« Sotah » de Naomi Ragen

IMG-20140125-00150Dans la Bible, le mot sotah  désigne la femme soupçonnée d’adultère (Nombres 5, 11-28). Dans le Talmud, un traité entier appelé Sotah est consacré à la question de l’infidélité conjugale. Ce trés beau livre de Naomi Ragen raconte la vie de trois soeurs, femmes dans le milieu haredi.

Les Reich, famille juive ultra-orthodoxe, de huit enfants vivent modestement à Jérusalem à Mea-Shearim. Le père un homme pieux et bon étudie et enseigne toute la journée. C’est la mère, une force de la nature, qui comme cela est fréquent dans ce milieu, gagne l’argent du ménage et tient le foyer. Dvora l’aînée, se marie tardivement (à vingt ans!) via un marieur décrit au portrait inénarrable avec un élève de Yeshiva peu attirant mais gentil dont elle apprendra progressivement à apprécier les qualités.
C’est surtout Dina, la cadette, que le lecteur suivra pas à pas. Ravissante et fragile, elle se marie à 17 ans, sans enthousiasme, avec Judah Gutman, un menuisier de vingt-six ans, géant timide et maladroit. Peu après son mariage, la jeune femme se laisse éblouir par Noah Saltzman, un voisin peu scrupuleux, membre de la même communauté. Elle est bientôt accusée d’adultère par la Brigade des moeurs qui sévit clandestinement dans son quartier. Sa vie bascule.
Pour éviter qu’un scandale jette l’opprobre sur sa famille, elle est contrainte de quitter les siens sans un mot. Elle devient aide ménagère dans une famille juive assimilée de New York, qui ignore tout de son histoire. Malgré la gentillesse de sa famille d’accueil, elle peine à vivre dans cette société qu’elle perçoit comme individualiste, tournée vers la consommation et les loisirs. Une société radicalement différente de celle qu’elle a connue.
Dans ce roman, Naomi Ragen fait pénétrer le lecteur au coeur même du milieu juif ultra-orthodoxe et le confronte au monde moderne. Elle dépeint avec tendresse, cette société soudée, respectueuse de valeurs fortes et n’hésite pas à dénoncer le fanatisme de certains groupes, les injustices et les abus, tout particulièrement en ce qui concerne le statut de la femme.

NaomiDec2004-02L’auteur : Naomi Ragen, née en 1949 à Brooklyn (New York) dans une famille juive orthodoxe. étudie la littérature anglaise, la philosophie et l’histoire à la City University de New York. En 1968, elle rencontre son mari, pratiquant comme elle, étudiant en mathématiques. En 1971, le couple décide de s’établir à Jérusalem. En 1989, elle publie son premier roman Jephte’s Daughteroù elle décrit le malaise qu’elle ressent à vivre dans un quartier qui devient de plus en plus rigoriste. Elle reçoit alors des centaines de lettres de femmes qui l’encouragent, lui demandent des conseils et lui apportent leur témoignage. C’est en 1992, avec son deuxième roman Sotah, qu’elle obtient la reconnaissance du grand public avec plus de 200000 exemplaires vendus aux Etats-Unis et en Israël.  Depuis, elle a écrit cinq autres romans.

Happy new year and… Get lucky !

Pour finir l’année avec un peu de fun, voici le tube de l’année, en top des charts, Get Lucky de Daft Punk, mais dans un remix  de Aish HaTorah sur Aish.com pour Rosh Hashanah…

Get Clarity:

La traduction en français sur Dailymotion

Cinema paradiso

J’ai retrouvé un vieil ami que j’avais rencontré il y a vingt ans alors qu’il réalisait un reportage pour la TV Suisse Romande. Simon Edelstein vit en Suisse il est réalisateur de cinéma et photographe.

Et Simon a une espèce de passion bizarre pour les cinémas, pas les multiplexes en banlieue au milieu des bretelles d’autoroutes mais les vieux cinémas, ceux qui ferment . Comme d’autres font de la généalogie, lui il photographie les cinémas. Systématiquement, pour la mémoire.

