« La ténèbre pour Toi n’est point ténèbre, et la nuit comme le jour est Lumière », Moïse Maimonide

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Un psaume dit une sentence mystérieuse : « La ténèbre pour Toi n’est point ténèbre, et la nuit comme le jour est Lumière » (Ps 139, 12). Maïmonide le cite dans cette réflexion sur ce qu’est l’acte de croire, une lueur dans les ténèbres. Elle est contenue dans l’introduction du Guide des égarés. Le Zohar que je cite après contient un passage semblable. On se souvient aussi de la colonne de nuée qui était ténèbre pour les égyptiens et Lumière pour Israël après la sortie d’Eretz mitzraïm.

« Il ne faut pas croire qu’il y en ait un seul parmi nous qui connaisse ces graves mystères dans toute leur étendue. Il n’en est pas ainsi ; mais, au contraire, la vérité nous apparaît tantôt de manière à nous sembler claire comme le jour, tantôt elle est cachée par les choses matérielles et usuelles, de sorte que nous retombons dans une nuit profonde, à peu près comme nous étions auparavant ; et nous sommes alors comme l’homme qui se trouvant dans une nuit profondément obscure y vit briller un éclair. Il y en a parmi nous pour qui cet éclair brille coup sur coup, de sorte que, pour ainsi dire, ils sont constamment et sans discontinuer entourés de lumière, et que la nuit devient pour eux comme le jour, et c’est là le degré du plus grand des prophètes (Moïse) auquel il fut dit : « Et toi reste ici près de Moi » (Dt 5, 28) et dont il a été dit « Car la peau de son visage rayonnait, etc… » (Ex 34, 29). Il y en a d’autres pour qui l’éclair brille une seule fois dans toute leur nuit, et c’est là le degré de ceux dont il a été dit : « Et ils prophétisèrent mais ne continuèrent pas » (Nb 11, 25). Pour d’autres enfin il y a entre chaque éclair des intervalles plus ou moins longs. Mais il y en a aussi qui n’arrivent point à un degré assez élevé pour que leurs ténèbres soient illuminées par un éclair ; elles ne le sont au contraire, que comme un corps poli ou autre chose semblable, comme les pierreries, etc… qui brillent dans les ténèbres de la nuit. Et même ce peu de lumière qui brille pour nous n’est pas continuel mais il apparaît et se cache comme s’il était « l’éclat du glaive tournoyant » (Gn 3, 24). C’est donc selon ces circonstances que varient les degrés des hommes parfaits. Quant à ceux qui ne voient pas la lumière et qui errent dans la nuit, ceux dont il a été dit : « Ils ne connaissent rien et ne comprennent rien, ils marchent dans les ténèbres » (Ps 82, 5) ; ceux à qui la vérité est entièrement cachée, quelque distinctement qu’elle apparaisse, ainsi qu’on a dit d’eux : « Et maintenant ils ne voient pas la lumière qui brille dans les cieux » (Jb 37, 21), ils sont le commun des hommes… »

 

« La Torah révèle une pensée car un instant l’habille tout de suite d’un autre vêtement, elle s’y dissimule et ne se montre pas. Les sages, que la sagesse emplit d’yeux traversent le vêtement jusqu’à la véritable essence du mot qu’il dissimule. Quand le mot est momentanément révélé au premier instant, ceux dont les yeux sont sages peuvent le voir, bien qu’il se cache aussitôt » (Zohar, II, 98b)

Etait-ce une bonne idée de créer l’homme ? (Maharal de Prague)

Dans le récit de la Genèse, D-ieu dit : « Faisons l’homme à notre image » (Gn I, 26) pourquoi « faisons » au pluriel … D-ieu était il « accompagné » ?… se sont demandé les maîtres du Midrach. Forcément il s’agit des anges. Et le Midrach se demande quel rôle ils ont joué en imaginant un sorte de dispute entre eux qui laisse l’Eternel perplexe. (Midrach Genèse Raba, 8, 5).

