Trés curieusement dans la Paracha Vayakel-Pékoudé on assiste à une sorte de reprise résumée de toute les parachiot précédentes. Comme si nous venions d’assister à un long concert et qu’à la sortie on nous annonçait que nous n’avions pour l’instant entendu que la répétition générale.
Moïse « convoqua (Vayakel) toute la communauté des enfants d’israël » Kol adat bnei israël, et nous allons voir que ce nouveau terme a son importance.
Et à nouveau, bis repetita sur un air connu : l’importance du Shabbat !
« Pendant six jours on travaillera, mais au septième vous aurez une solennité sainte, un chômage absolu en l’honneur de l’Éternel; quiconque travaillera en ce jour sera mis à mort. Vous ne ferez point de feu dans aucune de vos demeures en ce jour de repos.» (Ex 35, 2-3)
Mais de manière très laconique et très mystérieuse il s’agit de « ne pas faire de feu sous peine de mort ». N’importe quel païen qui lit cela et à qui on dit qu’il s’agit de la plus haute spiritualité répond « c’est un peu court non ? ». Pourquoi cette répétition après Ki Tissa ? Pourquoi cette formulation ? Nous allons en reparler… Lire la suite de « Vayakel-Pékoudé, la structuration de la réalité humaine et l’émergence du couple humain »→
Le commentaire de la paracha du rav Harboun avec mes réflexions sur le shabbat.
Entre Mishkane et veau d’or
Ki Tissa est la plus longue Paracha de l’année en terme de versets. Après la très longue discussion des deux derniers Shabbat sur la construction du Mishkane on désigne les artisans et les travaux qu’ils vont exécuter en conformité aux plans précédents :
L’Éternel parla à Moïse en ces termes: « Vois, j’ai désigné expressément Beçalêl, fils d’Ouri, fils de Hour, de la tribu de Juda, et je l’ai rempli d’une inspiration divine, d’habileté, de jugement, de science, et d’aptitude pour tous les arts. Il saura combiner les tissus; mettre en œuvre l’or, l’argent et le cuivre, mettre en œuvre et enchâsser la pierre, travailler le bois, exécuter toute espèce d’ouvrage. De plus, je lui ai adjoint Oholiab, fils d’Ahisamak, de la tribu de Dan ainsi que d’autres esprits industrieux que j’ai doués d’habileté. Ils exécuteront tout ce que je t’ai prescrit: la Tente d’Assignation, l’arche destinée aux Statuts, le propitiatoire qui doit la couvrir et toutes les pièces de la Tente; la table avec ses accessoires, le candélabre d’or pur avec tous ses ustensiles et l’autel du parfum; l’autel de l’holocauste et tous ses ustensiles, la cuve et son support; les tapis d’emballage, les vêtements sacrés du pontife Aaron et ceux que ses fils doivent porter lorsqu’ils fonctionnent; l’huile d’onction et le parfum aromatique pour le sanctuaire. Ils se conformeront, en tout, à ce que Je t’ai ordonné. » (Ex 31, 1-12)
Puis vient, sans aucun ordre logique apparent la prescription du Shabbat qui concerne justement l’arrêt du travail :
Gardez donc le shabbat, car c’est chose sainte pour vous! Qui le violera sera puni de mort; toute personne même qui fera un travail en ce jour, sera retranchée du milieu de son peuple. Six jours on se livrera au travail; mais le septième jour il y aura repos, repos complet consacré au Seigneur. Quiconque fera un travail le jour du shabbat sera puni de mort. Les enfants d’Israël seront donc fidèles au shabbat, en l’observant dans toutes leurs générations comme un pacte immuable. Entre moi et les enfants d’Israël c’est un symbole perpétuel, attestant qu’en six jours, l’Éternel a fait les cieux et la terre, et que, le septième jour, il a mis fin à l’œuvre et s’est reposé. » (Ex 31, 14-17)
… puis par une autre œuvre d’artisan, le lamentable épisode de la fabrication du veau d’or.
