De la prière, par le Rav Haïm Harboun

Rav Haïm HarbounLe Judaïsme a fait de la prière un devoir et un mérite, bien qu’elle soit déjà un des plus grands bienfaits que le ciel ait accordé aux humains.

La prière adoucit toutes les souffrances, soulage tous les malheurs, verse un baume céleste sur toutes les blessures ; elle soutient ceux qui chancellent, relève ceux qui sont tombés, ranime l’espérance couchée dans la poussière ; elle fait oublier les maux de la terre, les misères de la vie, les angoisses du passé, les craintes de l’avenir ; elle brise les chaînes de la pauvreté, la servitude de la fortune, et transporte l’homme, libre et invincible, dans les divines régions.

L’auteur du Kouzari  écrit :

« l’heure du service divin forme le noyau et la fleur du temps ; les autres heures ne sont que des sentiers conduisant à cette heure. Le croyant  en désire l’approche parce qu’alors il devient comme spirituel en s’éloignant de la matière. C’est ainsi que les trois heures quotidiennes de la prière sont la fleur du jour et de la nuit, comme la fleur de la semaine est le chabbath, pendant lequel on s’attache à l’esprit de Dieu et à son culte. La prière est pour l’âme ce que la nourriture est pour le corps ; la bénédiction d’une prière s’étend, jusqu’à l’heure de la prière prochaine, comme le repas du jour suffit jusqu’au repas du soir. Plus l’heure de la prière s’éloigne de l’âme et plus elle est absorbée et obscurcie par les préoccupations mondaines ; surtout si l’homme est forcé de se mettre au contact du mal, d’entendre des choses qui troublent la pureté de son âme et auxquelles elle incline sans qu’il puisse l’en arracher. Mais à l’heure de la prière, il la purifie du passé et la prépare pour l’avenir, de sorte qu’il ne se passe pas une semaine sans un parfait rétablissement de l’âme et du corps »(Kouzari, III, 5 )

Le devoir de prier est exprimé par ces paroles dans la Torah : « Vous servirez l’Eternel votre Dieu » (Exode XXIII, 25 ) … vous le servirez de tout votre cœur. » (Deut. , XI, 13. ) Nos Sages ont dit : «  Quand vous priez, ne considérez pas la prière comme une obligation lourde et à heure fixe, mais que ce soit un acte de dévotion permanente pour implorer la grâce et la miséricorde de votre Créateur. » (Aboth, II, 18.)

D’après la Tradition juive, l’institution de nos prières quotidiennes remonte aux patriarches : Abraham a institué la prière du matin ( Cha’hrith ) ; Isaac, la prière de l’après-midi (Minha ) et Jacob, la prière du soir, ( Maariv. Le Psalmiste dit en effet (Ps.LV, 18 ) : «  Le soir le matin et à midi, je gémis et je supplie, et il écoute ma voix. Les trois prières journalières sont également indiquées dans Daniel (VI, 11 ) : «  Aussitôt qu’il apprit que le décret était signé, il alla à sa maison, où il y avait des fenêtres ouvertes sur Jérusalem, et trois fois le jour il tomba à genoux, pria et rendit grâce à Dieu. »

Après la destruction de temple, les prières ont été organisées de manière à rappeler et à remplacer les sacrifices.  Le devoir de la prière israélite ressort particulièrement de cette circonstance, qu’elle ne consiste pas à demander au ciel des bienfaits matériels et des faveurs de ce monde, mais àservir Dieu, à le proclamer, à le glorifier devant les hommes. Le Très-Haut a dit : «  Je veux être sanctifié au milieu  des enfants d’Israël » ( Lév. , XXII, 32 ) et nous avons le grand bonheur de lui répondre matin et soir : «  Nous sanctifions ton nom ici-bas comme il est sanctifié dans les cieux ; saint, saint, saint, est l’Eternel Tsébaoth, toute la terre est remplie de sa gloire »Et notre principale prière, la plu obligatoire avant toutes les autres, celle pour laquelle le Judaïsme a établi les plus sévères prescriptions- le Chéma- est la grande et immortelle profession de foi juive, la suprême confession du Dieu-Un, et l’engagement d’aimer ce Dieu de toute notre âme et de toutes nos facultés, de graver sa loi dans notre cœur, d’en parler constamment, de l’inculquer à nos enfants, de la porter sur notre front et de l’écrire sur les portes de notre maison…

La seconde grande prière juive, celle des « dix huit bénédictions », a le même caractère de grandeur et d’universalité. Le croyant n’y demande rien pour ses intérêts personnels, pas même son pain quotidien. Toutes nos prières sont du même genre. Ce sont des psaumes pour chanter Dieu et ses œuvres, des morceaux  de notre histoire où le doigt de l’Eternel est marqué à chaque pas, la délivrance miraculeuse de l’Egypte, le cantique de Moïse, le Hallel de David, les poésies des Paytanim, des pages glorieuses et tristes retraçant le martyre et l’héroïsme de nos pères, leurs immenses victoires sur toutes les forces brutales.

Cette manière de comprendre le devoir de la prière juive inspire au croyant le courage, l’indépendance, la dignité personnelle un sentiment de force et de liberté. Que de grandes et sublimes impressions la prière et le lieu consacré au service de Dieu ne laissent-ils pas dans l’âme du croyant ! Aussi, que de recommandations et de prescriptions nos traditions et nos Sages ne nous ont-ils pas laissées sur la tenue respectueuse et les pensées saintes que nous devons garder pendant la prière.

«  Celui qui prie doit penser qu’il est en présence de la majesté de D. ; aussi doit-il éloigner toute préoccupation étrangère, se rappeler que s’il parlait devant un souverain de la terre il préparerait bien ses paroles et les dirait avec une attention extrême.

La prière juive, outre qu’elle nous est imposée par la gratitude envers l’Eternel, par le respect, l’amour et l’adoration que nous lui devons, outre qu’elle nous est si nécessaire par nos misères dans ce monde, par les difficultés que nous avons à vaincre et les dangers qui nous ne menacent sans cesse, la prière juive est aussi le dernier lien qui unisse Israël dans la dispersion, une véritable patrie spirituelle, vivante et visible où nous pouvons encore nous réunir, parler notre langue, chanter les cantiques de nos Cohanim et de nos poètes. C’est de notre synagogue que doit sortir le grand temple de l’humanité. Les fidèles juifs qui s’y réunissent matin et soir «  porteront encore des fruits dans leur vieillesse, seront toujours verts et plein de sève, pour apprendre à tous que le D. D’Israël, notre protecteur, est juste et parfait »

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