Parole de Rabbi Simon: » Quand le Saint-béni-soit-Il s’apprêta à créer le premier homme les anges du service ne furent que factions et clans: « crée le, lançaient les uns ! », « ne le crée pas lançaient les autres ! » ainsi qu’il est dit (Psaumes. 85.11): « L’amour (Hessed) et la vérité (Emet) se rencontrent, la justice (tsedaka) et la paix (shalom) s’embrassent. » L’amour a déclaré: « Qu’il soit créé, car il pratique le Hessed (l’amour, la générosité) ». La vérité a déclaré: « Qu’il ne soit pas créé, car il est tout entier mensonge ». La justice a dit : « Qu’il soit créé car il accomplira des actes de justice ». La paix déclara: « Qu’il ne soit pas créé, car il est tout entier conflit. »

Que fit le Saint-béni-soit-Il ? Il se saisit de la vérité et la jeta à terre ce qu’exprime le verset (Daniel 8, 12): « Il jeta la vérité à terre ». Alors les anges de service protestèrent devant le Saint-Béni-Soit-Il: « Maître du monde, comment peut tu humilier ton sceau de vérité ? ». Il répondit: « que vérité se lève de terre » comme il est écrit : « La vérité germera  de la terre, [et la justice brillera du haut des cieux.] »(Psaumes 85, 12).

Parole des Rabanim au nom de Rabbi Hanina bar Idi, Rabbi Pinhas et Rabbi Helkia au nom de Rabbi Simon : MeAuD (extrêmement) c’est ADaM (l’homme) car il est écrit : « D-ieu examina tout ce qu’il avait fait c’était extrêmement (MeAuD) bien » (Genèse 1.31) [En hébreu MeAuD-« extrêmement », est l’anagramme de ADaM-« Homme »] et voici que « bien » c’est l’homme. Rav Houna de Sephoris a dit : « Alors que les anges débattaient, le Saint-béni-soit-Il, créa l’homme. Puis Il leur dit: « Pourquoi débattre, alors que nous avons fait l’homme ».

Le Maharal de Prague, le plus grand maître de la Renaissance, en Bohème, à qui la légende attribue la création du Golem. 

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La légende raconte que le Maharal de Prague  façonna une forme humaine, un géant, à partir d’une motte de glaise , il lui grava en caractères hébraïques le nom de la « vérité » EMET sur son front. Alors la chose se leva et devint vivante; le Golem le servait obéissant au doigt et à l’œil à son maître avec une force de taureau. Le Golem selon les récits devint dangereux et se retourna contre son maître, ou tomba amoureux devenant  un être humain sensible. Selon la première version, le Golem révolté errait dans les rues de Prague, le Maharal lui demanda de se pencher et d’un coup de pouce effaça sur son front une lettre d’EMET qui devint MAVET : la mort. Le Ggolem  s’effondra et il n’en resta plus qu’une motte de glaise sur le sol.

Le Maharal commente le Midrach précédent dans son traité intitulé Nétivot Olam « Les sentiers de l’Eternité ». (Nétivot Olam, Sentier de la Torah, Chapitre 3)

 » Ce passage du Midrach est très étonnant. Cette idée que Dieu jeta la Vérité à terre; et bien qu’elle ait été jetée à terre en fin de compte elle a quand même affirmé que l’Homme ne doit pas être créé. Et si Dieu n’avait pas voulu tenir compte des paroles de la Vérité pourquoi l’a-t-il consultée ? Car ce commentaire du Midrach porte sur le verset « faisons l’Homme à notre image » c’est-à-dire qu’il soit créé selon les valeurs de la Générosité, de la Vérité, de la Justice et de la Paix… et sous prétexte que la Vérité a dit quelque chose de juste elle doit être jetée à terre ?

