J’ai écrit 16 livres depuis 20 ans. Des notes de bas de page de mon aventure spirituelle. Juste pour me repérer dans une navigation aventureuse et difficile. Jumeau, corse, ouvrier chez Michelin à 15 ans, de parents corses tous deux orphelins de père à 3 ans, sans éducation religieuse, je lisais Dostoievski, la Bible, dans mon Foyer de jeunes travailleurs. J’ai découvert les livres, le mode d’emploi de l’existence. Comme la prière ils me remplissaient l’âme. D.ieu a mis sur ma route des gens extraordinaires : des artistes magnifiques, des écrivains besogneux, des venture capitalists inquiets, des anarchistes désenchantés, des voyous et des grands flics nerveux, des espions peu locaces, des psy pleins de bonté, des bergers corses lumineux, des moines érudits, un rabbin marrakchi truculent, d’humbles Grands de la Torah, des talmidei Hakhamim vertueux et des hassidim fervents… et bien sûr mon épouse Marrakchi dont la mère a appris l’hébreu au Mellah avec mon maître et dont l’oncle était rabbin à Bastia en bas de chez ma grand mère ! Alors j’ai raconté tous ces miracles pour qu’ils ne meurent jamais. Et quand je regarde en arrière tous mes livres m’indiquent le chemin comme une boussole : la Terre Promise à Abraham, Beezrat Achem.
Rahmana Liba Bae : « Le Miséricordieux demande le cœur » m’a appris rabbi Haïm mon Maître marrakchi. J’ai aussi retenu un proverbe Yiddish : « Ne croyez pas le désespoir, il ne tient jamais ses promesses ! »
« Le soleil comme la mort ne peuvent se regarder en face »[1]. Ceux qui voient le soleil en face meurent un peu. Mais surtout ils deviennent des familiers du royaume des ombres. Je dirais cela de Jean-Pierre Elkabbach, il était un homme de la lumière et aussi un familier du royaume des ombres, à commencer par celle de son père.
Pour nous les juifs tant qu’on dit le nom de quelqu’un il ne quitte pas la lumière de la vie. Alors deux ans plus tard, en cette veille de Souccot, la fête des cabanes qui nous rappelle notre condition d’errants précaires, je voudrais le ressusciter.
Jean-Pierre Elkabbach entouré des frères Faiola devant le restaurant Le Stresa
06 octobre 2025
J’ai été à la manif de soutien aux otages hier. Rues grises, du soleil à la fin. Plutôt âgé. Quelques jeunes qui essayaient encore de hausser la voix mais comme dans une cloche en coton, capitonnée de flics. Le gouvernement est de nouveau tombé ce matin. Aujourd’hui deuxième anniversaire de la mort de Jean-Pierre Elkabbach il y a pile deux ans. « Encore une coïncidence bizarre » aurait dit Jean-Pierre, en te fixant sans rire avec ses yeux noirs.
06 octobre 2023
Je reviens d’Israël. Aujourd’hui nous enterrons Jean-Pierre Elkabbach. C’est la « fête des cabanes », la veille de Sim’hat Torah (la joie de la Torah) en Israël, les allées du cimetière Montparnasse sont ruisselantes de rayons qui allongent nos ombres sur les allées.
Mon cédrat cette année, dans une boite ashkénaze du 19ème siècle que j’ai achetée à mon amie Francine SZAPIRO, grande passeuse de mémoire, à la Galerie Saphir dans le Marais.
Au coeur de notre cerveau
La mémoire olfactive est la plus profonde; notre cerveau a la capacité d’associer des odeurs à des expériences passées. Contrairement à d’autres sens, l’odorat est directement relié aux zones du cerveau responsables des émotions et de la mémoire, comme l’amygdale et l’hippocampe. Aussi l’odorat est le sens le plus spirituel dans le judaïsme car c’est celui qui fait partie de la mémoire la plus profonde. D’où la cuisine de votre maman !
Cédrat : Corsica, a terra Prumessa
Au 19ème siècle se procurer un cédrat pour Souccot en Lituanie ou en Roumanie supposait que celui-ci arrive à point et casher. Aussi les cédrats valaient une fortune et accomplir cette mitsva était un prodige chaque année incertain. Les cédrats de Corfou ayant été déclarés non casher car greffés sur une autre espèce (La halakha appelle kilayim un mélange interdit entre deux espèces), le monde ashkénaze a dû se tourner vers des cédratiers casher.
Ce Chabbat on lit Bamidbar « Dans le desert », le début du livre des Nombres :
1L’Éternel parla en ces termes à Moïse, dans le désert de Sinaï, dans la tente d’assignation, lepremier jour du second mois de la deuxième année après leur sortie du pays d’Egypte: 2″Faites le relevé de toute la communauté des enfants d’Israël, selon leurs familles et leurs maisons paternelles, au moyen d’un recensement nominal de tous les mâles, comptés par tête.
Pourquoi les compte-t-il à sortie d’Égypte alors que seulement 20% du peuple est sorti fidèle à son destin juif tandis que les autres sont restés des esclaves hébétés par 200 ans d’esclavage dans la Patrie de l’idolâtrie ?
Rachi commente à propos de ce recensement ordonné au début du Livre de Bamidbar :
Pourquoi les compte-ils après le veau d’or, puis quand sa Shekina (Présence) vient demeurer (shakan) parmi eux ? Demande Rachi.
« Par amour, [D.] les compte à chaque moment, lorsqu’ils sont sortis d’Égypte [et] lorsqu’ils sont tombés lors du péché du Veau d’or, pour connaître le nombre des rescapés et lorsqu’Il voulut faire résider Sa chékhina parmi eux… »
Le Maharal commente de son côté :
« Ainsi le peuple juif en Egypte était comme un fœtus qui se développait dans le ventre de sa mère, suite à quoi il sortit lorsque son développement fut terminé. Ainsi les enfants d’Israël grandirent et se développèrent en Egypte jusqu’à atteindre leur perfection par le nombre de 600 000 personnes ; alors ils sortirent ». (Maharal de Prague, Guévourot Achem 3)
Israël est dans le ventre de sa mère en Egypte, un endroit où l’enfant est indifférence avec sa mère. Hors pour pouvoir sanctifier, particulariser, choisir, il faut sortir du ventre de sa mère grandir et être libre.
D.ieu parle au desert car Medaber (parler) et midbar ont la même racine. Le désert est donc le lieu où D. parle.
Pourquoi D. fait-il naître Israël au désert ? « parceque dans le désert rien n’appartient à personne » dit le Talmud.
Désert de Juda, mai 2019.
Le désert, ce espace qui n’est pas une patrie où tout est nomade et sans lieu conduit à la terre promise.
Israël n’a pas de terre, pas de Patrie, cette terra patria, « terre des pères » antique. La terre est à Dieu. Sa terre ne peut donc être que promise. De la fidélité à la Torah dépend le don de la terre. Israël la d’ailleurs perdu pendant deux millénaires ! De l’an 70 à 1967.
Mais la terre est restée dans la prière » Toi qui fait revenie ta Chekhina (présence) à Sion ». Et nous parlons enfin l’hébreu sur notre terre. Un miracle que même Hertzel n’envisagent pas. « Nous laisserons chaque communauté parler sa langue, l’allemand continuera probablement a être la principale langue pour la plupart d’entre nous » écrit-il en 1896 dans Der Judenstaat.
