Jan Karski : ce jour-là, je suis devenu un Juif

Cette phrase tellement étrange de Yan Karski dans une conférence en 1981.

« Quand la guerre s’est achevée, j’ai appris que ni les gouvernements, ni les leaders, ni les savants, ni les écrivains n’avaient su ce qu’il était arrivé aux juifs. Ils étaient surpris. Le meurtre de 6 millions d’êtres innocents étaient un secret. « Un terrifiant secret », comme l’a appelé laqueur. Ce jour-là, je suis devenu un Juif. Comme la famille de ma femme présente ici dans cette salle. Je suis un juif chrétien. Un catholique pratiquant. Et bien que je ne sois pas un hérétique, je professe que l’humanité a commis un second péché originel : sur ordre ou par négligence, par ignorance auto-imposée ou par insensibilité, par égoïsme ou par hypocrisie, ou encore par froid calcul.
Ce péché hantera l’humanité jusqu’à la fin du monde. Ce péché me hante. Et je veux qu’il en soit ainsi. »

Une prière : Nichmat kol h’aï

Et quand bien même notre bouche serait pleine de cantiques comme la mer; notre langue, de chants, comme la multitude de ses vagues, et nos lèvres, de louanges comme les espaces du firmament; et quand bien même nos yeux seraient lumineux comme le soleil et la lune, et nos mains déployées comme les ailes des cieux, et nos pieds rapides comme des biches, nous ne pourrions épuiser l’hommage qui t’es dû, ô Eternel, notre Dieu.

Qu’est ce que la prière? selon Yeshayahou Leibowitz

Yeshayahu Leibowitz (source : wikipedia)

Quelques phrases lumineuse de Yeshayahou Leibowitz (1903-1994) dans ses causeries sur le Pirqé Avot (Aphorismes des Pères) et sur Maïmonide. Leibowitz qui n’a jamais rien écrit a donné cet enseignement en 1976-7 à la radio israélienne avec quelques mots écrits sur un petit bout de carton, fidèle à la « Torah orale » et comme à son habitude.

« La prière n’est pas une tentative pour provoquer l’intervention du Créateur dans l’ordre de sa Création, tel qu’il l’a fixé. Le monde de Dieu suit son cours selon les lois imprimées en lui par son Créateur. La signification de la prière n’est pas une demande pour que Dieu modifie le cours de son monde pour le bien de celui qui prie, mais elle est l’acte d’attachement à Dieu par le fait de Le servir, sans lien aucun avec ce qui se produit dans la réalité naturelle. Celui qui ne sait pas cela n’a, de sa vie, jamais accompli une prière croyante en Dieu. (…)

« Pourquoi la prière des justes, des droits et des purs n’est-elle pas exaucée ? » la réponse est la suivante : Il n’est pas de prière qui ne soit exaucée ! Du fait que la prière n’est que l’expression, par celui qui prie de l’intention de servir Dieu, il s’ensuit que cette prière  en elle-même constitue le succès de cette intention (…) De quoi s’agit-il alors ? De prier avec intention, c’est-à-dire avec l’intention religieuse de servir Dieu : « Dieu est proche de tous ceux qui l’invoquent, de tous ceux qui l’appellent en vérité ». (…) Voilà le grand principe de l’éducation religieuse, et cela suffit à celui qui le comprend. »

Dans : Les fondements du judaïsme, causeries sur le Pirqé Avot (Aphorismes des Pères) et sur Maïmonide. Traduction de Gérard Haddad. Cerf, 2007, pg. 69-70.

Kippour dans l’évangile de Matthieu

La titurgie juive de Kippour (le Grand Pardon) fétée hier par nos frères juifs est magnifique. Il s’agit pendant les ‘dix jours redoutables’ qui vont de Rosh-ha-shana (la « tête de l’année », le nouvel an) jusqu’à Kippour de se repentir de tous les péchés de l’année et de se reconcilier avec son ennemi pour être pardonné par Dieu quand sonne le shofar alors que 3 étoiles montent dans le ciel (à 20h45 cette année) à la fin de Kippour.

L’évangile de Matthieu en témoigne :

Eh bien moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère en répondra au tribunal. Si quelqu’un insulte son frère, il en répondra au grand conseil. Si quelqu’un maudit son frère, il sera passible de la géhenne de feu.
Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande sur l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi,
laisse ton offrande là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande.
Accorde-toi vite avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu’on ne te jette en prison.
Amen, je te le dis : tu n’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou. »  (Matthieu 5, 20 – 26).