Le Midrach conclut ainsi : Dieu jeta la Vérité à terre. Cela veut dire qu’il a donné la Vérité à la terre (et non pas comme on pourrait le croire, qu’il aurait simplement supprimé la Vérité). Car la Torah est une loi de Vérité plus que tout, c’est pour cela qu’elle est appelée « Torat emet » (Torah de Vérité) et c’est par la Torah qui est la sagesse intellectuelle véritable que l’Homme accède à la Vérité. Et même si tout Homme est mensonge, il y a tout de même une perspective de Vérité des plus élevées qui est la Torah et qui ne trouve pas même d’équivalent parmi les anges. Et du fait que l’Homme est préparé par la Torah dans cette recherche de Vérité, la Vérité est présente sur terre, et c’est pourquoi du point de vue de la Tora l’Homme mérite d’être créé. Et alors les anges ont dit: « Pourquoi méprise-tu ce qui t’appartient en propre ? » c’est-à-dire :  » Ton objet c’est la Torah qui vient d’En-Haut, tu la déshonores en la jetant sur terre qui relève de l’En-Bas ». Et Dieu répondit alors: « Que la Vérité se lève de la terre » car la Torah n’est pas vraiment sur terre, mais l’Homme qui possède la Torah participe de l’En-Haut par cette Torah qui en fait partie.

A partir de là, la Paix ne peut plus non plus plaider contre la création de l’Homme car tout son plaidoyer était basé sur la violence humaine mais tout ce discours ne vaut que pour l’Homme sans Torah car la Torah ouvre des voies de douceur et de paix ainsi il est dit « Les Sages multiplient la paix dans le monde ». (Rabbi Eléazar au nom  de Rabbi H’anina dans le moussaf de la prière du Chabbat)

Source : DL+ Akadem

 

Rav Israël Abi’hssira, Baba salé

Le 14 janvier c’était la Hiloula de Rabbi Israël Abi’hssira – plus connu sous le nom de « Baba Salé » (en arabe : « père priant ») ZAL. Hier à Chabbat le Rav Harboun nous a raconté quelques anecdotes :

 « En 1952 l’Alliance Israélite universelle m’a envoyé dans les villages du sud-est du Maroc, le Tafilalet, la porte du désert, près de la frontière avec l’Algérie. L’objectif était de construire des écoles juives dans les villages pour des populations complètement fondues dans la population arabe. Impossible de reconnaître un juif. Comment faire ?

Juif de Guirland prés de Rissani 1950

Juifs de Guirland prés de Rissani 1950

carte-maroc

Alors j’ai été à la synagogue. Ce sont des synagogues avec une toute petite porte où il faut quasiment se coucher pour entrer. Et habillé à l’occidental au milieu de tous les enfants juifs je me suis mis à dire les Tehilim. Ils disaient : ‘‘ Il y a un goy dans la synagogue qui dit les Tehilim !’’

Synagogue de Rinssani - 1950
Synagogue de Rinssani – 1950

Et c’est ainsi que j’ai rencontré Baba Salé. Né au Maroc le 1er Tichri 5650 (1890) à Rissani le jour de Roch Hachana. C’était un véritable tsadik.

Baba Salé

Son ancêtre Rav Chémouel Elbaz Abissiha est décit par Le ‘Hida, dans Shem Hagedolim, comme un Ish Elokim kadosh, un homme de D-ieu saint. Il était né en Erets Israël et avait vécu à Damas avant que sa famille arrive au Maroc dans le Tafilalet. En arabe, Abou’hatsira signifie : le père de la natte… parce qu’une légende raconte qu’il avait échappé à ses ennemis grâce à une natte. Le fils de Rav Chémouel, Yaacov, connu sous le nom de « Abir Ya’acov », succéda à son père comme Rav du Tafilalet. Le fils aîné de cet homme, Messaoud, le père de Rabbi Israël, Baba Salé était, lui, Av Beth Din du Tafilalet. ».