On trouveras ici quelques éléments sur la Paracha de Tetsavé ajoutés à des réflexions du rabbin Harboun, un peu comme des notes. Ils sont fragmentaires et incomplets, je m’excuse par avance de ne pas aller très loin au delà du Pshat (le sens évident).
Israël, Lumière perpétuelle
« Pour toi, tu ordonneras aux enfants d’Israël de te choisir une huile pure d’olives concassées, pour le luminaire, afin d’alimenter les lampes en permanence (Lehaalot Ner Tamid.) » (Ex 27, 20)
Assez curieusement la Sidra de Tetsavé qui décrit les habits du grand-prêtre avec force détails commence par une description de la Menorah, son huile « pure » et sa lumière « perpétuelle ». Alors que celle-ci a déjà été décrite dans la Parasha précédente. Pourquoi ?
A propos de l’huile Rachi précise :
« Concassée » : On pilait les olives dans un mortier, sans les presser sous la meule, afin qu’il n’y ait pas de dépôt. Ce n’est qu’après l’extraction de la première goutte qu’on les introduisait sous la meule pour les écraser. L’huile obtenue sous la seconde pression était impropre pour la menora, mais bonne pour les oblations, ainsi qu’il est écrit : « concassée pour le luminaire », et non : « concassée pour les oblations » (Mena‘hoth 86a).
Et à propos du terme en permanence il explique :
« Perpétuelle » : Tout ce qui se renouvelle nuit après nuit est appelé : « perpétuel », tout comme l’on dit : « holocauste perpétuel » (Bamidbar 28, 6), qui ne se renouvelle pourtant que jour après jour. Il en est de même pour les oblations « à la poêle » dont il est écrit (Wayiqra 6, 13) : « comme oblation perpétuelle », alors qu’elle était offerte « sa moitié le matin et sa moitié le soir ». En revanche, le mot : « perpétuellement » employé à propos du pain de proposition (supra 25, 30) veut dire : « d’un Chabath à l’autre ».
Les lampes des branches de côté de la Ménorah étaient tournées vers la branche centrale symbolisant la lumière perpétuelle de la présence divine. Faite d’une seule pièce, cette unité est le symbole de celle d’Israël.
L’huile est pure comme la flamme qui monte du peuple d’Israël vers Hachem et perpétuelle car Israël ne s’arrête pas dans l’étude de la Torah. Lumière perpétuelle pour les Nations.
La Menorah, centrale, est devenue le symbole du peuple juif… et non pas l’Arche Sainte ou les chérubins ou les pains de propositions et autres ustensiles du sanctuaire…
La Ménorah précède donc la description des habits du grand-Prêtre. Elle est première. Parce que sa Lumière est initiale, elle précède tout. Son allumage précède toutes les autres activités du sanctuaire.
Le Temple détruit, la Ménorah emportée par les romains en l’an 70 comme on peut le voir sur l’Arc de Titus à Rome dont on trouve une copie au Musée de la Diaspora à Tel Aviv, la Lumière d’Israël ne s’éteint pas, elle brille dans la nuit de l’humanité.
Musée de la Diaspora- Tel Aviv, photo DL, copie de l’Arc de Titus à Rome. On voit les esclaves juifs et des soldats brandissant les objets sacrés du Temple: la Ménorah (chandelier à 7 branches), la table des pains de proposition… Ils défilent au cours du triomphe de Titus à Rome suite à sa prise de Jérusalem en l’an 70 de notre ère et au massacre de 500 000 juifs.
On sait que le feu du Sinaï a été assimilé par nos Sages à l’Etude. Tant qu’un juif se plonge dans une page de Torah ou de Talmud pour devenir une Torah vivante, son cœur peut s’allumer et s’illuminer de l’intérieur, il devient une lumière, fut-ce un instant pour les autres.
D’après le Talmud (Haguiga 12a), la lumière créée au début de la création était une lumière spirituelle éclairant l’univers entier. Constatant la déchéance de l’homme, Dieu préféra l’enterrer pour la cacher afin que seuls les justes la trouvent grâce à leurs mérites. Le Talmud (Nedarim 64b) dit que « l’aveugle est considéré comme un mort. » Il ne s’agit bien sûr pas de cécité physique mais spirituelle, de celui qui ne peut pas voir la lumière spirituelle car il ne la cherche pas. Nous devons donc essayer de faire toute la lumière.