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 « Les salles de cinéma rêvaient d’immortalité, se voyaient traverser le temps, adorées comme des cathédrales. Très vite pourtant, ces temples de la laïcité et du bonheur se sont retrouvés délaissés, oubliés, abandonnés, transformés. Cette architecture radieuse, flamboyante, extravagante n’a été reconnue ni des pouvoirs publics, ni même des architectes, raisons pour lesquelles rares sont ceux qui se sont indignés de leur vague de destruction. Les photographies de Simon Edelstein illustrent la nostalgie de cet éclectisme architectural et rendent hommage à ces « lieux d’illusion, de poésie, de liberté et de créativité ». »

Allez voir sur son site, ses photos sensibles et mélancoliques, ses livres, c’est très beau : http://www.simon-edelstein.ch/

La généalogie, l’idée que nous ne puissions pas laisser le passé s’en aller sans faire mémoire est probablement le sport national juif le plus populaire!

Pour compléter la collection, il se trouve qu’il y a quelques semaines j’ai été à Tel Aviv à « l’Hôtel Cinéma », un hôtel dans un ancien cinéma précisément.

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Catégories Art

Olivier Long, « mare a mare », chemins de mer marranes

Source : Corse Net Info

Olivier Long (mon frère jumeau), peintre d’origine bastiaise, présente l’exposition de quelques-unes de ses toiles les plus significatives à la galerie GOUR-BENEFORTI, 8 Rue Napoléon à Bastia du 3 au 27 Septembre.

> Il donnera également deux conférences à la Librairie des deux Mondes, rue Napoléon :

> Ecouter sur France Culture : Alain Veinstein reçoit Olivier Long, – auteur de « L’oeuvre comme exercice spirituel. L’imaginaire stoïcien des artistes » (Hermann)

Olivier Long

« Quitter le village, l’olivier, la table, le pain, le vin, la chaleur du foyer quand l’abeille butine la grappe, et que le libecciu, soufflant Sud-Ouest colore de noir la mer à Bastia, tel fût le destin de nombreux corses. Au loin il y a Tahiti, entre cyclone et paradis, et aussi l’Afrique noire, Bamako outremer, triste hôpital où l’on meurt vite. Qu’allions nous faire là ? »

« L’insulaire lancé sur la vague sombre, dans l’immensité qui ne dit rien rencontre pourtant l’autre rive. La lumière de l’horizon devient son destin, son étoile. Pour tragique et redouté que soit l’exil, quand le large existe, il n’est pas que drame. Alors que les marins se révoltent sur les caravelles en route vers les Indes surgit une terre. L’horizon n’est pas simple vide. Par-delà le fux et rfllux, suivant la courbe de la terre, le rivage est passage. Loin de tout exotisme, brille une imprévue lumière qui fait de l’autre rive un seuil et un soleil.
Ce seuil, je le peins » dit-il. Lire la suite de « Olivier Long, « mare a mare », chemins de mer marranes »

« Das Kind » ignore la crise

On dit que rien ne marche en France… Rien de rien, sauf  « Das Kind ».

Das Kind

Le film de notre ami Yonathan Levy dont nous avions déjà parlé ici,  autoproduit et sans distributeur ! initialement programmé pour deux projections exceptionnelles au Balzac à Paris il y a 4 mois, et que certains espris chagrins voyaient déjà au paradis des documentaires confidentiels … a tenu à l’affiche !

Comment ? Grâce à son public, fort de la qualité exceptionnelle des témoins dont il raconte l’histoire, à cause du talent et de la persévérance de son réalisation et de sa fidèle équipe !

Tel Indiana Jones notre envoyé spécial Thierry C.  avait réussi à se frayer un chemin dans la foule des Champs Elysées lors de la première :

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Quelques photos de la première par notre envoyé spécial Thierry C. au Balzac…
Yonathan Jevi, Irma Merlo, André Merko

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Notre envoyé spécial Thierry C. (en Eretz Israël à Césarée)…

Aujourd’hui, l’équipe prépare la distribution du film dans plusieurs cinémas d’ art et essai de France pour la rentrée prochaine. La production hésite à qualifier ce qui arriva entre le talent et le miracle !!! Nous ne croyons qu’au premier. Bravo donc. L’histoire est boulversante et elle a touché les âmes et les coeurs.