« Baba Salé dormait comme un bébé les jambes croisées sous un drap. Quand j’arrivais sa femme disait : ‘‘ Réveille-toi Rabbi il y a Harboun qui est là !’’ »… et il émergeait… Il s’est peu à peu pris d’affection pour moi. C’était un homme d’une incroyable générosité »

« Le chant et la musique tiennent une place centrale dans la famille Abi’hssira, c’est grâce à eux qu’on a les zemiroth de Chabbath toutes les mélodies des Piyoutim (chants de prière), le le Iom Achévii, Yodou Lékha, Ashira Na Lididi…

On va du chant à la mémoire et non l’inverse, celui qui ne chante pas ne sera bientôt plus juif ! »

Grand honneur à ce Tsadik.

Baba Salé s’est installé définitivement en Israël en 1964 et il est mort à Netivot, dans le Néguev, le 4 shevat 5744 (dimanche 4 janvier 1984).
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La Mistva est sans pourquoi

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On peut toujours essayer de trouver des raisons aux mitsvot : historiques, ou médicales, ou scientifiques…. Exemples : on ne mange pas de cochon parce que son métabolisme est proche de celui de l’homme et que donc la consommation de sa chair peut provoquer la transmission d’hépatites du fait de la porosité des métabolismes… il était périlleux de consommer des huîtres et autres crustacés dans les pays chauds… etc… la réalité est que celui qui veut justifier les mitsvot par la raison se met à la place d’Ahshem. D’une certaine manière la mitsva est sans pourquoi puisqu’elle vise Ashem et que la raison reste de ce monde créé. Ainsi que le disait pensait Leibowitz.

 » Yeshayahou Leibovitz pensait d’une manière générale que toutes les valeurs humaines étaient arbitraires. A la question de savoir pourquoi lui-même avait choisi de se soumettre aux 613 commandements de la Thora il répondait que c’est une démarche comparable à celle consistant à se consacrer à la Science, à l’Art, à la famille, à la Patrie, aux nécessiteux, aux malades, à l’écologie, etc. Quand on lui objectait qu’il était possible d’argumenter en faveur de ces choix-là, il répondait qu’il n’en était rien, parce qu’à tout argument on pouvait toujours opposer un « pourquoi », ce qui finissait par déboucher sur une impasse de la Raison. Par exemple, disait-il à propos de l’humanisme, y a-t-il une raison objective de considérer l’homme comme valeur suprême ? Personne, d’après lui, n’était en mesure d’apporter de réponse rationnelle à cette question. » (source)

Au Moyen Age Saadia Gaon distingue les mitzvot sikhliot dont le sens est « évident » pour la raison humaine, comme l’interdiction du vol, du meurtre… et les mitzvot chimiot reçues de la tradition et  inaccessibles à la raison humaine, qui doivent être observées « parce que D. nous l’a dit » Tora lemoshe mi sinaï (Torah donnée à Moïse au Sinaï) comme les mitsvot de netilat ou du modé ani ou de Acher Yatsar ou de la pureté familiale. Cette tradition médiévale s’appuie sur le Talmud qui lui même commente la Torah (michpat et hoq : « lois et décrets » en lv 18, 4).

Vous mettrez en oeuvre mes législations  : il s’agit des choses qui, si elles n’étaient pas inscrites dans la Torah, ce serait logi-que de les y inscrire, telles que la prohibition de l’idolatrie, les Iois [universelles] concernant la sexualité, les interdits de l’assassinat, du vol et du blasphème. 
Vous garderez mes décrets  : il s’agit des choses que le penchant au mal et les peuples du monde contestant, telles que les interdictions de manger du porc et de porter des vêtements de laine et lin mélangés, la loi du déchaussement [du frère d’un homme décédé sans enfant qui refuse d’épouser sa veuve], le rite de purification du lépreux et celui du bouc émissaire [le jour de Kippour]. Peut-être vas-tu dire qu’il s’agit d’actions vaines. Le verset dit:  « je suis l’Éternel », ce qui sous-entend : c’est moi l’Eternel qui l’ai décrété et tu n’as pas le droit de les mettre en doute. (TB Yoma 67b)