Le Tékhélèt, un bleu obsédant
« Tu feras la robe de l’éphod, uniquement d’azur. » (Ex 28, 31)
La derasha du rav Harboun de ce shabbat avec quelques recherches. En complément, quelques plans du Mishkane et de ses ustensiles avec la description de la Torah et des commentaires symboliques de la Torah orale.
La Torah raison d’être du Mishkane
Au fil des semaines, les parashiot se suivent et ne sont pas agencées dans n’importe quel ordre. Nous avons remarqué que la parasha de Yitro, la description du Sanhédrin c’est à dire le Tribunal était précédée par la fin de Michpatim qui décrivait l’autel du Temple :
Tu feras pour moi un autel de terre, sur lequel tu sacrifieras tes holocaustes et tes victimes rémunératoires, ton menu et ton gros bétail, en quelque lieu que je fasse invoquer mon nom, je viendrai à toi pour te bénir. Si toutefois tu m’ériges un autel de pierres, ne le construis pas en pierres de taille; car, en les touchant avec le fer, tu les as rendues profanes. (Ex 20, 20-21)
Cette proximité littérale était aussi une proximité de lieu et de sens. Au sens propre, le sanhédrin lui-même, le Beth Din était physiquement au cœur du Temple et au sens figuré : le cœur du temple c’est la Justice (tsedaka) et la Vérité (émet) qu’elle poursuit et que le Juif doit rechercher. Lire la suite de « Terouma, le don de soi »→
Voici le commentaire de la Sidra du Rav Haïm Harboun que j’ai développé.
La paracha de Michpatim poursuit la Révélation de D.ieu au Sinaï. L’Eternel y promulgue un grand nombre de lois concernant les serviteurs, les peines pour le meurtre, le rapt, l’agression et le vol, les réparations des dommages, des prêts financiers, les procédures judiciaire, des taureaux belliqueux et des lois de séparation du lait et de la viande… Tous ces éléments sont la base de la jurisprudence établie par les Beth Din, les tribunaux, exposée par le traité Sanhédrin du Talmud. Nous y reviendrons.
Le droit au coeur du Temple
La Paracha de la semaine dernière sur les dix Paroles et le don de la Loi se termine curieusement par le passage suivant :
Tu feras pour moi un autel de terre, sur lequel tu sacrifieras tes holocaustes et tes victimes rémunératoires, ton menu et ton gros bétail, en quelque lieu que je fasse invoquer mon nom, je viendrai à toi pour te bénir. Si toutefois tu m’ériges un autel de pierres, ne le construis pas en pierres de taille; car, en les touchant avec le fer, tu les as rendues profanes. Tu ne dois pas non plus monter sur mon autel à l’aide de degrés, afin que ta nudité ne s’y découvre point. (Ex 20 20-22)
Pourquoi un autel de terre et pas en pierres de taille ? Parce que la pierre taillée avec du fer portait la marque de la violence. Ce que souligne le Livre de Josué : « Josué bâtit alors un autel au Seigneur, Dieu d’Israël, sur le mont Hébal,selon ce que Moïse, serviteur de Dieu, avait prescrit aux enfants d’Israël, comme il est écrit dans la loi de Moïse: un autel de pierres brutes, que le fer n’avait jamais touchées. Et l’on y offrit des holocaustes à l’Eternel » (Jos 8, 30-33) et encore dans le Deutéronome : « Tu bâtiras au même endroit un autel destiné à l’Éternel, ton Dieu, un autel fait de pierres que le fer n’aura point touchées. » (Dt 7, 5).
On ne pouvait utiliser un outil de fer car l’autel du Temple représentait la générosité et la paix établie entre Israël et Dieu.