La prière de Kol Nidré qui ouvre Kippour :
Que tous les vœux, les interdits personnels et collectifs, les serments et choses équivalentes que nous aurions formulés et contractés, toutes les promesses et tous les engagements que nous aurions faits et pris devant Dieu, à compter de la date de ce Yom Kippour-ci et jusqu’au Yom Kippour à venir, nous les rétractons ci-devant, qu’ils soient nuls et non avenus, puisque nous ne sommes pas assurés de les tenir. Nos vœux ne sont plus des vœux, nos engagements ne sont plus des engagements, nos serments ne sont plus des serments.
L’Officiant et l’Assemblée :
« Et que soient pardonnés toute l’assemblée du peuple d’Israël ainsi que l’étranger qui réside parmi eux, car chacun d’eux a agi par inadvertance » (Nombres 15,26).
écouter sur Deezer : Prière de Kol Nidré

Lire la suite de « Kippour dans l’évangile de Matthieu »

Christianisme et Judaïsme à la veille de yom Kippour

Le jour de Kippour 1913, Franz Rosenzweig qui doit être baptisé le lendemain entre dans une synagogue de Berlin. Par scrupule intellectuel il ne veut pas quitter le judaïme, qu’il ignore complètement sans y avoir gouté une fois. Il prie, il jeûne et retourne à Dieu et à lui même (teshouva, la conversion). Il ressort de la synagogue bouleversé et écrit à l’un de ses cousins qui devait être son parrain : « Je vais te decevoir, je reste juif. Peut-être le Christianisme, la demeure du Fils, doit-il permettre à chaque homme d’entrer dans le demeure du Père, et son caracère missionnaire est-il entièrement justifié,  sauf pour le Juif, car le juif n’a pas besoin du fils pour retrouver le Père : de par sa naissance même, son histoire, son existence, il est à demeure dans la maison du Père ».

Philon d’Alexandrie : « puisque je suis un homme »

Buste de César, découvert en 2007 dans la Rhône à Arles

 

Contemporain de Jésus, Philon d’Alexandrie a écrit un vaste commentaire de la Torah qui témoigne de la pensée juive affrontée à l’hellénisme en Egypte au début de notre ère. On ne peut qu’être frappé par l’humanité de ce commentateur qui puise dans le stoïcisme (Cf. la « mère commune de tous les hommes qu’est la nature »(1)) dans le De decalogo, son commentaire du décalogue.
Philon y oppose « le fabricateur de l’univers et son bienfaiteur, le Roi de rois » « qui ne s’est pas permis de dédaigner même l’homme le plus humble » à « la morgue et la jactance » dont sont remplis les tyrans et les rois de ce monde. Et Philon invite le tyran à « décontracter ses sourcils ».

Le buste de César découvert à Arles en 2007, ville qu’il fonda en 46 avant J.C., deux ans avant son assassinat, les sourcils froncés, plein d’une noble énergie montre bien l’inquiétude de celui qui rêvait d’égaler Alexandre le Grand ayant conquis l’univers à 30 ans… et fondé Alexandrie.
« J’aurais donc un abord facile et je serai affable, même si j’obtiens de dominer sur la terre et sur la mer » dit Philon, car il « convient de ne pas oublier ce que l’on est »… « Puisque je suis un homme »
Il faut relire Philon en ce temps de démesure.

Mais qui se soucie encore de nos jours de ces humanitas antiques ?

(1): on retrouve cette idée chez Marc Aurèle : Tous les hommes sont parents; et comme leur mère commune est la nature, c’est-à-dire la raison de Dieu, commettre une injustice envers les hommes est une impiété. «Se rendre coupable d’une injustice envers autrui, c’est faire un acte d’impiété, parce que la nature qui gouverne l’univers, ayant créé les êtres raisonnables pour s’aider par des secours réciproques, selon leurs mérites divers, sans qu’il leur soit jamais permis de se nuire entre eux, celui qui méconnaît cette volonté expresse de la nature se rend impie envers la plus auguste des divinités.» (Marc Aurèle, Pensées, LIvre IX, ch. 1)

Shema Israël – שמע ישראל

La grande prière d’Israël.

Traduction française Transcription Texte original
Écoute, Israël, l’Éternel, notre Dieu, l’Éternel est UN. Shemâ, Israël, Adonaï Elo-henou, Ado-naï Ehad’

שְׁמַע, יִשְׂרָאֵל: יְהוָה אֱלֹהֵינוּ, יְהוָה אֶחָד.