Il faut comprendre que erets, la « terre » que D-ieu crée au commencement du monde dans le Sefer Berechit c’est la terre d’Israël. Elle est une fiancée qui est protégée par un contrat avec Dieu, une Ketouba. Une réalité particularisée, choisie pour symboliser et signifier l’alliance de D. avec toutes les Nations. Celui qui ne connait pas cette réalité d’amour ne peut pas comprendre le lien du peuple juif avec la terre d’Israël qui fait partie de son âme.
La terre d’Israël nest pas un simple lieu geographique ou historique, elle est liée à l’existence du peuple juif.
La Terre d’Israël est une pièce essentielle reliée à la nation par un lien vital, attachée par des qualités intrinsèques à sa réalité. C’est pourquoi aucune forme rationnelle de la pensée humaine ne peut appréhender la nature secrète de la sainteté de la Terre d’Israël, ni traduire dans la réalité la profondeur de l’amour qu’on lui voue. Ce n’est possible que grâce à l’esprit divin qui repose sur la nation dans son ensemble, grâce au sceau divin naturellement gravé dans l’âme d’Israël.
La terre c’est l’âme du peuple juif. Le retour d’Israël sur sa terre millénaire peut être vu comme une techouva, un retour ontologique à qui nous sommes vraiment. Et collectivement on peut la voir comme un prémice de la Rédemption.
Ce retour est inéluctable. Il fait partie de l’ordre de la création.
Aujourd’hui il fait 40 degrés à Marrakech. Excellente occasion pour une petite visite de la synagogue du Mellah !
Au Maroc, la judaïsation des Berbères et la berbérisation des juifs remonte à deux millénaires. Repoussés par les arabo musulmans suite à l’expansion islamique les juifs se réfugient dans le montagne de l’Atlas au VIIe siècle.
En 1062, Youssef ben Tachfine, le souverain des Almoravides, fonde la ville de Marrakech en et y autorise l’installation de Juifs.
En 1136 quelques Juifs seulement sont autorisés à vivre à Marrakech sous le règne d’Ali ben Tachfine.
Les juifs fuyant la péninsule ibérique lors des persécutions wisigothiques, almohades (comme Maimonide réfugié à Fès), puis l’Inquisition espagnole, ont renforcé cette communauté originaire berbère.
En 1492, Rabbi Yitzhak Delouya qui a vécu en Espagne est arrivé à Marrakech suite à l’expulsion des juifs d’Espagne par la Reine Isabelle de Castilla et le Roi Ferdinand d’Aragon. Il a officié à Marrakech comme président du tribunal rabbinique et président de la communauté des expulsés et a fondé la « synagogue El Azama », la « synagogue des expulsés », construite peu de temps après son arrivée à Marrakech.
Le bâtiment actuel date du tournant des XIXe et XXe siècles. Il est situé dans le mellah (quartier juif) de la médina de Marrakech.
On y arrive par une rue étroite couleur ocre rouge, celle de l’argile d’ici qui a donné à Marrakech son surnom de « ville rouge » :
Elie Bohbot, le grand-père de mon épouse était le président de cette communauté; son grand-père pere maternel le Rav Yayir Sebag était dayan et enseignait aux choatim. Sa mère Dodie s’est mariée dans cette synagogue. Mon rabbin Haim Harboun a prié ici, comme ses parents et son grand-père le Rav Haim Corcos dayan de Marrakech. Le monde est petit.
Piyoutim
Le rabbin Haim Harboun avec son Oud et ma fille
La musique est une composante fondamentale de la tradition juive. Même dans le Temple, les Lévites psalmodiaient et chantaient les louanges de Dieu. Au pays du Maghreb, qui n’est autre que le Maroc, une magnifique tradition de liturgie poétique et de piyoutim s’est développée. Cette tradition est pleine de nostalgie et d’aspiration envers D.ieu, Eretz Israël et la rédemption tant attendue. Des centaines de milliers de piyoutim, traduisant la nostalgie et la foi en Dieu, font aujourd’hui partie intégrante de la tradition locale. Certains piyoutim empruntaient des mélodies andalouses et ont introduit les rythmes locaux au sein de la musique liturgiques. Certains piyoutim ont été écrits dans le cadre de la tradition du chant des Berakhot. Les Juifs marocains avaient alors coutume de se lever les veilles de Chabbat dans la nuit pour chanter des piyoutim spéciaux.
Cette tradition riche et prestigieuse a été faite et écrite ici. De la ville de Marrakech, du cœur du Mellah juif, est sortie une liturgie poétique juive douce et spirituelle qui résonne jusqu’à ce jour du Maroc jusqu’en Israël.
Rabbi Chlomo Abitbol, l’un des sages de Marrakech. Décédé en 5675 (1914) et Inhumé au cimetière Juif voisin a écrit :
Qu’elle est belle et parfaite, intègre et agréable, la Torah! Nombreux sont ceux qui, inlassablement, te recherchent, toi et tes justes lois Qui enflamment les cœurs et qui sont adulées et sublimes !
Le Ma Yedidouth menou hatekh composé par rav Menahem di Lonsano, érudit et poète du dix-septième siècle, invite à jouir des plaisirs du Chabbat. Son refrain est tout un programme : « Pour nous délecter de délices, de volailles engraissées , de cailles et de poissons. »
Comme il est amical, ton repos, toi la reine Chabbat. Aussi courons-nous à ta rencontre, viens, fiancée princesse. Revêts des vêtements précieux, pour allumer une lumière avec une bénédiction. Et balaye tous les travaux, ne faites pas de travaux.
On trouve là un belle évocations des pyoutim marocains comme le Yedid Nefesh (Bien-aimé de mon âme) chanté ici par le rabbin Harboun. Un poême composé au XVIe siècle par le rabbin et kabbaliste Elazar Azikri. Il parle du désir de D.. Chacun des quatre versets commence par une lettres du Tétragramme, Nom ineffable :
Youd : Bien-aimé de mon âme, Père miséricordieux, Pousse ton serviteur à réaliser Ton désir. Qu’il se précipite, ton serviteur, comme une gazelle, Qu’il se prosterne face à ta splendeur. Douce est pour lui Ton affection, plus suave que le miel le plus pur.
Ou le Yom Ze leisrael (Ce jour pour Israël)rédigé à la gloire du Shabbat aurait pour auteur rabbi Isaac de Louria.
Tu as prescrit des commandements lors de la réunion du mont Sinaï, Le Shabbat et les fêtes, à observer pendant toutes mes années ; De dresser devant moi portion et repas, Chabbat de repos. Délice des cœurs pour un peuple brisé, Pour les âmes endolories une âme supplémentaire, A l’âme affligée elle enlève le soupir, Chabbat de repos
Ces murs ont vibré pendant de nombreux siècles de la prière du Mellah du judaïsme marocain.
Judaïsmes berbères
A Bastia (Corse) en bas de chez nous on trouve la synagogue Meïr Tolédano dont je porte le prénom. Tolédano, originaire de Tolède au 16 ème siècle. Mais on trouve aussi à Bastia des juifs berbères originaires de Tinhir au Maroc, les Sabbagh.
On trouve dans le synagogue un petit musée consacré aux juifs berbères de l’Atlas comme dans la Vallée de l’Ourika où sont enterrés de grands tasdikim, sages, pélerinés par les juifs et les musulmans.