Vous n’avez pas encore entendu vu le film ???
Vite! Les projections se poursuivent au Balzac à Paris tous les dimanches du mois de Juin, avec ce dimanche 2 Juin la présence du producteur et protagoniste du film, André Miko, qui viendra répondre aux questions du public.
Vous habitez trop à l’Est de Paris genre du coté de Strasbourg ?… pas de problème ! Ce dimanche 2 Juin à 18h, le film sera diffusé au cinéma le Royal Palace à Nogent-sur-Marne : www.royalpalacenogent.com . Rien que pour vous ! 
Pour ceux qui habitent à l’est de Paris, je signale qu’il va pleuvoir dimanche dans le Val-de-Marne. La SNCF a donc affrété ses RER !

Enfin n’hésitez pas à manifester votre opinion sur Allociné en postant votre critique  : www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=198523.html

Morosité ambiante,  déclin du cinéma français ? « Das Kind » ingnore la crise

Catégories Art

Amsterdam la juive : Rembrandt le « juif »

Où l’on apprend que la « Fiancée juive » de Rembrandt… était déjà mariée !

Quand j’avais huit ans ma mère m’avait offert un petit livre : « L’enfance de l’art petite méthode pour accompagner les enfants dans la peinture. Je me rappelle qu’on y lisait une phrase d’André Malraux :

« Dans la pénombre où dessine encore Rembrandt, toutes les ombres illustres, et celles des dessinateurs des cavernes, suivent  du regard la main hésitante qui prépare leur nouvelle survie ou leur nouveau sommeil…

Et cette main, dont les millénaire accompagnent le tremblement dans le crépuscule, tremble d’une des formes secrètes, et les plus hautes, de la force et de l’honneur d’être homme».

Cette phrase m’avait immédiatement enchanté. Ainsi, par l’art ou la mémoire de la prière la mémoire de nos chers disparus pouvait revivre ! C’était magique. Mon frère jumeau olivier y puisera sa vocation de peintre et moi celle de l’écriture. Des arts qui ont à voir avec la mémoire.

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Rembrandt, les jumeaux Esaü et Jacob, Rijksmuseum Amsterdam, photo MPS

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Témoins de l’Holocauste (suite) : Leib Rochman – « A pas aveugles de par le monde »

« Il savait que les rayons insaisissables qui aurait pu les unir étaient rompus. Mais pas seulement les leurs. De chaque être émanaient des rayons qui englobaient le monde entier et attachaient les hommes les uns aux autres. Tous intimement mêlés. Tout était dans tout.  Mais les rayons s’étaient éteints. »

a-pas-aveugles-de-par-le-mondeNé à Minsk-Mazowiecka dans un milieu hassidique Leyb Rochman est enfermé dans le ghetto de sa ville natale au début de la guerre et, suite à la destruction du ghetto en 1942, transféré avec sa famille dans un camp de travail. Il s’en évade et se cache pendant deux ans avec sa femme et trois juifs chez une paysanne polonaise. Là il est contraint de rester debout et immobile entre deux murs sans pouvoir bouger. Au lendemain de la Libération il se rend dans les camps de Maidanek et découvre les  chambres à gaz et fours crématoires. Victime par la suite du pogrom de Kielce, qui attendait les survivants qui rentraient chez eux, il se rend en Suisse fin 1945 pour se soigner.

De 1946 à 1948, il a voyagé à travers l’Europe et il tire de ce voyage cet ouvrage. En 1950, il s’installe en Israël. Il y meurt en 1978, à 60 ans, après avoir écrit trois livres : Et dans ton sang tu vivras (1961), A pas aveugles de par le monde (1968) et Le Déluge (1978).

Mit blinde trit iber der erd, A pas aveugles de par le monde, a été traduit du yiddish par Rachel Ertel chez Denoël. C’est un livre étrange sans équivalent dans la littérature de l’Holocauste. Celui d’un mort vivant, d’un revenant. Proche de l’écriture d’un Aaron Appelfeld qui préface le livre. Il commence une semaine après la fin de la seconde guerre mondiale comme une odyssée à travers une Europe de cauchemar. Une écriture sans les contraintes d’espace et de temps dans une Europe hallucinée d’après le Déluge.

S., « je », Leib, personnages interchangeables qui n’en sont qu’un vit dans le cauchemar de celui qui a survécu. Il revient comme Ulysse dans une Ithaque, l’Europe dévastée où ne l’accueillent que des fantômes de ses proches, de sa mère, de sa petite sœur réduits en cendres ou tués d’une balle.