Une symbolique du fer et de la guerre qui réapparait aux temps messianiques chez Isaïe. Alors que les Nations monteront à Jérusalem l’acier sera transformé et ne servira plus à faire la guerre : « ceux-ci alors de leurs glaives forgeront des socs de charrue et de leurs lances des serpettes; un peuple ne tirera plus l’épée contre un autre peuple, et on n’apprendra plus l’art des combats. » (Is 2, 4).
Pourquoi ce passage précède-t-il notre paracha ? Tout simplement parceque le Beth Din était au cœur du Temple. Le Temple de Jérusalem n’était pas un lieu de culte mais aussi un lieu de gouvernement où se réunissait le grand Sanhédrin, sorte d’assemblée nationale, mais aussi un tribunal central, haut-lieu d’élaboration de la jurisprudence halakhique, mais aussi une banque où l’on collectait l’impôt pour le trésor du Temple… sans parler de la fonction de thérapie psychique que représentaient les sacrifices pour ceux qui venaient les offrir et repartaient guéris de leur culpabilité, de leur jalousie maladive envers leur femme (traité Sota)… Le Temple était non pas seulement un lieu de culte mais le cœur de la vie d’Israël. Au cœur, et contre tous les usages des temples païens, le Saint des saints était vide. Lire la suite de « Michpatim, aux sources du droit moderne »→
La tradition juive a observé que les paroles prononcée lors de la Création du monde étaient au nombre de dix tout comme les « dix commandements ». Le Pirké Avot l’exprime ainsi :
« Par dix paroles le monde a été créé. Ne pouvait-il pas être créé par une seule parole ? Il en fut ainsi pour corriger les méchants qui détruisent le monde créé par dix paroles; et pour donner une bonne récompense aux justes qui maintiennent le monde qui a été créé par dix paroles. (Traité des pères, chapitre 5 1)
A propos des dix paroles données au Sinaï, Rashi, citant la Mekhilta, commente :
» Toutes ces paroles…: cela nous apprend que le Saint-Béni-soit-Il prononça les Dix Paroles en une seule parole, l’homme étant incapable de parler de cette façon. S’il en est ainsi (s’Il a prononcé les dix paroles en une seule), pourquoi le verset répète-t-il (les dix commandements, un à un): « Je suis…, « Tu n’auras pas… »? C’est parce qu’Il est revenu sur chaque commandement pour l’expliquer individuellement.
Et Rachi ajoute :
« Tous les 613 commandements sont inclus dans les Dix commandements » (à propos de Ex 24, 12)
Tout comme lors de la création du monde, D.ieu dit et les choses sont. Les enfants d’Israël voient les paroles au Sinaï. « Parle, toi avec nous, et nous écouterons, mais que D-ieu ne parle pas avec nous de peur que nous mourions » (Exode 20, 14-15). Ce que Rashi commente : « Ils virent les voix…: ils virent ce qui s’entend, chose impossible à réaliser dans d’autres circonstances. »
Alors que les dix paroles qui créent le monde sont positives les dix commandements sont négatifs : Lo…
Il y a donc une idée de re-création de nous-même dans l’observance des commandements. Comme si paradoxalement, l’interdit au lieu de brimer notre liberté la rétablissait dans son intégrité créée originelle. D.ieu renouvelle chaque jour et à chaque instant la Création par sa loi. Création, Rédemption et don de la loi ne sont donc qu’un seul mouvement. Lire la suite de « Yitro : Les dix paroles de re-création »→
Voici le commentaire de la Sidra du Rav Haïm Harboun que j’ai développé.
L’Éternel dit à Moïse: Bo al Paro– « Rends-toi chez Pharaon ! » (Ex 10, 1)
Le Lekh (« Va !») adressé par deux fois à Abraham, que D. adresse deux fois à Abraham, deux appels entre lesquels s’inscrivent ses actes de foi envers l’Eternel au début de sa vie nomade et au Mont Moryia est une manière de parler moins respectueuse que le Bo (« viens ») adressé à Moïse. Lekh ! c’est « File ! », Bo ! c’est « Viens ! ». Cette formulation montre le respect de l’Eternel pour Moïse et la grandeur qu’il accorde à cet anaw, cet humble, d’une racine qui veut dire « courbé » souligne Rachi. Découvrons cette paracha de Bo.