Les origines des communautés juives d’Afrique du Nord remontent à la plus haute antiquité, probablement à la fondation de Carthage, au 8ème siècle avant notre ère et à la conversion au judaïsme de tribus berbères via des juifs venus avec les Carthaginois [1]. Comme le note Julien Cohen-Lacassagne[2]
« C’est dans les bagages des Phéniciens que le judaïsme a gagné Carthage, avant d’être adopté par des tribus berbères et de s’étendre dans l’arrière-pays. Résistant à l’expansion chrétienne, puis à celle de l’Islam, ces Maghrébins juifs ont marqué durablement les sociétés nord-africaines et contribué à une authentique civilisation judéo-musulmane partageant une langue, une culture et un même substrat religieux. »
Le plus ancien témoignage d’une implantation juive a été découvert dans la ville romaine de Volubilis, dans le nord du pays. On y a trouvé des inscriptions et des symboles juifs datés du IIe siècle de l’ère commune. Les Juifs de l’Atlas ont résidé pendant de longues années, jusqu’en 1965, dans de nombreux siècles sur l’ensemble du massif de l’Atlas. Ils habitaient dans quelque 250 localités juives, aux côtés de villages berbères et parfois dans le voisinage des Imazighen dans les mêmes villages. Même dans les sites éloignés et reculés, les Juifs d’Atlas respectaient un mode de vie juif traditionnel, avec leurs synagogues, leurs bains rituels, leurs coutumes, la Torah et les commandements.
Marrakech constituait un centre spirituel pour les Juifs d’Atlas et nombre d’entre eux se rendaient en ville et même au Talmud Torah Alazma pour étudier la Torah. Après leur départ des villages berbères, les résidents juifs de l’Atlas émigrèrent à Marrakech, d’où ils poursuivirent leur voyage afin d’accomplir la prière millénaire: monter en Eretz Israël.
Bijoutier juif du Haut-Atlas, 1950Femme juive du Debbou, nord du mont Atlas 1915Femme juive du Debbou, nord du mont Atlas 1915Famille juive berbère de l’Atlas, 1940Groupe de juifs de Goulmima avec leur président. M. Illouz
Depuis le toit de la synagogue, on peut voir le massif de l’Atlas .
[1] Joëlle Allouche-Benayoun, Les Juifs d’Algérie, Presses universitaires de Provence, 2015.
[2] Julien Cohen-Lacassagne, Berbères juifs, L’émergence du monothéisme en Afrique du Nord, La fabrique, 2020.
En hébreu la cigogne se dit ‘hassida, comme חסיד- ‘hassid, ce qui signifie « pieux » car celui qui est pieux revient avec fidélité à la prière, vers Dieu. Mais aussi « généreux ». Le Hessed c’est la « générosité », la « bonté », la « grâce » la »bienveillance ».
Les cigognes que l’on voit à Marrakech viennent majoritairement d’Europe : d’Espagne, de France, d’Allemagne, et d’Europe de l’Est (Pologne, Hongrie…). Elles migrent vers l’Afrique du Nord pour l’hiver, car les températures y sont plus douces et la nourriture plus abondante. Elle reviennent chaque année d’aout à octobre et repartent entre février et avril. Elles trouvent des endroits favorables pour nicher sur les remparts de la ville ou les ruines palais El Badi, littéralement le « palais de l’incomparable », édifié par le sultan saadienAhmed al-Mansur ad-Dhahbî pour célébrer la victoire sur l’armée portugaise, en 1578, dans la bataille des Trois Rois.
Il n’en reste presque plus rien du palais que son enceinte de murailles, car vers 1692 le sultan alaouiteMoulay Ismaïl ordonna sa démolition qui dura une dizaine d’années pour construire le palais de sa nouvelle capitale, Meknès… Ainsi le palais El Badi est devenu le royaume des cigognes.
Les jeunes cigognes sont entièrement dépendantes de leurs parents pendant les premières semaines de leur vie, notamment pour la nourriture. Elles utilisent les courants d’air chaud ascendants pour planer et économiser leur énergie pendant de longs trajets qui peuvent aller jusqu’à jusqu’à 10 000 km. On peut en tirer une leçon de vie…
On demanda un jour au Rabbi Its’hak Méïr de Gour (Pologne, 1798-1866) : « Pourquoi la cigogne qui est appelée en hébreu ‘hassida , c’est-à-dire ‘la généreuse’ ? – Car elle aime et nourrit les siens . – Alors pourquoi fait-elle partie des animaux impurs interdits à la consommation ? – Justement, répondit le rabbi, c’est parce qu’elle ne donne son amour qu’aux siens !
La cigogne nous apprend à aimer notre prochain comme nous-même, mais ce n’est pas suffisant, la Torah nous enseigne d’aimer aussi notre lointain…
Tout prés du Mellah, l’ancien quartier juif de la ville enfermé dans ses murailles, on trouve la Bet Moʿed leQol Ḥai ( בית מועד לכל חי), la « Maison de tous les êtres vivants »
L’impression est saisissante pour celui qui entre dans le cimetière juif de Marrakech, également connu sous le nom de Miâara (cimetière en hébreu). Des milliers de juifs enterrés sur la terre de nos ancêtres depuis deux millénaires à perte de vue. Nos familles, que leur mémoire vous soit une bénédiction.
Ce jardin des vivants, méticuleusement entretenu avec dévotion, est l’un des plus anciens et des plus vastes cimetières juifs du Maroc et du Maghreb. Ce jardin abrite plus de 20 000 tombes.
Fondé au XVe siècle, bien que des sépultures juives y aient été présentes dès le XIIe siècle, le cimetière est divisé en sections distinctes pour les hommes, les femmes et les enfants.
Les tombes des Cohanim (prêtres) situées près de l’entrée sont peintes en bleu avec des symboles de mains en signe de la bénédiction des Cohanim.
Tombes des Cohanim
Plus loin on trouve l’ancien cimetière.
On y trouve les tombes de tsadikim célèbres, comme le rabbi Pinhas Ha-Cohen, le Rabbi Abraham Azoulay (kabbaliste né à Fès en 1570, mort en 1643, enterré à Hébron), le Rabbi David Hazan ou le Rabbi Hanania Hacohen – zatsal.
Rabbi Hanania HaCohen
Rabbi Hanania HaCohen est une figure spirituelle éminente de la communauté juive de Marrakech, l’un de ses sages les plus vénérés. Son tombeau se trouve dans le cimetière Miâara, où il est vénéré comme un tsadik (juste). Il est mentionné aux côtés d’autres rabbins notables tels que Rabbi Pinchas HaCohen, Rabbi Abraham Azoulay et Rabbi Shlomo Tammuzat. Des pèlerinages sont organisés en son honneur, notamment par des associations comme Hevrat Pinto, illustrant son importance dans la tradition juive marocaine.
Rabbi Nissim Ben Nissim
Rabbi Nissim Ben Nissim est un saint juif vénéré, principalement associé au village d’Aït Bayoud, situé dans la région d’Essaouira. Arrivé au Maroc au XIXe siècle, il s’installe d’abord à Essaouira avant de choisir de vivre à Aït Bayoud, attiré par son environnement naturel. Son tombeau est devenu un lieu de pèlerinage annuel (hilloula) pour les Juifs marocains, attirant des fidèles de tout le sud-ouest du pays. De nombreuses histoires de miracles lui sont attribuées, renforçant sa réputation de tsadik.
Bien que Rabbi Nissim Ben Nissim ne soit pas enterré à Marrakech, son influence spirituelle s’étend à travers le Maroc, y compris à Marrakech, où sa mémoire est honorée par la communauté juive locale.