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« Appelez la paix sur Jérusalem ! », CONGRES SCHIBBOLETH : « SI C’ÉTAIT JÉRUSALEM » :

JerusalemL’actualité, faite tant des attaques terroristes en Israël et en particulier à Jérusalem que du « traitement » de cette réalité par les acteurs médiatiques occidentaux, confirme plus que jamais l’importance de la tenue du grand colloque à Jérusalem sur Jérusalem qu’organise l’association  Schibboleth de mon ami Michel Gad WOLKOWICZ et qui a pour titre  : SI C’ÉTAIT JÉRUSALEM . DU 18 au 20 avril 2016.

Ce congés est dédié à la  mémoire et en hommage à RAPHAËL DRAÏ  et BENJAMIN GROSS. Zal. Que leur souvenir soit objet de bénédiction.

Il y a dans cette ville beaucoup de gens de paix qui étudient et réfléchissent. Mais ça on le dit peu.

 » La  Maison  de  Sainteté  bâtie  par  Salomon  atteste  de  ce  projet.  Elle  est  sise  sur  un  mont  qui  n’est  pas seulement une éminence topographique mais, Site du Nom et Site de l’étranger, de ce point de vue, un des plus hauts lieux de l’Humain. » 

Voici le programme.

J’y participerai avec une réflexion sur le psaume 122 : Shalou shelom Yeroushalaim « Appelez la  paix sur Jérusalem ».

Venez. Transmettez. Parlez en à vos amis !

Un programme plus que d’actualité. Le programme et les intervenants en PDF :

Si c’était Jérusalem

If it was Jerusalem

 » Le titre Si c’était Jerusalem est venu comme un conte, un reste diurne, résonant avec «L’an prochain à Jerusalem» et «Si je t’oublie Jerusalem» entendus et psalmodiés depuis l’enfance d’un certain nombre d’entre nous.  Entre rêve et réalité (s), entre idéal du moi et surmoi, entre présence-absence, entre symbole et symptôme, lieu transcendant du primat de l’Autre, du nom, site de l’interprétation et du langage, ou au contraire objet d’envie mimétique et d’identifications projectives massives, Jérusalem actualise un enjeu imaginaire et symbolique fondamental. Ce Colloque International à Jérusalem sur Jérusalem, aujourd’hui, se propose de remettre à l’œuvre des questions essentielles, comment se constituent un peuple et une identité intérieure, avec l’intériorisation du grand homme en grande idée, comment se construisent un récit et une vérité historique, le sujet politique et un certain rapport à la Loi et à l’indéfini de la pensée, l’origine d’une décision d’éthique, l’élection-élévation de l’esprit, la responsabilité individuelle et collective de pensée et d’action, l’assomption de l’universel du singulier producteur de subjectivation, et les modalités de transmission ? « 

« Raphaël (Draï) écrivait que Le peuple réputé fossile était surtout demeuré le peuple témoin, que Sion est un nom hébreu  qui  veut  dire  le  Signe,  le  repère  et  la  note,  et  qui,  comme  Bethléhem,  comme  Hébron,  comme Yeroushalaïm, désigne le vivant. »

Nourritures spirituelles ( saison 1 ! ) : Les bénédictions de la terre

On est ce que l’on mange. On mange ce que l’on devient. Dis moi ce que tu manges et je te dirai qui tu es. Qui ne se souvient de l’odeur d’un plat de sa mère, de sa grand-mère… ou de sa femme ? L’odorat est le goût le plus spirituel pour le judaïsme.
Le Seder de Rosh Hashana dimanche soir est le lieu par excellence  où le peuple juif « mange des paroles de la Torah ». Nous publierons donc, ces prochains jours trois témoignages sur ce sujet vital de la nourriture.

Et d’abord la réflexion d’Olivier Long, artiste peintre (voir son site) et Maître de conférence en arts à la Sorbonne… en direct de son jardin potager.