L’horloge et le commencement du temps
Tout d’abord, il est curieux de constater que le temps calendaire donné par D. tel qu’il est compté en Israël commence à la sortie d’Egypte ainsi que le raconte notre Sidra :
L’Éternel parla à Moïse et à Aaron, dans le pays d’Égypte, en ces termes: « Ce mois-ci est pour vous le commencement des mois; il sera pour vous le premier des mois de l’année. » » (Ex 12, 1-2)
Voici le commentaire de la Sidra du Rav Haïm Harboun que j’ai développé à partir de ses indications, une large partie s’appuie sur le commentaire de Jacob Ouanounou, et mes propres recherches dans le Talmud.
Marc Chagall : Moise devant le buisson ardent
Dis-moi ton nom et je te dirai qui tu es
Voici les noms des fils d’Israël, venus en Égypte; ils y accompagnèrent Jacob, chacun avec sa famille: Ruben, Siméon, Lévi et Juda; Issachar, Zabulon et Benjamin; Dan et Nephtali, Gad et Aser. Toutes les personnes composant la lignée de Jacob étaient au nombre de soixante-dix. (Ex 1, 5)
L’enfant devenu grand, elle le remit à la fille de Pharaon et il devint son fils; elle lui donna le nom de Moïse, disant: « Parce que je l’ai retiré des eaux. » (Ex 2, 10)
Elle enfanta un fils, qu’il nomma Gersom, en disant: « Je suis un émigré sur une terre étrangère. » (Ex 2, 22)
S’ils me disent: Quel est son nom? que leur dirai-je? » (Ex 3, 13)
La sidra de ce jour s’intitule Chémoth qui signifie les noms. Or la Torah nous a donné à plusieurs reprises les noms de ceux qui sont descendus en Egypte. Alors pourquoi recommencer ? Pour nous dire que la sortie d’Egypte et la formation du peuple juif ne pouvait se réaliser que si les hébreux conservaient leurs noms autrement dit ne s’assimilaient pas. Perdre son nom c’est perdre son identité, sa particularité signifiante. Le nom est à proprement parler un des fondements de la sanctification, de la particularisation. C’est D. lui-même qui transforme Avram en Abraham, Jacob en Israël. La nomination revient à faire entrer une femme, un homme dans le champ du langage et de la parole. Sans cet originaire la personnalité ne peut s’élaborer. Et nous le verrons D. qui n’a pas de nom répond à Moïse qui lui demande qui Il est par ce qu’il est ou va être pour Israël. Le nom est donc un destin « tiré des eaux » pour Moïse, ou étranger (guer) pour Guersom. Lire la suite de « Chémoth : l’appel des prophètes »→
Voici le commentaire de la Sidra du Rav Haïm Harboun que j’ai développé à partir de ses indications, une partie s’appuie sur le commentaire de Jacob Ouanounou (parties : Les dix-huit bénédictions, Les bénédictions de D.ieu dans l’histoire)
Marc Chagall, « Moi et mon village » (shtetel) 1911. Mrs Simon Guggenheim Fund, Museum of Modern Art, NYC. Photo DL Cette peinture me semble une bonne allégorie de la Parasha, l’histoire d’un juif en diaspora (Vitebsk, Biélorussie) qui devra s’exiler.
JACOB , UNE VIE COMBLEE DE JOURS
Une vie réussie ?