Des centaines de membres de nos familles sont enterrés ici, que leur souvenir nous soit une bénédiction.
Des vivants a perte de vue, mais à portée de voix dans la prière.
5 Les vivants savent du moins qu’ils mourront, tandis que les morts ne savent quoi que ce soit; pour eux plus de récompense, car leur souvenir même s’efface,
9 Jouis de la vie avec la femme que tu aimes, tous les jours de l’existence éphémère qu’on t’accorde sous le soleil, oui, de ton existence fugitive car c’est là ta meilleure part dans la vie et dans le labeur que tu t’imposes sous le soleil.
Le chat des rabbins…
Vivre et mourir à Marrakech dans les années 30
Les coutumes autour de la mort m’ont été racontée par mon Rabbin Harboun qui m’a confié son livre pour enterrer les défunts. « Lorsqu’il y avait un décès dans une rue, tous les habitants de cette rue devaient se débarrasser de leur eau entreposée dans des jarres, autrement dit, la denrée la plus précieuse qu’ils avaient en réserve. »
Il me disait en parlant de sa jeunesse dans les années 30 :
« La mortalité infantile était très élevée en ces années qui n’avaient rien de « folles » dans le Mellah de Marrakech où la mort régnait en maître. J’irais même jusqu’à dire qu’un enfant sur cinq seulement survivait. » alors « pendant les sept jours qui suivaient la naissance – la circoncision ayant lieu le huitième jour – la famille, les voisins et les fidèles de la synagogue, se relayaient pour réciter des prières dans la chambre, tout près du nouveau-né. Ils pensaient ainsi le soustraire aux mauvais esprits, à la maladie et à la mort subite. »… « La mort était présente à un tel point dans la conscience des Mellahites qu’ils donnaient l’impression d’être totalement indifférents à la souffrance. »
« Le Mellah donc, a toujours été associé à l’idée de la mort. Il n’est donc pas étonnant que l’unique problème qui focalisait toutes les prières, les aspirations et les supplications adressées à l’Éternel, tournait autour de la santé. L’absence de médecins, de médicaments et d’hôpitaux faisait de la maladie le plus grand danger, associé très souvent à la mort. Cette dernière rodait partout. On voyait tellement de cortèges funèbres, qu’en définitive, la mort était intégrée dans notre vie quotidienne. On la côtoyait à chaque coin de rue. Il ne se passait pas une journée sans qu’il y ait trois, quatre, voire cinq enterrements. L’absence d’hygiène et de soins, les médicaments introuvables menaient souvent à des épidémies : typhus, choléra, peste. On pouvait dire que l’idée de la mort, était dans tous les esprits des Mellahites, sans que personne n’ose prononcer son nom. Cet affect obsédant envahissait les imaginaires ainsi que l’on peut le comprendre maintenant, avec le recul, et les progrès de la psychologie sociale. La plupart des personnes, dépourvues de tout, se moquaient bien de ce qui pouvait arriver, tout devenait objet d’humour. On riait beaucoup dans le Mellah. Chacun y allait de son histoire pour endiguer la terreur envahissante et contagieuse de la mort. Tout le monde se connaissait, il y avait un consensus absolu pour ne jamais évoquer la mort. Celle-ci rodait pourtant partout. »
Rire pour ne pas mourir ! Il y a dans ce cimetière 6000 enfants morts lors d’une épidémie de typhus au 19eme siècle. Dés lors comment vivre avec une telle mémoire ?
Cimetière juif de Marrakech avant 1922
Le cimetière a été réhabilité mais on trouve sa description dans le livre Marrakech de Georges Orwell, qui, âgé de 35 ans, visita le Mellah dans les années 1930. Il passa l’hiver de 1938 dans cette ville, sur recommandation de ses médecins qui lui avaient conseillé son climat sec pour lutter contre la tuberculose. Il raconte les mouches dans le Mellah et la mort :
Comme le cadavre est passé, les mouches ont quitté la table du restaurant dans un nuage et se sont précipitées après lui, mais elles sont revenues plus tard. La petite foule des « pleureuses » tous, des hommes et des garçons, pas de femmes se faufilaient à travers la place du marché entre les tas de grenades, les taxis et les chameaux, pleurant en un court chant maintes et maintes fois répété. Ce qui attirait les mouches, c’est que les cadavres ici ne sont jamais mis en cercueils, simplement ils sont enveloppés dans un drap blanc et transportés sur une civière en bois brut sur les épaules de quatre amis.
Quand les amis arrivent pour l’enfouissement, ils piratent un trou oblong d’un ou deux pieds de profondeur, vident le corps et jettent dessus une terre grumeleuse, qui est comme la brique pilée. Aucune pierre tombale, pas de nom, pas de marque d’identification d’aucune sorte. Le cimetière est simplement un énorme amas de terre bosselée, comme à l’abandon. Après un mois ou deux on ne peut même plus être certain où sont enterrés ses propres parents. Quand vous marchez à travers une ville comme celle-ci, deux cent mille habitants, dont, au moins vingt mille qui ne sont littéralement rien d’autre, que des chiffons quand ils se lèvent – Quand vous voyez comment les gens vivent, et surtout la manière dont ils meurent, il est toujours difficile de croire que vous marchez parmi les êtres humains. Tous les empires coloniaux sont en réalité fondés sur ce fait. Les gens ont des visages bruns – d’ailleurs, il y en a beaucoup ! Sont-ils vraiment la même chair que vous ? Ont-ils même des noms ? Ou sont-ils simplement une sorte de matière brune indifférenciée, à peu près aussi individualisée que les abeilles ou les insectes coralliens ? Ils se lèvent de terre, ils transpirent et meurent de faim pendant quelques années, puis ils retombent dans les monticules anonymes du cimetière et personne ne remarque qu’ils n’y sont plus. Et même les tombes vont bientôt s’estomper dans le sol.
Georges Orwell, «Marrakesh», New Writing, London, 1939, trad. Didier Long.
Sombres lignes d’un occidental de passage vivant un choc émotionnel profond. La mort, la vie et le mouches donc. Un jour, dans les années 2010, le Rabbin Harboun est rentré dans la synagogue à Chabbat avec un air sombre, et il lancé à notre petite communauté :
Vous avez, on peut traverser toute sa vie comme une mouche !
A bon entendeur !
Le rabbin Harboun me parlait aussi de ces mères du Mellah qui les avaient mis au monde et se battaient pour la vie :
« Jamais un enfant du Mellah n’oubliera sa mère. Bien des années après sa disparition, au détour d’un souvenir, d’une remémoration, d’une odeur de cuisine l’enfant du Mellah revit ses souffrances et son abnégation jusqu’au sacrifice de sa personne. Comme si nos mères étaient vivantes dans l’ombre et veillaient encore sur nous à jamais. Leurs horizons étaient bien étroits mais leurs coeurs débordaient d’amour et de don de soi. Toute leur vie était focalisée sur le bonheur de leurs familles. Comment oublier de telles mères ? »
Comme si la présence de la mort avait donné des ailes pour engendrer la vie, la protéger, étudier jusqu’à plus soif pour grandir et être vivant.
Comme dit le Kohélet, un expression que j’ai souvent entendue de ma belle-mère née au Mellah :
Celui qui a été à Marrakech sans visiter le Mellah n’a rien vu. C’est là qu’est né mon maître le Grand Rabbin Haïm Harboun…
Le Rav Harboun
… mais aussi toute la belle-famille de mon épouse alors que son grand-père Elie Bohbot (photo) était le président de la communauté.