Les bénédictions de la terre

Textes et photos de Olivier Long, 

D’où vient la ratatouille ? Telle est la question.

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Ce que ne peut voir le citadin, c’est la profusion qui envahit les jardins en  cette fin d’été. Les courgettes ont subitement grossi dans la lumière de la clairière, les aubergines gonflent comme par enchantement (alors qu’on n’attendait plus leur venue),  les dernières tomates rougissent dans le crépuscule de septembre, les haricots sont devenus si bedonnants qu’on les ramasse à la pelle, les pommes du verger font ployer les branches et manquent de rompre le tronc qui les porte. Je ne parle même pas des champignons  (pour lesquels personne n’a jamais travaillé) : ils s’invitent d’eux-mêmes à la fête. Les paniers sont pleins et c’est comme si la nature mettait les bouchées doubles avant l’hiver redouté. Ce qu’on ressent à ce moment, c’est que nous récoltons bien plus que nous n’avions semé, la terre travaille plus puissamment que nous.13

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Et voilà qu’à l’écart de la clairière sont venues s’installer quelques caravanes. Une angoisse s’empare brusquement du lieu. Des récoltants supplémentaires viendraient troubler la fête ? C’est la panique. Les consignes sont strictes : bouclons les portes avant que les voleurs de poules ne se transforment en voleur de pommes (et de courgettes !). Sinon : Adieu ratatouille chérie !

C’est aussi l’époque où l’on récupère les graines. Lorsque l’ on coupe les légumes pour la ratatouille, c’est le moment de prélever les précieuses semences pour la prochaine récolte. Celle-ci aura lieu dans un an, et c’est en préparant cette ratatouille, en séparant les graines du fruit qu’on comprend que l’hiver ne sera qu’un moment. Car il suffit de faire sécher les graines pour entrevoir que cette ratatouille en annonce d’autres. Pendant que mijotaient les légumes, lorsque l’on trie les graines, se répand le délicieux fumet qui promet en plus de ce dîner une année d’espoir et d’abondance. Collecter les graines énonce la possibilité d’un avenir. La nature ne donne donc pas simplement le fruit, elle donne le fruit qui produit le fruit pour la récolte suivante, ainsi jusqu’à la fin des temps. Tout se passe par supplément, gratuitement.

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Revenons à nos caravanes. Nous avons travaillé dur pour obtenir ces fruits qui feront grandir nos enfants, c’est pourquoi nous exécrons le vol. Mais pourquoi devrions-nous couvrir nos courges comme une poule protège ses poussins ? La nature nous a donné de quoi manger et le surplus qui nous permettra les repas des saisons suivantes. Mais pourquoi vivre avec la peur au ventre, comme celui qui vient de découvrir un trésor veut immédiatement le cacher? Croire que le surplus nous appartient, n’est-ce pas là la source de cette angoisse ?  Ce surplus, nous nous l’approprions par avance comme s’il était la production de notre propre travail. Mais comme il n’en est rien, ce qu’il produit en prime, c’est l’angoisse d’une perte.

Tant qu’elle ne sidère pas, cette angoisse questionne sur ce que nous avons peur de perdre. Devant une telle profusion, on peut se demander si un surplus n’en cache pas un autre. Il y a un surplus de récolte, la récolte produit un surplus de semence, mais quel surplus produit lui-même ce surplus qu’est la semence ? Quelle supplémentation, produit le supplément qui opère le surplus ? Il s’avère impossible de voir d’un seul coup d’œil  ce qui produit la graine, ce qui donne le fruit, ce qui donnera le prochain fruit, et ce qui produira les prochains fruits jusqu’à la fin des temps. Cet abîme laisse muet. Il peut faire peur. Dans ce cas, nous voilà réduit au silence. Mais à la réflexion, ce que nous trouvons normal de prendre pourquoi ne devrions-nous pas aussi le rendre ? C’est ainsi que le don produit le remerciement qui est le vrai surplus de récolte.