« Leibl aurait lui aussi voulu se réfugier dans le sommeil, étendu sur son lit ; dans un sommeil interminable, ici, dans les montagnes, comme dans le giron de sa mère. Mais Estherké l’en empêchait. Maintenant, libéré des barbelés et des murs, il s’enfonçait continuellement dans une somnolence poisseuse dont il était impossible de le tirer. Il ne comprenait pas comment il avait échappé à tout cela, pourquoi c’était lui qui avait été condamné par le destin à demeurer. Il se souvenait de tous ceux qui l’entouraient jadis. Personne n’était resté. Ils avaient tous expiré leur âme en fumée : sa mère, qui l’avait porté et l’avait expulsé de son corps pour en faire un être indépendant, sa sœur et son frère, qui étaient le fruit de la même matrice et s’étaient nourris au même sein ; toute sa parentèle – oncles, tantes, cousins, issus du même sang. Comment rester seul dans le vide qu’ils avaient laissé ? Les camarades de sa cour, les voisins de sa rue, tous les habitants de sa ville. Tous les Juifs des villes et des pays environnants – des monceaux de cendres dispersés. Et lui, lui, il était là, il existait, on pouvait le toucher. Ce ne pouvait être qu’un châtiment. Ce ne pouvait être l’issue définitive. On lui avait tendu un piège. Comment l’avait-il mérité ? Pour quels actes infâmes ? »

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Irène Némirovsky, « Le vin de solitude », roman

Irène Némirovsky

À l’automne 2004, alors que j’allais publier en janvier Défense à Dieu d’entrer chez Denoël, la maison d’édition envoya aux auteurs une invitation : contre toute attente, Irène Némirovsky venait de recevoir le prix Renaudot pour Suite française, son ultime livre, roman de la débâcle de 1940. Elle le reçut le prix à titre posthume puisqu’elle était morte à Auschwitz en 1942. C’est ainsi qu’on la redécouvrit.

Vendredi dernier, 17 aout 2012, je me suis retrouvé dans une toute petite librairie de Narbonne. Parcourant les livres un a un comme je le fais d’habitude, l’oreille quasi collée contre leurs dos, j’entendais comme les chuchotements de ces milliers d’histoires, qui, lorsque j’étais enfant m’aidaient à m’endormir et aujourd’hui… m’empêchent de dormir.

On était à quelques heures du shabbat. Je repensais à ce geste que j’ai souvent vu à la synagogue, lorsqu’un homme s’approche de l’arche où sont contenus les rouleaux de la Torah, et debout, pose ses mains et son oreille contre la porte comme pour écouter amoureusement, le cœur tourné vers Jérusalem.

Au hasard de cette pérégrination bibliophile, je suis tombé sur Le vin de solitude  (1935), d’Irène Némirovsky. Par acquis de conscience, bien persuadé que je ne le lirai jamais… je l’ai acheté. Je l’ai ouvert le lendemain et ne l’ai plus lâché jusqu’à l’avoir lu entièrement au petit matin.

Ce roman qui raconte la vie d’Hélène Karol et de sa famille, largement inspirée de celle d’Irène Némirovsky commence en Russie, se poursuit à Saint Pétersbourg, puis en Finlande, enfin à Paris. Il raconte les rapports d’une petite fille qui murit peu à peu et devient une femme avec sa mère, égoïste, indifférente et volage qui ignore puis hait sa fille; alors que le père financier, « Millions, millions, millions », ne voit rien d’autre que l’argent et s’illusionne sur sa « famille », Hélène chérit sa gouvernante française. Le chassé-croisé entre mère et fille est magnifique de choix, de nostalgie, d’illusions perdues et d’observation.

Par un curieux hasard j’ai découvert en lisant ce livre qu’Irène Némirosky était morte à Auschwitz le 17 aout 1942. Il y avait exactement 70 ans jour pour jour ce 17 août. Parfois la vie est étrange.

Un livre à lire absolument.

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Leonard Cohen, baladin marrane

Leonard Cohen à Ramat Gan Stadium, Tel- Aviv

sous titrage anglais-ladino

Lover Lover Lover

I asked my father,
I said, « Father change my name. »
The one I’m using now it’s covered up
with fear and filth and cowardice and shame.

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Au coeur des mers

Un tableau d’Olivier Long (huille sur toile) : « Au coeur des mers » en référence à l’oeuvre d’Agnon.

 

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