Elie Bohbot, zal
Je me suis donc rendu en pèlerinage au Mellah et ensuite sur la tombe de nos Sages (prochain post).
Ancien cimetière juif de Marrakech
Porte du Mellah
Le mot « Mellah » dérive de « Melh » mot arabe qui signifie « sel ». Ce sel servait à conserver les têtes des ennemis empalées que les soldats et guerriers musulmans ramenaient de leurs batailles. Cette tâche de conservation des têtes était il y a quelques siècles imposée aux juifs.
Le Mellah est fermé par un rempart qui était moins destiné à le protéger de l’extérieur, que de constituer une démarcation entre la ville impériale, musulmane et prospère et le ghetto juif. Vers 1930 le quartier juif sortait largement des limites imposées par les remparts et s’étendait sur une portion importante de Marrakech. Le Mellah avait plusieurs entrées. Le soir venu, toutes les portes étaient fermées. Seule la porte principale restait ouverte, gardée par la police du pacha qu’on appelait les Mokhazni.
Porte du Mellah
À l’entrée principale, on pouvait voir les boutiques étroites où l’on trouvait toutes sortes de tissus. Des dizaines d’échoppes bourrées de rouleaux de tissu dans un désordre indescriptible.
Ce qui frappe d’abord et que m’avait raconté le Rav Haïm c’est l’étroitesse des rues. Il me disait : « On jouait dans la rue ou coulait un ruisseau d’urine au milieu mais si un âne traversait on ne pouvait pas le croiser ! » Exagération probable mais souvenir certain.
Le Mellah était un espace surpeuplé dans les années 30 à 50. Les maisons avec une cour et des chambres autour n’offraient que peu d’intimité. Les odeurs de chaque plat se répandaient dans toute la maison, puis dans la rue et chacun connaissait le menu de ses voisins. Les rumeurs aussi se répandaient à la même vitesse mais plus loin ! Le Rav Haïm raconte dans son livre Le rabbin aux mille vies :
Le Mellah était un quartier fermé, entouré d’un vieux rempart couleur d’argile. L’intérieur était tout à fait sordide, avec des maisons en torchis. Un entrelacs de ruelles étroites et obscures où se tenaient nombre de synagogues. Au nord, habitaient les familles « riches » qui possédaient des maisons à deux étages et un petit patio où, grand luxe, se tenait une fontaine entourée de quelques plantes. Mais la plupart des maisons peintes à la chaux n’avaient pas de carrelage, elles ne jouissaient pas d’électricité bien sûr. On économisait tout et surtout l’huile des lampes. La pauvreté, la misère, les maladies et la mort régnaient en maîtresses dans cette promiscuité totale et les juifs ne faisaient que maintenir une apparence d’élégance en raison de leur fierté.
Les Juifs du Mellah comme tous les Marocains de l’époque se battaient contre la misère avec ce qui leur restait : de l’humour. Il n’y avait ni Etat civil, ni hôpitaux, ni service militaire ni retraite.
Le Mellah vers 1930-1931
La dynastie Pinto remonte à Rabbi Haïm Pinto (1743–1845), connu pour ses enseignements kabbalistiques et ses actes de piété. Il fut le principal rabbin d’Essaouira et est enterré dans le vieux cimetière juif de la ville. Sa Hiloula y attire des fidèles du monde entier.
Ici sa majesté Mohamed VI comme ses ancêtres royaux descendants du Prophète ont tous protégé les juifs qui lui vouent une fidélité absolue. Voici un photo du Rabbin Yossef Pinto avec le roi Mohammed VI lors de leur première rencontre.
À Marrakech, la famille Pinto a continué à jouer un rôle central dans la vie spirituelle de la communauté juive. Des synagogues et des institutions éducatives ont été établies sous leur direction, renforçant la pratique religieuse et l’étude de la Torah dans la région.
Voici la maison de Rabbi Its’hak Pinto, souvent désigné comme « le deuxième » à Marrakech, qui était l’un des descendants de cette lignée. Bien que les détails précis de sa vie à Marrakech soient moins documentés, il est reconnu pour avoir perpétué les traditions spirituelles et les enseignements de ses ancêtres.
Le grand-père paternel du Rav Haïm était le Rabbi Haïm Corcos : un illustre rabbi dans le Mellah. Redonnons la parole au Rav Haïm :
Assurer un avenir à un enfant ? L’idée n’effleurait même pas les parents. Pour ces derniers, la Torah était tout, dirigeait tout, conduisait à tout. Les parents au Mellah à cette époque n’avaient donc aucune notion d’éducation. Et ceci pour plusieurs raisons. La première était la nécessité de vivre. Tout le temps éveillé était consacré à maintenir en vie l’existence physique de l’individu. Chaque famille se débrouillait comme elle pouvait pour trouver de quoi survivre. La deuxième raison est que l’éducation se faisait dans les ruelles étroites du Mellah. On était avant tout un enfant du Mellah avant d’être l’enfant de ses parents
Et il poursuit :
Quelles que soient les difficultés de la vie au Mellah, la vie, en mon temps, dans les années 30-40 était supportable. La situation des Juifs avait évolué favorablement, par rapport au passé.le Mellah était une véritable serre pour la vie juive, un lieu protégé où aucun étranger ne pouvait nous faire de mal. La solidarité était de rigueur dans tout l’espace du Mellah. On y jouait librement dans les rues étroites. Il donnait le sentiment de constituer une véritable matrice bien protégée… aucun enfant ne pouvait se perdre, car, n’importe quelle famille pouvait le prendre en charge, en attendant de le rendre à ses parents.
Les Musulmans en général appréciaient les échanges avec les Juifs, disait le Rav Haïm, mais il régnait au Mellah une méfiance tenace à leur égard. À cause de l’angoisse structurelle du Juif, et du statut de dhimmi que l’Islam lui réservait.
Ce statut imposait aux Juifs beaucoup d’interdictions et de restrictions qui, bien heureusement, n’ont pas toujours été appliquées.
Au bout de ma rue, il y avait une échoppe avec des sacs remplis de plantes séchées, disposés dans un désordre indescriptible. Chaque maladie avait sa plante pour être soignée et les mères les connaissaient parfaitement. Mais le nombre de maladies dépassait, hélas ! de loin, le nombre de plantes !
Un jour j’ai vu mon Rav Harboun mettre des gouttes dans ses yeux.
Le rabbin Haim Harboun peint par Meir Long
Le Rav Harboun m’a expliqué ce que rapporte Alfred Goldenberg, son ancien directeur du cours complémentaire de Marrakech où le Rav Harboun sorti de son Mellah enseignait l’hébreu moderne :
« Une des maladies la plus répandues était le trachome. Il attaque les yeux, rougit le bord des paupières et conduit peu à peu à la cécité. Il est favorisé à Marrakech par la poussière soulevée par le sirocco, vend chaud et rouge qui arrive du Sahara, après être passé par-dessus les barrières montagneuses de l’Atlas. Les palmiers sont furieusement secoués par le vent. Que de fois nous rencontrions dans les ruelles une file d’aveugles, se tenant par la main, demandant l’aumône en chantant une lancinante mélopée. »
Rav Haïm commentait :
La mort était présente à un tel point dans la conscience des Mellahites qu’ils donnaient l’impression d’être totalement indifférents à la souffrance. Mais ce semblant d’indifférence, était en fait une manière de se protéger émotionnellement, pour ne pas permettre au mauvais oeil d’exercer, une fois encore, son influence malfaisante.