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Le remerciement est un devoir, parce qu’il  force à penser que l’intégralité de la récolte ne nous appartient pas. Le processus qui produit la récolte nous échappe par sa profusion. C’est pourquoi la récolte nous laisse entrevoir le surplus qui fait de nous autre chose que de simples prédateurs. Celui qui achète un téléphone portable en ville le paie avec l’argent de son travail, personne ne gagne rien à l’affaire. Le seul supplément produit par l’opération est l’artifice d’une plus-value souvent arbitraire qui fait l’objet de la transaction. À quoi bon remercier quand personne ne vous donne rien? Le sourire gêné du commerçant, le fait que nous nous confondions en politesses et excuses de toutes sortes en sortant de la boutique, indique bien qu’il s’agit d’une prédation qui aurait pu mal se terminer. C’est pour éviter cette violence que nous faisons assaut d’urbanité dans le monde des villes.

Alors qu’un processus de supplémentation accompagne toute germination, à rebours du circuit des échanges citadins, ce que donne à voir  le travail du jardin, (à fortiori de manière encore plus évidente quand un citadin -comme moi- se met au travail de la terre) c’est un perpétuel phénomène de supplémentation gratuite. Cet effort oblige à envisager une relation au monde et aux êtres qui soit autre chose que la simple prédation. Nommons cette relation « bénédiction », elle est obligatoire parce qu’elle travaille à rebours de notre condition naturelle de prédateur.

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Revenons maintenant à nos graines. Ce matin les voilà sèches, leur ventre bombé annonce les prochaines semailles ; de plus, il reste aussi de la ratatouille pour toute la semaine. Ultime surplus : les caravanes sont reparties et personne ne nous a rien volé. Finalement, on peut se demander si la peur des voleurs de poules, ne nous accompagne pas comme notre ombre; et si  les gitans, c’était nous ?

Chacun n’est qu’un mendiant.

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Demain, saison 2 : A la recherche du temps perdu ou comment deux universitaires ont produit les liqueurs oubliées de Myrte et de Cédrat (casher) pour Soukkot en Sardaigne 

Judaique FM, « L’étoile et le jasmin » – André Nahum : « Des noces éternelles, un moine à la synagogue »

Une interview d’André Nahum, médecin, écrivain et conteur :

Le site de l’émission

Akadem, Ruben Honigmann et Annaelle De Pas : Un moine à la synagogue

Temple>>> sur le site d’Akadem

 Le magazine Akadem de février

Didier Long sur LCI (replay)

LCILCI soir du 10 février 2015 : » Un jour, un livre « , Des noces éternelles, un moine à la synagogue
(avec Henri Pena-Ruiz, « Dictionnaire amoureux de la laïcité.)

 

Antoine Spire invite Jean-Louis Schlegel et Didier Long à Tambour battant, « sur le grill »

Une émission proposée par Antoine Spire sur Cinaps TV : Spiritualités judéo-chrétiennes. Avec Jean Louis Schlegel (Revue Esprit) et DL. On y parle des rapports entre judaïsme et christianisme et de mon livre « Des noces éternelles, un moine à la synagogue », des valeurs « judéo-chrétiennes » si ce mot a un sens, des identités juive et chrétienne, séfarade et ashkénaze, du Jésus Cacher,  des évangiles comme midrashim,  de l’antisémitisme, … de la Torah écrite et orale, l’hébreu, les psaumes, la spécificité radicale du judaïsme, comment je suis devenu juif.

Nous intervenons en seconde partie « Sur le grill » à partir de 27′ 12  » et pendant 30 minutes environ.

L’interview de Rémi Brague (54′ et 46  ») par Antoine Spire et Marie-Christine Weiner ensuite est très intéressante et ce qu’il dit de mon passage au judaïsme à la fin (1 h 15′ 40 ») mériterait débat.

http://antoinespire.com/Spiritualites-judeo-chretiennes

Tambour Battant

 

 Jean-Louis Schlegel (Revue Esprit), Antoine Spire, Didier Long