Tu aimeras l’Éternel ton Dieu, de tout ton cœur,
de toute ton âme
et de tous tes moyens
Veahavta ett Ado-naï Elo-hekha, bekhol levavekha,
ou bekhol nafchekha,
ou bekhol meodekha

וְאָהַבְתָּ, אֵת יְהוָה אֱלֹהֶיךָ, בְּכָל-לְבָבְךָ
וּבְכָל-נַפְשְׁךָ,
וּבְכָל-מְאֹדֶךָ.ּ

Que les commandements que je te prescris aujourd’hui
soient gravés dans ton cœur
Vehayou hadevaril ha’ele 
acher Anokhi metsavekha hayom al levavekha

וְהָיוּ הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה,
אֲשֶׁר אָנֹכִי מְצַוְּךָ הַיּוֹם–עַל-לְבָבֶךָ ּ

tu les inculqueras à tes enfants, tu en parleras (constamment),
dans ta maison ou en voyage, en te couchant et en te levant.
Vechinantam levanekha, vedibarta bam,
bechivtekha beveithekha ouv’lekhtekha baderekh, ou’bchokh’bekha ouv’koumekha

וְשִׁנַּנְתָּם לְבָנֶיךָ, וְדִבַּרְתָּ בָּם, בְּשִׁבְתְּךָ בְּבֵיתֶךָ וּבְלֶכְתְּךָ בַדֶּרֶךְ, וּבְשָׁכְבְּךָ וּבְקוּמֶךָ

Attache les en signe sur ta main,
et porte les comme un fronteau entre tes yeux
Oukchartam le’ot al yadekha,
vehayou letotafot bein einekha

וּקְשַׁרְתָּם לְאוֹת, עַל-יָדֶךָ; וְהָיוּ לְטֹטָפֹת, בֵּין עֵינֶיך

Écris-les sur les poteaux de ta maison et sur tes portes. Oukhtavtam al mezouzot beithekha ouvicharekha

וּכְתַבְתָּם עַל-מְזֻזוֹת בֵּיתֶךָ, וּבִשְׁעָרֶיך

La légende du Golem

 

Le Golem aurait été conçu au 16ème siècle par le Maharal de Prague (Rabbi Loew).  C’était un personnage d’argile auquel il aurait donné la vie en inscrivant EMET (אמת, vérité) sur son front avec pour missionde défendre la communauté.
Pour le tuer, il aurait fallu effacer la 1re lettre de EMET (l’aleph) car MET(H) (מת) signifie mort.

Cet homme muet et mystérieux devint une célébrité à Prague mais  un jour le Golem devint comme fou, traversant la ville et semant la destruction. Quand le Rabbi Loew fut prévenu de la panique qui régnait en ville, il cria au ciel : « Golem, reste où tu es ! ». Et le Golem se figea. 

Le Maharal ne pouvait plus effacer l’aleph. Il eut une idée : il demanda à la créature de lacer ses chaussures… le Maharal en profita pour effacer la lettre de son front… et le Golem redevint de la terre glaise, soumise à son créateur.
 
NB:
le mot Golem vient du psaume 139,16
« Quand je n’étais qu’une masse informe (גָּלְמִי Golem), tes yeux me voyaient;
Et sur ton livre tous mes jours étaient inscrits , recensés avant qu’un seul ne soit.
Que tes pensées sont pour moi difficiles, Dieu, que leur somme est imposante !
Je les compte : plus nombreuses que le sable ! Je m’éveille : je suis encore avec toi. »
 
et d’Adam, le premier homme à propos duquel il est dit dans la Genèse : « Il fit pénétrer dans ses narines un souffle de vie et l’homme devint un être vivant. »

Les messies du judéo-christianisme

Le messianisme, âme de l’occident

S’il fallait résumer en un seul mot l’inspiration fondamentale qui guide l’histoire des deux premiers millénaires en occident ce serait : l’espérance messianique. Le refus de la situation présente, l’espoir d’un monde meilleur, la volonté que la justice s’établisse un jour, voilà l’âme de l’occident. Celle-ci nous conduit spontanément à croire que l’histoire a un sens, que nous avons une vocation d’humanité à accomplir sur cette terre, que la vie surpasse les pulsions de mort dans l’histoire. Le messianisme, impatience de Dieu, exige la réalisation de l’espérance. Courant apocalyptique, il exige de Dieu la réalisation immédiate de sa promesse face à un surcroît de malheur insupportable. Lire la suite de « Les messies du judéo-christianisme »