On peut encore voir ces échoppes et y acheter un canoun (réchaud à charbon) pour y bruler des herbes contre le mauvais oeil, pour être prospère ou défier les mauvais esprits (jnoun). on y trouve des poudres pour maigrir… ou pour grossir, soigner les verrues ou le mal de l’âme.
Le S’hour :à gauche de la racine de Sarghina, un plante sauvage bien connue des herboristes traditionnels encore aujourd’hui… contre les mauvais esprits (jnouns) et à droite pour la fortune…
… on les brule avec un charbon en braise sur un canoun et ça sent comme une résine d’encens très forte et acre (j’ai essayé !) :
Comme le Mellah ne disposait pas d’eau courante. Chaque maison avait son puits d’où l’on tirait de l’eau pour la vaisselle et les toilettes. Quant à l’eau potable, il fallait aller la puiser à la fontaine centrale du Mellah. Cette place s’appelait d’ailleurs « la place de la fontaine », Dar sekaya. Chaque logement disposait de plusieurs jarres dans lesquelles on stockait l’eau provenant de la fontaine centrale. Les marchands d’eau potable, chargés de remplir les jarres, se servaient d’une outre en peau de chèvre pour transporter l’eau. Les musulmans avaient le monopole de la distribution de l’eau. Tous les vendredis, ils venaient présenter leur facture, basée sur la somme de grabi qu’ils avaient transportés et versé dans les jarres de chaque famille. La confiance était de rigueur dans tous les rapports entre les habitants du Mellah et les Musulmans.
Le vieux murs du Mellah raisonnent encore des cris passés des porteurs d’eau des ferblantiers ou des enfants des heder (chambre) ânonnant la Torah apprise par cœur. On se souvient des métier à tisser et des multiples échoppes de tailleurs ou de bijoutiers.
On chante encore dans notre prière des airs inventés ici. Et ici l’âme vibre encore du judaïsme marocain protégé par les souverains du royaume chérifien, vrais fils du Prophète et protecteurs des enfants d’Abraham. L’âme marocaine est joyeuse comme celle des juifs qui ont vécu et qui vivent encore ici comme des personnes de notre famille.
Mon chemin m’a mené du monastère au judaïsme d’un rabbin marocain né au Mellah, les ancêtres de mon épouse y ont vécu. Certains étaient des Rakham comme son grand père maternel Yair Sebag à la fois commercant et enseignant des lois des Chohatim (abattage rituel).
Ici juifs et musulmans vivent en paix et en amitié. C’est probablement un des derniers endroits au monde. Le matin et le soir l’appel du muezin saisit les âmes et appelle au Trés Haut. Ici une disciple du Rav Harboun, mon amie Françoise Atlan a chanté en hébreu devant sa majesté le Roi et le pape François accompagnés d’un muézin de Casablanca.
Grand honneur à ce bienheureux Roi. Et que l’Eternel, béni soit-il, bénisse tous les enfants du Roi des rois au Maroc .
Sa majesté Mohammed VI
Voyage apostolique du Pape François au Maroc les 30 et 31 mars 2019.
EXCLUSIF. Ancien moine et consultant, Didier Long publie avec Dov Maïmon, conseiller du gouvernement israélien, un livre-enquête sidérant, « La Fin des juifs de France ? »
Alors que le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau vient de se voir remettre un rapport explosif sur l’entrisme des Frères musulmans en France, sort un livre alarmiste dont Le Point a eu la primeur. Son titre : La Fin des juifs de France ? (éd. Le Cherche Midi). Il est signé par Dov Maïmon, chercheur au Jewish People Policy Institute à Jérusalem, docteur en islamologie et conseiller du gouvernement israélien sur les relations avec le monde musulman, ainsi que par Didier Long, ancien moine bénédictin, consultant, écrivain et théologien français, auteur de plusieurs ouvrages sur les liens entre judaïsme et christianisme.
Nourri de nombreuses statistiques, dont certaines proviennent des services de renseignements israéliens et français, les auteurs dressent un constat direct, implacable et tragique de la situation des juifs de France, dont, affirment-ils, 150 000 – sur 440 000 – courent un danger immédiat face à la progression de l’antisémitisme et s’apprêtent à quitter le pays. Selon leur enquête, si l’on ne fait rien, il n’y aura plus de juifs en France en 2050.
Le Point : Le titre de votre livre fait évidemment songer au maître ouvrage de Raul Hilberg sur la Shoah, La destruction des Juifs d’Europe. Faut-il être aussi alarmant ?
Didier Long : C’est un titre brutal parce que les faits sont brutaux. Oui si l’on ne fait rien la seconde diaspora mondiale va hélas disparaitre. Et il faut se réveiller.
Nous avons voulu dresser un constat, un rapport d’enquête. Nous avons interrogé plusieurs centaines de personnes partout en France et cette enquête de terrain en agrégeant tous les chiffres sur la situation des Juifs en France. Et nous nous sommes aperçus que la situation était réellement catastrophique. Non pas à Neuilly ou Boulogne Billancourt, mais partout. A Sarcelles, à Toulouse, à Villeurbanne, à Nice, à Villeurbanne où vivent 10 000 juifs – sur les 30 000 juifs lyonnais, à Marseille qui compte 50 000 Juifs. Sur les 440 000 français juifs que nous avons comptés aujourd’hui en France, avec des situations locales spécifiques, il y en a à peu près 150 000 qui sont en danger.
Comment aboutissez-vous à ce chiffre ?
Ce livre est un constat, pas un plaidoyer. Nous avons fait remonter des datas françaises, israéliennes, nous avons interrogé des forces de renseignement et de sécurité des deux pays qui nous ont parlé, des politiques, des communautés, des associations, lu des centaines de rapports… pour comprendre la réalité. Et nous avons tout compilé en proposant un maximum de sources ouvertes.
A quelle conclusion, parvenez-vous ?
Nous sommes deux intellectuels habitués à des analyses nuancées et nous aurions préféré ne pas découvrir une réalité si brutale. Car le constat est alarmant. Un choc. D’une part, on voit un antisémitisme qui monte de manière galopante et qui a accéléré depuis le 7 octobre. Mais à l’antisémitisme classique (34 % des sympathisants du RN estiment que « les juifs ont trop de pouvoir ») s’agrège un autre antisémitisme, celui des partisans de l’ultra gauche : ainsi 34 % des sympathisants de La France insoumise (LFI) adhèrent à l’affirmation selon laquelle « les juifs ont trop de pouvoir dans le domaine de l’économie et de la finance ». Et cet antisémitisme-là utilise et est poussé par l’islam politique, autrement dit l’islamisme, avec un risque de fragmentation de la société française dû à la puissance d’expansion de l’islam politique partout dans le monde. Et les juifs en France sont entre l’enclume et le marteau. Ces 0,6 % de la population française subissent 60% des agressions religieuses. Donc dix fois plus que les musulmans alors qu’ils sont vingt fois moins nombreux !
Et comble du ridicule, ce « nouvel antisémite cool » manipule tout le vocabulaire de la persécution passée des juifs dans une concurrence rhétorique victimaire : on parle de sionistes, de peuple génocidaire, d’islamophobie, etc… pour s’en prendre de manière décomplexée en mots et en actes aux français juifs, et fracturer le pacte républicain.
Ces150 000 Juifs en danger, vous les avez repérés où ?