Qu’est-ce qu’une vie réussie ? Voilà la question que se posent nombre de nos contemporains. Et les livres de bien-être, de réussite personnelle, fleurissent sur les étagères des libraires et les chaînes de télévision à mesure que grandit la perte de l’estime de soi qu’engendre inévitablement une société où il faut être une « super woman », un « self made man », une sorte de héros à jet continu… hors toute vie s’affronte à la réalité du désir humain : toutes nos plus grandes réalisations dans tous les domaines sont limitées. Limitées dans l’espace (Aussi grandes que soient les pyramides construites en Egypte par nos ancêtres ce ne sont que de vieux tombeaux ! ), mais surtout limitées dans le temps nous dit la Torah : quoi qu’il en soit nous ne pouvons vivre que de manière limité cent vingt ans tout au plus, cent quarante-sept ans pour une vie comblée de jours : Jacob vécut dans le pays d’Égypte dix-sept ans; la durée de la vie de Jacob fut donc de cent quarante-sept années. (Gn 47, 28). Lire la suite de « Vaye’hi : La bénédiction d’Israël »→
Joseph explique ses rêves à Pharaon, Marc Chagall, 1931
La quête du frère
Toute cette Sidra est parcourue par une sorte de malaise.
On se rappelle que Joseph errant avait rencontré un homme en chemin qui l’avait questionné : « Que cherches-tu ? » et il avait répondu : « je cherche mes frères » (Gn 37, 16). Joseph ou la quête du frère, voilà la clé de ce récit.
Cette affirmation est bien sûr l’exact contrepoint de la réponse de Caïn à L’Eternel après le meurtre du doux Abel : « Où est ton frère Abel ? –Suis-je responsable de mon frère ? » (Gn 4, 9). La fraternité et la quête du frère, voilà une clé de ce récit.
Les frères de Joseph arrivent donc en Egypte et cet homme en quête de ses frères leur réserve un accueil qui n’a à première vue, rien de chaleureux : II leur dit: « Vous êtes des espions! C’est pour découvrir le côté faible du pays que vous êtes venus! ». Ils répondent : « Nous sommes douze frères, nés d’un même père, habitants du pays de Canaan; le plus jeune est auprès de notre père en ce moment et l’autre n’est plus. … –Vous ne sortirez pas d’ici que votre plus jeune frère n’y soit venu. Dépêchez l’un de vous pour qu’il aille quérir votre frère et vous, restez prisonniers »… Il les accuse d’être des espions, il les jettent en prison et renvoie dans leur pays d’origine. On fait plus fraternel !
Le sentiment général n’est pas bon et les frères en arrivent à la conclusion, qu’il n’y a plus d’espoir de trouver de la nourriture. Ils rentrent alors en eux-mêmes et se disent l’un à l’autre : « En vérité nous sommes punis à cause de notre frère; nous avons vu son désespoir lorsqu’il nous criait de grâce et nous sommes demeurés sourds. Voilà pourquoi ce malheur nous est arrivé. ». Et Ruben, qui, lui a sauvé la vie de Joseph dit : « Est-ce que je ne vous disais pas alors: Ne vous rendez point coupables envers cet enfant! Et vous ne m’écoutâtes point. Eh bien! Voilà que son sang nous est redemandé » une allusion à peine voilée en écho de l’accusation de l’Eternel à Caïn après le meurtre fraternel originel : «Le cri du sang de ton frère s’élève, jusqu’à moi, de la terre».
Et ils disent à Joseph, qui lui, sait, qui ils sont : «Nous sommes tous fils d’un même père ». Rachi précise en citant le Midrash : « Ils ont, sous l’inspiration de l’esprit saint, compté Yossef parmi eux comme étant aussi le fils de leur père (Beréchith rabba 91, 6) ».
En réalité l’aveuglement des frères est une cécité du cœur : « Joseph reconnut bien ses frères, mais eux ne le reconnurent point. ».
Simon est jeté en prison, et faute de présence de Benjamin en Egypte, celui-ci y moisira, sans le moindre espoir de libération. Pour les frères de Joseph les épreuves s’accumulent et l’horizon semble des plus sombre.
La pédagogie de Joseph
Mais cette dureté impitoyable de Joseph n’est que d’apparence. Car l’amour qu’éprouve Joseph pour ses frères ne fait aucun doute. Il s’est fait le frère de ses frères qui l’ont vendu comme esclave. Ceux-ci errent dans leurs raisonnements entre l’Egypte et Canaan mais lui continue à espérer leur fraternité malgré leurs fautes.