cette répétition nous apprend qu’il n’est pas permis de compter le nombre de personnes en leur attribuant un numéro. La Torah veut nous rappeler que l’homme a été créé à l’image de D. il ne peut être considéré comme un simple numéro. Nous ne sommes pas des fonctions anonymes ou des objets sans âme mais des personnes spirituelles. Autrement dit, la qualité des relations humaines à la base d’une société saine commence par le respect de l’autre, par des liens avec autrui considéré comme une fin et pas comme un moyen. Par ailleurs la Torah précise que pour le dénombrement, chaque personne doit donner un demi-sicle, qu’elle soit riche ou pauvre. Pourquoi donc un demi-sicle ? Parce qu’un juif doit toujours se considérer comme s’il n’était que la moitié de toute chose. Pour arriver à l’unité il lui faut la relation avec l’autre. Moi, personne spirituelle, nefesh « moi vivant » je ne trouve mon entière valeur que dans la relation à autrui.

Lire la suite de « SIDRA de KI-TISSA, « Lorsque tu prendras » – 20 Adar 5773 » →

SIDRA de TETSAVE « Tu ordonneras » – 13 Adar 5773

Torah

Un commentaire de la paracha du dernier Shabbat (à lire ici) par le Rav Haïm Harboun.

La Sidra est consacrée  presque entièrement aux vêtements des Cohanim à l’exception des deux premiers versets : «  Et, toi tu ordonneras aux fils d’Israël qu’ils prennent pour toi une huile pure d’olive concassée pour le luminaire. » Que viennent  nous enseigner ces deux versets qui semblent en dehors du sujet général ?  Avant d’évoquer les luminaires, il eut été logique que la Torah  traite en premier de la construction du Candélabre et de lui assigner une place.

Pour comprendre cette absence de logique il est nécessaire de déchiffrer la signification du verset suivant : « dans la tente d’assignation en dehors du voile qui est sur le témoignage » : le voile, est ce qui sépare le Saint des Saints du sanctuaire (Kodech) où se trouvait justement la Menorah, mais aussi la Table des pains et l’autel des encens. Le Kodech Hakadochim étant au sommet en terme de sainteté. Une fois par an, à Kippour, le Grand Prêtre pénétrait dans le Saint des Saints où se trouvait l’arche qui contenait les tables de la loi, pour prier pour le pardon des péchés du peuple. Ces deux versets qui traient des luminaires ouvrent la péricope pour nous apprendre que D. n’a pas besoin de la lumière du Candélabre situé en dehors du Saint des Saints. Autrement dit, il n’est pas possible d’attribuer à l’Eternel une fonction qui pourrait l’assimiler à un être humain. On ne peut pas « remonter à D. » à partir du créé. L’Eternel est hétérogène à sa création et au temps des hommes. C’est aussi en ce sens qu’il faut comprendre les expressions « Qu’ils prennent pour toi » et «  fais approcher vers toi »…  L’Eternel est l’Absolu de tout et ne peut être assimilé à rien.

J’aborderai trois sujets qui parcourent cette paracha : l’huile, le vêtement, l’attention à la parole.

L’huile : quand le particularisme devient lumière pour les nations

Il est question dans la Sidra « d’une huile pure d’olive concassée » L’huile occupe une place importante dans la Torah comme chez tous les peuples méditerranéens. Israël a été souvent comparé à de l’huile d’olive pure. En fait Israël est comparé à l’huile parce que ce liquide se distingue par son incapacité à se mélanger à d’autres liquides, il finit toujours par flotter à la surface. Il en de même pour le peuple juif, comme l’huile, est hétérogène avec les nations. On a beau vouloir l’assimiler il finit toujours par retrouver sa spécificité, son particularisme. Lire la suite de « SIDRA de TETSAVE « Tu ordonneras » – 13 Adar 5773″ →