Nous les avons décomptés lieux par lieux. Ils sont à la périphérie des métropoles. Nous avons isolé les enjeux, les facteurs conduisant à un tel niveau d’antisémitisme. Il y a l’exclusion sociale bien entendu qui cherche des boucs émissaires à son propre malheur, mais la première explication est l’influence de l’islam politique, des islamistes dans les quartiers où sont arrivés de nombreux juifs eux aussi issus du Maghreb.
Nous avons donc essayé de comprendre précisément qui étaient les musulmans de France et l’islam politique. Mon coauteur, est responsable des relations d’Israël avec le monde musulman au JPPI, un think tank israélien. Il est docteur en islamologie et a mené des centaines de discussions avec des groupes musulmans de tous les pays. nous avons donc une vraie estime et affection pour l’Islam, les musulmans et leurs pratiques religieuses. Nous avons donc cherché à comprendre.
Les musulmans représentent 10 % de la population française métropolitaine, selon l’Insee, soit 6,6 millions de personnes qui se déclarent musulmans. Mais en réalité le déclaratif ou la fréquentation des lieux de culte ne disent pas la pratique quotidienne. Nous avons donc choisi de mesurer les ventes de halal, 7 millions de personnes en France qui mangent halal sont musulmans, 80% des musulmans environ mangent halal. Mais aussi les prénoms musulmans – comme l’a établi Jérôme Fourquet : 22% des garçons naissent avec des prénoms arabo-musulmans. On a fait tourner nos modèles et on parvient au chiffre de 15% de musulmans, soit 9 millions de personnes en France. En prenant en compte l’expansion démographique, ce chiffre va grimper à 20-25% de musulmans en France en 2050. Ce n’est certes pas un « grand remplacement » mais c’est significatif. Or les études mondiales du JPPI ne connaissent pas de pays où vivent 25% de musulmans où il reste des juifs.
Le problème n’est pas l’islam ou les musulmans en soi. Le problème c’est que si on met en corrélation les chiffres de la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure) – qui vérifient le rapport d’Hakim el Karaoui de l’Institut Montaigne il y a 10 ans, on arrive à environ 28 % de musulmans qui pratiquent un islam qui vise un sécessionnisme politique et social. 2,5 millions de personnes. Et ce taux monte entre 35% et 50% pour les plus jeunes. 37 % des musulmans français déclarent éprouver de la sympathie pour les Frères musulmans selon l’Ifop. Ça fait plus de 3 millions de personnes… qui désirent l’avènement d’une contre-société sur le territoire national… et au milieu vivent 150 000 juifs. Des politiques locaux nous ont dit tout simplement qu’il fallait les « évacuer ».
Donc, d’un côté, un antisémitisme qui grimpe de manière forte, et de l’autre côté, un islam qui se radicalise. Avec des juifs au milieu. C’est juste un coktail explosif.
Vous avez une vision purement mathématique ?
Pas seulement. Nous sommes d’abord partis de 200 entretiens de personnes un peu partout en France. Ça commence toujours par « Ici, jusque-là tout va bien ! » comme dans le film La haine. C’est le type qui tombe d’un immeuble de dix étages et qui dit « jusque-là tout va bien » ; le problème ce n’est pas la descente. C’est l’atterrissage. La plupart finissent par nous dire : « … mais on ne finira pas notre vie ici », « Mes enfants ne pourront pas vivre en France comme juifs ». Les juifs se sentent seuls et tristes. Ils vont mal.
Je prends juste un exemple, parce qu’il est emblématique : Sarcelles. Les juifs ont fui Sarcelles au cours des vingt dernières années. Ils sont partis vers Créteil pour ceux qui avaient le moins d’argent, et ceux qui ont réussi ont atterri à Levallois ou dans le 17ème arrondissement de Paris. La présence des Frères musulmans est très importante sur ce territoire, à travers le Millî Görüs, la confédération islamique sous obédience turque – qui est aussi l’organisation islamiste la plus influente d’Allemagne, et fédère maintenant tous les courants musulmans de la ville. Ceux-ci ont milité contre l’ancien maire et tracté pour faire élire le maire actuel comme nous l’ont rapporté des témoins sur place, puis l’élu fraichement en poste leur a cédé un terrain pour construire un « Centre culturel » en face du collège, alors que le permis avait été attaqué par la préfecture à la demande du Ministère de l’intérieur. Tout cela quelques jours après la tuerie du 7 octobre. Le Millî Görüs avance en costume cravate avec des fleurs pour les fêtes juives… mais les textes de ses fondateurs sont très clairs sur le sort réservé aux juifs. Le « Milli Görüs » ou « Vision nationale » de Necmettin Erbakan, son fondateur, désigne l’islam politique. Il appelle au rejet radical des valeurs laïques « occidentales », à une islamisation de la société mêlée d’un antisionisme et d’un antisémitisme profonds.
Et ce qui se passe à Sarcelles où vivent 12 000 juifs n’est pas un cas isolé.
Dans ces territoires perdu de la république, l’État recule. Ce n’est pas tant que les Frères musulmans avancent, c’est que l’État se retire. Les Frères musulmans prennent en charge les jeunes, ils font du soutien scolaire, font des clubs de femmes pour s’entraider et pratiquer, montent des clubs de boxe ou de foot, font de la prévention… et ils grignotent du terrain. Ils sont en costumes-cravates, très gentils avec les Juifs, on a l’impression qu’ils s’intègrent dans la République, ils dialoguent parlent de « vivre ensemble ». Mais, derrière cette apparence tactique, il y a un tout autre programme stratégique.
Dans tous les pays du monde les Frères musulmans ciblent clairement l’Etat comme nous l’ont dit les juges antiterroristes, mais les juifs sont dans la ligne de mire. Nous les avons vus en action et les rapports mondiaux du JPPI où travaille le docteur Dov Maïmon mon coauteur sont assez clairs. Ce sont des faits.
Comment ?
Cela ne date pas d’hier. J’étais moine dans un monastère entre 1985 et 1995. Nous nous intéressions au dialogue interreligieux avec les bouddhistes tibétains à cause de nos fondations en Asie. Et en ce début des années 1990 nous avons reçu à l’Abbaye de la Pierre Qui Vire des représentants de l’Institut Européen des Sciences Humaines (IESH) qui s’était installé près de Château-Chinon – à l’initiative de François Mitterrand, dans son fief. Tous ces imams et fidèles, dans la mouvance des frères musulmans étaient algériens, ils sont arrivés avec des filles de Lyon, des converties qui étaient voilées et qui disaient entre elles que nous étions des « kouffars ». Ils bénéficiaient de capitaux algériens puis du Qatar pour former de imams. Il y a 35 ans déjà !
L’islam politique est un problème non pas pour les juifs… mais pour les démocraties et pour la France qui est infiltrée depuis 35 ans alors que cet islam politique est interdit dans de nombreux pays arabes.
Pouvez-vous nous préciser votre parcours ? Vous êtes un ancien moine bénédictin converti au judaïsme ?
J’étais moine avec des frères qui étaient passionnés par le judaïsme, qui étaient des amoureux de la tradition juive à la suite du Concile Vatican II. Ainsi j’ai écrit de nombreux livres sur le Jésus juif. Et, chemin faisant, un jour j’ai retrouvé mes origines juives, dans la famille de ma mère en Corse. Et j’ai rencontré en 2010 un truculent rabbin âgé de 80 ans, né dans le Mellah de Marrakech, le Rabbin Haïm Harboun. Il était docteur en histoire et docteur en psychologie clinique. Et c’est comme cela, grâce à l’enseignement de cet homme de foi et de science que j’ai voulu devenir juif. Un juif de Corse. Aidé par le Grand Rabbin Haïm Korsia.
Votre livre est porté par vos convictions religieuses à tous deux ?
Oui, nous sommes Juifs tous les deux. Mais nous sommes avant tout des chercheurs spécialiste de sociologie et de dialogue interreligieux. Nous partons des chiffres et des faits. Face à ce que nous avons vu nous ne pouvons pas ne pas témoigner, pas seulement pour les juifs mais pour ce pays que nous aimons. Pour les musulmans qui eux-mêmes sont les premières victimes de l’islam politique dans le monde. Ce « soft power » qui rejette mais aussi parfois s’accommode du « hard power » violent. 72% des musulmans sont de formidables français dont 100 000 sont morts pour la France !
Nous sommes des lanceurs d’alerte. Nous disons ce que les politiques ou les institutions ne peuvent pas dire et que nous ne pouvons pas ne pas révéler. Nous sommes convaincus que les 150 000 Juifs qui sont menacés en France vont devoir partir si rien n’est fait, et mécaniquement les autres suivront. Il est tard mais jamais trop tard. Nous ne sommes pas des extrémistes, nous sommes pour que les Juifs qui le désirent restent en France. Surtout qu’il n’y a guère de solution pour eux en Israël. Les 150 000 personnes concernées sont le plus souvent pauvres, dépendantes de l’aide sociale, âgées. Il n’y a pas de logements sociaux en Israël. Ils se retrouveraient avec 3 jobs, dans un petit appartement. Notre objectif est donc de faire en sorte que ces 150 000 personnes fassent leur Alyah si possible… en France.
La montée de l’islam politique, de la violence, de l’antisémitisme et la peur conduisent au départ des Juifs de France de manière inéluctable. Comme le disait Alfred Sauvy : c’est la démographie qui pilote. Il faut savoir que, d’après nos calculs, entre 60 000 et 80 000 juifs ont déjà quitté la France depuis l’an 2000, en 25 ans. A cause de l’antisémitisme principalement qui n’a fait que proliférer et qui a tué : Ilan Halimi, les trois enfants Sandler et leur père à Toulouse, quatre français juifs à l’Hyper-Cacher de Vincennes, Sarah Halimi, Mireille Knoll… juste parce qu’ils étaient juifs; un antisémitisme aujourd’hui instrumentalisé par des extrémistes politiques irresponsables prêts à faire exploser la société française pour passer au second tour des élections en gagnant 450 000 voix musulmanes !
Si nous ne lançons pas l’alerte, il n’y aura plus de Juifs en France en 2050. Et nous aurons un pays qui comptera 25 % de musulmans, soit, mais avec une forte présence de mouvements comme les Frères Musulmans. Avec quelle place pour les femmes ? Les juifs ? En France l’islam politique avance là où l’Etat recule.
Mais mettez-vous à la place d’un jeune des quartiers, si le choix se fait entre le narcotrafic et l’islam politique et ses associations chaleureuses d’entraide. Vous feriez quoi ? Si vous ne rencontriez que des narcos ou des pseudo-imams, vous iriez vers le « frérisme » ou vers la fraternité républicaine qui n’a plus de représentants ?
À qui s’adresse votre livre ?
Ce livre s’adresse aux autorités de l’État et aux français, aux institutions juives qui font ce qu’elles peuvent et aux Français juifs qui se disent qu’il y a un problème et qu’il faut agir. Ce qui est en jeu ce ne sont les juifs mais la République qui est en jeu.
Les Juifs sont comme le canari dans la mine : quand le canari arrête de chanter, c’est qu’il y a un danger d’explosion. Depuis le 07 octobre les juifs ont cessé de chanter en France.
Comme le disait Frantz Fanon : « C’est mon professeur de philosophie, d’origine antillaise,
qui me le rappelait un jour : ‘‘ Quand vous entendez dire du mal des Juifs, dressez l’oreille, on parle de vous’’ » (Peau Noire, Masques Blanc, Seuil 1952, pg 98).
« Véahavta Léréakha Kamokha » est écrit avec le suffixe (« lé » et non « èt ») comme dans le Chéma : « Véahavta èt Hachem Elokékha » Ibn Ezra explique cela de la façon suivante : « Tu aimeras ton prochain parcequ’il est comme toi même » en clair tu aimeras le bien pour ton prochain comme pour toi.
Il ne s’agit donc pas d’une extension du domaine du narcissisme personnel. « Je m’aime tellement que je finis par t’aimer ». Ni de « tendre un miroir à son prochain » pour qu’il analyse ses fautes, selon le même mouvement qui va de soi à soi… mais de considérer le droit d’autrui. Une injonction d’auto-responsabilisation face au droit à vivre, respirer, aimer de celle où celui qui est devant moi.
Le judaïsme n’est pas un idéalisme, une forme d’amour platonique ou courtois, surplombant autrui du Ciel en donnant des leçons de morale. Qui garderait les mains propres parcequ’il n’en a pas. Une éthique émotionnelle minaudant pour mieux anéantir autrui de son mépris céleste. « La Torah n’est plus au ciel » résume l’adage talmudique.
Non, il s’agit d’une horizontalité où chacun est sommé de répondre ici et maintenant du droit rationnel de son prochain. D’où l’étude. D’où le fait que l’éducation juive commence par les prescriptions concrètes du livre du Levitique ou le traité des préjudices (baba batra)… et non pas par un « Traité de l’amour de Dieu » sur le mode augustinien de Bernard de Clairvaux.
Dans la paracha de ce jour (Aharemot Kedochim) le « kedochim tiyou » (« vous serez saints comme Moi je suis saint) ne consiste pas à laver « plus blanc que blanc » (c’est transparent ! disait Coluche) mais énonce immédiatement de multiples obligations envers le pauvre et l’étranger à qui on doit laisser le coin du champs (peah), le salarié qui doit être payé avant le soir, le parent (le senior) qui doit être honoré comme le Chabbat… etc.
Les juifs ne sont pas une idée mais un peuple. Leur République n’est pas céleste mais le temple de Jérusalem qui est un lieu de culte mais aussi un tribunal (beth Din) et un abbatoir, mon rabbin harboun ajoute : un hopital psychiatrique ! (le sacrifice purge la culpabilité).
Les juifs ont une vraie terre, Israel. Ils se fient à une « marche à suivre » (halakha), « la torah ne condamne que la haine » dit le Choulhan Aroukh.
Dans ce cadre le droit international, celui de la guerre, etc… sont des sujets religieux.
Oui un État a le droit et le devoir d’envoyer ses enfants au combat quand son ennemi a programmé dans sa charte de naissance fondatrice et ses actes de guerre récents l’anéantissement de son propre peuple.
Oui le droit international de la guerre condamne celui qui envoie ses soldats entourés d’un bouclier d’enfants ou de malades et non celui qui les abbat pour s’en défendre.
Oui la guerre est inévitable quand un proto état zombie de l’iran refuse toutes les propositions de paix légales et à programmé son suicide collectif.
Le Véahavta fait droit à l’existence de tout peuple à exister, peuple juif compris. Et à partir de là toutes les discussions sont possibles sur la manière de mener son couplé, ses amitiés, la politique ou la guerre.